29.12.2005
K. MAQUIS BAYARD
Le Maquis Bayard eut pour fondateur M. André Gobley, de Missery (Côte-d'Or).
Fait prisonnier à Lille, le 29 mai 1940, il fut conduit au stalag XVII-A de Vienne où il commença de résister en refusant tout travail. Ayant ensuite changé de camp, il prépara se première évasion qui fut périlleuse et où il essuya le feu des Allemands. Repris en Hollande et maltraité, il devait être transféré à Rawaruska, de sinistre mémoire. Aussi songea-t-il à une nouvelle fuite et le 15 août 1942, il arriva à Bourg-en-Bresse d'où il remonta sur la région de Saulieu.
En juin 1943, il s'occupa du placement des réfractaires au S. T. O. et, prenant contact avec Henri Bourgogne (1), le Capitaine Bernard et M. Naudin, en cacha au maquis nivernais de Saint-Brisson. Il allait rejoindre lui-même Saint Brisson quand ce maquis fut menacé d'une attaque ennemie (2). Il dut rester à Missery. Avec M. Naudin, il s'employa au recrutement des volontaires et réceptionna, le 5 février 1944, un premier parachutage d'armes. En mai, M. Gobley fit la connaissance du Capitaine Robert (Guiller), qui prit le commandement du groupe formé plus tard de cinq compagnies opérant dans quatre cantons : Précy-sous-Thil, Saulieu, Liernais et Arnay-le-Duc, débordant même sur la Saône-et-Loire et rassemblant plus d'un millier de F. F. I. La première compagnie eut pour base le bois de Mercueil, entre Thoisy-la-Berchère et La Motte-Ternant aux eonfins du Morvan, puis Villargoix (Thomirey) et le village de Chazel. Ce fut elle qui donna naissance à plusieurs « essaims » qui constituèrent les embryons de trois autres compagnies.
La seconde fut confiée au Lieutenant Christian (Gilger) rallié le 13 juin au Camp Bayard avec treize hommes du maquis de Champeau. Le 10 juillet, à l'extrémité sud-orientale du département de la Côte-d'Or, la Forêt de Vianges fut le refuge de cette deuxième unité composée, trois jours après, de cent vingt maquisards dont une section participa au défilé commémorant la Fête Nationale à Liernais.
Du 15 au 24 juillet, l'action de ces soldats se borna à des sabotages sur la voie ferrée entre Saulieu et Autun, au pont de la halte de Barnay, et aux Thélots où les aiguillages furent rendus inutilisables. En réalité, le camp fit ses premières armes d'une facon épique les 26 et 27 juillet. Peu de temps auparavant, le Sergent Mangematin, de Saulieu, parti du P. C. de Lamotte-Ternant pour se rendre au hameau voisin, avait été surpris par des Feldgendarmes qui l'avaient trouvé porteur de douilles de pistolet vides. Le maquis, n'ayant eu que trop tard connaissance de son arrestation, n'avait pu le délivrer, mais des renseignements ultérieurs lui étaient parvenus sur le lieu de sa détention. C'est pourquoi le Capitaine Roberte après avoir conféré avec ses trois commandant de Compagnie, leur avait ordonné de capturer quelques Allemands, si possible sous-officiers, afin de procéder à un échange de prisonniers. Ainsi prit corps le projet d'attaque du poste de guet installé par l'ennemi sur le « Bar » (Montagne de Bar-le-Régulier).
Le 26 juillet, le Lieutenant Christian, qui savait que trois hommes de ce poste s'étaient rendus, comme chaque semaine, en bicyclette à Autun pour y effectuer leur rapport, résolut de tendre une embuscade à leur retour, sur la route G. C. 4, près de Cordesse, avec un sous-officier et quatre hommes de la 2e Compagnie; l'Aspirant Dib Tahar, originaire de la Tunisie, et son chauffeur, — de la 1ère Compagnie —, en visite au camp de Vianges.
Vers quinze heures, les trois cyclistes revenant d'Autun furent « kidnappés » sans avoir le temps de réaliser ce qui leur advenait. Verts de peur, ils crurent que leur dernière heure avait sonné... Pourtant les « terroristes » étaient plus civilisés que la « correcte Wehrmacht » qui recourut aux méthodes favorites d'intimidation et de force pour récupérer ses prisonniers et ceux qui furent pris comme des rats les 27, 28 et 29 juillet.
