30.12.2005

L. MAQUIS BOURGOGNE


L'âme de la résistance de la région de Semur-en-Auxois fut M. Henri Camp, menuisier ébéniste dans cette ville, agent de l'I. S. Comme à tous les vrais patriotes, la défaite de 1940 lui pesa affreusement sur le cœur, et il songea à préparer la revanche et l'assaut libérateur qui, à cette période, étaient bien hypothétiques.

 

Ses premières actions furent d'organiser de nombreuses évasions de prisonniers français (plus de cinquante du seul camp de Massène, près de Semur), de récupérer et de camoufler du matériel de notre armée et de prendre un fusil-mitrailleur et plusieurs mitraillettes à l'ennemi' installé sur sa propriété.

 

Odieusement dénoncé, Henri Camp fut victime d'une perquisition allemande qui n'eut pas de suite sur le moment.

 

Isolé au début, il se trouva, fin 1942, à la tête de deux mille hommes, tant il sut enflammer toute une contrée par son ardeur. Ayant posé les fondations de son mouvement avec ses amis (artisans, bûcherons, cultivateurs), il déploya une intense activité et bientôt : cheminots, fonctionnaires, gendarmes, médecins, prêtres, etc..., lui apportèrent leur concours. De bonne heure il mit sur pied plusieurs équipes de sabotage qui accomplirent de rudes tâches avant le débarquement, ainsi qu'on le verra plus loin.

 

 

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Son secteur engloba à la fois une partie du nord de la Côte d'Or et l'extrémité du sud de l'Yonne où, en particulier il fut en contact avec M. Baudot, garagiste à Cussy-les-Forges.

 

Comptant de dévoués collaborateurs, comme M. Morlevat, Maire de Semur, et le Docteur Roclore; MM. Mathieu, Directeur d'Ecole à Précy-sous-Thil; Gobley, de Missery; Japiot, d'Uncey, Moreau, de Vitteaux; Séblin de Pouillenay , et Thibault, de Genay, pour l'Auxois ; MM. Bertail, de Châtillon; Barbier, de Pothières, et Michaud, de Nesle-et-Massoult, pour le Châtillonnais; et MM. Archet et Grison, de Dijon, Henri Camp réussit à se mettre en rapport avec Londres en mai 1943.

 

Sa maison fut un centre d'accueil des réfractaires au S. T. O. qu'il transforma en domestiques agricoles avec l'aide des fermiers. Mais ce ne fut là que l'un des aspects de la lutte qu'il allait commencer et dont il ne devait pas voir la fin victorieuse.

 

En ce qui concerne la propagande clandestine, dont nous avons donné plus haut des spécimens, Henri Camp qui prit le nom de Henri « Bourgogne », nom de sa chère province, participa à la confection de nombreux tracts. Son groupe apposa des affiches indiquant aux Maires et aux syndics des communes, la ligne de conduite à suivre en matière de réquisitions et de ravitaillement après le débarquement et il attira l'attention sur l'existence des mouchards et des espions.

 

Des lettres furent envoyées : à ceux qui faisaient preuve de trop de servilité envers l'ennemi, en lui fournissant, sans difficulté et sans remords, la main d'œuvre exigée; aux directeurs de sociétés de transports qui mettaient leurs voitures à sa disposition; aux gendarmes qui paraissaient ne pas comprendre où était leur devoir; aux gens qui, par leurs bavardages, ou leurs médisances, étaient susceptibles de nuire à la Résistance. Enfin, des circulaires transmettant des consignes de discipline et d'entr'aide furent également diffusées, de même que des feuilles émanant de l'organisation régionale (1).

 

Voilà le côté « passif » de la besogne du groupe Bourgogne, son coté « actif » étant constitué par des opérations directes contre la Wehrmacht. En relation avec les I. S. de l’Yonne (Aillant-sur-Tholon), du Jura (Grand-Père) et de Saône-et Loire (Alain), le mouvement après avoir établi, en mai 1943 son premier maquis de quinze hommes à Allerey, entre Semur et Flée, assura des transports d'armes de la région de Châtillon sur-Seine au camp et de l'Auxois au Jura.

