09.03.2011
Ceux de la Résistance. Le livre paru en 1947, et aujourd'hui difficilement trouvable, est maintenant accessible en ligne.
Vous pouvez désormais retrouver l'ensemble des billets de ce blog rassemblés dans le livre original paru en 1947 (410 pages) y compris les documents photographiques.
Le document est fidèle à l'original.

Vous pouvez le télécharger au format PDF (4 Mo).
La prochaine étape va être la mise en ligne d'une partie des documents d'époque (principalement des échanges de courriers) qui ont servi à l'élaboration de ce livre.
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21.07.2010
Ceux de la Résistance
qui se sont passés il y a plus de 60 ans.
Si ce passé s'éloigne chaque jour davantage,
les souvenirs sont gravés dans les mémoires.
Ne les perdons pas, transmettons-les.
Ce sont les Hommes qui font l'Histoire,
les historiens l'écrivent...
15:40 Publié dans B. Avant-Propos | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
Le chant des partisans
(paroles d'Astier de la Vigerie), reprise plus tard par Joan Baez et Léonard Cohen.
Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes
Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute
Chantez, allez chantez, chantez compagnons
15:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Hier, aujourd'hui et demain
12 mai 2006. Je viens d'achever la mise en ligne de l'ouvrage de mon cher père presque 60 ans après sa première parution. Internet est pour ma génération un outil extraordinaire qu'il n'aura malheureusement pas connu.
Arrivant au terme de sa vie ici-bas, mon père laissera malgré tout - au travers des yeux du jeune homme d'une vingtaine d'années qu'il était - une trace numérique, d'une des époques les plus sombres de notre histoire, stockée dans un disque dur quelque part sur la planète, mais aussi ce voeu, en conclusion de son ouvrage, encore aujourd'hui inexaucé : "De la terre saturée du sang versé par tous les hommes de bonne volonté, doit jaillir la source pure de la concorde entre les Nations."
Bientôt (le temps presse), je mettrai en ligne la version complète (au format pdf) de cet ouvrage pour qu'il puisse être accessible au plus grand nombre (à commencer par les descendants de ceux qui sont cités) et qu'il puisse être rangé sur les étagères de nombreuses bibliothèques numériques. Ne perdez pas patience.
Je pense que mon père apprécierait cette initiative car je l'ai toujours connu tendant la main vers les autres.
Note : Mon père nous a quitté le 30 décembre 2006 après de longues années de souffrance silencieuse.
UNE NUIT DE JUILLET 1944 A MAZIGNIEN
Le ravitaillement du maquis – essentiellement en armes et en munitions - arrivait du ciel la nuit. Comme pour chaque parachutage, nous avions été prévenus par le maquis. La plupart des hommes du hameau prêtaient volontiers main forte à ceux qui avaient choisi d’élire domicile dans les bois du Morvan pour préparer les sabotages qui interviendraient à Nevers ou à Migennes, partout où il serait possible de désorganiser la présence allemande.
Lorsque les containers descendaient au bout des champignons de nylon blanc, il fallait bien que des bras, des chars et bœufs soient prêts à les charger et à les transporter le plus rapidement possible vers le camp SAS britannique. Leur aide était indispensable à l’armée de l’ombre.

Les « colis » tombaient souvent éloignés les uns des autres. Les hommes du village qui avaient manié la faux et le râteau toute la journée étaient mis à contribution. Leurs attelages aussi. Car tous les parachutes devaient être ramassés et mis en boules avant le lever du jour. Nous avions reçu des notices d’instruction pour détruire les containers. Toute trace de cette vie nocturne devait disparaître. Je me souviens d’une jeep qui était restée accrochée dans un chêne. A l’époque, nous ne disposions pas de tronçonneuse, bien sûr : il fallut donc manier la hache une bonne partie de la nuit pour la dégager.
Pendant longtemps, des cabanes, construites dans les cours de ferme avec les tôles déroulées des derniers containers parachutés, ont porté témoignage de l’engagement des Morvandiaux aux côtés de la Résistance.
Depuis la fin de 1943, les parachutages se succédaient au rythme d’environ deux par mois. Le dernier eut lieu en septembre, dans une toute autre ambiance. Contrairement aux précédents, nous avait-on dit, il interviendrait en plein jour.
Tous les habitants étaient alors venus assister au spectacle. La campagne de la Libération avait commencé et c’était la débandade dans les rangs allemands. Nous allions recevoir des jerricans d’essence pour permettre aux soldats Anglais, Américains, Canadiens, Ecossais, dispersés dans la région, de rejoindre leurs troupes le plus rapidement possible. L’armée alliée ne voulait pas que ses hommes s’attardent sur les routes des campagnes : c’était encore trop dangereux.

En cet été 1944, les Allemands étaient sur des dents. Nous avions reçu à plusieurs reprises leur visite. Mon père veillait tout particulièrement sur moi qui aurais du rejoindre le travail obligatoire en Allemagne. J’avais vingt-un ans.
Un matin, il m’avait tiré du lit alors que je venais tout juste de trouver le sommeil après une nuit passée dans les bois : « sauve-toi, les Boches arrivent ». La maison est tournée vers les prés et j’avais sauté par la fenêtre de ma chambre pour rejoindre la forêt. Ma mère, prudente, avait pris ma place dans le lit pour justifier, en cas de besoin, les draps chauds et défaits.
Mais c’est une autre de leurs visites qui est restée dans les mémoires comme la honte d’une famille.
Aucune arme ne devait rester dans les maisons. Toutes avaient du être déposées à la mairie. Nous avions peu de chance de les revoir : j’avais donc muré mon fusil de chasse dans un bâtiment de la ferme de mes parents. Je ne l’ai jamais retrouvé, incapable de me souvenir de la cachette.
Nous avions comme voisins M. G. et son beau-frère Charles Houdin, mariés aux sœurs Robot, Julie et Marie. Il existe toujours, dans les villages, des histoires d’héritage, des rancœurs familiales et l’occupation allemande fut hélas l’occasion de règlements de comptes. M. G. avait dénoncé son beau-frère, l’accusant de cacher une arme dans sa grange. Il avait chargé son fils d’y déposer un fusil, de manière à ce qu’il fût ensuite découvert par les Allemands. C’était d’autant plus facile de donner les précisions qu’il avait choisi lui-même l’endroit pour le dissimuler.
Les Allemands sont venus. Charles Houdin, devant sa femme angoissée, la Marie, a été conduit devant la porte de la grange de sa petite ferme, une mitraillette pointée sur le ventre. « Si nous trouvons une arme, nous te fusillons sur le champ ! » Pendant la fouille, le pauvre Charles n’en menait pas large ! Il voyait la main passer et repasser dans le tiroir au fond duquel se trouvait un « Lebel « qu’il avait ramené de la guerre de 14. Il entendait le bruit des boulons qui roulaient sous les doigts de l’officier. Il m’a avoué plus tard : «Mon petit Dédé, je me suis vu foutu ! ».
Mais son neveu ne l’avait pas trahi. Il avait désobéi à son père. Les Allemands n’ont pas trouvé d’arme. En revanche, M.G. est passé devant le tribunal de l’armée d’occupation : il a été condamné et a fait de la prison pour fausse dénonciation. La justice allemande n’aimait pas forcément les traitres. Les habitants de Mazignien, à son retour, ne lui ont plus jamais adressé la parole. Il demeura pour toujours un pestiféré.

Plan de situation
A – Point de chute du B 24 américain
B – Point de chute du Halifax anglais
C – Point de collision
D – Point du lieu où je me trouvais – terrain Peinture
La nuit du 18 juillet 1944, j’étais à la fois confiant et inquiet, à côté de mes bœufs, avec mon père et quelques copains. Nous attendions un parachutage qui ravitaillerait une fois encore le maquis Camille.
En fumant une cigarette, nous patientions et discutions, en lisière du champ délimité par des feux de Bengale, le «terrain peinture ». C’était le nom de code des opérations de parachutage à Mazignien. Notre village avait été choisi pour sa situation, entouré de bois de tous côtés et qui n’encourageait pas l’armée allemande à s’y aventurer la nuit. Pas une route qui n’y conduise à découvert.
Comme d’habitude, une vague de bombardiers alliés se dirigeant vers l’Allemagne ferait diversion. Les Allemands regarderaient passer le raid sans se douter que d’autres ravitailleurs en profiteraient pour lâcher les précieux chargements qui nous étaient destinés.
Un bruit sourd, familier mais oppressant nous mit en alerte. Le vrombissement des appareils s’amplifiait à mesure que leur image se précisait. Le largage était imminent. Il était environ minuit. Nous regardions s’approcher le B24 américain et le Halifax anglais. La nuit était claire. L’un des deux appareils venait d’effectuer un premier passage au-dessus du terrain. Il allait revenir pour décharger sa cargaison.

Le B 24
Soudain, presque au-dessus de nous, ce fut comme un froissement de tôle. Les deux avions venaient de se percuter. Etonnamment, il n’y eut pas de forte déflagration. Là-haut, dans le ciel, le fracas de la collision était étouffé. Nous étions médusés. Que s’était-il passé ? Plus tard, j’appris par un lieutenant anglais, qu’un des deux avions n’avait pas répondu aux appels. Ce serait donc une panne de radio qui aurait empêché les pilotes de communiquer et de s’annoncer leur position réciproque.
Le Halifax anglais se déporta en direction des Coutolles et prit aussitôt feu en vol. Ma famille était couchée, là-bas, à la ferme. Où allait-il tomber ? Ma frayeur fut de courte durée. L’avion s’écrasa à environ 15O mètres des maisons.
Le B24 américain sembla continuer sa route de son côté mais, en touchant le sol, explosa dans une gerbe de feu, non loin de la route du Meix de Chalaux.

Le Halifax
Je pris mes jambes à mon cou, traversant Mazignien, dévalant la route de l’étang, et me dirigeant vers les Coutolles où le Halifax s’était écrasé. Je ne pensais alors qu’aux éventuels survivants que nous pourrions secourir. En arrivant vers les maisons, je rencontrai nos voisins surpris dans leur sommeil, et qui venaient aux nouvelles. Maurice Gauthreau, sur le balcon de sa chambre au premier étage de sa maison, était aux premières loges. Le lendemain, il m’a raconté avoir aperçu l’un de nos bœufs, le dos en feu, affolé, sauter la haie et chercher le salut dans la fuite. Papa possédait deux paires de bœufs pour les travaux des champs. Une paire, l’aînée, était avec nous pour le charriage des containers et l’autre, la plus jeune, se trouvait en champ, juste de l’autre côté du chemin, face au pré où s’était écrasé le Halifax.
Impossible d’approcher : les grenades et les balles transportées dans l’appareil explosaient de toutes parts. Il nous fallut attendre longtemps que la fusillade se calme. Mais quel spectacle nous attendait ! Cinq garçons de vingt ans venaient de terminer leur guerre à Mazignien. Ils ne reverraient jamais leur pays. Ils étaient restés prisonniers de la carlingue. Leurs corps, carbonisés, ne mesuraient pas plus de 5O cm.
J’ai conservé dans le nez, l’odeur si particulière de la chair humaine brûlée, une puanteur qu’on ne peut oublier. Et lorsque quinze ans plus tard, dans le Doubs, un incendie détruisit tout un quartier de Levier, j’ai su immédiatement qu’une personne était en train de brûler. Je ne m’étais pas trompé.
Des containers éventrés et des munitions jalonnaient la trajectoire du Halifax. Des flammèches brûlaient un peu partout. Nous nous efforcions d’éteindre tous ces petits foyers qui menaçaient la forêt proche.

Soudain, j’aperçu dans le fond du vallon où coule un ruisseau, une petite lumière. Intrigué, je traversai les champs pour arriver au pré de la Roue. Je découvris un
garçon, tombé en position assise. La lueur venait d’une lampe électrique qui, dans la chute, s’était mise en marche dans sa poche. Je mis ma main sur son cœur, mais il ne battait plus. Evidemment ! Il avait sans doute sauté mais son parachute s’était décroché. Ironie de l’histoire, pas très loin de lui, une malle en osier était arrivée, elle, en bon état. Son parachute s’était ouvert. Il parait qu’elle contenait un poste de radio.
Pendant ce temps, d’autres gars du pays et du maquis s’étaient dirigés vers la route du Meix de Chalaux pour rechercher le B24. Mais de l’avion et de ses occupants, il ne restait rien, ou presque rien. Tout avait explosé. Je me souviens qu’au printemps 1946, accueillant ma fiancée à Mazignien et lui montrant les lieux de ce que nous avions vécu cette terrible nuit, nous avons trouvé là-bas une botte fourrée, typique des aviateurs américains, dont dépassait encore une partie de tibia, une vipère à côté ! Effrayée par le serpent, ma fiancée m’a vivement tiré par le bras pour nous éloigner !
La catastrophe n’avait pas arrêté le cours du temps et le jour allait se lever. Nous devions alerter sans plus attendre le maire, Félix Leuthreau, car il lui appartenait obligatoirement de prévenir les autorités allemandes. Comment leur présenter la chose ? Il ne fallait pas qu’elles puissent se douter que des parachutages avaient lieu régulièrement chez nous. Pas question donc de parler d’un second avion : deux avions qui rentrent en collision au dessus du Morvan, c’était la signature des opérations. Il fallait éviter à tout prix de mettre le village en danger.
Car la région était traumatisée et ne vivait que dans la crainte d’une nouvelle expédition punitive allemande. Le 26 juin, quelques jours avant, Dun-les-Places était devenu pour toujours un village martyr. Le bruit courait qu’une tragédie se déroulait au château de Vermot où était installé l’hôpital du maquis. Les fusillades s’entendaient jusqu’à Mazignien. Les fermiers du château, la famille Guillaume, prévenus par les Anglais, avaient abandonné la maison et s’étaient réfugiés dans les bois. Tous furent sains et saufs. Les maquisards avaient rejoint Les Goths, en passant par les Iles Ménéfriers, le château de Haute Roche – qui n’a rien d’un château, c’est seulement un lieu-dit qui dû abriter
dans des temps très anciens une maison forte - et Mazignien. Craignant l’arrivée des Allemands, tout Mazignien était monté en Moulois, prêt à prendre la fuite dans les bois. C’était le meilleur refuge : aucun Allemand n’aurait osé s’y hasarder. Mais les habitants de Dun auraient-ils pu imaginer ce qui les attendait ? La réalité du drame se révèlera dépasser toute imagination. Le village incendié, 27 hommes, le maire, le curé, l’instituteur, massacrés, fusillés dans le porche de l’église.
C’est dans cet état d’esprit, traumatisés, que, le lendemain du crash des deux avions, nous avons vu débouler les Allemands. Prévenus par le maire, ils arrivaient de Nevers et voulaient se rendre compte sur place. Mais n’osant pas s’avancer dans ce coin reculé du Morvan sans protection, ils avaient pris, en passant à Marigny, le maire en otage et prévenu tout le monde : il serait fusillé si la moindre attaque sortait du bois.
Arrivés sur les lieux, perplexes devant ce spectacle macabre, ils ne savaient quelle décision prendre. Une enquête devait-elle être décidée ? Que faire de ces corps ? La présence de containers remplis de grenades les intriguait. Nous étions vigilants. Ils étaient indécis. Ils ont finalement demandé à ce que rien ne soit touché, que tout reste en l’état. Ils donneraient des instructions plus tard. « Vous ne toucherez pas aux cadavres tant qu’on ne vous en donnera pas l’ordre ». Et ils s’en sont retournés à Nevers.