La destruction totale du poste de Bar ayant été envisagée, le Lieutenant Christian se servit du gradé allemand le plus âgé, encore sous le coup de son aventure de la veille. Une ruse finit par convaincre celui-ci qu'il aurait tout avantage à faire accepter une reddition à ses camarades auxquels dix minutes de délibération seraient accordées. Si, après son entrée au poste, il ne revenait pas indiquer leur décision, positive ounégative, ses deux compagnons restés au camp en pâtiraient, car ils seraient exécutés. De plus, le fortin serait malgré tout rapidement anéanti, car de forts contingents de troupes appuyés par des mortiers lourds, des lance-flammes et des avions (!) pulvériseraient toute résistance...

Le matin du 27, soixante F. F. I. se rendirent donc à Bar, plongé dans le brouillard. La situation ne pouvait mieux se présenter. Ayant laissé tous ses hommes à mi-hauteur, le Lieutenant Christia monta à cinquante mètres du poste et envoya le sous-officier tenir sa promesse.
Les occupants ne voulurent point capituler : « Nein ! Niemals ! » (Non ! Jamais !) mais, quelques minutes plus tard, cette réaction spontanée fit tout de même place à une acceptation unanime. Le maquis s'enrichissait de quatre nouveaux prisonniers, de leur matériel d'optique et de précieuses armes et munitions. Il était environ neuf heures quand une grosse déflagration transforma leurs installations en ruines.
Les 28 et 29 juillet, des opérations similaires furent engagées par les 1ère et 3e Compagnies à Marcigny et Dompierre-en-Morvan (au Lunet) portant ainsi à une vingtaine le total des captifs. Mais ce 29 juillet, les Boches exigèrent leur restitution et arrêtèrent les Maires de Bar-le-Régulier et Manlay. Dès le début de l'après-midi, le Lieutenant Christian fut averti qu'un groupe d'une trentaine de soldats venait d'arriver et se trouvait à la Mairie de Bar. Craignant d'autres arrestations, il convint de préparer une embuscade libératrice près de ce village, quand, se mettant en route, les maquisards apprirent le départ des soldats pour Manlay. Ils les accrochèrent au hameau de Menin-Thiroux, où l'officier commandant le détachement allemand était descendu pour téléphoner à la gare de Manlay, afin d'obtenir, de Beaune, des instructions complémentaires au sujet de la remise des prisonniers.
Des coups de feu claquèrent et les gardiens des otages du bourg rejoignirent Menin-Thiroux en toute hâte pour participer au combat qui persista pendant cinq heures, jusqu'à la chute du jour.
Les Allemands — qui étaient vingt-sept —, se barricadèrent dans la gare. ns envoyèrent une estafette motocycliste demander des renforts; ceux-ci leur parvinrent de Beaune, Dijon et Autun. Les cent vingt F. F. I. présents (3) se replièrent alors, non parce qu'ils y furent contraints, mais afin d'éviter une bataille nocturne. Selon certains, les pertes de la Wehrmacht furent d'une soixantaine de tués et blessés. Le maquis n'eut qu'un mort, le sédélocien Emile Burbeaud, plusieurs blessés légers et deux blessés graves, dont l'un ne rentra que le lendemain après avoir simulé la mort en dépit de nombreux coups de pieds reçus dans les côtes.
Les Allemands, relâchant les Maires de Bar et Manlay, les prévinrent que si les prisonniers n'étaient pas rendus le 1er août avant midi, leurs villages et ceux de Vianges et Marcheseuil situés également autour de la Montagne de Bar, seraient ravagés par le feu. Les autorités civiles, M. l'Abbé Viéaux, curé de Laroche-Saint-Cydroine (Yonne), venu à une fête de famille à Jonchery et bloqué par les événements, et M. l'Abbé Modot, Curé de Marcheseuil, tentèrent de concilier l'inconciliable entre les officiers ennemis et la Résistance. Une ombre sépara les Français, les uns ne songeant qu'à la perte de leurs biens et incriminant les maquisards de nuire à l'occupant pour amener de terribles représailles, les autres ne songeant avant tout qu'à la lutte, tout en cherchant à éviter ces représailles dont il serait cruel et profondément injuste de leur tenir rigueur.