 

Vint juillet et la promesse d'un débarquement en août qui serait annoncé par les messages : « Le Dieu Gaulois s'est réveillé » (préparation) et « Le Coq Gaulois a chanté » (sabotage général). Notre blé devait rester chez nous et non prendre la direction de l'Allemagne. Par ordre supérieur, les battages furent donc entravés sur une assez grande échelle, puisque des sabotages eurent lieu, non seulement dans les parages de Semur et d'Avallon, qui ne livra presque rien à la réquisition, mais jusque dans les environs de Joigny (Yonne) et de Genlis (Côte-d'Or)

 

Afin, notamment, d'immobiliser les péniches emportant notre récolte, deux biefs du canal de Bourgogne furent sabotés à Braux (longueur 5 kilomètres) et à Gissey-le-Vieil (longueur 12 kilomètres), entre Semur et Pouilly-en-Auxois. Œuvre perlée pour laquelle la B. B. C. envoya ses félicitations : « Raymond et son équipe du canal font du bon travail, c'est bien. Bourgogne, continuez » ( 2) .

 

 

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Le 16 août, des aviateurs alliés ayant eu un accident furent recueillis près de Pouilly et emmenés vers Paris.

En septembre se déclencha le premier coup de main contre l'importante usine de machines outils de Montzeron, sise à quatre kilomètres à peine de Guillon.

 

Et maintenant se déroule sous nos yeux un« scénario » où les succès se mêlent aux infortunes et aux revers dus pour la plupart à la trahison :

 

« 19 septembre. — Sabotage des lignes électriques à haute tension dans la région de Montbard et de sous-station électrique — Attaque du camp d'Allerey — Mille Boches contre quinze hommes ! — Un feldwebel et un soldat allemand sont tués — Mort courageuse du chef du camp.

 

« Octobre.—Installation du deuxième maquis au Mont Dreget à proximité de Semur — Sabotage du canal qui cesse de fonctionner totalement — Réquisition à Venarey du chargement de péniches bloquées au bassin du canal, les marchandises étant destinées aux Allemands — Sabotage d'une machine à vapeur et d'une tronçonneuse fonctionnant pour l'ennemi à Pont.

 

« 6 et 17 octobre. — Nouveaux sabotages à l'usine de Montzeron (trois machines et huit fraiseuses inutilisables).

 

« 18 octobre. — Formation du camp secondaire de Thoste (trente hommes), à 10 kilomètres de Semur.

 

« 22 octobre. — Réquisition du matériel de couchage et de cuisine des G. M. R. de garde au canal.

 

« 30 octobre. — Mission aux Laumes : pose d'affiches et sabotage. Au cours de ce travail, attaque par une patrouille ennemie. Un Français est tué. Henri Bourgogne, poursuivi dans les jardins, perd ses poursuivants et arrive à temps pour jeter une grenade dans un wagon de troupes : des Boches atteints, sans doute morts, sont descendus dans plusieurs gares en direction de Paris.

 

« 31 octobre. — Attaque du Mont Dreget. Vingt hommes contre douze cents Allemands munis de mortiers, de canons de 37, et de mitrailleuses lourdes. Décrochage général sans perte.

 

« Novembre. — Regroupement au maquis de Villaines-les-Prévôtes. Au cours d'un transport d'armes dans l'Yonne, deux francs-tireurs sont arrêtés dans un barrage, un tué — Sabotage des pompes à eau du chemin de fer à Semur, Avallon, Vitteaux, les Laumes (deux fois) et de deux pylônes à haute tension, vers Hauteroche, aux environs de Flavigny ».

 

Henri Bourgogne — qui se faisait familièrement appeler « Le Patron » — avait reçu, le 5 septembre, des mains de M. Paul, chef du réseau « Jean-Marie », une lettre d'éloges rapportée d'Angleterre. Elle avait été pour lui un précieux encouragement. Chef inlassable du groupe, c'est vers cette date qu'il fut obligé d'abandonner sa maison et de gagner le maquis, changeant fréquemment de résidence. Les cabanes de vignerons, les maisons forestières, les immeubles abandonnés lui servirent de gîtes.

 

Organisant les camps pour les réfractaires, et développant les cadres des « réguliers » (c'est-à-dire des équipes formées par des hommes non astreints au S. T. O. et qui n'avaient pas la police de l'ennemi à leurs trousses) il dirigea toutes les opérations.

 

L'armement fut d'abord faible pour les réguliers qui primitivement, ne disposaient guère que d'un revolver pour dix hommes, alors que les maquisards avaient chacun le leur ou un fusil (anglais, mousqueton, ou mitrailleur), soit encore une mitraillette. Le premier parachutage avait eu lieu en juillet. Il fallut attendre le débarquement, c'est-à-dire près d'un an, pour obtenir des armes en quantité suffisante (3).

