06.01.2006

Témoignages sur le Maquis Bayard.

Mon entrée au Maquis Bayard

Après un départ manqué pour l'Angleterre, à bord d'un bateau de pêche de Douarnenez, en Bretagne, me voici à Saulieu (Côte d'Or) depuis les premiers jours de Janvier 1944, où je travaille pour un quidam dont j'ai fait la connaissance à Paris, chez mon ancien patron qui lui construisait des scies circulaires, destinées à faire du bois-gazo.

Cette petite société est en partie créée pour recevoir des réfractaires au S.T.O, comme moi, dans l'attente de mieux faire.

Voilà maintenant six mois que j'abats, charrie, fends, tronçonne et casse à la hachette, des
tonnes de bois, pour les charger dans les wagons d'un train en gare de Saulieu ; sachant que ce train ne doit pas arriver à sa destination.

Les Allemands deviennent suspicieux à notre égard et nous devons nous tenir sur nos gardes (je possède de faux papiers).

Depuis mon arrivée, j'ai fait connaissance avec certaines personnes, qui sans confidences, sachant très bien ce que je fais ici, me conseillent d'être prêt.
Pour une raison inconnue nous ne travaillons pas depuis deux jours, subodorant un évènement inhabituel, nous nous sommes regroupés, à six ayant le même objectif, dans une petite maison, pour dormir.

medium_lt_tahar_dib.jpg La date fatidique vient d'arriver, nous venons d'être réveillés brutalement au milieu de la nuit, par huit hommes, armés de mitraillettes et commandés par le lieutenant Tahar Dib (mon contact) qui nous donne l'ordre de les suivre.

Tous sont en chaussettes, nous faisons de même, pour traverser la ville jusqu'à un endroit isolé, où nous nous rechaussons. Nous repartons, à pieds, sur la route pour une direction qui m'est inconnue.
La nuit est d'un noir d'encre et c'est en se tenant par nos ceintures, marchant l'un derrière l'autre, que nous pénétrons dans la forêt.

J'ignore depuis combien de temps nous marchons parmi les arbres ? L'obscurité est presque totale, il n'y à pas de chemin tracé, seul Tahar possède une lampe électrique qu'il utilise rarement et uniquement en projetant, de temps en temps, un flash devant lui afin de trouver ses repères. Soudain, nous nous arrêtons, butant les uns contre les autres.

Nous les nouveaux, au milieu du groupe, n'avons pas entendu Tahar prononcer le mot de passe à mi-voix. Nous sommes arrivés au premier poste de garde, où nous entr'apercevons, trois gars armés qui nous laissent passer après avoir reçu les consignes d'usages .
Après avoir marché encore un moment, passé un autre poste de garde, nous débouchons sur le camp.

Là, nous sommes attendus par le responsable de ce maquis le capitaine Guillier (Robert) et par cinq ou six hommes à qui nous sommes présenté. L'accueil est chaleureux, un ersatz de café bien chaud, nous est servi ainsi qu'un morceau de boeuf gros sel sur une tranche pain (jamais je n’ai retrouvé le goût de cette viande, là, au milieu de la nuit et des bois, elle avait quelque chose d'exceptionnel).

Nous sommes éclairés par une lampe tempête tenue par l'un des hommes qui évite de projeter le rai de lumière, n'importe où, il nous est donc difficile de voir autour de nous, nous devinons quelques masses compactes qui doivent être des abris. Nous en saurons plus demain matin.
Pour l'instant, les nouveaux sommes séparés et chacun de nous va rejoindre un groupe, pour passer le reste de la nuit.
Je suis mené vers un des abris, où, toujours dans l'obscurité, je devine quelques formes allongées, qui, après quelques grognements, me font une place pour me coucher.
Sur le sol il y a de la paille et une couverture sur lesquelles je me couche. Mon guide disparaît après m'avoir souhaité une bonne nuit. Fatigué, j'ai du mal à m'endormir. De quoi sera fait demain ?

