27.12.2005
O. LES PARACHUTAGES, LES ARMES ET LES ATTERRISSAGES
La résistance active n'aurait jamais pu atteindre son plein développement et prendre l'ampleur que nous avons connue si les techniciens alliés n'avaient mis au point, dans les moindres détails, ce qui allait permettre de prendre l'ennemi à revers, tandis qu'il était attaqué de front: les parachutages; parachutages d'armes et de munitions, parachutages de vivres et de médicaments, de postes de T. S. F. « Biscuits, etc... Qui aurait imaginé en 1940 une pareille pluie salvatrice d'engins et d'objets de toutes sortes ? Comment les opérations étaient-elles organisées dans ce domaine ? — Tout d'abord, c'était le chef départemental du service S. A. P. (1) qui prenait en mains la prospection des terrains aptes à recevoir les armes (Arma) ou les hommes (Homo) (2), et la constitution des équipes réceptionnaires, chacune de celles-ci ne comprenant pas plus de dix à douze hommes.
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(1) Section Atterrissages-Parachutages (en Saône-et-Loire) .
(2) A la fin il y eut des descentes de compagnies de parachutistes, notamment à Saint-Forgeuil. Elles furent reçues par le Commandant Goujon et le Capitaine Guyon (80 hommes en deux soirs), ainsi qu’à la Chapelle de Bragny et à Flagy.
Le terrain Arma devait être un espace dégagé, représentant au moins un carré de quatre cents mètres de côté, pouvant toutefois être coupé de haies ou parsemé de quelques arbres. Il n'était pas nécessaire qu'il fût absolument plat. Après l'avoir choisi on transmettait son emplacement à Londres, étant donné qu'on avait établi des points de repère sur la carte Michelin, noté les coordonnées en Est et en Nord, la distance en millimètres à la préfecture ou à la sous-préfecture la plus voisine, le nombre de containers ou tubes qu'il serait possible d’y lancer: sept ou quinze selon les moyens dont on pensait disposer pour camoufler le matériel (1).
Ex.: Arma - carte 77 - 25 Est 3,20 - 65 Nord 49,60 - 15 mm. Lyon- 15 T. Le service S. A. P. Anglais faisait ensuite une enquête et envoyait des avions survoler les lieux. Ceux-ci étaient alors homologués ou non. Les parachutages étaient annoncées par les messages personnels, deux ou trois phrases désignant chaque terrain.
Qui n'a pas souri, en les entendant, lorsqu'il y était question de pernod, de panthère, ou de clystère et quand la magnéto parlait à la bougie... Plusieurs d'entre eux cachaient sous leur forme badine et amusante, comme certaine devinette (2), une nouvelle considérable: l'expédition de quelques dizaines de millions pour assurer la vie des maquisards « Bébert a un chapeau vert. Le chapeau vert de Bébert est d'une grande importance » (3) .
Lorsque le message émis à 13 h. 30 ou à 19 h. 30 était répété à 21 h. 15 ou 21 h. 30, l'opération était confirmée. Une équipe spéciale se préparait aussitôt à atteindre l'avion qui était susceptible d'arriver une demi-heure après... ou seulement à 3 heures du matin. Elle était divisée en deux groupes, le chef d'équipe et trois hommes chargés du balisage, et cinq à huit hommes ayant pour mission d'assurer la protection du terrain à ses limites. L'attente se faisait en silence et il ne fallait pas fumer de cigarettes par crainte des patrouilles allemandes. Dès que l'on entendait le ronronnement de l'avion, qui venait contre le vent, trois lampes rouges étaient allumées à quatre-vingts ou quatre vingt-dix mètres les unes des autres au milieu du terrain. Auprès de la dernière (direction du vent) se tenait le chef d'équipe, qui, avec une lampe blanche, donnait la lettre morse, connue de lui seul ou de son adjoint. L'avion ayant capté ce « mot de passe » répondait par un feu rouge et lâchait son chargement en décrivant un ou deux cercles à cent cinquante ou deux cents mètres au-dessus du sol. Les containers, soutenus par des parachutes aux couleurs variées, descendaient lentement. Un deuxième, puis un troisième avion, etc., apparaissaient à leur tour selon que la phrase était passée une, deux ou trois fois.
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(1) Un container pesait 150 kg.