 

Composé de groupes de huit à dix hommes bien instruits par des gendarmes, le maquis qui grossit peu à peu, malgré de nombreuses vicissitudes (soixante-dix hommes en avril 1944, cent quarante en août, quatre cent quatre.vingts à la libération), fut finalement renforcé par des sections munies d'engins anti-chars et de mortiers. Il prit contact avec les camps morvandiaux (Bayard — auquel la région de Saulieu fut attribuée dans les premiers mois de 1944 —, Montsauche, Verneuil), ceux de l'Auxois (Auxois, de Vitteaux qui, rattaché à Henri Bourgogne, devint indépendant en août 1944 ; Bernard, de la Vallée de l'Oze) et les groupes du Châtillonnais (Tarzan et Casse-Cou — Gaston Molinier).

 

Aux tâches et aux expéditions de l'hiver (sabotage des presses à foin de Vitteaux, Semur, Epoisses et Verrey-sous-Salmaise); détérioration de taxis au service de l'ennemi et de moteurs qui lui étaient destinés; destruction de deux mille sacs à croix gammée devant servir à la réquisition de l'avoine; réquisition du matériel au dépôt allemand de Guillon (literie, poêles, vaisselle), et à l'hommage rendu le 8 février par Henri Bourgogne aux aviateurs tombés à Cussy, succédèrent de nouvelles actions contre les voies ferrées. Les 15 et 29 août 1943, des coupures avaient été faites à Maisey-sur-Ource sur la ligne Châtillon-Is-sur-Tille, tandis qu'en gare de Leuglay, les installations boches avaient été endommagées. Cette fois, le 20 février 1944, la zone visée fut celle de Darcey-Pouillenay et Seigny (ligne de Dijon). L'Etat-Major avait demandé d'occasionner un retard de six heures dans le trafic; celui-ci fut interrompu vingt-quatre heures.

 

Le 21, le transformateur de l'usine de Montbard et des pylones à haute tension de la Société Dijonnaise d’Electricité reçurent, de leur côté, la « visite » des maquisards.

 

En avril, le maquis de Clamerey s'amalgama à celui de Thoste, établi vers les bords du Serein, au Buisson Bazin. Inspecté le 23 par le délégué parisien de la Résistance, Colin, le maquis de Thoste était un modèle d'organisation et, une semaine plus tard, Henri Bourgogne pouvait, lors du lever des couleurs, s'écrier avec émotien :

 

« Mes Chers Camarades,

 

« ... J'ai reçu des félicitations pour votre discipline, la tenue du camp et la bonne camaraderie qui règnent entre vous. Je suis fier de vous et je remercie tous vos chefs directs qui apportent tout leur dévouement à me seconder dans la tâche que je me suis tracée. Je suis très heureux du résultat que j'ai obtenu. Je suis récompensé de toutes mes peines et c'est avec joie que je vois passer mes vingt-cinq mois de Résistance et mes sept mois de Maquis. Grâce à vous, nous sommes cités en exemple : j'ai fait de vous des hommes et des soldats, qui, j'en suis sûr, ne failliront pas dans le danger. A tous, je dis merci. Courage, la fin est proche ».

 

Paroles de réconfort, paroles d'espoir. Mais pourquoi fallut-il qu'un mauvais sort s'acharnât sur le groupe et ternît l'éclat de ses victoires ? En l'espace de vingt-deux jours, deux coups le frappèrent avec brutalité ! Ce fut, tout d'abord, la bataille du 3 mai, engagée par huit cents Allemands et miliciens qui nécessita un changement de cantonnement à Lantilly, aux approches des Laumes; ce fut, ensuite, l'hécatombe du 25 mai et toutes ses horreurs.

 

Provisoirement cantonnés au sein du bois de Dandarge, les maquisards avaient saboté le 18, dix-neuf pylones de plusieurs lignes électriques de la Roche-en-Brenil (4) en Morvan, jusqu'à Savoisy et Buffon, au nord de Montbard; à Montbard même, Montfort et Darcey (5). Le 21, ils s'étaient emparés à Pouillenay de quinze cents kilos de pâtes alimentaires fournies aux Boches. Tout allait pour le mieux, quand, le lendemain, le chef de camp « B. B. » — Jacques Guéneau — rencontra le Capitaine Bourgogne afin de prendre ses ordres pour déplacer le maquis. Il fut convenu que le camp serait évacué dans la nuit du 24 au 25.