En la circonstance, il eut été possible de faire un échange de prisonniers, conformément au désir manifesté par le groupe Bayard. Or, se refusant à toute concession, la Wehrmacht braqua son artillerie sur Manlay (4) qu'elle arrosa, ainsi que Menin-Thiroux, d'une centaine d'obus de gros calibre.
Soixante-douze maisons (huit avaient auparavant été incendiées à Menin-Thiroux le 29 juillet) s'écroulèrent ou furent endommagées pour la gloire de l'armée du Reich. L'église (ancien château, vestiges des XIIe et XIVe siècles), reçut elle-même une dizaine d'obus de 105 qui tombèrent surtout sur le clocher et la toiture, criblant d'éclats les murs, l'autel et les vitraux.
Pour cette fois, les dégâts étaient limités, mais à l'avenir, si les « terroristes » s'obstinaient à conserver les prisonniers, on ferait beaucoup mieux... Un village serait rasé pour chaque prisonnier et sans aucun avertissement afin de tuer les gens chez eux. Ceux-ci voulaient-ils une boucherie ?...
Le ton de ce langage se haussa encore le lendemain à Autun, lorsqu'un officier, bien que sachant les maquisards disposés à livrer les hommes réclamés, tout en tentant leur dernière chance pour obtenir, en contrepartie? la vie saine et sauve de dix-neuf Français, déclara à M. l'Abbé Viéaux que tous les pays de la région seraient bombardés (au besoin quatre villages par captif retenu).

Le 3 août, avant de reconduire ses prisonniers qui avaient été bien traités, le Lieutenant Christian leur montra l’état de Manlay. Pleurant de honte un sous-offcier s’exclama : « Un jour viendra où le peuple allemand devra payer de tels forfaits ».
Il nous faudrait de nombreuses pages pour conter en détail tous les exploits du Groupe bayard, ce qui n’est évidemment pas possible dans le cadre étroit de cet ouvrage. Le lecteur qui désirera d’intéressantes précisions pourra consulter le livre du Docteur Pardon : « Notre Maquis » (5). Nous ajouterons toutefois quelques notes sur la 5e Compagnie qui, formée par le Lieutenant Arnold (Arnol) se « colla » aux précédentes.
En 1942, cet officier avait « touché » l’un des principaux chefs de l’Armée Secrète et, à l’origine, l’Arnétois devait être, dès 1943, un repaire de maquisards. Si on n’y créa aucun camp dans la période antérieure au débarquement, ce fut pour permettre aux résistants pourchassés par l’ennemi de se retirer en sureté à Arnay-le-Duc. De plus, on était obligé de compter avec les difficultés de l’armement. Le Bureau des Opérations aériennes de Santenay-les-Bains pourvut la Compagnie du strict nécessaire.
L’emplacement choisi pour le maquis fut le bois de Bessay, à l'extrémité du massif sylvestre
morvandiau qui déborde vers Magnien où il atteint quatre cent vingt-trois mètres d'altitude (La Châ). Une vingtaine d'hommes s'y concentrèrent. Renforcés quotidiennement par des recrues, leur nombre se trouva décuplé les premiers jours d'août et de sérieuses actions, préparées par un prompt entraînement, purent être entreprises. Une occasion leur fut offerte de saboter les transports des fournitures de guerre; mettant leurs nerfs et leur réflexes à l'épreuve, ils ne la laissèrent pas s'échapper.
Ecoutez plutôt le Lieutenant Arnold : « Le 15 août, nous apprîmes, par des agents que nous avions dans la région, qu'un train de charbon et de bauxite se dirigeant sur Mannheim, stationnait en gare de Thury (ligne d'Epinac aux Laumes). Armés de mitraillettes et ayant emporté une provision de « plastique » nous nous rendîmes à la tombée de la nuit à Thury, où un détachement précurseur nous avertit que tout était pour le mieux, le convoi ne semblant pas gardé. « Nous entrâmes donc dans la gare, vide de son personnel, et réveillâmes son chef qui nous donna aussitôt les papiers concernant le contenu des wagons. Quelques-uns d'entre nous en déplombèrent les portes.
« Les renseignements étaient exacts, et les produits trouvés, d'une grande utilité aux Boches. Nous chargeâmes le charbon dont nous avions besoin pour nos gazogènes et décidâmes d'immobiliser le train.
