26.12.2005
N. LES DEBUTS DE LA RESISTANCE (A. V.)
Fin 1940, le Docteur Chanel, de Nevers, était en rapport avec le IIe Bureau de Vichy. Il effectua pour le compte de celui-ci, en relation avec un groupe clandestin de la Capitale, de nombreuses transmissions de documents sur les fournitures de toutes sortes faites par la France à l'Allemagne et par celle-ci à la France. Chaque semaine I'inventaire de ces livraisons était dressé.
Le Docteur Chanel assurait donc les liaisons entre les services gaullistes de Vichy et de Paris quand il fut chargé par les premiers de recruter des patriotes dans le département de la Nièvre. Ce fut ainsi qu'il découvrit l'organisation d'un groupe de résistance à Nevers dont l'E. M. réunissait le Docteur Subert, M. Harris, professeur au Lycée de cette ville, le Commandant Martin et M. Roger Blanc, Ingénieur des Ponts et Chaussées.
Il apprit par M. Harris que cette organisation dépendait de l'Armée Volontaire, dont le chef pour Paris et toute la zone occupée, était alors M. Maurice Donnay, qui avait pour adjoint M. Méresse. Le Docteur Chanel eut une entrevue avec M. Donnay et passa, dorénavant, toutes les consignes de celui-ci au groupe du Docteur Subert, tout en procurant, de son côté, les renseignements relatifs à la région nivernaise et destinés à l'Angleterre.
L'Armée Volontaire était à la fois un réseau d'action, d'évasion et de documentation.
Pour faciliter les évasions, le Docteur Chanel surveilla la ligne de démarcation, entre Nevers et Moulins et s'occupa de la faire franchir, par mesure de précaution, uniquement aux personnes étrangères à la Nièvre, pour la plupart venant des environs de Paris : prisonniers de guerre, agents pistés par la police allemande, peu de juifs. Le courrier militaire était camouflé dans une voiture truquée.
Il existait trois passages : au Veurdre, à Apremont et à Chantenay-Saint-Imbert. L'un d'eux était réservé aux Anglais et aux aviateurs de la R. A. F. dont la récupération était assurée de concert avec les services de leurs compatriotes.
Le Docteur Chanel faisait également passer la ligne aux Officiers de l'Armée Française, aux spécialistes et aux sous-mariniers, seuls susceptibles d'être plus utiles au pays en Angleterre, dans la lutte que continuaient nos alliés, qu'en France, à la cause de la Résistance.
En 1941, le contact fut pris avec des parachutistes venant de Londres, qui avaient pour mission de rechercher des terrains d'atterrissage et de parachutage. Le Docteur Subert et ses camarades, dont M. Blanc, qui pouvait facilement circuler en raison de sa profession, entreprirent cette enquête dans la Nièvre. L'un des parachutistes venait examiner les lieux choisis qui devaient se trouver à la fois à l'écart des postes d'écoute allemands et à proximité d'une rivière ou d'une voie ferrée, afin que les avions eussent des points de repérage.
En janvier 1942, l'ennemi tenta de décapiter l'Armée Volontaire dont l'existence avait été décelée par des espions qui s'y étaient infiltrés. Au cours d'une grande rafle, tous les chefs dont les noms étaient inscrits à Londres furent arrêtés, et parmi eux, M. Picard. M. Méresse y échappa de justesse et le parquet de son appartement fut fouillé pour voir si des fichiers n'y étaient pas dissimulés. Par un hasard providentiel, le Docteur Chanel était au théâtre et n’avait pu rentrer chez lui par le dernier métro (1).
M. Méresse prit alors la tête de l'A. V. et le Docteur Chanel, la direction du mouvement dans toute la province en zone occupée. Des fonds et des consignes leur étaient fournis d'une part: par un Anglais, qui leur était adjoint et, d'autre part, par les parachutistes des Forces Françaises Libres.
Chaque département avait trois services (administratif, de renseignements et paramilitaire).
Le service administratif était celui du noyautage de toutes les administrations: Préfecture (2), P. T. T., S. N. C. F., Ecoles.
L'administration normale était en somme doublée d'une administration clandestine. Dans une gare, par exemple, un membre de la Résistance pouvait se procurer un billet en s'adressant à un homme sûr. Il en était de même pour obtenir par une autre voie, de fausses pièces d'identité.
Les groupements collaborationnistes furent évidemment aussi noyautés. Disons, en passant, que ce fut ainsi que Paul Colette blessa Laval et que le R. N. P. de la Nièvre reçut un savant boycottage.
Le service de renseignements avait pour chef nivernais le Docteur Subert (M. Blanc assumant le précédent). Il comprenait la notation des renseignements d'ordre militaire (mouvement de troupes notamment) qui parvenaient à Paris, soit par l'intermédiaire d'un affilié, soit par courrier, en utilisant des boîtes postales et de l'encre sympathique, soit encore par radio à Londres quand la nécessité l'exigeait.