 

Le soir du 24, « Bébé » s'occupa du déménagement du matériel et des marchandises avec plusieurs camarades. Il donna ses dernières instructions à son adjoint « David », âgé de vingt-huit ans, qui devait les rejoindre avec ses hommes à la Bergerie de M. Lépée, de Chevigny, de façon à franchir la route de Semur à Montbard avant quatre heures du matin. Cette prescription était formelle, et, cependant, David n'y obtempéra pas pour le malheur général. Fût-ce sciemment ? Nul ne le sait. En tout cas, les maquisards ne furent prêts à partir qu'à l'aube.

 

A peine en route, ils entendirent, tout prés d'eux, les voix gutturales des Allemands venus en force et comme toujours, escortés de Russes et de Miliciens. Retour en arrière, tentative de fuite dans une autre direction, en vain les F. F. I. cherchèrent-ils à sortir du guêpier où ils se trouvaient; la lutte était inutile. Désespéré, l'un d'eux « Coffino » qui s'était promis qu'on ne le capturerait jamais vivant, se tua d'une balle au cœur. Et peut-être cela valut-il mieux, car si treize de ses compagnons d'armes avaient cessé de vivre, abattus sans pitié, treize autres furent réunis dans un pré pour y être soumis à un interrogatoire.

 

Incitant à la délation, un officier posa cette question : « Qui est La Ratte ? Celui qui le désignera aura la vie sauve ».

Seul David répondit, montrant du doigt le jeune coutelier de la Haute-Marne qui portait ce pseudonyme et qui, au maquis depuis un an, s'était rapidement fait une solide réputation de « baroudeur ». Les Allemands commencèrent alors leur massacre. La Ratte s'écroula le premier, les autres maquisards suivirent, recevant chacun une rafale de mitraillette, à l'exception de deux d'entr'eux, « Jockey » et « Zorro » qui furent déportés à Dachau, et évidemment de David.

 

A l'endroit où les bourreaux torturèrent leurs victimes s'élève, aujourd'hui, une stèle commémorative ou l'on lit ces mots : « Ici ont été martyrisés le 25 mai 1944, par les barbares germaniques, vingt-trois maquisards du groupe Henri Bourgogne. Ils ont donné leur vie pour que vive la France ».

 

 

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Ces vingt trois Français sont :

 

Marcel Arnaud, 22 ans, de Sens ; Marcel Bartoli, 21 ans, de Seigny ; René Bernard, 22 ans, d'Arnay-le-Duc ; Roger Bertrand, 19 ans, des Laumes ; Jacques Bezou, 21 ans, d'Arnay-le-Duc ; Georges Charbonneau, 22 ans, de Vic-de-Chassenay ; Emile Chaussivert, 33 ans, de Ménétreux-le-Pitois ; Bernard Chevalier, 20 ans, de Sainte-Marie-sur-Ouche ; Henri Creusevault, 24 ans ; Jean Fayard, 19 ans, d'Alise-Sainte-Reine ; Maurice Girard, 21 ans, de Précy-sous-Thil ; Roger Gobert, 21 ans, de Paris ; Alphonse Hergott, 19 ans, de Moyeuvre-Grande ; Fernand Hervet, 33 ans, d'Orçay ; Henri Jaco, 21 ans, et Pierre Josserand, 20 ans, de Paris ; Marcel Lucotte, 20 ans, de Dijon ; Louis Madore, 34 ans, de Paris ; Jean Massy, 23 ans, de Cry ; Bernard Morizot, 25 ans, de Dijon ; Marcel Quiéreux, 18 ans, de Querzy ; José Rodriguez, 25 ans et Maurice Thouvenin, 22 ans, de Frainbois.

 

Les Boches, qui étaient commandés, pour ces crimes, par le Lieutenant de la Feldgendarmerie de Montbard, firent preuve d'un sadisme incroyable, tailladant les visages au point de les rendre absolument méconnaissables. Les cadavres furent en partie dévêtus et les soldats emportèrent portefeuilles, bagues et plaques matricules afin de conserver, sans doute, les trophées de leur tuerie !... Aussi, M. Chevalier, l'actuel instituteur de Genay, identifia-t-il seulement six corps avec certitude, le lendemain de ce terrible drame.