« La charge d'explosif fut fourrée sous la chaudière de la locomotive, à proximité du foyer, le détonateur adapté et la mèche allumée... Nous prîmes le large. Dans sa précipitation, un camarade demeura suspendu à une barre de métal par la ceinture de sa canadienne, aux flancs
de la machine. Il rétablit vite sa mauvaise posture d'un coup de couteau libérateur !...
« Nous nous réfugiames derrière un mur de briques. Une explosion... un épais nuage... et nous fûmes poudrés de noir.
« Nous avions fait beaucoup de bruit, mais avions-nous accompli de la bonne besogne ? Nous y regardâmes de plus près pour constater avec satisfaction que « pour du bon travail, c'était du bon travail ».
« L'ordre de départ fut donné, lorsque devant nous des lampes électriques s'allumèrent et nous éblouirent. Des mitraillettes miroitèrent... Nous plaquant contre les wagons, nous étions prêts à la riposte... quand, par présence d'esprit, nos visiteurs nous donnèrent le code grâce auquel les maquis se reconnaissaient entre eux la nuit. C'étaient des camarades de Saône-et-Loire, portant le brassard des F. F. I. Nous devisâmes quelque peu, puis reprîmes chacun notre itinéraire de retour, en songeant aux actions futures ».
De ces « actions futures », nous retiendrons : le sabotage de la voie ferrée à Barnay (nuit du 17 au 18 août), qui interrompit définitivement tout trafic sur la ligne d'Autun, la récupération de près de six mille musettes à La Garenne-Epinac (25 août); les opérations consécutives aux barrages élevés sur la route d'Autun à Arnay-le-Duc, l'un au lieudit Bois de la Grange entre Sivry et Viscolon, et l'autre aux Rios, entre Fontaine et Voudenay-le-Château.
Le 26 août, un camion de six tonnes, monté par environ trente-cinq S. S., fut attaqué au fusil-mitrailleur et à la mitraillette par le premier de ces barrages. Engagement relativement bref. L'ennemi essaya de parer le choc en faisant usage de ses mitrailleuses, mais fut réduit à la fuite en longeant le Gué. Il eut un minimum de dix-huit morts et laissa quatre prisonniers.
Le 6 septembre, après la capture d'un camion de munitions au cours de laquelle six Allemands furent tués, une puissante colonne blindée, évaluée à trois mille hommes vint buter devant le barrage de la Grange. Sous les salves d’autos-mitrailleuses, le camp, fortement menacé, dut effectuer un décrochage et se protéger par des mines, tout en utilisant toutes ses armes. Pour finir, — ayant incendié la grange de M. Regnault, aubergiste à Sivry —, les Boches qui s'étaient rassemblés au barrage, se replièrent sur Autun (d'où ils se portèrent le lendemain vers Nolay, suivis en cela par l'aviation alliée qui les mitrailla). Deux F. F. I., Camille Bouley, de Maizières et Maurice Perriaud, de Saint-Prix (Saône-et-Loire), tombèrent mortellement blessés dans ce combat dont la violence n'eut d'égale que celle qui se déchaîna dans la nuit du 6 au 7.
La lutte fut entamée, cette fois, contre un convoi hippomobile dont les forces équivalaient à la moitié de celles de la colonne précédente. Elle dura de vingt-deux heures à trois heures du matin. Les Allemands eurent encore des pertes très sévères au prix desquelles ils enfoncèrent les deux barrages. Ils volèrent deux chevaux, un tombereau et quatre bicyclettes dans les fermes bordant la route de Voudenay.
Le 7, d'autres éléments cantonnèrent à Voudenay-le-Château pour n'en repartir que le 8. Ils arrêtèrent le maquisard Marcel Grillot, envoyé en mission, et dix civils du pays dont une jeune fille. Toutes ces personnes furent pourtant relâchées, sauf Marcel Grillot qui reçut une balle dans la nuque dans une écurie du Château, bien que l'ennemi n'eût pu lui faire avouer qu'il appartenait à la Résistance.