1O jours. 1O jours, les corps carbonisés des aviateurs anglais sont restés dans le champ, attendant une sépulture décente. A tour de rôle, nous devions, André Chartier, Joseph Bruneau et moi, nous relayer pour éviter que les bêtes n’approchent. Dans une malle, avaient été rassemblés les viscères et autres restes dispersés des corps des Américains. L’odeur de putréfaction devenait chaque jour de plus en plus insupportable. Nous étions en juillet, en pleine chaleur. Et aucune nouvelle des Allemands, aucune instruction.
Le maire décida finalement de procéder à l’enterrement sans leur accord. Heureusement, car aucun ordre n’est jamais venu. Les Allemands avaient sans doute mieux à faire dans cette période où ils sentaient la victoire leur échapper.
Louis Leuthreau, dit le mérisseau (son père avait été maréchal-ferrant) et le coiffeur de Marigny, Ducreux, se dévouèrent et mirent les corps en bière en présence du maire, le père de mon amie d’école Suzanne. Le menuisier du village, Fernand Meunier, avait préparé les cercueils.
Une charrette à chevaux parcourut les cinq kilomètres qui séparent le hameau de la commune. L’inhumation se fit dans le cimetière de Marigny, dans la plus grande simplicité et surtout sans publicité. Il fallait se faire oublier des Allemands. Mais peut-être étaient-ils bien loin de nos préoccupations !
° °
°
Les aviateurs Anglais reposent aujourd’hui encore dans le cimetière de Marigny, au premier rang, à droite. Les Américains sont venus au lendemain de la guerre chercher les restes de leurs soldats pour les rendre à leur famille et à leur pays. Il aura fallu attendre le 17 avril 1999 pour qu’un monument commémoratif en granit soit érigé à l’entrée de Mazignien et rappelle à ceux qui traversent notre village, que quinze hommes de vingt ans, étrangers, sont venus défendre notre liberté au prix de leur vie.
Cinquante ans plus tard, j’ai reçu la visite de la sœur d’un des aviateurs anglais, Rosemary. Elle avait cinq ans en 1944. C’était la première fois qu’elle venait en pèlerinage retrouver le souvenir de son frère. Je lui ai donné le bouton d’une vareuse que j’avais découvert après la guerre et conservé. Il portait une inscription de la Royale Air Force qui attestait de son origine. Emue aux larmes, elle m’a remercié, emportant vers l’Angleterre la précieuse relique. Je ne sais si le bouton a véritablement appartenu à son frère ou à un autre aviateur, mais, dans les yeux de cette femme, c’est sûr, ce bouton était bien le sien.
André POITREAU
12:30 Publié dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mazignien
05.01.2009
Vu sur le web. John Dray parle de son frère, qui servit dans la SAS au côté de la résistance
Il y est question du maquis Bernard.
Les parties 3 et 4 sont accessibles ici
21:39 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.01.2007
Maquis Bayard, destruction d'un fortin
Témoignage apporté par Louis Jacquemart (2006)
22:58 Publié dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.05.2006
CONCLUSION
Nous avons seulement effleuré un vaste sujet et nous regrettons vivement que le temps et les moyens nous aient manqué pour écrire un livre reflétant véritablement le dur labeur des maquisards bourguignons et nivernais. Car si le Charollais, le Morvan et l’Auxois contribuèrent puissamment à briser nos chaînes, maillon après maillon, l’Autunois, l’Auxerrois, le Châtillonnais, le Dijonnais, le Duesmois, le Louhannais et le Sénonais apportèrent, eux aussi, leur « eau » au moulin de la Résistance qui broya l’ivraie allemande.
Ces chroniques — modeste bouquet de gloires représentent cependant la somme de toutes les énergies et de tous les héroïsmes de vingt mille F. F. I. ou F. T. P. Leurs éclatantes victoires ravisèrent les couleurs de notre Drapeau sur les champs de bataille. Elles démontrèrent péremptoirement aux chefs de la Wehrmacht qui croyaient peutêtre au mythe de la dégénérescence française, cher aux théoriciens racistes, que nous n’étions pas encore mûrs pour l’esclavage.
Chacun de nos « Soldats en Sabots » fit reculer l’ « invincible » fantassin d’Outre-Rhin, armé de pied en cap. Entraîné dans son élan par un grand idéal de justices il entendit l’écho de cet émouvant testament d’un Combattant de 1914 s’adressant ainsi à ses enfants :
« Mes chers petits, lorsque vous verrez, dans la rue, un papa marcher en tenant, par la main droite, une petite fille, et, par la main gauche, un petit garçon, bien serrés contre lui, dites-vous : Voilà le papa que nous avions. Il est mort pour que nous puissions continuer à vivre en bons Français. »
Fidèles à cet exemple, les fils de France ont été dignes de leurs Pères. Dans cette reconquête de la liberté, et pour la naissance d’une ère de paix, bon nombre d’entre eux sont restés en chemin, épuisés au fond des cachots et des camps de concentration, fauché sur les tertres ou au creux des carrières, ou ont agonisé au milieu des bleuets, des marguerites et des coquelicots émaillant leurs plaines ou leurs montagnes natales âprement défendues. Afin de ne pas trahir les martyrs qui menèrent une lutte sacrée, il faut que notre union demeure indissoluble. De la terre saturée du sang versé par tous les hommes de bonne volonté, doit jaillir la source pure de la concorde entre les Nations.
Mhère (Nièvre), Janvier 1947.
18:20 Publié dans F. Quatrième partie - Atrocités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
CRIMES DE LA GESTAPO
Trois des crimes commis par la Gestapo de Chalon-sur-Saône, dont le chef était le féroce Kruger, de Posen, touchent de près le Morvan. Ce sont les assassinats de M. l’Abbé Bornet et de MM. Henri et Jean Dollet. Voici les faits dans l’ordre.
Fin mai 1944, une nouvelle qui causa beaucoup de consternation se répandit comme une traînée de poudre dans la petite commune de Glux, bien connue des excursionnistes qui y admirent le modeste berceau de l’Yonne capricieuse. M. l’Abbé Camille Bornet, 48 ans, Curé de la paroisse, desservant Saint-Prix, Officier de réserve, prisonnier des deux guerres — il était revenu à Glux en 1942 — très aimé pour son extrême affabilité, avait été arrêté par la Gestapo à la suite d’une dénonciation perfide, où il fut étiqueté « terroriste » pour avoir porté la communion à des maquisards.
Tout d’abord emmené à Nevers d’où il fit connaître cette dénonciation à sa mère par un petit mot qu’il lui adressa le 2 juin, deux jours après son incarcération, et dans lequel ils s’en remettait à la Providence en disant simplement : « Que la volonté de Dieu soit faite », il fut transféré le 6 à Chalon-sur-Saône (l). Le 9, les Allemands informèrent le surveillant-chef de la maison d’arrêt que M. l’Abbé Bornet s’était donné la mort en se pendant dans sa cellule. S’en étant aperçus, ils l’avaient dépendu, mais en vain. Il était décédé après quarante-huit heures d’une très douloureuse agonie.
Cette thèse qu’il est impossible d’admettre apparaît en réalité entièrement cousue de fil blanc, les bourreaux n’étant pas à un mensonge près. Un premier témoignage, celui d’un surveillant alsacien qui fut seul autorisé par le soldat allemand infirmier à s’approcher du corps du malheureux prêtre, déclare formellement qu’il a vu M. l’Abbé Bornet « râlant, une mousse sanglante aux coins de la bouche, mais qu’il n’a pas remarqué le sillon de strangulation qu’il aurait dû avoir s’il s’était véritablement pendu ».
Un second témoignage, provenant d’un ancien co-détenu des Allemands éclaire cette affirmation en révélant que le matin même, M. l’Abbé Bornet avait été interrogé par la Gestapo. On sait ce que cela veut dire. Le prétendu suicide est une sinistre mise en scène pour faire excuser un massacre. Le même témoin ajoute que leur victime est restée sans aucun soin : « Si M. l’Abbé Bornet avait été conduit à l’hôpital et soigné convenablement, il ne serait pas mort ».
N’est-ce pas accablant pour les soi-disant « surhommes »?
Ceux-ci se conduisirent aussi « brillamment » le 19 août 1944 à Luzy. La veille, un de leurs convois avait été attaqué à la Goulette, sur le territoire de la commune de Millay. En représailles, ils détachèrent un groupe de la garnison d’Autun et s’étant présentés chez le Maire de Luzy, le Docteur Henri Dollet, 48 ans, ils l’avertirent qu’ils le prenaient comme otage et qu’ils allaient incendier une vingtaine de maisons.
Le Docteur Dollet parvint à les détourner de cet acte de banditisme. Pendant son interrogatoire, son fils Jean, âgé de 19 ans, étudiant en médecine, qui se trouvait hors de la demeure de ses parents et s’apprêtait à y rentrer, vit celle-ci cernée par les soldats. Affolé, il s’enfuit en courant. Les Allemands, le rattrapant, l’arrêtèrent à son tour.
Prétextant que la Mairie de Luzy était en relation téléphonique constante avec le maquis voisin, ce qui était faux, le Docteur Mollet et son fils emprisonnés primitivement à Autun, furent transportés à Chalon.
Le 26 août, les habitants de Fragnes et de Mellecey à quelques kilomètres de la ville, entendirent des fusillades. Les meurtres venaient d’être perpétrés, il est navrant de le dire, par des Miliciens. En effet, ceux-ci depuis trois ou quatre jours, accompagnaient les agents de la Gestapo se dirigeant vers le quartier allemand pour ressortir quelques instants après avec leur cortège de martyrs. Il y en eut ainsi cinquante qui tombèrent presque à la veille de la libération (2).

(1) Ainsi que M. Emile Blanchot, 40 ans, menuisier.
(2) Le jeune Dollet blessé à la cuisse fut abattu d’une rafale de mitraillette dans la nuque en tentant de se relever
18:15 Publié dans F. Quatrième partie - Atrocités | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
11.05.2006
QUARANTE‑HUIT HEURES D’EPOUVANTE A DUN-LES-PLACE
26 juin 1944 : une date que les Morvandiaux et les Nivernais n’oublieront jamais.
La soldatesque nazie, ivre de fureur, après avoir incendié la veille Montsauche et Planchez, va assouvir sa rage de brute déchaînée sur le bourg de Dun‑les‑Places. Dun‑les‑Places, un pays bien tranquille, bien paisible, à l’ombre de sa merveilleuse petite basilique qui sera bientôt le théâtre d’un affreux massacre et verra son clocher mutilé par les obus.
Au début de l’après‑midi, la nouvelle se répand que les Allemands occupent Saint‑Brisson. Les gens s’affolent et se sauvent ou se préparent à partir en prévision du pire. Tous n’en auront pas le temps. Vers 15 heures les premiers éléments ennemis venant de Montsauche débouchent sur la place. Parmi eux, se trouvent des Cosaques. Autocars, camions, conduites intérieures, motocyclettes pétaradent. Les Boches stoppent et pénètrent dans les maisons, commencent à fouiller celles‑ci pour y chercher les « Terroristes ».
Trois d’entre eux emmènent à l’Hôtel Blandin, le Maire, M. Emery, marchand de vins, et M. Raoul Brichet, instituteur du Pas-de-Calais, réfugié chez ce dernier avec sa femme et ses deux enfants, âgés de 15 et 8 ans. Son petit Jean s’écrie en pleurant : « Ils vont tuer mon papa ». Cependant un officier, très aimable pour la circonstance, examine les cartes d’identité des deux hommes et les relâche. Finalement les soldats qui ont également arrêté, puis relâché M. Châtelain fils et M. Maurice Dirson, de Mézoc‑le‑Froi, et blessé sur le Mont Velin, alors qu’il s’enfuyait, M. Paul Pichot, boulanger (l), repartent en direction de Vermot, premier but de leur expédition. Mais ils ne s’en vont pas seuls. Ils encadrent des chauffeurs de la Société France‑Route, de Paris, MM. Louis Dardenne, 34 ans, Fernand Deregard, 37 ans ; Raymond Marcheron, 24 ans et Jean Sandrini, 35 ans, radiologue, prisonnier libéré, arrivés à Dun depuis quelques jours. Enchaînés durant vingt‑quatre heures dans un pré, ils auront la gorge tranchée le 27 en compagnie de deux jeunes gens : MM. Comméat, macon, et Girard, mécanicien-frigoriste, âgés de 23 et 21 ans.
Vers 17 heures 30, Verts‑de‑Gris et F. F. I. sont aux prises. Des camions tombent dans un piège de mines. La fusillade est nourrie. Comme on l’a vu, elle sera vive jusqu à 20 heures et se prolongera tard dans la nuit. Un Russe ayant violé une fillette de 14 ans et tenté d’abuser d’une jeune femme dont le bébé sera battu, sera, sur l’ordre d’un officier passé par les armes sur un tas de fumier. MM. Grillot et Petit recevront de nombreux coups de crosse. Douze maisons seront incendiées, parmi lesquelles le Château de Vermot, hôpital de la Résistance.
Au Vieux‑Dun, une habitation sera également brûlée. Mais ceci n’est rien, si l’on peut hélas s’exprimer ainsi, à côté de ce qui se déroule à Dun même. Vers 20 heures 30, de nouvelles troupes arrivent de Montsauche. Tous les hommes se trouvant dans le bourg sont rassemblés près du porche de l’église (2).
La pluie se mettant à tomber, Mme Brichet porte un pardessus à son mari, ainsi qu’à M. Marin, domestique chez M. Emery. Elle va se procurer celui de M. Tournois dont la femme questionne un officier : « J’ai déjà perdu mon père à la guerre de 1914. Vous n’allez pas tuer mon mari ? Cynique, l’officier répond : « Nous accomplirons notre devoir ». M. Emery, interrogé, affirme que les habitants se sont toujours bien conduits avec les soldats et qu’il n’y a pas de résistance dans le pays. Il est autorisé à rentrer chez lui.
Des Allemands sont montés au premier étage de sa maison et ont relevé les stores des fenêtres. Dans quel but ? Leur intelligence en matière de crimes est fertile. Ils vont tout simplement jouer une terrible comédie pour faire valider leur conduite. Une bataille entre soi‑disant maquisards et la Wehrmacht va se livrer au coeur du pays. En fait, cet engagement est monté de toutes pièces, de connivence avec d’autres troupes qui apparais sent par la route de Saulieu.