Ma première nuit au maquis s'est assez bien passée, j'ai sommeillé car je n'ai pas eu chaud.à part ça, pas un bruit, si ce n'est celui que fait la paille lorsque les dormeurs bougent. Heureusement, pas un ne ronfle. Je ne vais pas tarder à faire leur connaissance car le jour se lève, je le vois à travers les cloisons de la cabane, qui me semble être faite de branches et de feuillage entrelacés.

Maintenant les dormeurs commencent à s'agiter, des têtes et des bras sortent de dessous les couvertures où ils se tenaient bien au chaud.

Les corps s'étirent, quelques bâillements, puis, les premières questions, toujours les mêmes dans ces cas là. Qui es tu ? d'où viens-tu ? Que fais tu ?

Nous nous présentons, en gardant un certain anonymat. Tous sont de la Côte-d'Or, je suis le seul parisien et un peu la bête curieuse, aussi, je ne suis pas mécontent d'entendre un coup de cloche annonçant l'heure du café.

Le jour est levé, je vais prendre contact avec le camp.

Aujourd'hui, je deviens Maquisard.


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Bibi, le capitaine Guillier. Dijon le 11 septembre 1944.
Les documents photographiques illustrant cette note ont été fournis par M. Louis Jacquemart.

 

* * *

Ma première journée au maquis Bayard.

Arrivés dans la nuit, nous les nouveaux, après le café et la levée des couleurs, nous occupons notre première journée à la construction de notre abri avec les matériaux trouvés sur place. Je vous fais grâce des détails (j'y reviendrai si vous le désirez).


La construction achevée , il nous faut lui donner un nom.
Notre chef de groupe étant surnommé Tarzan, et en souvenir d'une BD tirée du roman de E.R Burroughs, dans laquelle j'admirais les dessins de Hall Foster et Burne Hogarth, je propose de peindre une panthère noire, sur la porte de notre cabane. Proposition acceptée, je l'exécute.

La construction achevée , il nous faut lui donner un nom. Notre chef de groupe étant surnommé Tarzan, et en souvenir d'une BD tirée du roman de E.R Burroughs, dans laquelle j'admirais les dessins de Hall Foster et Burne Hogarth, je propose de peindre une panthère noire, sur la porte de notre cabane. Proposition acceptée, je l'exécute.



medium_maquis_couleurs.jpg

La plus grande est réservée à l'infirmerie où le toubib procédera à l'amputation d'une jambe (le blessé ne survivra pas).
Un grand auvent de branchages abrite la cuisine, tenue par un des frères Millot.
Répartis en deux endroits, six gros tonneaux nous fournissent l'eau nécessaire à nos ablutions sommaires ainsi que pour nous désaltérer.


L'eau et la nourriture nous sont apportées par un résistant de l'extérieur, qui nous approvisionne régulièrement avec son char tiré par un cheval.
Des feuillées sont creusées à distances respectables des abris.
Deux enclos, en fil de fer barbelé, servent, l'un pour nos prisonniers allemands ou gestapistes, l'autre, plus petit nous est destiné. Les règles au maquis sont très strictes, les punitions vont de un à plusieurs jours de prison (je ne me souviens pas y avoir vu quelqu'un), privation de tabac et boule à zéro.


La nuit, il est interdit de fumer sur les postes de garde.
Il est interdit d'utiliser ses armes dans le camp afin de ne pas se faire repérer, les auteurs de coups de feu, même accidentels, sont punis.


Chaque maquisard devant sortir du camp pour quelque raison que ce soit, est fouillé, gare à lui s'il a la mauvaise idée d'emporter avec lui, le moindre indice révélateur, tel que armes, cartouches, brassard, lettres, et surtout ce que beaucoup oublient, les cordons de parachutes, que nous utilisons pour faire des ceintures, bretelles de fusils, liens divers et lacet de chaussures.

Voilà quatre ou cinq jours que je suis ici à faire différentes corvées, entretien du camp, corvée de patates, garde, instruction militaire, démontage et remontage de mitaillettes Sten ou vieux fusils divers.