 

Ce que fut la douleur des F. F. I. du groupe Bourgogne personne mieux que lui ne le sut si bien exprimer :

 

« Tous en entrant au maquis, nous avions juré de tout faire pour libérer la France. Et malgré notre minable accoutrement, malgré nos vêtements déchirés, nos figures mal rasées, malgré notre vie précaire, nous savions fermement que nous avions raison. Tous, La Ratte, Coffino, Sidi. la Vague, Julot, Odette, Gamine, Tintin, le Barbu, ces ardents et francs camarades dont le souvenir restera à jamais gravé en nous, tous n'avaient qu'un idéal, en finir une fois pour toutes avec les Boches. Leurs noms s'inscrivent sur la liste des soldats d'Afrique et des soldats de tout le monde libre, morts au champ d'honneur. Eux s'accrochaient farouchement à ce sol de l’Auxois qu'ils s'étaient juré de libérer en premier lieu de leurs propres mains et aussi hélas ! de leur propre sang. De l'Auxois, ils rêvaient de s'élancer plus loin, en direction du Rhin, à la poursuite du Boche exécré, pour ne rentrer dans la douceur de la famille qu'avec la fierté légitime du devoir accompli. Ils n'ont pas connu, malheureusement, la joie tantôt fulgurante, tantôt hésitante, mais toujours décidée du soldat qui va de l'avant, ni la douce satisfaction du Français qui foule en conquérant les rues allemandes. Comme leur valeureux chef, Henri Camp, ils ne connurent que la pluie, la fatigue, la faim parfois, et toujours la crainte du gibier traqué. Une jeunesse des plus pénibles, une mort héroïque, mais discrète et brutale, tel fut leur lot ». (6).


Pour nous, Nivernais, le nom de Lantilly rejoint dans notre esprit celui de Chaumart. Ici, les défenseurs de l'amène Bourgogne, là, ceux de l'âpre Morvan, ont communié dans les mêmes souffrances et la même gloire.

 

Cette rude épreuve n'affaiblit pas la combativité du groupe Bourgogne. Il suffit, pour s'en rendre compte de reprendre son « journal de marche » de juin à août :

 

« 28 juin. — Coupure de la voie ferrée entre les Laumes et Pouillenay, pont inutilisable. — Sabotage près de Montbard (Saint-Rémy) de pylônes électriques et du câble téléphonique souterrain Paris-Marseille, etc... — Ramassage du cuivre collecté par l' « Etat » à Semur, Précy-sous-Thil, Marcigny et Epoisses.

 

— Sabotage des lignes téléphoniques Avallon Ravières, Avallon-Tonnerre, Avallon-Autun, Avallon-Dijon et des postes d'écoute.

 

« 3 juillet.—Détournement complet de quatre kilomètres de câbles d'une ligne téléphonique allemande à Savoisy.

 

« 6 juillet.—Installation du camp dans le bois de Genay.

 

« 7 juillet. — Parachutage à Montigny-sur-Armançon.

 

« 15 juillet. —Récupération de matériel allemand : essence, pneus, camions... à Rouvray.

 

« 17 juillet. — Destruction d'un dépôt allemand d'huile pour moteurs à La Roche-en-Brenil.

 

« 18 juillet — Sabotage des aiguillages des voies ferrées à Pouillenay ainsi qu'à la Maison-Dieu (bifurcation des lignes des Laumes et d'Autun).—Sabotage du pont de chemin de fer de Torcy-et-Pouligny et du câble souterrain Paris-Marseille près de la Roche-Vanneau.

 

« 21 juillet. — Coupure du pont du chemin de fer sur Suzerain entre les Laumes et Pouillenay.

 

« 26 juillet. — Destruction complète du pont du chemin de fer sur le canal de Bourgogne, à Chassey (ligne Avallon-Les Laumes).

 

« 29 juillet. — Attaque d'une voiture de liaison du groupe par un détachement ennemi à Villeneuve-sous-Charigny, à neuf kilomètres de Semur. Un Allemand tué, un F. T. blessé.

 

— Barrages sur les routes : La Roche Vanneau : trois camions détruits. un Boche tué, nombreux blessés ; La Roche-en-Brenil : sept Boches tués.

 

« Août. — Barrages quotidiens pour protéger le camp. Enlèvement des plaques indicatrices dans tout le secteur.

 

« 3 août. — Mort d'Henri Camp, en pleine bataille ».