Subitement, le combat éclate, des coups de canon sont tirés. Instants tragiques. M. Emery, sa femme, Mme Brichet et ses deux enfants qui prient, sont descendus à la cave avec Mme Marin et son fils, âgé de sept ans, et attendent, avec angoisse, comme les autres gens du bourgs la suite des événements. Combien les Boches sont‑ils maintenant ? Peut-être deux mille. Ils fourmillent partout, terminant leurs opérations de pointage des hommes, conduits l’un après l’autre vers le lien de leur exécution, sous le prétexte de vérifier leurs papiers.
Les coups de feu ayant cessé, Mme Brichet remonte pour se rendre compte de la situation. Un soldat, s’exprimant dans un français très correct — sans doute un milicien — l’arrête. — Où allez‑vous, Madame ? — Je vais voir ce qui se passe, nous sommes terrifiés. Que se passe‑t‑il ? — Il y a, Madame, que la Résistance a installé un canon dans le clocher et qu’il tire sur nous. C’est du joli. Vous le saviez, Madame, et votre curé aussi. Il le bénissait tous les jours, il l’a encore béni ce matin en disant sa messe. Mais vous ; allez voir ce que cela va vous coûter. J’ai déjeuné à Dun aujourd’hui et c’est moi qui ai découvert le camp de Vermot.
M. Emery déclare : — Ce n’est pas vrai, j’en donnerais ma tête à couper. Il n’y avait aucun canon dans le clocher à votre arrivée. A peine a‑t‑il parlé qu’on demande le Maire. Il est environ 22 heures 30. De nouveau, on entend des coups de feu. Les minutes s’écoulent, semblables à des siècles...
Puis des soldats s’approchent de la maison de M. Emery pour la réquisitionner. Un officier annonce à Mme Brichet qu’il y a « dix‑sept ou dix‑huit terroristes tués sous le porche de l’église. Vous les verrez demain matin lorsqu’il fera jour ». Et il ajoute : « C’est la guerre ».
Voilà la mentalité des représentants de la « Grande Allemagne », de cette race qui se prétendait « supérieure », et qui l’est, en réalité, en cruauté. Quelle affreuse révélation ! Il est impossible d’avoir une idée des souffrances morales des malheureuses mères et épouses. C’est un atroce martyre que de savoir qu’on ne reverra plus jamais l’être qui est cher, et ceci par la volonté d’un sanguinaire ennemi. Ce douloureux calvaire n’est toutefois pas terminé.
Le 27, les Allemands qui ont recouvert les corps de paille et de genêts, certainement dans l’intention de les brûler, interdisent formellement de sortir des maisons. Mme Emery, ses compagnes et leurs enfants qui ont passé le reste de la nuit dans la cave de M. Régnier sont transférés chez Mme Charpiot, à la Mairie, où des mitrailleuses sont braquées, prêtes à tirer. A la fin de la soirée, Mme Emery demande à un sous‑officier l’autorisation d’aller traire ses vaches avec Mme Marin, ce qui lui est accordé. Mais la besogne est déjà presque achevée par les Allemands qui se sont occupés de panser les bêtes.
La nuit du 27 au 28 semble devoir être éternelle. Qui sait quels projets ont ces monstres ? Ils laissent entendre à leurs prisonnières qu’une autre bataille est possible et qu’il est préférable de se coucher par terre. Le 28, vers 7 heures 30, les soldats qui, enfin, s’en vont, incendient une à une plusieurs maisons de Mésoc‑de‑Froi (Dizien, Renon, Tardy) et de Dun (Coppin, Emery, Roumier, Tournois, Véronnet...).
L’école des filles et la demeure de M. Treillard, forgeron, ont le même sort. Certains Boches chantent, accompagnés par un accordéon et un harmonica. C’est, pour eux, un feu de joie. Naturellement toute la journée de la veille a été employée par ces incendiaires à déménager pour leur profit une grande partie des meubles, à rafler des bijoux, de l’argenterie, des vêtements, du linge, des provisions, du vin, etc... Ils ne s’en retournent pas les mains vides. Les foudres de M. Emery ont été l’objet d’un soin particulier de leur part. Comme ils n’ont pu tout boire ni tout emmener... ils les ont vidés en y pratiquant des trous.
Plusieurs personnes dont la femme de M. Véronnet, malade, ayant pensé à mettre en sauvegarde leurs économies en les portant sur elles, ont été dévalisées. Rien qu’à la Mairie, les Allemands se sont emparés de près de onze mille francs dont sept mille volés dans le sac à main de Mme Charpiot. Ce sac à main était suspecté de servir de cachette à un revolver. Tandis que les miliciens participaient à la dernière partie des représailles, ils ont déclaré à Mme Chopard et à Mme Pichot : « Nous allons vous quitter et les Boches vont aussi vous débarrasser ». Un Allemand « compatissant » a prodigué ses caresses à l’un des quatre enfants de Mme René Blandin en déplorant la mort de son papa : « Tu ne l’auras plus, mon pauvre petit », lui a‑t‑il dit en tapotant ses joues…
**************************************
Telle fut la fin d’un horrible drame que la Wehrmacht, qui festoya et sabla le champagne, commit de sang‑froid. Vingt et un morts pour le bourg seulement, tel en est le triste bilan :
Messieurs,
Anatole Emery, 63 ans, né le 22 9‑1880, à Gouloux (Nièvre), Maire de Dun‑les‑Places.
André Charpiot, 46 ans, né le 11‑12 1897, à Saint‑Ouen (Seine), instituteur, secrétaire de mairie, ex‑prisonnier de l’Oflag XVII A, libéré en 1941, titulaire de deux croix de guerre.
Raoul Brichet, 34 ans, né le 19‑2‑1910, à Waben (Pas‑de Calais), réfugié, provisoirement instituteur à Bornoux, commune de Dun‑les‑Places.
Henri Bachelin, 47 ans, né le 6‑2‑1897, à Dun-les‑Places, et son fils, Albert, 20 ans, cultivateur. Raymond Balloux, 39 ans, né le 14‑5‑1905, à Paris, épicier.
René Blandin, 39 ans, né le 24‑10‑1904, à Dun-les‑Places, cantonnier Modeste Castellvi, 29 ans, né le 28 5‑1915, à Serra de Almos (Espagne), bûcheron.
Marcel Philippe Delavault, S3 ans, né le 264 191L à Paris, cultivateur.
Jean Dirson, 46 ans, né le 13‑1‑1898, à Paris, cultivateur.
Eugène Friche, 27 ans, né le 24‑12‑1916 à Bobigny (Seine), domestique agricole.
René Jeand’heur5 43 ans, né le 17‑3‑1901, à Brunswick (Allemagne), interprète résidant à Quarré‑les‑Tombes.
Nicolas Leprun, 45 anse né le 25‑11‑1898, à Dunles‑Places, employé de commerce.
Paul Marin, 41 ans, né le 17‑12‑1902, à Paris, domestique agricole.
Bernard Pelmann, 38 ans, né le 18‑10‑1905, à Paris, bûcheron, fusillé dans un pré le matin du 27 juin.
André Sampic, 63 ans, né le 14‑12‑1875, à Eletot (Seine‑Inférieure), professeur d’anglais honoraire au Collège de Joigny (Yonne).
Léon Tournois, 40 ans, né le 30-10‑1903, à Ouroux (Nièvre), hôtelier.
Joseph Candeli, 45 ans, maçon.
Quant à M. l’Abbé Roland, 38 ans, né le 23‑5-1906, à Saint‑Père (Nièvre), il expira après d’affreuses tortures. Les Allemands le conduisirent au clocher où ils avaient monté une mitrailleuse. Ils le flagellèrent avec une lanière de cuir terminée par une boule de porcelaine et l’achevèrent à coups de revolver (3).
Toutes les victimes furent dépossédées de ce qu’elles avaient de plus précieux. Cinq corps furent trouvés à gauche du porche de l’église, neuf sous le porche, trois sur la place et un sur la route de Saulieu (celui de M. Raoul Brichet qui fut tué en tentant de se sauver, juste au moment où il sautait le petit mur entourant la place) . Quelques‑uns avaient été férocement mutilés. La porte de l’église, criblée de balles, était couverte de lambeaux de chair et de cervelle et toute rouge de sang.
Qui fut l’instigateur de ces actes de barbarie ? Un certain Docteur Daubner — Wolf de son vrai nom — venu s’installer à Dun‑les‑Places. Se prétendant anti‑allemand et sujet tchécoslovaque, il s’adonna à l’espionnage. Il fit notamment arrêter, puis libérer, M. Marcel Blandin qui, emprisonné un mois à Auxerre. fut de tous les hommes arrêtés le 26 juin, le seul qui parvint à s’enfuir.
Un fait est sûr : les Allemands étaient possesseurs de plans manuscrits du bourg ainsi que l’ont constaté Mesdames Pichet et Tournois. Et, sur ces plans, du crayon rouge avait été utilisé pour signaler plus spécialement quelques maisons.
Le Docteur Daubner est parti de Dun avant le jour fatal. D’où les Allemands sont‑ils venus ? Une partie de leurs convois était composée de véhicules des départements de la Saône‑et‑Loire, du Jura et de la Côte‑d’Or. On a su par M. Gollotte (Français, chauffeur d’autobus réquisitionné), que les hommes qu’il transportait avaient été chargés à Dijon derrière la prison. L’une des colonnes, commandée par le Lieutenant Werfürth, droguiste à Rosenberg (Allemagne), fusilla lors de son passage sur la commune de Chissey.en‑Morvan, un réfugié du Pas‑de‑Calais, Daniel Chubin, 15 ans, domicilié à Ménessaire et deux jeunes gens d’Alligny‑en.Morvan, Roger Fleck, 16 ans et André Charles, 18 ans. Ces derniers se rendaient à bicyclette auprès d’un camarade hospitalisé à Autun à la suite d’un accident d’automobile. Ils furent tous tués par plusieurs décharges de mitraillette près du hameau de Vauchezeuil.
(1) M. Brisquet fut aussi atteint en s’échappant du village des Bourdeaux. (2) Sauf quelques personnes : d’une part, M. Regnier épicier qui, âgé de 69 ans, se fit passer pour en avoir 75, M. Choureau, 50 ans et un octogénaire, M. Auguste Blandin ; et d’autre part, M. Autixier qui put se cacher. (3) A sa mère, ils déclarèrent : « On l’a tué ton bandit de curé ».
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26.02.2006
MORVAN, TERRE BRULEE
Planchez, Montsauche, Dun-les-Places, trois étapes douloureuses. un seul trait de feu et de sang.. déchaînement d’une fureur sauvage, sans borne. Les Allemands sont passés là. Mais revivons le drame.
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24 juin 1944. Premier épisode de ce film tragique. Le Capitaine Bernard reçoit vers quatorze heures la confirmation que deux camions ennemis transportant environ cinquante hommes, venus de Château Chinon à la suite d’une lettre anonyme parvenue à la Feldkommandantur de cette ville, occupent le bourg de Montsauche. Ayant installé un poste près des hôtels, les Boches surveillent la route N. l 7 bis et toutes les issues du pays, ne permettant à personne de sortir.
A 15 heures 30, d’accord avec le Capitaine anglais commandant le détachement de parachutistes, le Capitaine Bernard, dont le groupe ne comprend aussi qu’une cinquantaine d’hommes, décide de tendre une embuscade aux Allemands, lors de leur retour, sur la route de Montsauche à Château-Chinon, au lieudit « La Verrerie », à cinq kilomètres de Planchez.
A 21 heures, ceux ci quittent Montsauche, ayant pris quelques automobilistes et un motocycliste comme otages. A 21 heures 30, seize Français et huit Anglais, armés de quatre F. M., de mitraillettes lourdes, de fusils à répétition et de grenades, déclenchent leur attaque.
Le premier camion est contraint de stopper et s’enflamme. Aussitôt les Allemands s’égaillent aux alentours et durant une heure ripostent. Battus, ils laissent vingt cinq morts et de nombreux blessés (l). Un F. M., deux mitraillettes, dix sept fusils, trois revolvers, quatre cents cartouches et plusieurs chargeurs de fusils mitrailleurs sont récupérés. Malheureusement, le maquisard Jacques Chataigneau, fils du Gouverneur Général de l’Algérie, est tombé à côté du Capitaine Bernard. Trois civils Français du convoi sont blessés et soignés au camp. Trois prisonniers sont emmenés.
Le lendemain 25, à 13 heures, une colonne de douze à treize camions ayant fait un détour par Ouroux où furent tués M. Ravet Pierre, 76 ans, et son fi1s, Paul, 44 ans, ainsi que M. Nitzel Georges, 39 ans, arrive à Montsauche.
Toutes les maisons sont envahies par les soldats armés jusqu’aux dents, « la poitrine barrée de cartouches, ayant en mains couteau et mitraillette », nous dit M. l’Abbé Charrault.
(1) Certains réveillant la receveuse des Postes de Planchez en lui interdisant de parler, téléphoneront à Château Chinon.
Le Maire, M. Pernet, sommé par un officier de fournir dix hommes pour aller relever les morts de la Verrerie, obtient cependant que personne ne soit emmené. Et les Allemands partent seuls...
Nouvelle et rude bagarre. La section de l’Adjudant Massoulard lutte contre un effectif de cent vingt hommes.
Obligée de se replier, elle se retire vers 18 heures, non sans avoir infligé à l’ennemi de lourdes pertes - quatorze tués, dix blessés (1) - et s’être assurée un butin qui n’est pas négligeable : fusils, bandes de balles de mitrailleuses, grenades. Deux autres citoyens du Reich, abattus dans la journée aux Détrapis ne retourneront pas « in Germany ».
A Montsauche, deux fanions ont été plantés aux extrémités du pays. Les Allemands vont et viennent en vociférant et grommelant. Ils questionnent les habitants et s’étonnent de ne trouver que des femmes et que quelques hommes non mobilisables, les autres s’étant cachés dans les bois.
A 19 heures, un officier descend d’une voiture revenant de la Verrerie où s’élève un incendie. Il donne un ordre au Maire :
« Informez toutes les personnes de votre commune que toutes les maisons devront être évacuées dans un délai de trois quarts d’heure. Prescrivez-leur d’emporter des vivres pour deux jours ainsi qu’une couverture et de s’éloigner de deux kilomètres ».
(1) Premier bilan. En fait, la Verrerie a coûté 96 morts aux Allemands, selon leurs propres déclarations.
M Pernet déclare qu’il ne lui est pas possible d’avertir toute la commune. L’officier répond :
« L’agglomération du bourg seulement ».
Le garde champêtre annonce la triste nouvelle. Chacun s’en va, sauvant ce qu’il peut du désastre qu il pressent le coeur serré, car n’a t il pas lu, dans les journaux, payés par les nazis, que la politique de la terre brûlée serait pratiquée pour notre salut ?
« On va perquisitionner chez vous », disent les Allemands. Quelle perquisition ! Déjà le pillage s’organise et s’étend. La « razzia » boche commence, tandis que les gens s’enfuient, apeurés, tremblant de crainte. Leurs larmes coulent...
Bientôt, une maison brûle, puis une autre et une autre encore. Petit à petit, tout prend feu, grâce à une bonne provision de bombes plastiques apportées a cet effet. Montsauche rougeoie dans la nuit. Ce n’est plus qu’un immense et fantastique brasier. Les étincelles jaillissent sans arrêt, les flammes montent et descendent, les toits s’écroulent...
A 7 heures du matin, le 26, le clocher de l’église qui n’a même pas été respecté, ce qui n’étonne pas de la part des troupes de l’Antechrist (1) tombe à son tour. Agonie d’un pays !
M. Emery, 72 ans, inquiet du sort de son bétil, tente d’approcher de sa demeure. Il est fusillé par une sentinelle qui a grimpé sur un arbre, sans doute pour mieux juger du spectacle.
(1) Voir : Les prophéties de la Fin des Temps, par Marcel Hamon (La Nouvelle Edition).

MONTSAUCHE : Intérieur d’une maison
(Photo Mirland, Saulieu)
Le 27, chacun peut enfin rentrer pour ne retrouver de son chez soi que des pans de murs, des cendres, des ferrailles tordues. Seules la poste et la gendarmerie restent intactes ainsi que la maison d’un collaborateur. Il est très vraisemblable de supposer que ces immeubles n’ont été épargnés que aprce qu’il n’en a pu être autrement, pour la seule raison que les « munitions » étaient épuisées.
La maison du collaborateur porte d’ailleurs les traces d’un commencement d’incendie.
Au total, soixante dix huit locaux d’habitation, quatorze bâtiments d’exploitation agricole, vingt-huit bâtiments à usage commercial, onze ateliers artisanaux ont été détruits au cours de cette nuit de cauchemar et d’enfer. Le nombre des sinistrés s’élève à trois cent deux.

(Photo Mirland)
25 juin. Une autre scène semblable à celle de Montsauche se déroule à Planchez. C’est la fête du pays. Personne ne pense que cette fois, elle finira mal et que la gaîté fera tout à l’heure place au plus sombre désespoir.
Tout à coup, à la fin de l’après-midi, grand émoi. Les Allemands sont là. Ce n’est pas bon signe. Les voici qui interpellent le Maire, M. Monin. Même échange de paroles qu’au chef lieu de canton : « Le pays doit être vidé de ses habitants dans un délai trois quarts d’heure ». Il est inutile de discuter et d’insister pour savoir quelle est la cause de ce que nous appellerons un ultimatum. L’officier teuton se borne à faire remarquer que « l’aiguille tourne ». Les gens iront « rejoindre les terroristes ».
Il faut se dépêcher, partir au plus vite avec quelques maigres ballots, lâcher les bêtes qui sont dans les écuries.
Deux vieillards, M. et Mme Parthiot, 82 et 79 ails, étant restés chez eux, les vandales s’en aperçoivent et les prient de quitter les lieux immédiatement à moins qu’ils ne préfèrent aller dans l’autre monde. Proposition bien allemande. L’ennemi a certainement envie de faire partir ses fusils. Il se rattrapera à Dun les Places où il donnera libre cours à sa soif de sang. En attendant, il aura une victime toute trouvée en la personne de M. François Thibault, 55 ans, de la Gutteleau, cantonnier retraité que soutiennent des béquilles, ancien combattant de 14, de l’Armée d’Orient.
Une vingtaine de Boches ont déchargé des caisses dont ils vont se servir, ils prennent des bombes incendiaires. Quelle vision ! Les maisons sont évidemment visitées avant d’être brûlées. Les Allemands sont méthodiques et ils procèdent par ordre. Quand ils ont choisi les articles qui leur conviennent, ils allument les mèches.
Des bois, la mort dans l’âme, les habitants assistent à l’incendie qui crépite et dont la lueur et la nouvelle se répandent au loin.