L'armement du camp étant très hétéroclite et insuffisant, je ne possède pas encore d'arme personnelle. J'espère qu'il en sera différemment demain. Cette nuit nous attendons un parachutage.

medium_tarzan.jpg
Tarzan. Sergent de ma section.
Blessé dans les environs de Thann - Alsace.
* * *
Peu de chose.


Un groupe vient de rentrer au camp après un accrochage sévère avec les Allemands. Il y a un tué et plusieurs blessés chez nous, dont un très grave qu'il faut opérer d'urgence.

La cabane de l'infirmerie, construite face à la mienne, est plus grande et plus haute que les autres, afin que le toubib puisse s'y tenir debout en cas de nécessité, heureusement car aujourd'hui c'est le cas.


Les camarades de mon groupe sont occupés à diverses tâches, je suis seul dehors, assis à table avec mon FM démonté devant moi pour graissage, lorsque l'assistant du toubib, sort et me tend un paquet en me demandant d'aller l'enterrer un peu plus loin, sans plus d'explications.


Ce paquet, fait d'un morceau de sac à patates, est beaucoup plus long que large et je le sens humide sur mes mains... Que peut-il bien contenir? La curiosité est la plus forte, je déroule le morceau de sac et reste un moment pétrifié devant ce que je vois... La surprise est telle que je ne sais que faire, je n'ose pas bouger, comme si mes gestes pouvaient blesser cette chose que je tiens dans mains tremblantes et qui est... la jambe d'un camarade.


Lentement je reviens à la réalité, muni d'une pelle je me prépare à exécuter ma funeste tâche. A peine me suis-je éloigné de quelques mètres que le toubib me rappelle : " Reviens, il est mort, nous l'enterrerons dignement... en entier ".

* * *
Poste de garde au maquis Bayard.

Ce soir je suis de garde, avec deux camarades, sur l'un des postes disséminés sur les points névralgiques donnant accés au camp. Notre poste se trouve en bordure d'une route, là nous passerons douze heures à guetter, chacun à notre tour, nous répartissant le temps de faction en périodes de deux heures.

Nous emportons avec nous de quoi subvenir a nos besoins, eau et repas froids, ainsi que des vêtements chauds car la température n'est pas toujours clémente , la nuit , dans les bois.
Depuis hier, il y a devant notre abri, une grosse moto bicylindre, elle a été subtilisée a l'escorte de Pétain et Laval fuyant en Allemagne.

L'aube va bientôt se lever, la relève ne va pas tarder. Je tiens ma dernière faction pendant que mes deux compagnons dorment paisiblement sous un abri de branchage et de fougère.

La dernière faction est toujours la plus pénible, car vous avez du abréger votre sommeil. C'est à ce moment que les heures semblent les plus longues, avec tout ces bruits, indéfinissables, de la faune invisible de la forêt qui nous tiennent en alerte permanente.

Le moindre frottement, le moindre bruissement dans les arbres, prend une ampleur démesurée qui nous fait croire au pire.

Enfin, pour moi cela se termine, une dernière fois mon regard scrute la route sur laquelle je découvre, au loin, un véhicule en stationnement, d'où sortent quelques silhouettes furtives, qui maintenant marchent dans ma direction en cherchant à se camoufler le plus possible. Elles sont comme dans un halo, je ne distingue pas qui elles peuvent être. Pour moi, une chose est sûre, si elles se cachent ce ne peut être pour notre bien... après avoir réveillé mes compagnons, je me mets en position de tir pendant que l'un d'eux part alerter la base.

Les silhouettes progressent très lentement, je ne reconnais pas l'uniforme porté par les Allemands de la région ... elles marchent maintenant dans le fossé longeant la route et se trouvent dans la ligne de tir de mon FM. Je ne sais quoi faire pour l'instant, elles sont encore trop loin pour un tir efficace, je ne vois pas assez, j'ignore à qui j'ai affaire.
Pendant ce temps, mon compagnon, parti donner l'alerte, a rencontré la patrouille guidée par un adjudant, celui-ci possède une paire de jumelles qu'il braque dans la direction des inconnus. Toujours en position de tir... j'attends le verdict.