Le 9 septembre, les unités du groupe Bayard entrèrent à Dijon. Les hommes du Lieutenant Arnold qui s'engagèrent au sein du 1er Régiment de Bourgogne à poursuivre le combat jusqu'au delà des rives du Rhin, fusionnèrent avec leurs camarades de la Compagnie René Laforge, commandée par le Lieutenant-Médecin Jean Nasica, d'Arnay-le-Duc, dont la conduite fut exemplaire sur le front d'Alsace. C'est là que, venant d'être élevé au grade de Capitaine et ayant cent fois défié la mort, il fut tué lors de la libération de Bourbach-le-Bas.
Nous ne saurions passer sous silence le rôle des soldats « clandestins » du Lieutenant Nasica, qui s'était adjoint le Lieutenant de Chabot, officier d'active. Ils comptent à leur palmarès un fructueux « nettoyage » à Sainte-Marie-sur-Ouche, à trente kilomètres de Dijon, où ils firent trente-quatre prisonniers.
Au début de l'après-midi du 9 septembre, cinq cents Allemands se trouvaient au village quand le Lieutenant Nasica et neuf F. F. I. arrivèrent en camionnette et jetèrent le désarroi parmi eux.
Ayant mis le feu à une maison, la Wehrmacht empêcha l'extinction de l'incendie en utilisant un canon de 20 m/m. et tua un homme en tirant dans les volets des autres immeubles.
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(1) Cf. plus loin : Maquis Bourgogne.
(2) Voir : Maquis Bernard.
(3) Il y en avait une quarantaine de la 1ère Compagnie avec l'aspirant Tahar.
(4) Editions du Petit Mantais.22:45 Publié dans D. Deuxième partie : Maquis de la Bourgogne | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note








Commentaires
Aujourd'hui nous devons détruire un petit fortin, tenu par quelques soldats allemands, qui sert de point d'observation et de liaison entre les différentes unités d'occupation de la région.
Cette action, qui entre dans le cadre des missions de harcèlement et d'immobilisation des troupes se rendant en renfort sur les côtes du débarquement, est surtout symbolique. Nous devons l'exécuter en évitant l'accrochage, en souplesse, faire des prisonniers mais pas de victimes. Notre premier travail consiste à isoler le fortin de toutes liaisons avec l'extérieur, pour ce faire il nous faut couper les fils téléphoniques reliés à notre objectif.
Le fortin est construit,avec des pierres et des troncs d'arbres,sur un monticule au millieu d'un terrain découvert,il domine les environs qu'un guetteur scrute avec des jumelles de temps en temps.
C'est en rampant dans les fossés que nous nous dirigeons,à deux,vers le poteau sur lequel mon camarade grimpera pour couper les fils alors que j'assurerai sa protection avec mon FM.
Non sans difficultés nous atteignons notre but, mon camarade monte au sommet du poteau cisaille en main, prêt à sectionner le premier fil, quand un bruit de moteur lui fait stopper son geste. Il n'a pas le temps de redescendre sans être remarqué, il doit rester la haut, il l'a très bien compris. Maintenant il chante, faisant semblant de procéder à une vérification. Pendant ce temps j'ai pu me tapir derrière un buisson et avec mon FM je tiens en enfilade la route d'où arrive le véhicule; c'est une Adler décapotable dans laquelle se trouve quatre soldats.
Le chauffeur intrigué et sur la défensive, ralenti en apercevant mon camarade, puis passe lentement devant nous.
Je n'ai pas été repéré, maintenant je les tiens tous dans l'oeilleton de mon arme à environ six mètres, quelles proies faciles! mon doigt sur la gachette a déjà passé la première bossette, la vie de quatre hommes est là, c'est à moi d'en décider, il suffit d'une légère pression de mon index, que la gachette recule d'un millimètre, pour que...
Non il n'en est pas question, je ne dois pas provoquer l'accrochage. Là haut, mon acolyte doit prier tous les saints pour que je ne fasse pas d'impair, il continue de chanter (c'est beaucoup dire) et fait un signe, amical, de la main aux allemands qui rassurés lui répondent, accélèrent et disparaissent.
Les fils sont coupés, quelle trouille nous avons eu. Nous nous congratulons, il nous faut maintenant rejoindre notre groupe au plus vite afin de terminer le gros du travail.