(Photo Collot, Service de Recherche des crimes de guerre. Dijon.)
Le lendemain, le premier homme qui ose revenir dans le bourg, au lever du soleil, est M. l’Abbé de Chabannes. Il se rend à l’église qui ici demeure debout au milieu des ruines. Est il prudent d’y rentrer ? Plusieurs questions viennent à l’esprit de M. le Curé - que nous remercions de son témoignage – N’y a t il pas d’engins explosifs à la poignée de la porte ou sur la cloche ?... Non, voici que cette dernière tinte... O lugubre Angélus !...
Les gens commencent à affluer et essayent de sauver le four et le fournil du boulanger. L’oeuvre de destruction est terminée. Le village achève de se consumer. Ici on compte cinquante deux maisons en ruines (l) et cent quatre vingt deux sinistrés. Les habitations qui n’ont pas été touchées sont celles où les mèches ont fait long feu (2).
(1) Dont les écoles, la mairie, la poste, le presbytère, quatre hôtels restaurants, deux épiceries, etc .
Deux immeubles dont l’un au Lassas, furent dynamités.
(2) Les Allemands se sont servi en plus de leurs bombes incendiaires, des bombes d’aviation françaises datant de 1927. Signalons à leur décharge (!!) qu’ils déposèrent dans un jardin attenant à la maison où ils les avaient découverts, deux paquets destinés à un de nos prisonniers.
M. Leon Basdevant, 46 ans, a fait preuve d’une courageuse et noble attitude en s’offrant à être fusillé peur sauver Planchez, après avoir donné l’argent qu’il portait sur lui à l’officier qui le renvoya.
11:30 Publié dans F. Quatrième partie - Atrocités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.02.2006
« JE REGARDE LA MORT EN FACE... »
Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1942 une bombe fut lancée par des patriotes sur la Soldatenheim de Dijon. Elle n’éclata pas, et ne fit, par conséquent, aucune victime. Cependant, les Allemands, secondés hélas ! par des Français traîtres, les policiers Marsac, Gauthier et Gillot, allaient, en représailles, commettre l’un des crimes les plus odieux que l’on puisse imaginer en fusillant cinq jeunes gens : René Romenteau, Pierre Vieillard, René Laforge, Jean Jacques Schellnenberger, dit Jean Coiffier (1) tous élèves maîtres à l’école Normale d’instituteurs de Dijon, promotion 1939-42 ; et Robert Creux qui remplaça le cinquième normalien, Jouannaud, celui ci ayant bénéficié d’un non lieu trois jours avant l’exécution (2).
(1) Beau fils, de souche morvandelle, du poète Louis Coiffier. Ses oncle et tante, M. et Mme Reviriau et Mlle Guyot, sont respectivement instituteurs à Lormes et à Corancy.
(2) Robert Creux fut pris parce que son frère Jean, condamné à un an de prison en 1941 pour menées communistes, s’était évadé de l’hôpital où il était en traitement. Jean, chef de la Résistance du département de l’Aube, fut cependant fusillé plus tard, le 19 avril à Troyes, à la suite d’une dénonciation.
René Romenteau, de Blaisy Bas, fut arrêté le 14 janvier dans sa classe à Semur en Auxois où l’Académie l’avait envoyé effectuer un stage d’un mois. Le 16, Jean Schellnenberger était également arrêté dans sa classe aux Laumes. Emmenés à Dijon et remis à la Gestapo, ils furent rejoints, le 20, par Pierre Vieillard, de Dijon et René Lafarge, d’Arnay le Duc (1).
Quel prétexte invoqua t on ? On allégua qu’une feuille ayant trait à la fabrication des explosifs avait été trouvée dans le livre de chimie de l’un d’eux, puis qu’ils avaient distribué des tracts... Simples motifs exposés par l’ennemi et ne reposant sur aucune preuve absolue.
En prison, tous se plaignirent du manque de nourriture. Leurs parents, ou des amis dévoués réussirent, non sans peine, à leur faire parvenir quelques colis (2).
« Merci de tout coeur, prévenez ma soeur de ne pas trop s’en faire. J’ignore le temps que je serai ici. Je pense être jugé et repasser aux autorités françaises. On meurt de faim ici », dit René Laforge dans un petit mot qu’il réussit à passer en fraude.
(1 ) A 10 h. 45, deux civils vinrent chercher ce dernier à l’école Dijon Tivoli. Le plus âgé, parlant avec un accent allemand très prononcé, présenta au directeur, M. Guyot, une carte de la police de sûreté française. En sa présence, ils informèrent le Jeune homme qu’ils désiraient perquisitionner dans sa chambre. Une automobile, au volant de laquelle se tenait un Allemand, attendait à la porte de l’école...
(2) Ainsi, Robert Creux ne fut autorisé à recevoir des paquets qu’un mois après son arrestation qui se produisit le 13 janvier. Sa cause devait être défendue par un avocat le 7 mars.
De son côté, Jean Schellnenberger, qui resta au secret (certainement considéré comme juif à cause de son nom), traça à l’intérieur d’une chemise et à la pâte dentifrice, probablement avec une dent de peigne, les lignes suivantes :
« Suis en bonne santé, malgré la faim. Ignore pourquoi défendu recevoir à manger. Tiendrai le coup. Bon moral. Ne vous bilez pas trop pour moi. ça ira. Bientôt jugé. Vous aime. Bons baisers à toutes et à tous ».
« Le 10 janvier 1942, un attentat au moyen d’engins explosifs a été commis contre le foyer du soldat allemand à Dijon.
« Le 27 janvier, à Montceau les Mines, un soldat allemand a été tué d’un coup de feu par des éléments communistes.
« Le 29 janvier, à Montchanin les Mines, un douanier allemand a été grièvement blessé à coups de revolver, par des criminels appartenant aux mêmes milieux.
« En représailles de ces lâches attentats, l’exécution d’un certain nombre de communistes et juifs, considérés comme solidaires des coupables a été ordonnée ».
Der Chef der Mil. Verw Nordostfrankreich
Avertis de leur sort vers quinze heures, les quatre Normaliens et leur camarade Robert Creux, déclarèrent à l’officier interprète Meyer : « Nous sommes fiers et contents de penser que nous mourrons pour notre Patrie ». Profitant de la complicité de leurs gardiens, ils convinrent de leurs cris avant la minute suprême : « Vive la France ! Vive la République ! Vive le Communisme ! »
Jean Schellnenberger communiqua à Pierre Vieillard. ce billet admirable de stoïcisme, d’une écriture au crayon énergique et nette : « Mon vieux Vieillard, c’est fini. Adieu, Sois courageux, nous ne souffrirons pas. Tue mouches » (1).
Avant d’être conduits vers le poteau de la butte du champ de tir de Montmuzard, ils rédigèrent tous une lettre d’adieu à ceux qui les aimaient. Les Allemands conservèrent ces lettres, sauf celle de René Laforge (2) qui, tellement atterré, ne pouvait se résoudre à écrire, lorsqu’ayant été forcé par le prêtre d’accepter une dernière cigarette, il se ressaisit et s’adressa en ces termes aux amis de l’une de ses soeurs, Mme Suzanne Camusat :
« Chers Amis,
« C’est à vous que j’écris en dernier lieu parce que je n’ai pas le courage d’écrire à Arnay. Je vais mourir aujourd’hui quoique étant innocent et m’étant toujours efforcé de faire le bien dans ma vie,
« Vous irez à Arnay, vous leur donnerez cette lettre et vous leur direz que mes dernières pensées ont été pour eux, pour Suzanne, pour Mimile, et surtout pour le cher petit Guy (l) que j’aimais tant. Je voudrais qu’on lui parle souvent de moi quand il sera grand. J’ai pensé aussi à vous, chers amis, qui avez tant adouci mes derniers jours. Vous direz aussi à Auxonne, à Lucienne et à Jeannot, et à Belan, à Suzanne, Jean et Jeannine, que je pense tendrement à eux. Je pense aussi à ceux d’Epinac. Je suis consterné pour mes frères Henri et Fernand prisonniers, vous leur laisserez ignorer ma mort jusqu’à leur retour.
(1) Sobriquet d’Ecole Normale.
(2) Elle n’arriva à ses destinataires que le l7 juillet. Toutes furent expédiées à Paris au service de Schtulmpnagel, par celui qui avait prescrit l’execution : Losch, conseiller administratif de guerre avocat à Stuttgart.
« Je suis très pauvre, mais tout ce qui m’appartient, je désire que Suzanne, à Arnay, en hérite pour Guy plus tard ; argent et mes livres que j’aimais tant.
« Mes dernières volontés sont que vous ne me pleuriez pas trop, tous.
« J’aurais aimé que mon corps repose dans le cimetière d’Epinac près de mes parents, mais je sais que c’est impossible.
« Vous irez dire aussi à mon Directeur d’Ecole Normale, que je suis mort courageusement. comme il sied à l’homme qu’il avait formé. Dites lui adieu tendrement de ma part.
« Je crois que l’heure approche. Je suis en train de fumer ma dernière cigarette. Je regarde la mort en face et je n’ai pas peur.
« Je vais mourir en catholique, mes parents étant morts ainsi. La confession me permettra d’ailleurs de résumer ma vie et de la revivre un peu.
« Je vous embrasse ainsi que toute la famille, très, très tendrement.
« René Laforge ».
(1) Son neveu.
René Romenteau mourut le premier à 18 h. 02 ; Pierre Vieillard, à 18 h. 12 ; René Laforge, à 18 h. 20 ; Jean Schellnenberger, à 18 h. 29, Robert Creux, à 18 h. 40.
Ecole Normale - Education communiste - Pour servir d’exemple.
Voilà la saule raison de ces assassinats, fournie par l’aumônier allemand. Et les meurtriers ordonnèrent que leurs corps ne reposent pas l’un prés de l’autre. Et ils eurent l’audace de leur rendre les honneurs mitaires. O atroce ignominie !
* * *
7 mars 1942 1er novembre 1944 : Après deux années sanglantes au cours desquelles des centaines et des centaines de Guy Moquet et de René Laforge tombèrent vaillamment. Crânement, pour que la France revive, pour nous préparer, selon l’inoubliable expression de Gabriel Peri « des lendemains qui chantent », ce fut enfin sans crainte que la foule dijonnaise, put en cette fête des morts, rendre un dernier hommage solennel à ces héros, enterrés à la fosse commune, où elle n’avait jamais cessé de déposer malgré tout, fleurs, couronnes, cocardes tricolores.
M. Uriot, Directeur de l’école Normale, se faisant en cela l’interprète de l’émotion étreignant tous les coeurs, prononça ce discours :
« C’est une minute émouvante que celle ci. Jamais depuis l’affreuse tragédie du 7 mars 1942, nous n’étions venus librement au jour de la Toussaint, sur la tombe de nos élèves : Laforge, Romenteau, Schellnenberger, Vieillard.
« Ils appartenaient à la dernière promotion de l’école Normale. Ils avaient vingt ans, l’âge où dans les natures riches, retentit jusqu’au profond de l’être, l’appel si troublant de la vie ; l’âge des élans généreux et des enthousiasmes passionnés ; l’âge où, résolument, Ies jeunes se tournent vers l’avenir qu’ils construisent en un beau rêve, impatients d’entreprendre, de lutter, de se dévouer.
« Ils avaient vingt ans. Et je pense aux dernières semaines, à l’arrestation brutale, à l’instruction menée dans le mystère et le secret, aux brutalités et aux tortures multipliées, à l’horrible détention dans le silence d’une morne cellule où rôde invisible et présente, la Mort. Déjà commence le martyre. Ces jeunes gens, des enfants encore vivent retranchés du monde, mal nourris et mal soignés, isolés de leurs parents, de leurs familles, de tous ceux qu’ils aiment et qu’ils ne reverront plus. Alors, ils se montrent des hommes, car ce sont des vertus hautement viriles que leur calme, leur résignation simple, leur endurance, leur courage tranquille.
« Souvent, j’ai tenté de revivre le dénouement d’épouvante. Sans même un simulacre de justice, arbitrairement, les bourreaux choisissent les victimes et leur annoncent la décision fatale. Est ce désespoir ? lamentation ? pleurs et suppliques ? ou révoltes et injures ? Nous le savons avec certitude : Schellnenberger souhaite courage à son camarade Vieillard, René Laforge écrit la lettre que vous savez, épanchement d’une délicate tendresse dans une sérénité souveraine.
« Et voici les paroles de L’homme : « Je regarde la mort en face et je n’ai pas peur ».
« Devant le peloton des tueurs, soyons en sûrs, ils portèrent la tête haute, leur pensée dernière fut pour les êtres qu’ils chérissaient et leur dernier cri pour offrir le don sans égal d’eux mêmes, de leur chair et de leur sang, de leur magnifique jeunesse, riche de promesses et d’espoirs infinis. Ils entrèrent debout dans la mort.
« Le temps passe. La douleur des mères, des parents, des amis, reste poignante, mais un sentiment de fierté, grave et fort, redresse les fronts et brille dans les regards. Déjà, ces jeunes nous font la leçon, nous donnent leur exemple et, selon le mot du penseur, lancent l’appel des héros. Bientôt, dans notre école retrouvée. un monument gardera leur mémoire, mais nous ne ferons pas assez, si, au fond de nous, fidèlement, pieusement, nous n’entretenions vivante, la flamme du souvenir. Dans le drame sanglant où notre France se trouve engagée tout entière, ceux ci ont tenu leur place, ont joué leur rôle, se levant contre l’oppresseur affrontant tous les dangers, prêts à tous les sacrifices. Et d’un coup, devant la mort, ils ont atteint les sommets de l’héroïsme et de la grandeur ».
Le 14 décembre 1944, ils furent exhumés pour être inhumés côte à côte. En cet ultime adieu et parmi les nombreuses personnalités qui prirent la parole, Monsieur le Docteur Roclore exalta leur mémoire d’une manière vibrante :
« Ce que fut leur sacrifice suprême, ce fut celui de milliers et de millions de Français elui, suivant leur sillage de gloire, acceptèrent d’arroser de leur sang cette terre de France pour qu’elle puisse un jour redevenir libre et poursuivre son immortel destin.
« Mais ceux ci furent les premiers... et ils nous montrèrent que pour se manifester, l’âme française n’avait pas besoin d’attendre la maturité des corps... et le long frisson d’horreur qui parcourut les populations de nos villes et de nos villages à la nouvelle brutale de cette sanglante tragédie, atteignit son paroxysme lorsque furent connus les âges de nos malheureux camarades...
« ... Ce jour là, serrant silencieusement les poings et ignorant tout d’eux, mais sachant seulement pourquoi ils étaient morts, nous fûmes quelques uns qui nous sommes juré de les venger un jour et de suivre leur magnifique exemple.
« La Résistance dans nos régions est née de leur sacrifice et nous pouvons dire que ces jeunes furent les pionniers qui entraînaient dans leur sillage de gloire tous ceux qui n’acceptaient pas, qui n’accepteraient jamais que notre Patrie disparaisse de la carte du monde.
« L’heure est venue avec la Libération, de dire bien haut que c’est grâce à ceux que nous pleu. rons aujourd’hui que nous avons pu voir nos trois couleurs flotter de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre Dame, puis jusqu’aux monuments de notre capitale bourguignonne.
« Et maintenant, nous pouvons vous pleurer, nous avons le droit de nous tourner vers vos familles éplorées et leur dire que votre sacrifice n’a pas été vain et leur demander de rechercher dans le sublime de votre mort, la consolation ou tout au moins atténuation de leur immense chagrin.
« C’est grâce à vous, nos camarades tombés tout le long de ce douloureux chemin de croix, c’est grâce à vous si aujourd’hui nous pouvons penser et respirer librement
« Qu’ils me soit permis, au nom du Comité Départemental de Libération et au nom de tous ceux qui ont combattu, qui ont souffert et qui souffrent encore dans leur chair et dans leur coeur, d’apporter à vos familles en deuil toute notre sympathie.
« Dormez en paix. Vos sacrifices n’ont pas été vains. Grâce à vous la France renaît dans sa grandeur et son indépendance ».
* *
Oui, dormez en paix, René Romenteau, Pierre Vieillard, René Laforge, Jean Jacques Schellnenberger, Robert Creux. C’est à vous que pensent tous ceux qui lisent les vers de l’immortel Péguy :
« Heureux ceux qui sort morts en une juste guerre ;
Heureux les épis lourds et les blés moissonnés ».
(1) Beau-fils, de souche morvandelle, du poète Louis Coiffier. Ses oncle et tante, M. et Me Reviriau et Melle Guyot, sont respectivement instituteurs à Lormes et Corancy.
(2) Robert Creux fut pris parce que son frère Jean, condamné à un an de prison en 1941 pour menées communistes, s'était évadé de l'hôpital où il était en traitement. Jean, chef de la Résistance du département de l'Aube, fut cependant fusillé plus tard, le 19 avril à Troyes, à la suite d'une dénonciation.
(3) À 10h45, deux civils vinrent chercher ce dernier à l'école Dijon-Tivoli. Le plus âgé, parlant avec un accent allemand très prononcé, présenta au directeur, M. Guyot, une carte de la police de sûreté française. En sa présence, ils informèrent le jeune homme qu'ils désiraient perquisistionner dans sa chambre. une automobile, au volant de laquelle se tenait un Allemand, attendait à la porte de l'école…
(4) Ainsi Robert Creux ne fut autorisé à recevoir des paquets qu'un mois après son arrestation qui se produisit le 13 janvier. Sa cause devait être défendue par un avocat le 7 mars.
(5) Sobriquet d'École Normale.
(6) Elle n'arriva à ses destinataires que le 17 juillet. Toutes furent expédiées à Paris au service de Schtulmpnagel, par celui qui avait prescrit l'exécution : Losch, conseiller administratif de guerre, avocat à Stuttgart.
(7) Son neveu.
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AVERTISSEMENT
(1) Déclaration d’un chef S.S. à Fritz Wagner Maître chaudronnier. Extrait du rapport de ce dernier au Tribunal de Bühl en Bade, le 22 novembre 1945, à propos de l’exécution de huit résistants : MM. Jean Barnet, garagiste à Arnay le Duc ; Joseph Joblot, de Fresse (Haute Saône) ; Joseph Moncel, de St Etienne-des Ouillères ; Raymond Pader, de Paris ; François Robe et Jean Serruau, d’Autun ; Roger Rougeot, de Lucenay, et François Roux, de Chroges.
22:40 Publié dans F. Quatrième partie - Atrocités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.02.2006
Les Partisans perdent celle qui a composé leur hymne
Née en Russie le 30 octobre 1917 qu’elle quitte pour la France au début des années vingt et surnommée la "troubadour de la Résistance", la chanteuse et guitariste d'origine russe Anna Betoulinski alias Anna Marly, est décédée mercredi 15.02.2006 , à l'âge de 88 ans en Alaska, où elle résidait .
Elle avait composé la musique de l'hymne des maquis, le bouleversant "Chant des Partisans".
Fin 1942, Anna Marly gratte quelques accords tout en composant les paroles d'un chant en russe "d'une forêt à l'autre la route longe le précipice où le corbeau ne vole pas", un chant "sorti de (ses) entrailles. La musique du "Chant des partisans" est née.
Début 1943, lors d'une soirée à Londres, elle l'interprète en russe, accompagnée de sa guitare, devant Henri Frenay, l'un des dirigeants de la Résistance, et deux jeunes journalistes-écrivains, Joseph Kessel et Maurice Druon. Kessel, qui parle russe, est bouleversé par les paroles et la mélodie.
Avec son neveu Maurice Druon, il écrit sur un coin de table les paroles "Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines...". "Le Chant des Partisans" est né.
La mémoire collective a davantage retenu les noms des auteurs des paroles françaises de ce chant national, Joseph Kessel et Maurice Druon.
Sifflé comme indicatif de l'émission de la BBC "Honneur et Patrie", puis comme signe de reconnaissance dans les maquis, "Le Chant des Partisans" était devenu un succès mondial et Anna Marly l'a chanté dans le monde entier.
Le 17 juin 2000, Anna Marly avait participé à un hommage à Jean Moulin et chanté au Panthéon, avec le Chœur de l'Armée française, le "Chant des Partisans" à la veille du 60ème anniversaire de l'Appel du 18 Juin 1940 du général de Gaulle.
Elle a raconté sa vie dans un livre, "Anna Marly, troubadour de la Résistance" (éditions Tallandier/Historia), publié en 2000.
11:45 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.01.2006
L. Honneur aux Maquisards du Nivernais et du Morvan
Le Lieutenant-Colonel Roche, Commandant le département de la Nièvre, cite à l'ordre du département le Capitaine Aubin, commandant le 5e Bataillon F. F. I. de la Nièvre :
« Officier F. F. I. d'une bravoure légendaire animé du plus haut sentiment du devoir.
« Pionnier acharné de la Résistance, hypnotisé par le désir de détruire le Boche.
« Dès 1941, a entrepris une propagande dans les localités de la région de Montsauche, où il jouissait de l'estime et du dévouement de la totalité des habitants, en vue de créer un mouvement de résistance contre l'envahisseur et la politique de Vichy.
« Pendant les années 1942 et 1943, réussit à mettre sur pied des maquis dans la région de Montsauche dont il prit personnellement la direction et malgré les difficultés de toutes sortes, effectua des opérations et des destructions qui gênèrent très sérieusement les troupes d'occupation.
« Dès le début de 1944 se donna à fond à l'organisation intensive des maquis et grâce à ses connaissances approfondies de toutes les ressources de la zone du Morvan, réussit à constituer le plus gros maquis de la résistance qu'il a nourri et prépare au combat.
« Déjà cité au mois de juin, à la suite d'une opération des plus hardies qui se solda par une destruction totale d'un détachement d'environ cinquante ennemis (1) le Capitaine Aubin se distingua à maintes reprises dans d'autres opérations.
« Toujours sur la brèche jour et nuit, arpentant les routes du Morvan pour le service, s'est dépensé jusqu'à la limite des forces humaines et par un tour de force dont lui seul est capable, a permis de sortir de son maquis deux beaux bataillons ».
Cottereau Maurice, Lieutenant F. F. I. du Maquis Bernard :
« Au maquis depuis le 19 mai 1944.
« Officier de grande bravoure, véritable entraîneur d'hommes, a montré en maintes circonstances la preuve de son courage et de son mépris du danger, notamment à l'affaire de la Verrerie, le 25 juin 1944.
« S'est particulièrement distingué le 5 septembre 1944 dans les circonstances suivantes : parti en voiture pour inspecter une de ses sections placée en embuscade, s'est brusquement trouvé en présence d'une colonne de camions et de chars allemands échelonnée sur une profondeur d'au moins quinze cents mètres, n'a pas tenu compte du signal d'arrêt que lui faisait un officier allemand et a réussi à croiser entièrement la colonne sans dommage pour lui et l'homme qui l'accompagnait ».
Legrain Fernand, du Maquis Bernard :
« Membre de la Résistance depuis deux ans, a dans des moments difficiles, fourni de nombreux renseignements à ses chefs ; n'a pas hésité à héberger des réfractaires et à les loger ; s'est dépensé jusqu'à la limite de ses forces à ravitailler le maquis de jour comme de nuit sans aucun souci du danger qui le menaçait, a été victime des Allemands par l'arrestation de son fils (le 22 juin 1944) et la destruction de sa maison ».
Kirgen Marc. Lieutenant-Médecin (2) :
« Dans la résistance depuis août 1943 à La Charité (Nièvre) dans le maquis depuis mai 1944. Officier d'une valeur exceptionnelle, a participé à toutes les actions du Maquis aussi bien en tant que docteur que guerrier. Les 25 juin à Planchez et 31 juillet à Chaumard, s'est particulièrement distingué en se portant en avant de la bataille et en secourant de nombreux blessés. A toujours fait preuve des plus hautes valeurs morales et militaires ».
Le Lieutenant-Colonel Roche cite à l'ordre du Département, le Capitaine Pelletier Joseph, commandant le 13e Bataillon F. F. I. de la Nièvre.
« Officier F. F. I. des plus qualifiés, d'une haute valeur morale et d'une conscience remarquable.
« Dès le début de juin, a assuré personnellement les opérations de parachutage, de personnel, d'armes et de munitions, avec un dévouement et une compétence incomparables.
« Au cours des parachutages de détachements anglais des formations S. A. S., a effectué des patrouilles, nuit et jour, au milieu de la circulation des Allemands, pour retrouver des isolés parachutés dans l'espace, et grâce à sa connaissance profonde du Morvan, a réussi à mener à bien ces opérations difficiles.
« Ayant été victime d'un accident le 22 juin 1944 (fracture du bras gauche), alors qu'il rentrait d'une opération de parachutage, n'a jamais voulu quitter le maquis et a continué malgré sa blessure à assurer son service.
« Grâce à son ascendant sur la population de la région de Montsauche, a réussi à mettre sur pied le plus gros maquis du Département (deux bataillons de cinq cents hommes) et a facilité en même temps la mise sur pied et le bon fonctionnement du P. C. Départemental de la Nièvre dans ce même maquis.
Longhi Jean, dit Grandjean :
« Le 25 juin 1944, à Vermot, un des groupements placé sous ses ordres ayant été attaqué par des forces supérieures en nombre, puissamment armées, a tenu tête à l'assaillant.
« Se portant de sa personne dans les endroits les plus exposés a, par ses conceptions hardies de manœuvre, su éviter l'encerclement, infligeant de telles pertes à l'adversaire, que celui-ci dût cesser la lutte et renoncer à toute poursuite.
« Chef départemental de la Résistance (Maquis), a continué d'être pour tous le plus bel exemple de courage et de bravoure, notamment aux combats du Camp des Goths le 3 août 1944 et de Crux-la Ville, les 15 et 16 août ».
Lieutenant Marian Tyndiuk :
« Officier de l'Armée Polonaise (3), s'est distingué dès 1941 dans l'organisation de la Résistance. Arrêté et torturé par les Allemands, est demeuré muet malgré d'atroces souffrances. Sitôt relâché n'a pas hésité, bien que dans un état de santé déficient à reprendre son service, au cours duquel il a su prouver ses qualités de chef courageux et son talent d'organisateur. Le 26 août 1944, à la tête d'une poignée d'hommes a interdit l'entrée de Châtillon à une forte colonne allemande, l'obligeant ainsi à se replier ».
Chanel Josette :
« Résistante dès 1940. A aidé constamment et avec le plus entier dévouement un chef de la Résistance. A assuré au risque de sa vie des liaisons dans tout le département de la Nièvre, entre des groupes de combat. A pu, par son courage, recueillir des renseignements précieux chez l'ennemi qui permirent de libérer rapidement Châtillon.en-Bazois lors des combats de la libé. ration » (4)
Henneguier Pierre (dit Julien)
« Capitaine de réserve, est entré en contact avec la Résistance en janvier 1941. Rattaché à un groupe d'action des Forces Françaises Combattantes le 1er avril 1941.
« Malgré une détention d'un mois, le Capitaine Henneguier n'a jamais cessé son activité, qui a redoublé à partir du mois de janvier 1944, où chef de Mission, Action des F. F. C., il se consacre aux sabotages et parachutages.
« Créateur d'une formation des Forces Françaises de l'Intérieur dans la Nièvre, il livre des combats mémorables en particulier du 12 au 16 août à Sancy.
« Le Capitaine Henneguier a toujours fait preuve d'exceptionnelles qualités dans la lutte contre l'occupant qui lui valurent d'être décoré de la Légion d'Honneur et de la Croix de guerre avec six citations » (5).
Moreau Georges, Capitaine :
« Entré dans la Résistance dès la première heure, a participé dans la région de Clamecy à de nombreux sabotages, paralysant ainsi l'action des troupes allemandes d'occupation. A organisé un important maquis, auquel il a insufflé son ardeur guerrière, s'imposant à l'admiration de ses hommes par son courage et son mépris du danger ».
Abbé Henri Bonin :
« Résistant de la première heure, il prit une part très active à l'organisation du Maquis Louis. Aumônier de ce maquis, a, par ses qualités de prêtre, coopéré à porter au plus haut degré le moral de la troupe. A fait preuve en toutes circonstances, de courage et de dévouement » (6).
Berthin Marcel :
« Element d'élite de la Résistance, a, malgré la présence de l'ennemi sur les routes, assuré le ravitaillement du maquis. Combattant courageux et de grand sang-froid a pris part à plusieurs embuscades et fait preuve en toutes circonstances des plus belles qualités de courage et de sacrifice » (7)
Le Berger Louis-Jean :
« Pionnier de la Résistance d'Autun. A organisé le stockage et le camouflage de matériel et d'armes automatiques pour le maquis. Fondateur du Maquis « Maurice » dans la forêt de Saint-Prix, a organisé et mené à bien de nombreux sabotages contre les voies de communications ennemies, en particulier sur les routes N. 73 et 78. A organisé le bataillon F. F. I. de l'Autunois et en a fait une unité solide et disciplinée, qui a participé aux combats de Saint-Léger-sous-Beuvray les 3 et 4 septembre 1944, à la prise d'Autun les 8 et 9 septembre et aux opérations de nettoyage, en particulier à Cordesse ».
Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec étoile d'argent.
Signé : le Général d'Anselme.
Champenier Roland :
« Chef des maquis F. T. P. de la Nièvre, officier de grande valeur, résistant de la première heure, a pris dès 42, l'initiative de créer des maquis dans le Cher, puis dans la Nièvre. A été jusqu'en mai 1944,l'organisateur de toutes les opérations de sabotage et de guérilla dans la région de Nevers, puis à partir de cette époque, a travaillé en étroite collaboration avec les chefs des autres groupements. Animé par une volonté ardente de chasser l'ennemi qui traquait sa famille, a participé à de nombreuses actions, arrachant en particulier des mains de la Gestapo six de ses soldats et infligeant, le 1er juillet 1944, des pertes considérables aux Allemands à la bataille de Donzy, dans laquelle son père, qui combattait dans les rangs de la Résistance, trouva une mort héroïque. A pris une part active à la libération de la Ville de Nevers, où il entra le premier à la tête de ses troupes. Toujours à la pointe du combat, magnifique entraîneur d'hommes, est un bel exemple de l'audace et de l'énergie française ».
Leyton Georges-Edmond, dit Socrate:
« Lieutenant des F. F. I., 8e Région, commandant de maquis légendaire, d'un courage et d'une bravoure indomptables. Toujours sur la brèche, a réussi avec son unité de multiples opérations qui se sont soldées chaque fois par des pertes impressionnantes pour l'ennemi. A la Selle, le 10 août 1944, au cours d'une inspection de son unité, installée en embuscade, a été mortellement blessé dans une rencontre avec l'ennemi, alors que, comme de coutume, il était le premier à l'action. A rendu le dernier soupir en demandant à ses hommes de suivre son exemple et en criant: « Vive la France ! »
Gey Marcel :
« Patriote ayant apporté à la Résistance toute son activité et tout son dévouement. Fut en liaison étroite avec le Maquis Socrate dont il était l'homme de confiance et qu'il ravitailla constamment depuis son arrivée dans la région d'Arleuf. Dénoncé à la Gestapo, arrêté le 5 juin 1944 par cinq miliciens qui logeaient à la maison Billard, de Château-Chinon, Gey subit d'odieuses tortures durant toute la nuit, dans des circonstances encore restées mystérieuses.
« Assassiné lâchement à l'aube de la journée mémorable du 6 juin, certainement sans avoir donné le moindre renseignement aux Allemands et aux miliciens, susceptible de faciliter une action militaire contre le Maquis Socrate. Haut exemple de patriotisme, de courage et d'abnégation » (8).
________
(1) En tuant plusieurs à bout portant (combat de la Verrerie) .
(2) Citation à l'ordre de la Division decernNe par le lieutenant-colonel Alain, commandant la subdivision de Mâcon.
(3) Décoré de la « Virtuti Militari ».
(4) Citation décernée par le lieutenant-colonel Méresse
(5) Citation accompagnant l'attribution de la Médaille de la Résistance.
(6) Citation décernée par le lieutenant-colonel Roche a l'ordre de la Brigade.
(7) A l'ordre de la Région.
(8) Projet de citation lu par un F.F.I. lors de l'inauguration—le 6 juin 1946—du monument qui marque l'emplacement ou le corps fut découvert. Sur la pierre on lit :
A la mémoire du patriote Marcel Gey,
né à Anost, le 31 octobre 1899,
assassiné ici, le 6 juin 1944, à l'aube
par les nazis et leurs complices
après avoir été odieusement torturé.
14:40 Publié dans E. IIIème partie: Maquis du Nivernais et du Morvan | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
K. Maquis Verneuil
Au début de l'année 1943, un jeune étudiant parisien, Jean Chapelle (de son nom de guerre Verneuil), partit dans l'Yonne pour y développer des groupes clandestins. Malheureusement, le 18 novembre marqua la première pierre noire dans les fondations des cadres, tous les chefs du canton d'Ancy-le-Franc, ayant été arrêtés par la Gestapo française dirigée par le trop fameux « Inspecteur » Bonny.
En décembre, le Commandant Verneuil fut nommé adjoint au Commandant de la Région P. 4 (ex. P. 3) comprenant Paris, l'Aube, la Nièvre et l'Yonne. En ce qui concerne l'Yonne, il s'attacha à coordonner les formations : « Bayard » (environs de Joigny), « Résistance » (Avallonnais, dirigée par M. l’Abbé Terraud), et « Tonnerrois », à la tête desquelles il plaça le Capitaine Aubin, chef de « Pour la France » (Auxerrois-Puisaye). En outre il assura continuellement les liaisons indispensables avec la capitale.
Le Commandant Verneuil s'acquitta si bien de sa tâche, que le 8 mars 1944, secondé par le Capitaine Laureillard, il fut désigné comme chef de l'Etat-Major régional du mouvement Libération, composé du Capitaine Poirier, pour l'Aube, du Colonel Roche, pour la Nièvre et du Capitaine Aubin, pour l'Yonne.
Fin mai, le Commandant Chollet fut nommé chef des F. F. I. de l'Yonne, et le Commandant Verneuil se vit attribuer la direction de la 3e Demi-Brigade de l'Yonne, constituée par les groupes de « Libération » qu'il entendait réunir au débarquement pour établir un fort centre de résistance bien organisé et plus capable de porter de rudes coups que des éléments dispersés. La 3ème Demi-Brigade prit d'abord racine dans la Forêt d'Othe : ce fut le Maquis « Horteur », de Vaudevannes, près Chailley (2), où se trouvaient des membres des deux premiers maquis du mouvement créés en mars et avril dans I'Avallonnais et le Tonnerrois (3). Le Commandant Chollet en passa l'inspection du 4 au 6 juin et se rendit également compte de l'organisation des services de liaison, de renseignements et de propagande à Ancy-le-Franc, Auxerre, Chablis, Cruzy-le-Châtel, Moulins-en-Tonnerrois, Noyers-sur-Serein, Tonnerre.