 

* * *

 

Quelques mois plus tôt, le 9 mars, Henri Camp avait failli tomber à la merci de l'ennemi lors d'une rafle effectuée à Toutry et dans les localités avoisinantes. Il devait, à l'âge de quarante-deux ans, disparaître les armes à la main, à la tête de ses troupes, en cette funeste journée estivale où les Allemands lancèrent leur plus formidable attaque contre le maquis, installé dans le Bois de Saint-Loup, au sud-ouest de Genay. Ils étaient près de deux mille et les maquisards, à peine cent cinquante qui ne pouvaient compter que sur leur chance en attendant l'appui des camps morvandiaux qu'il fallait alerter au plus vite. Le salut viendrait de Montsauche... Les Boches n'auraient pas le dessus.

 

Tandis qu'un F. F. I., André Michelot (7) défiait la mort en passant à travers les vagues a]lemandes pour porter un pressant S. O. S., le Capitaine Bourgogne voulut assurer la défense du groupe de telle manière qu'elle lui permît de tenir Jusqu'à l'arrivée des renforts amis et d'entraver, par tous les moyens, la progression de la Wehrmacht. Asséner à celle-ci le plus de coups possible, contre-attaquer aux endroits favorables, mais ne pas céder un pouce de terrain pour éviter une dangereuse infiltration dans le bois ; en un mot, lui montrer qu'elle n'avait pas entrepris une partie de plaisir et que personne n'était hors d’haleine, paraissait sans doute, chose hasardeuse et téméraire, mais il n'y avait pas d'autre solution.

 

Donnant l'exemple, le Capitaine Bourgogne s'en fut en reconnaissance avec un groupe franc pour amorcer le combat avec les postes ennemis et les réduire.

 

Dans les champs, à deux cents mètres de l'orée du bois, le Capitaine et ses hommes furent gênés dans leur marche par le tir d'une arme automatique. A onze heures, juste au moment où ils s'apprêtaient à briser un poste allemand, une balle vint frapper mortellement celui qui avait été le premier résistant de l'Auxois et qui, sans relâche, avait mené une lutte pleine d'écueils, mais quand même victorieuse. Avec détresse, les F. F. I. constatèrent que leur chef avait expiré.

 

Ce fut grâce à son sacrifice et à celui de cinq camarades (8) que les maquisards décrochèrent, ayant fait le reste de la journée de grands ravages dans les rangs boches et tué un lieutenant

 

Le Commandant Jacques, adjoint d'Henri Bourgogne, prit la Direction du camp qui se reforma à Courcelles-Frémoy et dont les derniers faits marquants furent :

 

« 16 août. — Reddition de cinq soldats russes de l'armée allemande, de garde à Seigny.

« 20 août. — Exécution d'un Allemand armé, en civil, sur la route nationale 6, à La Roche-en-Brenil.

« 22 août. — Arrestation du Commandant Jacques aux Laumes.

« 25 août. — Attaque d'une auto ennemie à Torcy : un tué et un blessé.

« 27 août. — Evasion du Commandant Jacques, à Magny-Fauverney, à dix lçilomètres de Dijon.

« 29 août. — Déplacement du maquis à Champeau Beau.

« 30 août. — Capture de trente Allemands cantonnés à Molphey et de leur matériel.

« 1er septembre. — Escarmouche à Toutry : quatre Boches tué, un F. T. blessé.

« 5 septembre. — Barrage à Bierre-les-Semur — Attaque d'une colonne de quatre-vingt-dix hommes. Nombreux tués et blessés. Mort du Lieutenant Bernard, gendarme à Précy-sous-Thil.

« 8 septembre. — Reddition de cinq Polonais.

« 10 septembre. — Occupation de Semur.

« 15 septembre. — Capture d'un soldat à Maison de Paille.

« 24 septembre. — Incorporation du groupe à l'Armée à Joigny (Yonne).

_______

(1) Les affiliés dijonnais distribuèrent 20.000 tracts par mois, de septembre 1943 à mars 1944.

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(2) Message de septembre.—Il s'agit de Raymond Terrillon, mort à Buchenwald. Lire le livre de Jean

Puissant « La colline sans oiseaux » (14 mois à Buchenwald). Editions du Rond-Point.