Nous avons amené avec nous l'un de nos prisonniers afin qu'il nous serve d'interprète, surtout pour son uniforme. Il a très bien compris ce que nous attendions de lui "faire comprendre à ses compatriotes, que nous les avons isolé, qu'ils n'ont aucune chance de s'enfuir et qu'il serait regrettable, pour eux, de nous opposer la moindre résistance". Nous avons encerclé le fortin, le prisonnier s'avance en terrain découvert, il sait que l'un de nous parle l'allemand et qu'il n'a aucune chance de nous tromper. Il est notre prisonnier depuis la veille, jamais il n'a subi de sévices de notre part, c'est ce qu'il va dire aux autres afin de les convaincre.
Sera-t-il assez persuasif ? Quelle va être leur réaction ? Il est entre deux feux, il faut y aller.
Le guetteur ne doit pas être à son poste,ou bien l'uniforme de notre interprète le laisse confiant car celui-ci a déjà parcouru une quinzaine de mètres sans provoquer la moindre réaction.Ce silence n'est pas fait pour le rassurer, aussi se met-il à gueuler afin que ses compatriotes daignent s'intéresser à lui.
Enfin une silhouette apparait et un dialogue s'établit, puis nous voyons les occupants du fortin, sortir, les uns après les autres, les mains sur la tête.
Nous investissons le fortin. Après avoir récupéré tout ce qui pouvait nous être utile, notre groupe rejoint la base pendant que nous restons à deux pour disposer les explosifs. Je ne suis pas un expert en la matière, je ne fais donc que suivre les instructions de mon partenaire.
Tout en surveillant les alentours, je malaxe les bâtons de Plastic et les place aux endroits conseillés. Je m'étonne de voir mon partenaire coller les explosifs dans les angles de la bâtisse, sans plus de minutie, je pense que la déflagration s'effectuera dans le vide, sans grandes conséquences pour la construction. Il me détrompe et m'explique, que le Plastic exerce sa poussée, uniquement du côté où s'oppose une résistance, il n'est donc pas nécessaire d'en faire plus.
Je ne vais pas tarder à savoir si ses dires sont exacts. (ouf) Pour casser les ampoules, mon expert mord à pleines dents une extrémité des détonateurs, avant de les insérer dans chaque pain de Plastic. Machinalement je tourne la tête, craignant à chaque fois de voir la sienne exploser.
Le dernier crayon vient d'être introduit, nous partons à toutes jambes à travers le terrain découvert et nous affalons derrière un muret repéré à l'avance, où nous assistons au spectacle organisé par nos soins.
Mon copain saboteur avait raison dans ses explications, le Plastic réagit bien comme prévu, les infrastructures du fortin sont détruites.
Mission accomplie, nous rejoignons notre base.
27 07 1944
Louis Jacquemart
alias Guy Kervarec
(Bibi)
Ecrit par : Louis Jacquemart | 02.01.2006
mon mari Ernest Teyssier, décédé en 1977 a été interné à Rawa ruska aprés avoir tenté plusieurs évasion, je suis à la recherche de témoignage sur la vie dans ce camp.
merci pour votre aimable réponse
Ecrit par : teyssier | 31.05.2006
Chère Madame,
Voici un lien qui vous permettra peut-être d'obtenir d'autres informations :
http://rawa-ruska.net/rawa_c17.htm
Ecrit par : jean michel Picard | 31.05.2006
cher monsieur Picard,
suite à la lecture de documents concernant mon père William DENIS ayant fait partie des organisations de résistance de la cote d'or vers Semur en auxois sous les ordres du capitaine Alizon ex Commandant GUY,
je suis à la recherche de divers documents concernant le groupe bayard. pouvez vous me fournir quelques renseignements qui retrace l'histoire de ce groupe (récits, photos), mon père à également rejoint le régiment de bourgogne et ensuite la 1ere armée française pour finir cette épopée en allemagne.
A l'avance je vous en remercie
Nicolas DENIS
Ecrit par : Denis | 01.06.2006
Cher Monsieur,
Vous trouverez sur ce blog un témoignage de M. Louis Jacquemart sur le maquis Bayard :
http://maquismorvan.blogspirit.com/archive/2006/01/02/maquis-bayard-destruction-d-un-fortin.html
Peut-être pourra-t-il vous fournir des informations.
Si je devais retrouver de mon côté dans les archives concernant le maquis Bayard, je ne manquerai pas de les mettre en ligne.
Ecrit par : jean michel Picard | 02.06.2006
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