Les Commandants RECOUVREUR DE PONTAUBERT et VERNEUIL
Aussitôt après cette visite, les vagues de l'ennemi — qui voulait avoir les coudées franches pour assurer la défense du front de Normandie sans craindre d'embûches dans son dos — déferlèrent sur les camps et faillirent en l'espace de trois semaines, amener une ruine complète des plans péniblement échafaudés. Tour à tour harcelés, les maquis Garnier et Aillot se défendirent farouchement et, l'un des F. F. I., le Sergent Castor (Jean-Claude Christol) a recu la citation posthume suivante :
« Très jeune sous-officier à l'âme enthousiaste, chef de groupe franc au maquis depuis mars 1944. Le 18 juin 1944, pendant une attaque de nuit, près de Tonnerre, a couvert la retraite de ses camarades en dirigeant un feu intense sur l'assaillant et en lui infligeant de sérieuses pertes. Blessé grièvement sur son fusil-mitrailleur enrayé, a été torturé jusqu’à la mort par l'ennemi ».
« Je suis un soldat du Général de Gaulle », dit-il avant d'expirer, à ses bourreaux qui n'avaient que ce mot à la bouche : « Terroriste ».
Un autre de ses camarades fit sauter les munitions au moment où environ quinze S. S. entraient dans le baraquement du camp, les tuant tous avec lui.
Le 23 juin, trois mille Allemands s'en prirent au groupe Horteur. L'avant-veille, le chef de la Gestapo de l'Yonne était arrivé inopinément à Vaudevannes pour y arrêter le Commandant Verneuil, ainsi que le Capitaine Edgar qui avaient juste eu le temps de s'enfuir et de gagner les bois (4). Les maquisards s'étant concertés pour préparer un repli stratégique en Tonnerrois, avant le déclenchement de l'offensive boche, la journée du 22 avait été consacrée à charger sur les camions les stocks de munitions, d'explosifs, d'essence et de vivres rassemblés en vue des opérations futures.
Par un hasard malencontreux, le Capitaine Edgar (Laureillard), parti réquisitionner un véhicule avec ses hommes, ne put rentrer pour que l'évacuation s'effectuât à l'heure choisie, avant minuit. En revenant, il dut se défendre à la grenade contre l'un des détachements de l'ennemi qui passait à l'attaque de la Forêt d'Othe avec blindés et canons. Au cours des combats de la journée, qui tournèrent à l'avantage des Allemands, le Lieutenant Cormeau et deux autres maquisards furent tués. Le Capitaine Edgar obtint son salut en grimpant sur un arbre. Tout le matériel amassé fut détruit afin que la Wehrmacht ne s'en servit point.
Cette défaite aurait pu démoraliser le Commandant Verneuil. Les piliers de son œuvre étaient à rebâtir. Il s'y employa et le 24 juillet, six cents hommes de la 3e Demi-Brigade, prirent le chemin des Iles Ménéfrier pour se juxtaposer au camp Camille avec lequel l'unité d'action avait été mise au point deux semaines plus tôt. Le 10 août, tous les anciens maquis de l'Yonne étaient soudés en un bloc de mille sept cents à mille huit cents hommes qui s’éleva finalement à deux mille quatre cents répartis en neufs compagnies :
- 1ère Compagnie, Corps francs, à Bousson-le-Bas, commune de Quarré-les-Tombes (ex-maquis Aillot, Cormeau, Horteur, Guyollot).
- 2e compagnie : Forêt au Duc.
- 3e Compagnie : à Courotte, commune de Marigny-l’Eglise (Nièvre).
- 4e Compagnie : à Mazignen (abandonné pour les Goths par le camp Camille après le téléscopage de deux avions alliés en plein ciel, le 18 juillet, lors d’un parachutage).
- 5e Compagnie : au Vieux-Dun, commune de Dun-les-Places (Nièvre).
- 6e Compagnie : à Crottefou, commune de Marigny (ex-maquis Garnier).
- 7e Compagnie : à la Chaume au Renard, commune de Marigny.
- P.C. et E.M. : aux Iles Ménéfrier, commune de Quarré-les-Tombes (Capitaine Laureillard — tué aux environs de Chablis le 15 août — ; Capitaine Lorrain ; Commandant Verneuil ; Commandant Camille Recouvreur, âgé de 71 ans, rengagé en 1939).