(2) Pourquoi la poule ne pond-elle pas d'œufs en Mésopotamie ? Parce qu'elle voit le Tigre et l'œuf rate (Euphrate). (3) En Saône-et-Loire, les principaux messages furent les suivants: Prenez l'ascenseur—Voyez le pompier de service —Je tire ma révérence — Le buste est en marbre —Vive les maquis — Soldat léve-toi—Les bombes sifflent—Le brocanteur est habile — L'étable est inhabitable — Il brille par son absence—Le ver à soie est en chômage _ Il faut repiquer les radis—La chicorée est améliorée —La laitue est romaine —Figaro se sert de lames Gillette—Il gagne son avoine—La Fontaine est né fabuliste, etc...
Certains parachutages ne se déroulèrent pas sans imprévu, comme le premier qui eut lieu à Sennecey-le-Grand. Ie 11 février 1944, vers deux heures du matin. En effet, l'avion prit, pour le balisage convenu, les trois lampes rouges qui signalaient des travaux sur une route en réparation et il largua sa cargaison sur la ville. Des containers tombèrent dans les rues et le cimetière (Clos Bouchard, Jardin des Daisés, Place de la Palecte, Cour de l'Hospice, Avenue du 4-Septembre, rue Niepce).
Les maquisards, alertés, trouvèrent des gens en train de croquer du chocolat, tandis que d'autres avaient récupéré des vêtements. Mais à la barbe des Boches, presque tout le matériel put être emmené (1). Les cordes des parachutes pouvaient être séparées des caisses ou des tubes au moyen d'une pince universelle. Les containers étaient divisés en cellules (1. 2. 3. 4. 5. — A. B. C. D. E.). Les containers de type H renfermaient 63 kilos d'explosifs avec accessoires, 12 mitrailleuses Sten avec 3.600 balles; 5 S1 en et 40 grenades mills: 12 grenades de plastique et 5 pistolets; 192 « incendiaires », etc... Les containers de type C contenaient 2 fusils-mitrailleurs Bren et 2.000 balles; 2 fusils anti-chars; 9 fusils et 1.350 balles; du ravitaillement (C. 12), etc...

« Tandis que la guerre se prolonge, le problème de la victoire éventuelle devient de plus en plus une question d'initiative, de courage et de ressource de la part des peuples dont le pays a été envahi par les Allemands.
« Cette question a déjà été résolue par l'entrée en scène d'un nouveau genre de soldat. Ce nouveau soldat ne se distingue normalement pas du civil; ses armes et son organisation sont totalement différentes des armées normales. Il se rend trop bien compte qu'il fut vaincu dans la première phase de cette guerre par des machines: le char d'assaut, le Stuka — Il se vente donc en développant une technique spéciale pour écraser les machines.
« Ce container de parachute vous procure le moyen d’asséner un coup contre la tyrannie nazie. Avant de vous servir du matériel, étudiez soigneusement ses qualités et possibilités d'emploi effectif. ll existe dans les divers containers plusieurs combinaisons de matériel pour des buts généraux ou spéciaux. Chaque container contient un nombre de paquets ou de boîtes sur lesquels sont marqués deux chiffres séparés par un trait oblique. Le premier chiffre vous indique la quantité de l'article contenu dans la boîte ou le paquet, le second correspond au numéro du paragraphe de ce livret qui vous dit ce qu'il y a comme contenu et comment l'utiliser ».

Il existait quatre sortes d'explosifs : l'explosif plastique, de couleur jaune ou noire, en cartouches de cent vingt grammes ; l'explosif 808, jaune, également en cartouches de cent vingt grammes ; la gélignite, brunâtre, en cartouches de deux cent quarante grammes' et l'ammonal noir, en cartouches étanches.
Un bon exemple des qualités coupantes d'une cartouche de plastique est fourni par son utilisation sur l'essieu avant d'une automobile ou d'un camion. Une application typique de son effet destructeur sur un objectif de construction légère est démontrée quand on a placé la cartouche dans la queue d'un avion. Si l'explosion a lieu en cours de vol, elle suffira à fracasser la queue de l'avion et à précipiter celui-ci au sol.
« En forant un trou de la dimension d'une cartouche dans une briquette de charbon où l'on introduit du plastique, un détonateur et un allumeur, on obtient un autre exemple de cet effet destructeur. Si ce dispositif est placé dans le foyer d'une chaudière il explosera et le souffle de l'explosion endommagera sérieusement le foyer, provoquant des fentes dans la chaudière.