A ce service était rattachée la filature des adhérents de l'A. V. par d'autres adhérents, afin d'éliminer au maximum tout danger préjudiciable à son développement.
Enfin, le service paramilitaire ou d'action consistait dans la formation de corps francs bien entraînés et composés de volontaires prêts à tout, sur lesquels on comptait pour des opérations délicates ou des sabotages, en attendant la constitution des maquis, grâce aux armes parachutées.
Les commandants départementaux venaient rendre visite, à Paris, au Docteur Chanel qui ne se déplaçait en province que lors d'un coup dur. Il avait successivement rendez-vous avec les chefs du Calvados, de la Vendée, du Loiret, etc... Les plans des bases sous-marines de La Rochelle furent ramenés dans des croûtons de pain.
Spécialisé dans les renseignements depuis mai 1942, le Docteur Chanel était en rapport avec un Chef de l'I. S. qui fut arrêté. Pour rétablir les liaisons, il voulut gagner Londres avec M. Méresse et le Lieutenant-Colonel Coutisson, ancien Directeur de la base aérienne du Bourget, chargé de la direction militaire générale de l’ A. V. et devant coordonner la résistance armée en vue du débarquement et établir une stratégie offensive et défensive des principaux centres de chaque département. Le Lieutenant-Colonel Coutisson avait projeté de tenter le voyage de Londres avec l'avion personnel de Laval dont il connaissait parfaitement le mécanicien, mais celui-ci étant malade, l'expédition en resta là.
En zone libre, le contact fut pris avec le chef de Ceux de la Libération : Ripoche, qui n'avait que quelques agents en zone occupée. Médéric, dont chacun se rappelle la mort héroïque, était son adjoint. Une fusion des mouvements avait été envisagée en raison des facilités de réception des Anglais dans la partie de la France encore sous le contrôle de Vichy. Or, entre les 2 et 11 novembre 1942, il n'y eut non seulement plus de zone libre, mais encore l'Etat-Major de l'A. V. à Paris, fut capturé par les Allemands à la suite d'une dénonciation d'un chef de recrutement payé sept mille francs par mois par la Gestapo. Il ne fit arrêter que les membres placés au-dessus de lui et demeura à la tête de l'organisation jusqu'en février 1943, époque à laquelle il fut abattu après avoir avoué sa trahison.
En mars, un dernier coup de filet jeta l'A. V. à terre. Les agents se rangèrent désormais au côté d'autres groupements. Il y avait Libération Nord (Ceux de la Libération en zone occupée). Il y eut Vengeance, fondé par le Docteur Dupont qui avait connu le Docteur Chanel dès 1940 et fait partie de l'A. V. Il put rattacher à sa formation les adhérents Nivernais de celle-ci. Hélas, il fut arrêté à son tour en novembre 1943. D’autres éléments de Résistance (Croix de Lorraine du Capitaine Brice —primitivement ramification de l’A. V., — Homère), s'employèrent dans la Nièvre à poser les premières pierres du mur commun qui, dressé contre l'ennemi, fut cimenté par le sang, les souffrances et les tortures d'un grand nombre de martyrs : le Médecin-Commandant Chanel, qui a trente-huit ans, est en vie aujourd'hui par une chance vraiment extraordinaire. Il raconte, en souriant, que lors de son arrestation, il avala un tube de cyanure. Celui-ci passa tout droit sans s'ouvrir alors que la mort aurait mille fois dû faire son œuvre. Déporté ensuite au camp de Mauthausen, le Docteur Chanel s'en est tiré dans un grave état d'amaigrissement, ne pesant plus que trente kilos.
Quant au Docteur Subert, dont l'activité avait été déjà quelque peu percée à jour en juillet 1941, par les Allemands (qui l'avaient néanmoins remis en liberté après interrogatoire), emprisonné à Nevers le 12 novembre 1942, puis emmené à Fresnes et à Compiègne, il mourut à Buchenwald, sans que son courage défaillit un seul instant.
En juillet 1942, la Résistance avait été unie aux Forces Françaises Libres, pour devenir partie intégrante des Forces Françaises Combattantes (F. F. C.). Par « Résistance » il faut entendre en l'espèce, la résistance officielle, celle qui, créée par des hommes parachutés ou par des personnes ayant noué un lien permanent avec l'Angleterre, fut toujours en relation avec Londres. La France Combattante comprenait ainsi divers réseaux : Action, Gallia, etc... Car il y eut une nuance entre F. F. C. et F. F. I. - F. T. P. Les principaux chefs F. F. I. furent soit d'anciens chefs de groupes indépendants, soit des chefs de réseaux ayant perdu tout contact avec les dirigeants de leurs organisations par suite de rafles. Des états-majors leur furent parachutés.
En 1943, les divers mouvements étaient représentés à Paris au sein d'un Comité d'Entente et d'Action (C. O. M. A. C.).
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(1) Il fut recherché à Paris, Nevers et Blismes.
(2) Par la complicité de M. Millien, à Nevers.
14:00 Publié dans C. Première partie Propagation de la Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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