* * *
Le 3 août, le Régiment Verneuil coopéra à la défense du Camp Camille, ce qui lui valut les félicitations et les remerciements du Commandant Grandjean. Plusieurs embuscades dans la première quinzaine de ce mois sur la route N. 6 entre Avallon et Rouvray et notamment à Sainte-Magnance (quatorze tués) lui procurèrent un complément de motorisation. Des jeeps changèrent de mains et contribuèrent à d’efficaces sondages dans les dispositifs allemands.
L’ennemi abandonna Avallon le 19 août, et le maquis Verneuil entra dans la ville. Afin de le protéger contre une éventuel retour offensif, trois barrages furent établis, l’un autour d’Avallon même et à Island-Pontaubert, contrôlant la route de Clamecy et les routes de Tonnerre-Montbard ;
le deuxième à dix kilomètres au sud-est d'Avallon, à Cussy-les-Forges, Saint-André-en-Terre-Plaine, Sainte-Magnance, Rouvray et Saint Léger-Vauban, commandant les routes d'Autun et de Semur-en-Auxois; le troisième, à quinze kilomètres au nord-ouest d'Avallon, à Nailly, au tunnel de Saint-Moré et à Précy-le-Sec, contrôlant les routes de Clamecy, Auxerre et Tonnerre.
Dans I'après-midi du 19, un Bataillon de Sécurité (Sicherheits Batallionen) remontant la vallée de la Cure depuis Vermenton, tenta de traverser le goulot de Saint-Moré. Des renforts du Maquis Camille permirent de contenir la poussée dans ce secteur. Neuf Allemands furent blessés. Les escarmouches persistèrent jusqu'au 22, date à laquelle la Wehrmacht renonça à percer.
Dans les parages de Cussy-les-Forges, des troupes de l'Afrika Corps montrèrent encore plus de ténacité et de nervosité, mais du 22 au 25, divers combats meurtriers éteignirent peu à peu leur flamme et tournèrent à leur désavantage.
Sur la route de Clamecy, utilisée par les unités de la 1ère Armée Allemands se repliant des Basses-Pyrénées, les engagements furent plus dangereux et plus cruels pour les maquisards entre Vézelay et Pontaubert.
Après de beaux coups de maître, du 20 au 22 août, le Régiment perdit, le 24, deux de ses meilleurs chefs : le Sergent Monin, qui, toujours volontaire, arrêta seul une colonne avec son F. M. et fut massacré ; et le Lieutenant Wandhuit, des Brigades Internationales, qui fut tué en effectuant une reconnaissance sur Vézelay: « Adoré de ses hommes pour sa bonté, il a été pour la 3e Brigade de l'Yonne, un exemple exceptionnel de ce que peut être un chef » (5).

La fièvre d'Avallon devant le P.C. Verneuil lors de la contre attaque allemande
Sept gendarmes: le Lieutenant Villatoux, commandant la section d'Avallon, le Maréchal des Logis Jolivot, de la Brigade de Châtel-Censoir et les soldats Clerc, Louan, Mollier, Perret et Soutif, furent également le même jour les victimes des Allemands. Alors que vers vingt heures quarante-cinq, ils procédaient à une autre reconnaissance, plusieurs chars surgirent brusquement dans un virage. Surpris. les hommes du Lieutenant Villatoux se défendirent sans pouvoir battre en retraite. Leurs corps furent retrouvés couverts de blessures et dépouillés de deux montres-bracelets.
* * *
Grâce à l'action permanente du maquis, les colonnes ennemies n'entrèrent pas dans le centre d'Avallon. Elles s'écoulèrent par la route de Tonnerre.
Presque en même temps, Auxerre fut libéré et le Commandant Verneuil y pénétra le premier. De plus une dixième compagnie, mobile, née dans le Tonnerrois, sous l'impulsion du Lieutenant Biessy, opérant du Château de Maulnes, au nord de Cruzy-le-Châtel, délivra Tonnerre le 30 août concurremment avec les 1ère et 2e Compagnies et des formations F. T. P.
Un vaste mouvement tournant tendant à prendre dans une souricière les derniers éléments allemands se trouvant dans le sud-est de l'Yonne et le nord de la Côte-d'Or, fut alors amorcé pour éclaircir la situation trouble de cette région et affranchir de l'occupation toutes ses principales villes. Le Régiment Verneuil établit en somme un front avancé entre l'Armée de Normandie et celle du Midi.
Ancy-le-Franc , Nuits-sous-Ravière , Aisy, Montbard, Semur-en-Auxois, Les Laumes, Vitteaux, etc., furent autant de jalons posés rapidement dans une fantastique avance sur Dijon, qui vint à bout de toutes les velléités de résistance de la Wehrmacht. Le 10 septembre, le 1er Bataillon motorisé du Commandant Recouvreur (1ère, 2e et 3e Compagnies) fit son entrée dans la capitale bourguignonne.

La jonction avec l'Armée De Lattre avait été réalisée le 8 à Saulieu. Jusqu'au 15, le 2e Bataillon, de son côté, apporta son concours à la liquidation de quelques « poches » jusque-là irréductibles.
Au bout de sa tâche, le Maquis Verneuil, s'était lui aussi paré d'une légitime auréole de gloire.
Incorporé au 1er Régiment du Morvan, commandé par le Colonel Chevrier, chef des F. F. I. de l'Yonne après la mort du Commandant Chollet, il fut de ceux qui refoulèrent les envahisseurs de notre Alsace et capturèrent le fort de Servance, pour s'enfoncer, en 1945, jusqu'au cœur de l'Autriche.

MAQUIS VERNEUIL
Libération de Dijon. — Défilé du 12 septembre 1944
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(1) Rattachée à celle du Mouvement Libération Nord.
(2) Entre St-Florentin et Villeneuve-l'Archevêque.
(3) « Garnier » commandé par M. Monchanin, maire actuel d'Avallon, et « Aillot » d'Emile Ménecart, dit Wandhuyt.
(4) Le commandant Verneuil avait été déjà pris le 16 à Arces et torturé.
(5) Citation à l'ordre de l'Armée.
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J. Maquis Socrate
MAQUIS SOCRATE
C'est avec un profond regret que tous ceux qui appartinrent au Maquis Socrate évoquent le souvenir de leur bon Capitaine Georges Leyton, car s'il y eut des résistants de la onzième heure, ce ne fut certes pas lui.
Engagé à dix-neuf ans pour faire sa carrière dans I'Armée, il était Sous-Lieutenant en 1940. Après la débâcle, il choisit un poste de garde-forestier à Saint-Benin-des-Bois (canton de Saint-Saulge) et participa à divers sabotages. En 1943, au retour d'un voyage en Haute-Savoie où la Résistance s'était déjà solidement implantée, il créa son premier maquis à Saint-Benin même. Le camp Socrate était né. Harcelé à différentes reprises et d'une façon particulièrement violente à Mauboux (Commune de Saint-Sulpice), il dut être transféré en Morvan. Les trente hommes qui le composaient y arrivèrent dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1944.
Retirés dans le massif accidenté et quasi isolé de la forêt de Montarnu, ils pouvaient se croire enfin en sécurité. Or, un milicien d'Arleuf s'empressa de signaler leur venue à la Kommandantur de Château Chinon, et, emmenant deux Feldgendarmes dans son automobile, il les pilota vers les F. F. I. Mais la promenade tourna mal. L'un des policiers fut capturé et exécuté, et le second blessé à la tête.
Le lendemain matin, les Allemands dépêchèrent un camion et sept voitures sur le théâtre du combat. Les maquisards se trouvaient alors presque tous à Préperny. Six seulement d'entre eux étaient restés dans une cabane élevée au lieudit « Les Prés Moreau ». Le Capitaine Socrate était du nombre. Avec trois de ses compagnons, il eut le temps de s'enfuir, tandis que les deux autres (1) étaient massacrés après avoir lutté jusqu'à leur dernière cartouche, et que les six bûcherons, qui leur avaient offert leur abri, étaient menacés d'être fusillés.
Résigné à accomplir une étape supplémentaire pour dérouter les attaquants, le groupe du Capitaine Socrate reprit sa marche et s'arrêta dans le Bois des Corvées qu'il abandonna bientôt pour gagner un coin plus solitaire, sur les conseils de M. Marcel Gey, exploitant forestier et entrepreneur de transports de la commune d'Anost. Cet excellent homme, qui ravitailla quotidiennement le maquis en cette période critique, et lui amena des recrues, devait être perfidement dénoncé à la Gestapo de Chalon, par deux traîtres, dont le promoteur de la tuerie de Montaron (2).
En effet, le soir du 5 juin, M. Gey rentrait à son domicile, à Bussy, lorsque cinq miliciens, en civil, l'accostèrent pour lui demander de « remorquer leur voiture en panne », en fait, pour le livrer aux AlIemands qui les accompagnaient. Longuement torturé ; il fut abattu le 6 juin vers cinq heures trente, près de Saint-Hilaire-en-Morvan.
La mort de ce patriote, âgé de quarante-quatre ans, consacrait les exploits des collaborateurs qui. trois semaines plus tôt, avaient fait arrêter une quinzaine de personnes d'Anost y compris Mme Le Berger, femme du Capitaine Maurice (3).
La série des meurtres et des pillages provoqués, en premier lieu, par les complices de l'ennemi, allait desormais s'accroître.
Ainsi, le 11 juin, au cours d'une opération contre le maquis réinstallé en Reinache, après un séjour vers Ménessaire, la Wehrmacht pilla Lavault-de-Frétoy et rassembla une vingtaine d'otages, hommes, femmes et enfants sous le prétexte que des coups de feu avaient été tirés de l'une des maisons Quatre jeunes gens : Maurice Bourdelot, 25 ans, Henri Camous, 21 ans ; Philippe Devoucoux, 20 ans ; et « Marcel Bertrand », 23 ans, réfractaire de la région parisienne furent déportés à cette occasion.
Un mois plus tard, du 12 au 15 juin, de forts détachements allemands et russes, avec leurs auxiliaires miliciens, voulurent briser la ceinture défensive du camp Socrate. Ils s'y cassèrent les reins. Les résultats qu'ils obtinrent furent minimes et leurs pertes sévères. Les F. F. I. coupèrent la route Arleuf - Anost et refoulèrent toutes les troupes avec l'aide des renforts envoyés notamment par le Capitaine Serge (Drouhin). Néanmoins, Radio-Vichy diffusa une « information » suivant laquelle un maquis du Haut-Morvan avait été complétement exterminé dans la Forêt d'Anost.
Cependant, si les maquisards s'étaient assez facilement tirés d'un mauvais pas, de douloureux événements, attestés par quatre maisons brûlées, avaient attristé la commune qui comptait trois victimes : une jeune fille de l'Assistance âgée de 16 ans, et deux jeunes gens de 17 et 18 ans : François Basdevant (4) et André Feffer, élèves de la classe de Philosophie du Lycée Henri IV. Ces derniers furent soupçonnés, à tort, d'être des « terroristes », martyrisés comme tels et finalement achevés le 13 juillet à la Pommeraie, près de la Croix-de-Joux.
A ces noms faut-il ajouter celui de M. Albert Bigeard, 46 ans, secrétaire de Mairie, emprisonné à Chalon et ensuite expédié en Allemagne, pour avoir toléré l'apposition d'un papillon priant les habitants d'éviter de se grouper autour des véhicules de la Résistance ? Certainement hélas, car aucune nouvelle de son sort n'est parvenue à sa famille.
Après ces journées tragiques, le calme revint à Anost jusqu'au 27 juillet.
La veille, la 4e Section du Maquis Socrate, commandée par l’Adjudant-Chef Marquart, s'embusqua au Pommoy où elle tua ou blessa cinquante soldats faisant partie d'un convoi de camions, tout en ne déplorant elle-même qu'un mort — Corniaux, 18 ans, de Cussy-en-Morvan — et trois blessés dont l'Adjudant Marquart (5).
Cette affaire, semble-t-il, engagea la Wehrmacht à organiser un suprême assaut contre le camp. Celui-ci se révéla, une fois de plus, imprenable, malgré l'infiltration d'éléments conduits, à travers bois, par un traître, et le tir de mortiers et de canons. Les maquisards consolidèrent leurs positions de Rochemaçon, et, seul, le parc à voitures perdit quelques-unes de ses unités, d'ailleurs en mauvais état. Aussi, les 28 et 29 juillet, les Boches mirent-ils à sac le hameau de Bussy pour se consoler de leur échec.
Le 18 août, ils fusillèrent trois personnes d'Arleuf où plusieurs collaborateurs avaient été enlevés quelques jours auparavant par les F. F. I. : M. François Goujon, ex-prisonnier de guerre, âgé d'une quarantaine d'années, fut assassiné le premier, tandis que, se cachant dans un champ de pommes de terre, il se disposait à s'enfuir vers les Brenots. Puis M. François Boulle, 72 ans perdit la vie pour expier le crime de posséder un vieux revolver... qui appartenait peut-être bien à ses tortionnaires.
Le troisième cadavre fut, au Marault, celui d'un jeune homme de 22 ans, Robert Gantès. Comme un soldat s'apprêtait à le fouiller, il porta la main à une des poches de son pantalon afin de montrer qu'il ne s'y trouvait qu'une pierre à aiguiser. Ce geste incita l'Allemand — qui se crut probablement menacé — à lui tirer une rafale de mitraillette sans autre forme de procès.
Pour clore la soirée, ses comparses incendièrent la maison de M. Girard, maire suspendu de ses fonctions par Vichy.
Ce même après-midi, le Capitaine Socrate, trouva, lui aussi, la mort sur la route nationale 78. Ayant récemment dispersé toutes ses unités, en les répartissant par secteurs, il venait de quitter son P. C. vers quatorze heures, pour inspecter des embuscades dans les bois de Montarnu, lorsqu'à la sortie de la Selle-en-Morvan, à trois cents mètres à peine du village, sa voiture rencontra des camions ennemis roulant en sens inverse.
L'auto stoppa à trente mètres de la colonne qui ouvrit aussitôt le feu sur ses trois occupants. Le chauffeur, M. Joseph Niel, se tira seul indemne de cette aventure imprévisible. Son chef, grièvement blessé, expira bientôt, et Henriette, l'infirmière qui était également avec lui, succomba à Ouroux en dépit des soins prodigués.

Socrate disparu, l'histoire du maquis, bouleversé par tant de secousses, était presque terminée. Nous n'en dirons donc pas davantage à son sujet, et nous estimons que la plus belle et la plus émouvante conclusion que l'on puisse donner à ce chapitre, tient toute entier dans le récit de l'agent de liaison Pierre Ferrari, de la classe 1943, actuellement préparateur en pharmacie, et réformé temporairement en janvier 1946 pour :
Mutilation de la face par reliquats de fracture de la région angulaire droite et de la branche horizontale gauche du maxillaire inférieur.
Déviation à gauche de la mandibule.
Défaut d'engrènement des dents.
Cœfficient de mastication inférieur à 40 %.
Ce récit, Pierre Ferrari l'a intitulé lui-même: « Chasse à l'homme ».
« 9 août 1944 — (6). Ce matin, vers huit heures, par une pluie battante, je suis volontaire avec trois de mes camarades : Balafré (chef de groupe) , Bombonne (caporal) et Roger, pour accomplir une mission de ravitaillement à Moulins-Engilbert.
« Nous partons. En chemin, nous rencontrons Marc (Dufour) chef de la 2e section cantonnée près de la nôtre et trois de ses hommes qui vont également à Moulins.
« Nous les retrouvons dans cette localité.
« Visites chez les commerçants, sabotage de matériel allemand, contrôle d'identité et midi est vite arrivé. Nous avons faim. Après un frugal repas pris dans un restaurant place du Marché, je reste seul de ma section à Moulins.
« Assis sur un petit banc près de la boutique d'un fruitier, je devise gaiement avec des braves gens da pays, quand, soudain, je vois apparaître deux cyclistes boches qui, armés de leurs fusils, se dirigent à pied vers le restaurant ou mes camarades de la 2e section {inissent de déjeuner.
« Ils vont être surpris... que faire ? Je n'ai alors qu'une pensée: les prévenir du danger imminent.
« Sans réfléchir davantage, je tire mon pistolet de ma ceinture (un parabellum allemand), j'arme et fais feu sur l'ennemi.
« Les Boches, saisis, abandonnent leur machines au milieu de la chaussée et battent en retraite précipitamment, mais se ressaisissant bientôt, prennent position aux abords du restaurant et commencent un tir croisé.
« Derrière un poste d'essence que le hasard a placé là, je tire encore quelques balles. Abri bien précaire en vérité. Je suis à peine à trente mètres de deux Mauser qui portent à deux kilomètres. Je n'ai guère d'illusions. Je dois tôt ou tard succomber.
« Tout à coup, je ressens à la face un choc d'une violence extrême. J'ai l'impression que ma tête éclate. Le sang inonde mon visage. Mes yeux se brouillent. Je vacille. Vais-je déjà tomber ? Une balle entrée dans l'oreille droite vient de ressortir par la joue gauche. Dans un sursaut, je me raidis, les doigts crispés sur la crosse du parabellum, j'appuie de nouveau sur la gâchette, une fois, deux fois, puis c'est fini, le chargeur est vide.