« Deux cartouches de plastique, modelées en un anneau de quinze centimètres de diamètre extérieur, perforeront une plaque d'acier doux de quinze millimètres d'épaisseur. Le diamètre du trou sera de seize centimètres environ.
« Une pareille charge placée sur la paroi d'un réservoir important de carburant d'un wagon citerne ou l'extérieur d'un transformateur électrique donne un exemple caractéristique de ce qu'on peut faire.
« Si les cartouches sont façonnées en un bloc rectangulaire de 100 m/m. * 50 m/m. * 30 m/m. elles couperont un rail de chemin de fer. Enfoncées dans un tube d'acier, elles détruiront une station émettrice de T. S. F.
« Trois cartouches seront utilisées contre des machines ou de l'outillage d'usine. Contre les automobiles blindées et les chars, on emploiera une charge supérieure, dix cartouches perforant une tôle blindée de six à sept centimètres d'épaisseur ».
Parmi les accessoires pour détoner les explosifs, le plus important fut le crayon allumeur à retardement. Cet engin était de couleur variable, selon le retardement à obtenir : noir pour dix minutes, rouge pour une demi-heure, blanc pour deux heures, vert pour six heures, jaune pour vingt heures et bleu pour trente heures (2).
Au nombre des fournitures diverses figuraient : des revolvers automatiques ; des couteaux à cran d'arrêt ; des lampes électriques avec piles de rechange, des boussoles ; des pansements ; des paquets de nourriture concentrée, qui contenaient aussi des cachets pour purifier l'eau et des pilules fortifiantes de benzédrine ; des matraques ; de la pâte abrasive ; des sacs de sable ; des tournevis, et... détail cocasse, de la poudre irritante, genre poil à gratter. Cette poudre, composée de paille de fer pulvérisée, devait être saupoudrée en petite quantité sur les caleçons ou à l'intérieur du col ou de la manche des vêtements. Quelle bonne farce pour Fridolin !
La mitrailleuse Sten, arme efficace pour un combat à faible distance, se chargeait avec des cartouches de type Luger, de 9 m/m., type fabriqué par les Américains, les Anglais, les Belges et les Allemands.
Les maquis furent dotés, en outre, de piats (arme anti-char efficace pesant 20 kilos) et de bazookas qui rendaient les mêmes services.
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(1 ) Après distribution une partie en fut cachée dans le caveau de Saint-Ambreuil.
(2) Il y avait aussi des engins explosifs aimantés dont certains étaient submersibles et utilisés contre les péniches en fer. Ils explosaient avec un retardement variant de 6 heures (rouge) à 60 heures (bleu clair) et 8 jours (violet).
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Le dynamique Capitaine Robert Guyon (de son nom de guerre Buisson), vingt-quatre ans, morvandiau de Millay, du côté maternel, fut l'un des chefs du Service S. A. P. de Saône-et-Loire. Engagé dans l'aviation en 1939, il se trouva au début de la guerre en Afrique du Nord, puis passa dans l'artillerie de l'Armée de l'Armistice, et à sa démobilisation, dans la Résistance qu'il anima à Saint-Ambreuil, Varennes-le-Grand et Laives, avec l'adjudant Pierre Baron, le Capitaine Boucassot, le Lieutenant Dubois et l'Adjudant Thibert.
Le Capitaine Nancey (Jeannot), chef départemental, étant traqué par la Gestapo, le Commandant « Goujon » (Jarreau) se rendit à Lyon pour présenter le Capitaine Boucassot au Commandant Paulette, chef régional, qui l'agréa dans l'organisation du service avec le Capitaine Guyon. Ceux-ci accueillirent la mission du Général Kœnig dont l'un des membres — le Commandant Kervoline participa à des destructions importantes.
Le Capitaine Guyon sabota, avec ses camarades, les pylônes électriques de Givry et de La Chapelle (avec le Lieutenant Paulin) et le 23 juin 1944, concourut à la capture retentissante d'un milicien en pleine ville de Chalon, au bar P..L..M.
Parti ce jour-là en voiture de Saint-Gengoux, à dix-huit heures, le Capitaine Guyon, escorté du Lieutenant Perrin et de quatre hommes sous ses ordres, arriva à Chalon vers dix-neuf heures, après une crevaison à Messey. Il arrêta sa voiture près du bar, en bordure du trottoir opposé à ce dernier, et les maquisards entrèrent dans l'établissement où, à midi, le Capitaine avait déjeuné à côté du milicien qui lui avait été signalé. L'un des soldats fit tomber son béret et, se relevant, sortit son revolver pour arrêter le collaborateur qui fut conduit au P. C. du Commandant Guillaume, chargé de l'épuration.