 

(3) On se souvient peut-être de : Son âme est comme un lis glissé à sa ceinture (1er avion abattu dans l'Yonne, à Cussy-les-Forges, le 5 fevrier 1944) ; Voltaire a gagné les 6 jours ; La pédicure est chatouilleuse (juillet 1944) ; Jacques aura son régime de bananes. — Messages de renseignements et sabotages : Rien ne sert de courir ; Le fer à repasser a brûlé mon plastron, Il faut manger quand même ; Essayez les radis au chocolat ; Comme une banane sur une banquise, Plus fait douceur que violence ; J'effeuille le trèfle à 4 feuilles.

 

(4) Cinq pylônes à 23 h. 10, entre la Carrière R.. et Bierre

 

(5) Deux pylônes seulement à Montfort, coupés à 1 m. de hauteur, à 0 h. 35.

 

(6) Lettre adressée de Waltshute à M. le Maire de Lantilly.

 

(7) Boulanger à Torcy, Croix de Guerre 39 et 45. mort en 1946 à 32 ans.

 

(8) Raymond Charlot et Leon Chereau, âges de 20 ans, de Cussy-les-Forges ; Marc Damidaux, 18 ans, de Nuits-sur-Armancon Jules Martinelli, 31 ans, de Paris ; Bernard Rommelacre, 18 ans, de Reims.

Commentaires

J'habite à Seingy, Cote d'Or et je suis très suprisé trouve Marcel Bartoli (l'age de 21 ans) tué à Lantilly habité à Seigny.

Je suis anglaise mais j'habite definitivement à Seigny et j'ai beaucoup d'intresse du travaille de la Resistance.

Ils étaient très courageux.

Ecrit par : Coral Luke | 04.09.2006

Je suis le fils de Jean MUZARD dit "LA FLÊCHE",qui à fait parti de ces résistants avec Henri Camp à LANTILLY et je suis très touché et fier que des sites comme celui ci ne nous font pas oublié notre France libre aujourd'hui et les Héros qui sont morts pour elle.
Encore merci.

Ecrit par : xavier MUZARD | 25.12.2006

Bonsoir ,
mon pere a fait partie du maquis "bayard " car réfractere STO son nom de MAQUIS était MICHEL .
j'ai sa carte FFI signé de CNE GUILLIER .
j'aimerais savoir si une personne l'a connue ? il a signé pour le Bt de choc et ensuite l'indo . il est decédé en 1988 .
merci de me fournir quelques renseignements .
salutations
meilleurs voeux 2008

Ecrit par : MICHLETTI | 26.12.2007

Bonjour
Ancien de la 1ère compagnie du maquis Bayard à Saulieu, j'ai moi aussi ma carte FFI signée par le capitaine Guillier alias Robert! Tu peux voir la photocopie sur ce site avec quelques anecdotes concernant " Bayard" j'étais également au 1er bataillon de choc, mais ne suis pas allé en Indochine.

Ecrit par : JACQUEMART | 03.01.2008

Bonjour, mon pére et ma mére décédés ont fait partie du maquis chatillonnais, mon pére Louis AUBERT né en 1916 et ma mére Anna LORYNOVIEZ née en 1922. Je recherche des personnes qui les aurait cotoyés. Merci de me contacter.

Ecrit par : aubert | 29.11.2008

quequ'un peut-il me renseigner sur le service de santé dans
les maquis du Morvan en 44-45?Merci

Ecrit par : schmied | 28.03.2009

quequ'un peut-il me renseigner sur le service de santé dans
les maquis du Morvan en 44-45?Merci

Ecrit par : schmied | 28.03.2009

bonjour

mon oncle Antoine de Anfrasio etait resistant dans le groupe Tarzan maquis Chatillonnais ,il a ete blesse a la cuisse par balle allemande .Ce groupe avait son poste de commandement a Échalot (21) abrita le P.C. du Groupe Tarzan et l'hôpital F.F.I. Régional.
cdlt Roger

Ecrit par : de Anfrasio Roger JR | 06.06.2009

Je suis Roger de Anfrasio Sr. le frère de Antoine de Anfrasio que a la fin de 1943 il la joint la résistance groupe Tarzan, maquis Chatillonnais, d'après les rapports mon frère a tue pas mal de soldats Allemand jusqu'à il a été blesser est soigner dans une hôpital militaire Américaine,delà malgré sa blessure qui n'étais pas tout a fais guéri il est repartie au champ de bataille avec L'armée Américaine chasser les Allemands de la France.

Ecrit par : Roger de Anfrasio Sr. | 26.11.2009

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