« La fusillade fait rage, les projectiles sifflent toujours à mes oreilles. Je tâte en vain mes poches, mon deuxième chargeur et mes balles en vrac sont restés dans mon blouson au café, ma grenade défensive pendue à ma ceinture a dû rouler dans le caniveau, je ne la retrouve plus.
« Je n'ai qu'une issue, peut-être fatale, la fuite.
« Derrière moi, toutes les portes sont closes. Alors, sous un feu nourri, de toute la vitesse de mes jambes, je me mets à courir. Tournant brusquement à droite pour me dérober à la vue des Boches, j’avise une porte cochère. Je m'y engouffre tel un bolide. Une dame me fait en toute hâte monter dans son grenier, elle sort en refermant la porte à double tour. Je néglige la chaise-longue, l'oreiller et les pansements qu'elle a placés à ma disposition. Il me faut trouver une cachette plus sûre. A deux mètres du sol, au-dessus de la porte, un plancher étroit. Une traction, un rétablissement et je suis en place. Pas pour longtemps... J'entends des éclats de voix dans la maison, des bruits de bottes dans l'escalier. Je ne peux m'y tromper. Les Boches m'ont suivi à la trace. Les pas se rapprochent. Je me sens perdu. Manœuvrant une dernière fois la culasse de mon revolver, je constate qu'il ne reste pas même une balle pour moi. La mort ne me fait pas peur, mais ce n'est pas sans un frisson que je repense aux tortures endurées par mes camarades martyrs.
« Dans un éclair, toute ma vie défile devant mes yeux; mon vieux papa déjà si éprouvé par tant de malheurs, maman Jeanne si bonne, ma chère petite Yvette, tous mes amis, toute ma jeunesse heureuse et insouciante.
« Non. je dois tout tenter. D'un bond, je suis en bas, deux fenêtres ouvertes s'offrent à ma vue. Je me précipite vers celle de droite, j'ai déjà un pied sur le rebord.
« Dans la rue, une figure bestiale sous un casque hideux, un boche m'ajuste. Le coup part, une balle passe. Ouf ! il m'a manqué. Les bandits, ils cernent l'immeuble. La porte est secouée brutalement. Courant vers l'autre fenêtre, je l'enjambe et me voilà sur le toit glissant. Un instant je perds l'équilibre. Je vois le trottoir se rapprocher avec une rapidité foudroyante. Un peu abasourdi, je m'y retrouve à quatre pattes. Rien de cassé. Mais le Boche me guette. En une course désordonnée, mon pistolet maintenant inutile retenu à mon cou par un cordon de parachute, brinqueballant entre mes jambes, j'escalade clôtures, haies, murs de deux mètres avec une dextérité prodigieuse, pour atterrir dans un jardin, exténué et pantelant. Je me traîne dans un carré de betteraves qui me camoufleront un peu et là, plaqué au sol, mon visage baignant dans une mare de sang, crachant ma mâchoire par petits bouts, j'attends. Tout près les fusils-mitrailleurs crépitent. Des balIes perdues viennent s'aplatir sur le mur d'en face. Il en sera ainsi pendant des heures.
« Ma blessure me fait maintenant terriblement souffrir, j'ai la gorge en feu. J'éprouve au poignet gauche une douleur aiguë. Il est certainement fêlé. Le droit me fait aussi très mal.
« Soudain, je tressaille, j'entends des pas dans le jardin. Je me plaque davantage. La terre rentre dans ma bouche. A un mètre de moi, quelqu'un marche. Je risque un oeil, prêt à toute éventualité.
Ce n'est qu'un brave homme qui passe sans me voir.
« A demi-inconscient, mon attente se prolonge jusqu'a dix-huit heures. Le calme est revenu. Les Allemands seraient-ils partis ? Je n'ose espérer. Je suis inquiet du sort de mes camarades. Que sont-ils devenus ? Morts ?... Vivants ?...
« Au prix d'efforts surhumains où chaque geste, malgré moi, m'arrache un cri, je parviens à me relever. Tout maculé de sang, de sueur et de terre, les vêtements en loques, les cheveux hirsutes et englués, je me dirige en titubant vers la maison attenant au jardin. Amis ? Ennemis ?... Une jeune femme m'accueille en pleurant. Je suis sauvé.
« Mes quatre camarades le seront aussi »
Il y eut ainsi des milliers de Ferrari en France.
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(1) Hanat, né au Canada et Couture, de Crux-la-Ville.
(2) Le 10 juillet 1944, le maquis de Montaron, où cet indicateur s'était rendu après avoir déserté le camp Socrate, fut attaqué par 800 Allemands. Les F.F.I., complètement surpris. eurent plus de vingt tués ou fusillés parmi lesquels leur chef, le lieutenant Antoine Lacharme et ses deux fils.
(3) Elles furent incarcérées à Chalon-sur-Saône, puis expediées à Compiègne et libérées le 31 août à Péronne par l'armée américaine, sauf MM. André Baroin. plâtrier, 52 ans ; Georges Bourdelet, 66 ans ; Henri Dessertenne, cultivateur, 48 ans et Jean-Marié Pasquelin, forgeron, 54 ans, tous deportés en Allemagne. Seuls Mme Le Berger et M. Théophile Pasquelin furent relâchés au bout de quelque temps.
Avant leur départ d'Anost, les Boches interrogèrent et battirent les prisonniers dans la salle à manger de l'hôtel de M. Louis Guyard, inculpé d'avoir hébergé des maquisards. « Pas toujours les terroristes chez vous, un peu la Gestapo », lui dit-on.
(4) Fils de M. Jules Basdevants Vice-Président de la Cour de Justice Internationale, à La Haye.
(5) Ce sous-officier reçut 11 éclats de grenade et dut être hospitalisé à Caeuson.
(6) La veille avait eu lieu l'embuscade de la Tour, à Dommartin (60 morts chez l'ennemi).
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I. Maquis Roland (maquis de Donzy)
MAQUIS ROLAND
(Maquis de Donzy)
Un petit village berrichon, Marseilles-les-Aubigny, à deux pas de la Nièvre, a vu naître, en 1924, celui qui fut l'un des premiers maquisards de France, sinon le premier : Roland Champenier dont la vie brève a été bien remplie au service de la France. Intelligent, simple et modeste, ses qualités d'organisateur lui valurent le mérite d'être le chef des F. T. P. du Cher, puis de la Nièvre. D'une nature généreuse et non partisane, il sut s'assurer la confiance et le dévouement de tous ceux qui n'aspiraient qu'à la lutte libératrice. Les F. T. P. comptèrent ainsi dans leurs rangs le Marquis Denys de Champeaux (Colonel, dit « Commandant Biard »).
Etudiant à Vierzon et désireux d'entrer à l'Ecole Bréguet, Roland Champenier suspendit ses études pour se consacrer tout entier à la résistance. En 1940, il avait déjà aidé de nombreux prisonniers à s'évader du camp de Fourchambault en leur faisant traverser la Loire en barque, puis passer les barbelés de la ligne de démarcation.
A partir de 1941, il commença le rassemblement des F. T. P. de son département et enrôla, dans ses groupes, les réfractaires au service du travail obligatoire, fondant, en novembre 1942, le maquis de La Guerche-sur-l’Aubois. Le 16 mai 1943, accompagné de René Melnich et Max Thenon, il libéra, en gare de Nérondes, l'un de ses camarades emmené à Bourges. La police et les Allemands recherchèrent alors Roland qui dut se camoufler a Saint-Léger-le-Petit.
Du Cher, il vint dans la Nièvre ; ses chefs l'ayant choisi pour y faire aussi œuvre utile. Son esprit alerte, sa vigueur sportive le servirent excellemment.
Pendant toute cette année 1943, les équipes F. T. P., de La Charité (Commandant Genet), Sauvigny-les-Bois (Petit) et Imphy (Telly), s'attaquèrent aux trains de permissionnaires. En quelques mois, deux de ces équipes provoquèrent dix-huit déraillements. La ligne de Paris fut souvent coupée dans le secteur Pouilly-La Charité (à Tracy-Sancerre, Mesves-Bulcy, etc..) ; celle de Chagny, à Imphy et Béard; enfin celle de Moulins, à Gimouille.
Afin de gêner la marche des usines utiles à l'ennemi (Société de Constructions Aéronautiques du Centre, à Fourchambault), plusieurs pylônes électriques furent sabotés dans la région.
Le 5 novembre, Roland délivra six F. T. P. arrêtés en octobre par le Service de Répression des Menées Anti-Nationales. En traitement à l'hôpital général de Nevers après un long martyre à l'Ecole Normale, — martyre odieux, car avec écœurement et tristesse, il faut reconnaître que ses auteurs furent des Français qui se firent les complices des Allemands —, ces F. T. P. : Henri Bussières, Commandant Genet, Georges Leblond, Marchand, Marie et Raveau, ayant pu faire parvenir à leurs amis des renseignements sur l'endroit précis où ils se trouvaient, recouvrirent une liberté qu'ils n'osaient plus guère espérer. Avec sa mitraillette, Roland s'avança à la tête du petit groupe qu'il avait préparé avec Wasyck et Véreaux. Quelques minutes suffirent pour réaliser un enlèvement aventureux et hardi dont la réussite fut proclamée par la B. B. C. et Radio-Moscou.
Ce succès se renouvela le 4 mars 1944. Cette fois, ce fut Roger Beauger qui fut tiré de l'hôpital. Coiffeur parisien venu dans la capitale nivernaise en 1941, il avait mis à profit son séjour, comme employé aux usines Thomson-Houston, pour saboter les fusées d'obus dans une proportion de 40 %, puis s'était joint au Commandant Genet et a Roland. Le 13 octobre 1943, tombé entre les mains des policiers du S. R. M. A. N. qui connaissaient son activité, Roger Beauger fut épouvantablement torturé. On ne lui épargna pas les coups de nerf de bœuf et de poing dans le ventre « pour le remettre de sa maladie de foie ». Malgré d’horribles menaces proférées contre sa femme et ses enfants, il ne parla point, sauvant ainsi bien des patriotes de la rafle et du poteau d'exécution.