L'adjudant vient de s'agenouiller près de moi, je sens sa main sur mon épaule, il va me donner le signal quand les inconnus remonte sur la route et font demi tour. Lentement ils repartent comme ils étaient venus.
Que cherchaient-ils ? Pourquoi tant de précautions ?

Je cherche à comprendre et reste pantois lorsque l'adjudant nous révèle ce qu'il a pu voir dans ses jumelles. "Des gendarmes, les gendarmes de Saulieu".
Je suis toujours allongé à terre, le doigt sur la détente du FM et rétrospectivement, je pense à ce que j'aurais pu faire.
J'aimerais rencontrer un jour ces gendarmes, pour savoir ce qu'ils cherchaient, et leur dire la chance qu'ils ont eu.
* * *

Parachutage d'armes à Bayard.

Cette nuit nous sommes une vingtaine à sortir du maquis pour nous rendre sur l'aire de parachutage.
Il doit avoir lieu sur un grand pré entouré d'arbres, à l'orée de deux bois situés à quelques kilomètres de notre camp de base.

Il nous faut traverser deux routes principales pour y parvenir, la prudence est donc de mise.
Deux charrettes tirées, par des chevaux, nous attendent sur place avec leur chargement de paille. Ils nous serviront, plus tard, pour le transport des matériels parachutés.

Nous délimitons la zone de largage, en disposant des bottes de paille, que nous enflammerons le moment venu, afin de guider le pilote.
Des guetteurs sont postés tout autour,et fièvreusement nous attendons.

L'avion tant espéré a du retard, nous devons patienter, le temps nous paraît interminable.
Enfin, un ronronnement lointain nous met en alerte. Le bruit se rapproche, mais est-ce bien notre avion ? Tous les regards scrutent le ciel. Nous attendons que le responsable de cette opération nous donne le signal de la mise à feu de la paille.

L'avion vient de passer puis s'éloigne, la déception nous envahit, mais après quelques minutes nous l'entendons revenir dans notre direction. Aussitôt le signal de mise à feu nous est donné.
L'avion repasse très bas au dessus du terrain, puis s'éloigne de nouveau, un instant de désespoir flotte dans l'air, suivi d'un grand soulagement lorsque nous apercevons le premier parachute descendre lentement vers le sol.

Nous attendons que tous aient atterri avant de nous précipiter pour les récupérer. Il en manque un. Le temps nous manquant, la rage au ventre, nous abandonnons nos recherches infructueuses dans la nuit.
Après avoir dispersé les cendres et restes de paille brulée, nous reprenons la direction du camp où nous arrivons sans encombre.

Là nous sommes attendus par tous les camarades n'ayant pas participé à notre mission. Tous, n'avons qu'une hâte... ouvrir ces curieuses boites, pour découvrir ce que nous espérons tant... des armes.

Ces boites (containers) sont des tubes cylindriques d'environs 60 cm de diamètre sur 1,80m ( je n'ai pas mesuré). Une extrémité se termine par une collerette perforée déformable, ressemblant à celle des bouteilles de gaz, c'est elle qui absorbe le choc au moment de l'atterrissage. Avec un peu d'imagination il me font penser à de très gros étuis dans lesquels sont conditionnés les cigares de qualité.

Après une nuit sans sommeil, le chemin parcouru avec précaution et les émotions de l'attente, il n'est pas question pour nous d'aller dormir. Un café rapidement avalé nous redonne le tonus nécessaire, et c'est comme à Noël lorsque les enfants ouvrent les paquets récelant leurs joujoux... cela ne va pas assez vite.

Tous les containers sont maintenant ouverts et leurs contenus inventoriés
Il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser, car excepté des explosifs en tous genres avec des détonateurs multiples, l'armement individuel est très très maigre. Pas d'armes lourdes, mortiers ou mitrailleuses... rien que quelques fusils semi-automatiques canadiens munis d'une petite bayonnette ridicule ressemblant à un clou tordu (fichée dans un arbre elle nous servira de porte-manteau) des mitraillettes STEN en vente libre dans les magasins en Amérique trois F.M BREN, des caisses de cartouches et chargeurs pour alimenter le tout.