Le lendemain, on pouvait lire dans le journal « Le Progrès », l'entrefilet suivant :
« Un homme du service du Maintien de l'Ordre a été enlevé le 23 juin vers 20 h. 30, au restaurant P.-L.-M. — angle de l'avenue Victor Hugo et rue Rougeot — par une bande de terroristes connus.
« Si cet homme n'est pas de retour au P. C. des forces du Maintien de l'Ordre à Chalon-sur-Saône, le dimanche 25 juin, à 8 heures au plus tard, les familles des auteurs du rapt, ainsi que les membres des organisations terroristes arrêtés, seront passés par les armes à raison de cinq personnes chaque jour.
« Cet arrêt sera appliqué à partir de 10 heures, dimanche 25 juin ».
Cet odieux chantage, plaidant le faux pour savoir le vrai, n'eut pas d'effet. Il est cependant navrant de constater que l'aberration de certains Français était parvenue à un degré si abject.
Au service S. A. P. appartint également un résistant de l'Ain, M. Aimé Broyer (Capitaine « Mémé »), salaisonnier à Manziat, petit village séparé seulement de la Saône-et-Loire par la Saône.
M. Broyer, qui est modeste et n'aime guère narrer ses actions, fut fait prisonnier en 1940. Evadé en 1949, il adhéra aux M. U. R., et forma des sizaines dans les cantons de Pont-de-Vaux et Bagé-le-Châtel. Ayant assisté à un atterrissage sur le terrain « Marguerite », face à Saint-Jean-le-Priche, il fut délégué pour prospecter de nouveaux aérodromes improvisés dans les prairies de la Bresse. Ce fut le terrain « Aigle » entre Asnières et Manziat, au lieudit « La Montagne » (d'où s'envolèrent pour Londres le Général de Lattre de Tassigny, M. Edouard Froment et de nombreux officiers anglais et américains), et le terrain « Junot », de Sermoyer, à la hauteur du pont d'Hurigny.
Les atterrissages avaient lieu après minuit. Les passagers partants arrivaient quelques heures auparavant en gare de Mâcon, d'où ils étaient dirigés chez M Broyer pour y attendre la confirmation du message convenu, après quoi le terrain était balisé au moyen d'une ficelle tendue sur huit cents mètres, tandis que sa protection était assurée par les sizaines de Manziat, commandées par l'adjoint Fernand et les chefs Boyat Jean, Feyeux, Ferrand Joannès, Prével Paul.
L’avion ne restait posé sur le pré que pendant un laps de temps extrêmement court : huit ou neuf minutes, ce qui permettait tout juste d'assurer le transbordement des passagers (arrivants et partants), de décharger le matériel et de donner le courrier.
Les postes émetteurs reçus à cette occasion étaient adressés peu après à Lyon dans des emballages à viande appartenant à M. Broyer.
Outre son activité au service S. A. P., le Capitaine Mémé fut le grand pourvoyeur de vivres des maquis mâconnais que ses groupes « fortifièrent » en leur faisant un somptueux cadeau de deux cents hectolitres de muscat destinés aux Allemands.
Un autre officier, le Lieutenant Paulin, du secteur de Saint-Gengoux, (nous avons déjà mentionné son nom dans ce chapitre), aida les chefs départementaux dans diverses opérations de parachutage et d'atterrissage. En août 1944, il conduisit deux aviateurs alliés à Manziat, — l'un Australien, l'autre Canadien —, désireux de regagner l'Angleterre. Ceci nous amène à transcrire, tel qu'il nous a été rapporté par Mme Lallemant, le récit du séjour parmi les habitants de Saint-Cyr, près de Sennecey-le-Grand, du pilote Bill Watson qui fut choyé comme s'il eut été dans sa propre famille.
14:35 Publié dans C. Première partie Propagation de la Résistance | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note








Commentaires
Le parachutage dit de MONT (hameau de Cortevaix) eut lieu en fait au hameau de La Grange Cercie, commune de d'Ameugnie. les deux communes sont mitoyennes.
A. Jeannet, auteur de plusieurs ouvrages sur l'occupation allemande.
Ecrit par : Jeannet André | 15.02.2007
Merci de votre correction.
Ecrit par : jean michel Picard | 15.02.2007
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