* * *
Au début de l'été 1944, deux principaux maquis F. T. P. — ceux de la Forêt de Donzy et de Balleray (Ariaux) — furent accrochés par la Wehrmacht. Sans contredit, la bataille de Donzy fut la plus sanglante pour l'ennemi puisqu'elle lui coûta cent soixante-quatorze morts.
Le Maquis de Donzy était le siège du P. C. des F. T. P. de la Nièvre (1). Replié de quelques kilomètres, depuis le 27 juin, à la suite d'un engagement avec une voiture d'officiers de la Gestapo, il s'étendait près du village de Couthion et était fort de près de deux cents hommes. Peu de chose comparativement aux trois mille Allemands qui l'assaillirent le 1er juillet.
Durant les trois premières heures de la mise en place de ses forces, I’ennemi ne devina pas que les lieux qu'il cernait avaient été récemment évacués. Il se rendit seulement compte de son erreur lorsque deux de ses soldats, en motocyclette, essuyèrent le feu de l'un des postes de garde F. T.P.
Couthion fut alors rapidement occupé par une demi-douzaine de tanks précédant l'infanterie. En conséquence, le Commandant décida de décrocher et de percer vers Bondieuse. Une reconnaissance, pas assez poussée en profondeur, fit croire que ce village n'était pas contrôlé par les Boches, tandis que ceux-ci s'y trouvaient bel et bien.
Cette méprise causa la mort de plusieurs partisans, dont le père du Commandant, « Capiche ». Roland apprit la terrible nouvelle avec stoïcisme et, raffermissant son courage, tua un Allemand grimpé dans un arbre.
La lutte se poursuivit jusqu'au soir, plus âpre en direction de Cessy-les Bois, pour donner un coup de bélier dans les lignes adverses et tout culbuter. La majorité des F. T. P.' qui avaient douze morts et cinq blessés, se retira ensuite vers Prémery, tandis qu'une partie se dirigeait sur Entrains. E
Le Commandant Roland, qui devait être tué plus tard à Belfort, après avoir refusé les galons de Lieutenant-Colonel, fut, avec ses camarades, partisan de mainte autre victoire, mais celle-ci demeurera la plus glorieuse. Treize personnes de Donzy et de Sainte-Colombes furent, hélas, torturées et fusillées en représailles. Ce sont : pour Donzy : Louis Couard, 36 ans, père de huit enfants ; Paul Lemaire, 29 ans ; Pierre Lemaître, 26 ans ; Lucien Maillard, 24 ans et Jacques Michot, 17 ans, assassinés dans la Forêt d'Avains, commune de Châteauneuf-Val-de-Bargis ; Marcel Louis, 21 ans, et Georges Morère, 26 ans ; pour Sainte-Colombe: Eugène Bardin, 44 ans et sa femme, 41 ans, décédée à l'hôpital de Cosne — leur ferme de la Galonnerie fut brûlée comme le hameau de Couthion ; Maurice Coillac, 22 ans ; Marcel et René Poursin, 36 et 26 ans, et Eugène Lebègue, 39 ans, rattrapés dans leur fuite.
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(1) M. Millot, d'Alligny-Cosne, participa à son organisation. Responsable régional du Front National il fut chargé du développement des Milices Patriotiques dans les cantons de Cosne, Donzy et SaintAmand-en-Puisaye.
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H. Maquis Maurice
MAQUIS MAURICE
Le Maquis Maurice, ou Maquis de Saint-Prix, fut fondé par M. Louis Le Berger, Capitaine d'active, démobilisé le 27 novembre 1942 et reclassé comme Ingénieur des Eaux et Forêts à l’Inspection d'Autun en mai 1943.
S'étant affilié au groupe de résistance formé par M. Léon Magnard, Inspecteur des Eaux et Forêts, qui fut, quelques mois plus tard, victime de la Gestapo, le Capitaine Le Berger camoufla les réfractaires du S. T. O. dans divers chantiers. Il récupéra et rangea, dans des maisons forestières (aux Renaudiots, aux Echards) et au Château de Sommant, du matériel ayant été la propriété de l'ancien Commissariat au Chômage et alloué aux Eaux et Forêts.
Puis ce fut la liaison avec le jeune Rœrich, dit Mario, chimiste aux Thélots, commune de Saint-Forgeot, chef de l'A. S. d Autun, en compagnie duquel il prépara la mise sur pied d'un camp en parcourant la région morvandelle « pour entreprendre une délimitation générale de la Forêt d'Anost et inspecter les chantiers ». Motifs qui ne pouvaient évidemment pas attirer de méfiance.
Le 4 août 1944, le Capitaine Maurice vint au P. C. Benoy. Après une entrevue avec le chef des
F. F. I. Férent, le Chef canadien Michel et le Capitaine Georges, il fut convenu qu'un bataillon serait constitué dans les environs d Autun afin d'augmenter la pression contre l'ennemi et le harcèlement de ses communications.
Il fallut, en attendant mieux, se contenter d'un assez piètre armement. Quatorze mitraillettes, deux fusils-mitrailleurs, une cinquantaine de grenades furent seulement emportés. Deux voitures partirent donc du Château de Volsin — à l’est du bois du Grand Baronnet — , emmenant les Capitaines Maurice et Georges, ainsi que quatre hommes dont « Mario ». Malgré la rencontre de Russes Blancs à Saint-Vallier, le trajet s'accomplit sans incident jusqu'à Saint-Prix, par Montceau et Montchanin-les-Mines, Le Creusot, où I’un des véhicules, en panne, fut remplacé par une camionnette des P. T. T. réquisitionnée, Saint-Sernin-du-Bois, Autun et La Selle.
Les voitures, remontant la sombre vallée de la Canche, s'arrêtèrent à la Maison Forestière de La Croisette. Délestées de leur chargement, elles repartirent vers Marizy.
Le lendemain, le matériel fut transporté plus avant dans la forêt, à la Maison abandonnée de la
Goulette, nichée à sept cents mètres d'altitude, au cœur du Massif du Bois du Roi, près de la Source
de la Canche, dans une contrée qui, par sa rudesse, rappelle certaines montagnes auvergnates et la
beauté de la Haute Creuse. A l'abri d'une pareille barrière boisée, le maquis serait inattaquable (1).
Dans la quinzaine qui suivit, celui ci commença a se renforcer en recevant, notamment, des scouts d’Autun, envoyés par M. I'Abbé Trinquet (Zouave pontifical) et un groupe commandé par le Lieutenant Gallard (Echavidre). Bientôt le camp compta cent cinquante hommes et entra en contact d’un côté, avec le Maquis Louis ; et de l'autre avec le Maquis Socrate. Un centre de transmissions occupa successivement le Château Quioc, à Saint-Prix, puis le Château des Airelles, à la Grande Verrière. Le camp avait le champ libre pour les opérations entre Glux et Autun
Mais, si la bonne volonté ne faisait pas défaut l’armement restait toujours aussi rudimentaire malgré la venue du Lieutenant parachutiste Hache et u radio américain Bacik qui demandait avec insistance l'envoi urgent de matériel.
Et ce fut la nouvelle désespérante du 27 août :
La mort du Capitaine Georges et de Mario. Le matin, M. l’Abbé Trinquet était venu d’Autun pour célébrer la messe au camp. Au début de l'après-midi, il était reparti avec eux en automobile, pour Anost, lorsqu'arrivés, vers quinze heures trente, sur la route N. 73, ils étaient tombés, quelques centaines de mètres plus loin, dans une embuscade ennemie, près du village de Pommoy. Mario avait été tué sur le coup, et le Capitaine Georges achevé d'une balle dans la nuque.
Seul M. I'Abbé Trinquet s'en était tiré, mais non sain et sauf. S'étant esquivé de son mieux en essayant de gagner, en rampant, la route du Pommoy à Roussillon, il avait été suivi dans sa retraite par le tir des Allemands et, alors qu'il allait atteindre cette route et s'échapper à leur vue, il avait été grièvement blessé au bras droit. Fous de rage, les soldats s'étaient approchés de lui, en criant: « Kapout ! Terroriste ! » Il lui avait fallu, dans un sursaut d'énergie, sous la menace des armes braquées sur lui, fournir des preuves devant les convaincre que leur opinion était erronée. Grâce à Dieu, il y avait réussi en déclarant que fatigué au cours d'une promenade, il était monté dans la première voiture rencontrée qui aurait aussi bien pu être allemande... »
Pansé et emmené par les Allemands à Autun, M. I'Abbé Trinquet échappa à la fois au trépas et aux griffes de la Gestapo qui se proposait, à son rétablissement, de le questionner plus en détail. Cependant il dut être amputé de son bras.
Le corps de Mario, recueilli par les maquisards du Capitaine Socrate, fut inhumé à Anost. Celui du Capitaine Georges, ramené à la Goulette, fut enterré à vingt et une heures dans une tristesse générale.
Le camp Maurice, privé de deux de ses chefs, n'en continua pas moins à poursuivre son organisation afin de faire payer chèrement la victoire ennemie. Le 3 septembre, un parachutage fut signalé aux Quatre-Vents, (près du village de Laizy-sur-Arroux), par deux hommes qui devaient ramener deux camarades pendus dans ce lieu.
Magnifique aubaine. Un camion fut envoyé sur-le-champ pour prendre les containers. Au retour, les Allemands l'arrêtèrent à Saint-Léger-sous-Beuvray, mais il parvint à passer, car quelques hommes du groupe Marquart entrèrent en scène, ainsi que cinq avions alliés. MM. Protin, instituteur, et Develay, de Saint-Léger, furent hélas, tués au cours du combat (2).
Le 8 septembre, le Bataillon de l'Autunois, enrichi de six jeeps parachutées, participa à la libération d'Autun en liaison avec le 2e Dragons de l'Armée du Général de Lattre, dont le fils fut grièvement blessé, et d'autres unités F. F. I. venues en partie du Lot (3).
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(1) De là la route grimpe a plus de 885 mètres avant d'atteindre le sommet du Folin.
(2) L'adjudant Marquart (cf. Maquis Socrate), attaqua l'après-midi un second convoi avec quelques Civils de Saint-Léger.
(3) C'est d'Autun que des reconnaissances blindées furent poussées sur Saulieu, Corbigny et Château Chinon. — Consulter l'ouvrage de Paul Cazin : La Bataille d'Autun.
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19.01.2006
G. MAQUIS LOUIS
Homme de grand cœur et, par-dessus tout, Français, il employa son zèle à combattre le défaitisme et à semer les germes de l'insoumission à l'occupant dans le canton de Luzy, où MM. Pinet, chef de gare, et Gressin, instituteur, se dévouaient à la même cause.
Se moquant des ordres de la Kommandantur relatifs à l'interdiction des sonneries de cloches, M. l'Abbé Bonin continua à célébrer, aussi dignement que par le passé, nos fêtes religieuses et nationales et le souvenir de la cérémonie du 11 Novembre 1942 n'est certainement pas près de s'estomper. Il organisa, en outre, des ventes de charité et des séances de bienfaisance clandestines au profit des prisonniers, ainsi que des conférences patriotiques auxquelles prit part le jeune Jean d'Escrienne qui fut également à l'avant-garde de la résistance jusqu'au début de 1942. Ce patriote, âgé de 20 ans, résolut alors de rejoindre les Forces Françaises Libres. A ce sujet, nous nous permettons une digression en attendant d’entrer davantage dans les détails de la création du Maquis Louis.
Car Jean d’Escrienne fut le modèle de l’énergie indomptable, qui secoua notre peuple et qui, d’abord renfermée et prudente, préparant la voie aux maquis, s’épanouit subitement, semblable à la vapeur d’une chaudière sous pression dont la soupape s’ouvre à un moment donné.
Par l’Espagne, le Portugal et Gibraltar, il réussit à gagner Londres où le Général de Gaulle lui fit l’honneur de le recevoir personnellement. Engagé comme simple soldat, il participa aux campagnes d’Egypte, de Lybie, d’Afrique du Nord et d’Italie, puis débarqua en Provence.
Le 21 août 1944, à Hyères, son lieutenant ayant été tué, il le remplaça à la tête de son unité et fût blessé d’une balle à l apoitrine au cours de la progression de sa section. Hospitalisé à Casablanca, il suivit, à sa sortie de concalescence, les combats d’Alsace et remporta ainsi une deuxième citation conçue en ces termes :
1ère Division Française Libre – 4ème Brigade
6 avril 1945
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Le Général de Goislard de Montsabert,
Cite à l’Ordre du Corps d’Armée :
« Le Sous-Lieutenant d’Escrienne Jean : Chef de section anti-chars faisant partie du S.A. de Rossfeld a, par son allant et par l’exemple continuel qu’il a donné à ses hommes, pris une part prépondérante à la défense héroïque du village de Rossfeld qui a résisté à tous les furieux assauts de l’ennemi ».
Lorsque Jean d’Escrienne quitta la France, en janvier 1942, il adressa à sa mère, Mme de Grandpré, des lettres d’une mâle éloquence et d’une grande élévation d’âme :
« Je descends de Notre-Dame de la Garde (1). Je viens d’y faire mon pèlerinage d’adieu à la France. Je demande à la Vierge de veiller sur vous, et sur tous ceux que j’aime, sur tout ce que j’aime, de les bénir, de sauver la France.
« Vous avez peut-être éprouvé comme moi, qu’il y a une certaine joie à se sacrifier… La nuit peut être longue, la nuit peut être obscure, l’aube vient quand même… L’aube de la libération, de la résurrection illuminera un jour la douce terre de notre France, dont nos sacrifices auront la fierté d’avoir fait la plus belle des Patries.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J’ai horreur de la sensiblerie, parce qu’elle enlève aux hommes leur virilité et j’évite autant que possible, ou je voudrais éviter, la sensibilité, de peur qu’elle dégénère en sensiblerie. C’est pour cela que je suis tout heureux de constater que votre pensée et la pensée de tout ce qui m’est cher, de ce que j’ai quitté volontairement, sans tourner la tête, de ce coin de terre où j’ai été élevé, du milieu dans lequel j’ai vécu, m’est u étrange stimulant, et fortifierait, je le sens, le jour où il le faudrait, ma résolution... C'est pour tout cela, vivre libre et dans l’honneur... Et cette idée me rend tout heureux. Je voudrais, Maman chérie, qu'elle vouss donne aussi un peu de bonheur, cette idée que je suis heureux ».
10 février 1942.
Une nation qui a une telle jeunesse ne périt pas. Et elle ne peut être qu'injustement reléguée au second plan.
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(1) à Marseille
* * *
Lorsque survint à Millay l'ordre de départ de la classe 1942 pour le service du travail obligatoire, M. l'Abbé Bonin fit circuler ce bulletin :
« Vous êtes invité à assister ce jour, mardi 1er juin, à 9 h. 30, au Salut du T. S. Sacrement qui sera célébré aux intentions des jeunes gens de la paroisse qui sont obligés de quitter leurs amis ».
Et aucun d'entre eux ne partit en Allemagne. Tous se transformèrent en réfractaires. M. le Curé se chargea de leur procurer de fausses cartes d'identité.
Fin 1943, il fonda l'Amicale clandestine des Prisonniers évadés, libérés et rapatriés de Millay ayant pour but de :
1°) Grouper tous les Prisonniers de guerre de la localité.
2°) Empêcher la déportation.
3°) Hâter le retour des camarades.
4°) Accueillir par un vin d'honneur les prisonniers rentrants, les éclairer sur la situation du pays ; les empêcher d'adhérer à des organisations vichyssoises et collaborationnistes ; leur trouver un emploi.
5°) Secourir les familles de prisonniers ; envoyer des colis gratuits à ceux restés derrière les barbelés ; constituer une caisse de secours en leur faveur par des séances récréatives et le placement de cartes de bienfaiteur.
6°) Maintenir dans la population une note respectable à l'égard des prisonniers en s'opposant à tout bal et à toute fête tapageuse.
7°) Travailler à la victoire totale et à une paix durable.
Ce fut ensuite la préparation du Maquis. Entré primitivement en relation avec des officiers de la Résistance parisienne dont la plupart furent internés ou fusillés, M. l'Abbé Bonin s'affilia à un groupe de résistance du Jura (O. C. M.) par l'intermédiaire du Lieutenant Armand (Botey) qui fut tué le 6 septembre 1943 à Blaisy-Bas. Celui-ci se mit de même en rapport avec M. Pinet.
Sous-chef de gare à Laroche-Migennes (Yonne), M. Joseph Pinet fit évader des prisonniers et harcela les transports allemands. Ayant dû changer de poste en raison de cette activité. il arriva à Luzy le 15 juin 1941. Fabricant de fausses pièces d'identité comme M. l'Abbé Bonin avec lequel il se lia, il détruisit les écritures concernant les convois destinés aux nazis.
En 1942, seul avec le Lieutenant Armand, il essaya d'incendier leurs trains, de détériorer les boîtes d'essieux ou de couper les conduites automatiques, et il camoufla des réfractaires qu'il envoya à Millay.
En 1943, MM. Lucien et Lazare Moreau (Lieutenant Adolphe et Sergent Oscar), Roger Pautet (Sergent Vincent), tous sous-officiers de carrière de Millay, se rangèrent aux côtés du Lieutenant Armand et de M. Pinet pour former avec M. Henri Thomas, employé S. N. C. F., de Luzy, une petite équipe de sabotage qui causa le 3 octobre, le déraillement d'un train de permissionnaires aux Ardillys (1).
Un attentat semblable, séparé du premier par diverses opérations, (dont l'explosion d'un train de munitions à Chagny provoquée le 27 octobre par une bombe incendiaire), occasionna des dégâts très importants et tua ou blessa de nombreux soldats.
Un troisième déraillement important se produisit le 21 novembre, mais cette fois le train de permissionnaires fut manqué. Un train de marchandises fut endommagé à sa place.
Pistés par la Gestapo, MM. Lazare Moreau et Pautet allèrent l'un à Nevers, l'autre à Montchanin, pour y entreprendre la formation de nouvelles équipes. En janvier 1944, le Lieutenant Armand, découvert à son tour, se rendit à Montbéliard pour y rester. Le Capitaine Louis, du War Office, parachuté le 22 décembre précédent dans cette région et conduit à Luzy six jours plus tard, lui succéda. Il tenta d'obtenir des parachutages d'armes. Le premier, annoncé le 11 février, ne put être réceptionné par suite d'une chute de neige. Il fallut attendre le message « Le Mimosa va fleurir » de fin mars. Le lancement des containers eut lieu aux environs de Millay. D'autres armes turent parachutées le 1er juin sur Cuzy, en Saône-et-Loire, aux limites du Morvan (« Employez tous le schampoing Marcel ») et le 2 juin à Millas (« Denise a de jolis mollets »).
Tout le matériel qui fut apporté par les appareils alliés permit d'armer les quinze cents hommes du Maquis Louis, les douze cents hommes du Maquis Piétro, d'Uchon et tous les groupes villageois de Luzy, Avrée, Chiddes, Glux, Larochemillay, Petiton, Poil, Saint-Honoré, Sémelay, Villapourçon. Sanglier, etc... comprenant chacun quatorze hommes.
Entre temps, le Capitaine Louis (2), parti en mission à Toulouse, revint avec le Lieutenant Baptiste, officier-radio descendu dans l'Ariège (3) qui fut caché à Millay chez M. Deschiennes. M. Berthin, géomètre à Luzy — Lieutenant Léon — assura avec le Capitaine la reconnaissance des terrains aptes aux parachutages et des emplacements possibles du futur maquis.

Dès l'audition des messages de la préparation du débarquement le 1er juin ( « N'oubliez pas l'anneau d'argent — L'envers de la médaille est toujours blanc »), un noyau de douze hommes prit les bois à Poil (La Croix de Meux). Le débarquement lui-même fut annoncé le surlendemain (4). Le Lieutenant Edouard (Georges Desbaux), du groupe de M. Gressin (Libération-Nord), se mit alors en contact avec les officiers du camp qui fut transféré le 22 aux Fréchots (commune de Larochemillay).
Une équipe de sabotage fut reconstituée par M. Pinet parmi le personnel de la S. N. C. F. avec MM. Victor L. B., René Sezard et Jean Desbrosses, et soutenue par les « villageois » de Luzy.
A vrai dire, les destructions des trains allemands par bombes à retardement n'avaient guère cessé, mais à partir de la montée au maquis, elles s'intensifièrent. De mai à août, toutes les opérations envisagées furent conduites à bonne fin et il n'y eut jamais de blessé grave parmi les cheminots. M. Pinet prêta son concours aux groupes de Saone-et-Loire « Prince Christian » et « Piétro ».
Durant toute cette période, le camp recruta de nombreux éléments. Il eut un actif auxiliaire en la personne de M. l'Abbé Bonin car les contingents vinrent, non seulement de la Nièvre et de la Saône-et-Loire (5), mais aussi de l'Allier, de la Côte d'Or du Nord et de Paris. A ses débuts, le Maquis des Fréchots ne comptait que quarante trois hommes. Son essor fut rapide, et les baraques du camp de jeunesse de Larochemillay, ne suffirent pas à héberger tous les effectifs qui s'établirent dans divers villages de cette commune (Les Grands-Bois ; le Haut de l'Arche ; Mesles ; Sorrey) à Chiddes (Le Tillot) , Millay (Lavault), et Villapourçon (Le Bouche, Le Foudon). Plus de deux cents gendarmes de la Saône-et-Loire, de l'Yonne et du Doubs, sous les ordres du Capitaine Coffin, rallièrent également le Maquis Louis.
L'électricité fut installée et le téléphone branché sur les P. T. T. de Luzy par M. Louis Lauroy, l'un des animateurs de la résistance dans cette ville. Le garage fut confié à M. Passard, mécanicien, chez lequel la plupart des officiers avaient été hébergés en 1943. Il cacha une partie des armes du groupe et ravitailla les maquis jurassiens en saucissons « clandestins ».*
Le Docteur Bondoux, de Château-Chinon, assura le service sanitaire. Un hôpital doté de cinquante lits fut plus tard monté au Château de Champlevrier à Chiddes, par le Docteur Sauter, d'Autun. Enfin, M. l'Abbé Bonin (Abbé « Canne ») fut l'aumônier du camp dont l'organisation était parfaite à tous points de vue. Et ici, comme ailleurs, chaque homme touchait une solde variable selon qu'il était célibataire ou marié. A titre indicatif, toutes les dépenses (paye, vivres, matériel, médicaments, secours) n'atteignirent pas la somme de cinq millions.
L'entraînement (6) et les opérations se poursuivirent simultanément. Les principales embuscades eurent lieu, le 31 juillet à Sainte-Péreuse, sur la route de Nevers où les Allemands eurent trente morts, et le 1er août à Châtin, où le Capitaine Louis sortit indemne d'une très fâcheuse situation.
Sur sa demande, un déraillement fut effectué le 7 aux Avenières, près de Lazy, pour forcer l'ennemi à amener au relevage la grue de Vierzon qui se trouvait être la dernière en service dans le sud et le centre de la France.
Arrivée le 10, la grue, gardée par des Allemands et des Français fut détruite tôt dans la matinée par les équipes de M. Pinet et une section du maquis. Les soldats de la Wehrmacht, profitant d'un brouillard intense, se dérobèrent en abandonnant deux prisonniers, un mort et trois blessés. L'après-midi, vers quatorze heures, ils arrêtèrent M. Pinet qui fut toutefois relâché en fin de journée.
Le lendemain Larochemillay était attaqué par une centaine d'hommes qui furent accrochés par le groupe villageois. Ils mirent le feu à la ferme de Mme veuve Berger, au Champ Philipon, entre le bourg et Millay, au voisinage de la montagne de la Breusseille (502 m.) (7).

Au Châlet, le maquisard Jean Augis se distingua au cours des engagements qui suivirent contre les véhicules de la colonne, dont un autocar sur lequel les Boches avaient fait monter plusieurs civils pour se couvrir. Repoussés, ils se retirèrent à temps pour ne pas être encerclés, avec un minimum de cinq tués et quatre blessés. Trois Français furent tués : Marc Bohin, Roger Chanté et Jean Giléon.
Le groupe du Lieutenant Marquart, du camp Socrate qui cantonnait dans les bois de Pierrefitte à Poil, coopéra à la défense de Larochemillay où cinq cents Allemands revinrent afin de brûler le pays, mais s'en retournèrent sans avoir pu exécuter leur projet.
M. Pinet, ayant reçu l'ordre de déblayer la ligne de Chagny, alerta le Capitaine Louis qui fit sauter, le 19 août, le pont d'Avrée, coupant ainsi définitivement les voies rendues inutilisables. Dans la nuit du 18 au 19, un convoi routier perdit soixante morts à La Goulette.
Le 23, une prise d'armes se déroula pour fêter la libération de la capitale. Le 31, deux nouveaux officiers britanniques furent parachutés au camp, dont l'un prit la direction du minage qui fut opéré dans la région de Luzy (route de Château-Chinon et de Saint-Honoré), afin de barrer les routes de pénétration du Morvan aux Allemands remontant du Midi, auxquels ne s'offrit plus, comme chemin de retraite, que la N. 73 (Luzy-Autun-Beaune) pilonnée par l'aviation alliée dont l'intervention fut due au Capitaine Baptiste.
Aux alentours, les barrages achevèrent la décomposition des troupes. Deux mille litres d'essence furent récupérés à Larochemillay.
Le 7 septembre, quatre-vingts fusiliers-marins du groupe « Vichy » assaillirent les Boches stationnant à Luzy. Ils luttèrent durant trois heures contre douze cents hommes et eurent dix tués (8).
Le 8, sept prisonniers furent faits près de la gare de la ville, ce qui permit d'armer un groupe de F. T. P. de magnifiques Mausers 1943. Le même jour, Millay et Sémelay furent occupés. Le 10, Luzy fêta à son tour la fin de la domination allemande. Pourtant le fol enthousiasme qui régnait était assombri par la mort du Capitaine Louis et de six de ses compagnons (9) tous tués à Chiddes par l'explosion d'un mortier récemment parachuté.
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(1) La ligne Nevers-Chagny est une artère ferroviaire vitale reliant le Centre aux lignes de l’Est.
(2) De son vrai nom Paul Sarrette, né à Nice en 1920, descendant des ducs Pozzo di Borgo par sa mère. Emprisonné par les Allemands à Clermont-Ferrand, il s’évada avec la complicité du commissaire de police et passa en Angleterre où il s’engagea dans l’armée britannique ; il fut alors volontaire pour organiser la Résistance en France à laquelle il avait participé à Lyon et à Toulouse.
(3) De son vrai nom Mackensie Kenneth, attaché d’ambassade, de mère tourangelle.
(4) « Ia tubéreuse viendra te chercher — Donald doit toujours veiller sur sa poupée ».
(5) De Bourbon-Lancy en particulier (lieutenant aviateur Cimetière et sous-lieutenant Rohmer)
(6) Un terrain de tir avait été aménagé au Mont-Beuvray.
(7) L'habitation et les récoltes engrangées furent détruites d'une part, à l'aide de grenades incendiaires et, d'autre part, au moyen d'allumettes.
(8) Six blessés furent exterminés.
(9) Lieutenant Louis Trystram ; gendarme Bernard Gueudet ; brigadier-chef Jacques Piacentini, soldats Jean Gobin, Lucien Picaud et Maurice Rousseau.
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