Il y a aussi une dizaine d'uniformes anglais que nous partageons étant donné qu'il n'y en a pas pour tous. Demain ça sera cocasse de voir, au rassemblement, les gars habillés des uniformes dépareillés... Aucun ne porte une tenue complète, l'un porte le pantalon, l'autre la veste, un autre le calot. Dommage de ne pouvoir photographier le spectacle.

Comme pour les uniformes, il n'y a pas de quoi armer tout le monde convenablement, aussi chacun veut être servi en premier et c'est la bousculade lorsque commence la distribution des fusils et mitraillettes.

Pour mon compte j'ai jeté mon dévolu sur un des trois F.M. Je manoeuvre donc, de concert avec un copain d'Aubervilliers, pour parvenir à mes fins.

Nous avons réussi, maintenant avec nos F.M nous devenons indispensables pour le bon déroulement de toutes les opérations à venir.
* * *
Haute couture au maquis Bayard.


Suite à la réception de notre parachutage, le capitaine Robert a cru bon de nous faire tailler des chemises dans les toiles des parachutes de différentes couleurs.


La couturière, de l'extérieur, a fait un excellent travail... Nos chemises sont très belles, bien coupées, le tissus est chatoyant. Nous aimerions les montrer, pouvoir sortir avec et nous pavaner en ville, avec sur la manche notre brassard sur lequel est peint les trois lettres symboliques F.F.I.


Notre plaisir est de courte durée, nous déchantons rapidement... Nos belles chemises ne nous causent que des désagréments.


Le tissus des parachutes ne laisse pas passer l'air, la transpiration, qu'il provoque, ne pouvant s'évacuer nous fait baigner dans notre sueur très rapidement, de plus, le tissus trop lisse glisse à la ceinture et ressort toujours du pantalon au moindre mouvement.


A regret nous devons donc nous résoudre à enfouir, nos pièces de collection, au fond de nos baluchons.

 

 

 

* * *

 

Gastronomie et chanson au maquis Bayard


Pour diverses raisons, les missions que nous entreprenons ne sont malheureusement pas toutes réussies. L'une particulièrement nous restera en travers de la gorge, car, pour nous simples éxécutants, toutes les conditions paraissant idéales nous n'attendons plus que le signal d'attaque lorsque l'ordre de repli nous est donné, sans une autre explication.


Ne comprenant pas, c'est très excités que nous rejoignons le camp. Là, notre excitation devient colère, nous n'avons rien mangé depuis des heures et notre retour n'étant pas prévu si tôt, le cuistot n'a rien envisagé pour le cas ou... Le capitaine, mal inspiré, a la mauvaise idée de lui faire préparer des tartines à la moutarde à notre intention.


La tension monte de plus en plus, puis explose lorsque le cuistot nous prévient qu'il doit servir un plat plus substentiel au capitaine (je ne sais pas si il l'a réclamé). Nous attendons que le cuistot (consentant) est terminé son plat pour le lui arracher des mains d'un violent coup de pied.


Plus un bruit, nous sommes tous là, face au capitaine, pâle de colère, qui a compris que devant lui se tenaient des gars déterminés... Ce soir il mangera une tartine à la moutarde... comme tout le monde. (nous avons pris la précaution de ne pas agresser notre supérieur).


C'est à la suite de cet incident que nous composons notre petite chanson, satyrique, mais pas méchante.

 

 

* * *

Chanson satyrique et pas méchante
Ecrite de déception après une opération annulée.
Sur l'air "les artilleurs de Metz "
_________________


Depuis déjà des mois
Nous sommes dans le maquis
A jouer aux Iroquois
Et a manier l'fusil
Sans femme et sans tabac
De garde ou en prison
Nous voulons changer d'pas
Et voir d'autres horizons


Refrain
Nous voulons foutre le camp d'ici
Avec des armes ou bien des pioches
Pour expulser notre ennemi
nous voulons foutre le camp d'ici.

Nos charmants officiers
Sont toujours pleins d'ardeur
Pour faire des défilés
Ou pour cueillir des fleurs
Il leur faut des brassards
Pour aller au combat
Mais quand vient la bagarre
"Zuruk" on tourne le pas.


Refrain
Nous voulons foutre le camp d'ici
Car nous, sans peur et sans reproche
Aimant bien moins la fantaisie
Nous voulons foutre le camp d'ici.

 

 

* * *

Coup de pot... d'échappement.


Les troupes régulières, débarquées sur les côtes de Provence, ne sont plus très éloignées de Dijon, il est donc prévu que nous participions à la libération de cette ville.


Il est également prévu que nous y installions le nouveau préfet,Mr Jean Bouley, commissaire de la République pour la Bourgogne et Franche-Comté.


Aujourd'hui celui ci doit rejoindre notre maquis, escorté par quelques gars de chez nous. Pour ce faire, nous devons surveiller son itinéraire, des guetteurs sont positionnés sur tout le parcours et doivent, en cas de danger, tirer deux coups de feu, afin d'alerter les camarades prêts à intervenir.
Ordre est donné de tirer sur tout véhicule se présentant après ce signal.


Depuis quelques jours, un gars d'une trentaine d'années nous a rejoint avec son FM français. Le considérant plus aguerri que nous, le capitaine l'a donc désigné pour tenir le point le plus stratégique de l'opération d'aujourd'hui.
Il est installé au bord de la route, a trente ou quarante mètres de la sortie d'un virage, quand le signal retenti... deux détonations... un véhicule débouche... première rafale de FM trop courte... deuxième, dans le pare-brise, le tireur lève la tête pour apprécier son travail et c'est là qu'il reconnait la traction Citroën du préfet.

Celui-ci a pris une balle dans la tête, sa secrétaire et son chauffeur sont également blessés, heureusement, tous s'en sortirons.


Notre tireur est désespéré, il répète sans cesse "J'ai réspecté les consignes, j'ai entendu le signal, deux coups de feu". Il a raison, d'autres que lui les ont entendu. Ce n'est que quelques jours plus tard que nous éluciderons le mystère.


Personne n'a tiré, les détonations provenaient tout simplement du pot d'échappement de la voiture du préfet, elles ont eu lieu au moment ou le chauffeur rétrogradait en abordant le virage.


Manque de pot... nous n'avions pas choisi le bon signal.

 

Louis Jacquemart
alias Guy Kervarec
(Bibi)

Décembre - Janvier 2006

 

 

02.01.2006

Maquis BAYARD - Destruction d'un fortin

Mis en ligne le 2 janvier 2006, par Louis Jacquemart

medium_carte_d_identite.jpg

Destruction du fortin de Bar le Régulier
27 07 1944

Aujourd'hui nous devons détruire un petit fortin, tenu par quelques soldats allemands, qui sert de point d'observation et de liaison entre les différentes unités d'occupation de la région.

Cette action, qui entre dans le cadre des missions de harcèlement et d'immobilisation des troupes se rendant en renfort sur les côtes du débarquement, est surtout symbolique. Nous devons l'exécuter en évitant l'accrochage, en souplesse, faire des prisonniers mais pas de victimes. Notre premier travail consiste à isoler le fortin de toutes liaisons avec l'extérieur, pour ce faire il nous faut couper les fils téléphoniques reliés à notre objectif.

Le fortin est construit,avec des pierres et des troncs d'arbres,sur un monticule au millieu d'un terrain découvert,il domine les environs qu'un guetteur scrute avec des jumelles de temps en temps.
C'est en rampant dans les fossés que nous nous dirigeons,à deux,vers le poteau sur lequel mon camarade grimpera pour couper les fils alors que j'assurerai sa protection avec mon FM.

Non sans difficultés nous atteignons notre but, mon camarade monte au sommet du poteau cisaille en main, prêt à sectionner le premier fil, quand un bruit de moteur lui fait stopper son geste. Il n'a pas le temps de redescendre sans être remarqué, il doit rester la haut, il l'a très bien compris. Maintenant il chante, faisant semblant de procéder à une vérification. Pendant ce temps j'ai pu me tapir derrière un buisson et avec mon FM je tiens en enfilade la route d'où arrive le véhicule; c'est une Adler décapotable dans laquelle se trouve quatre soldats.


Le chauffeur intrigué et sur la défensive, ralenti en apercevant mon camarade, puis passe lentement devant nous.
Je n'ai pas été repéré, maintenant je les tiens tous dans l'oeilleton de mon arme à environ six mètres, quelles proies faciles! mon doigt sur la gachette a déjà passé la première bossette, la vie de quatre hommes est là, c'est à moi d'en décider, il suffit d'une légère pression de mon index, que la gachette recule d'un millimètre, pour que...
Non il n'en est pas question, je ne dois pas provoquer l'accrochage. Là haut, mon acolyte doit prier tous les saints pour que je ne fasse pas d'impair, il continue de chanter (c'est beaucoup dire) et fait un signe, amical, de la main aux allemands qui rassurés lui répondent, accélèrent et disparaissent.

Les fils sont coupés, quelle trouille nous avons eu. Nous nous congratulons, il nous faut maintenant rejoindre notre groupe au plus vite afin de terminer le gros du travail.


Nous avons amené avec nous l'un de nos prisonniers afin qu'il nous serve d'interprète, surtout pour son uniforme. Il a très bien compris ce que nous attendions de lui "faire comprendre à ses compatriotes, que nous les avons isolé, qu'ils n'ont aucune chance de s'enfuir et qu'il serait regrettable, pour eux, de nous opposer la moindre résistance". Nous avons encerclé le fortin, le prisonnier s'avance en terrain découvert, il sait que l'un de nous parle l'allemand et qu'il n'a aucune chance de nous tromper. Il est notre prisonnier depuis la veille, jamais il n'a subi de sévices de notre part, c'est ce qu'il va dire aux autres afin de les convaincre.


Sera-t-il assez persuasif ? Quelle va être leur réaction ? Il est entre deux feux, il faut y aller.


Le guetteur ne doit pas être à son poste,ou bien l'uniforme de notre interprète le laisse confiant car celui-ci a déjà parcouru une quinzaine de mètres sans provoquer la moindre réaction.Ce silence n'est pas fait pour le rassurer, aussi se met-il à gueuler afin que ses compatriotes daignent s'intéresser à lui.
Enfin une silhouette apparait et un dialogue s'établit, puis nous voyons les occupants du fortin, sortir, les uns après les autres, les mains sur la tête.

Nous investissons le fortin. Après avoir récupéré tout ce qui pouvait nous être utile, notre groupe rejoint la base pendant que nous restons à deux pour disposer les explosifs. Je ne suis pas un expert en la matière, je ne fais donc que suivre les instructions de mon partenaire.


Tout en surveillant les alentours, je malaxe les bâtons de Plastic et les place aux endroits conseillés. Je m'étonne de voir mon partenaire coller les explosifs dans les angles de la bâtisse, sans plus de minutie, je pense que la déflagration s'effectuera dans le vide, sans grandes conséquences pour la construction. Il me détrompe et m'explique, que le Plastic exerce sa poussée, uniquement du côté où s'oppose une résistance, il n'est donc pas nécessaire d'en faire plus.


Je ne vais pas tarder à savoir si ses dires sont exacts. (ouf) Pour casser les ampoules, mon expert mord à pleines dents une extrémité des détonateurs, avant de les insérer dans chaque pain de Plastic. Machinalement je tourne la tête, craignant à chaque fois de voir la sienne exploser.
Le dernier crayon vient d'être introduit, nous partons à toutes jambes à travers le terrain découvert et nous affalons derrière un muret repéré à l'avance, où nous assistons au spectacle organisé par nos soins.


Mon copain saboteur avait raison dans ses explications, le Plastic réagit bien comme prévu, les infrastructures du fortin sont détruites.
Mission accomplie, nous rejoignons notre base.

27 07 1944
Louis Jacquemart
alias Guy Kervarec
(Bibi)

* * *


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Novembre 1944 à Gendrey
Quelques éléments du maquis Bayard.



Les documents photographiques illustrant cette note ont été fournis par M. Louis Jacquemart.