13.01.2006
C. MAQUIS HENRY (Maquis Sanglier)
Ce maquis fut constitué par le Capitaine Henry Sanglier, de son véritable nom Henri Dennes, Conducteur, à Chaumard, des Travaux de la Ville de Paris, l'un des promoteurs de la Résistance civile à Lormes. De même que le Capitaine Bernard, il aida, en 1942, au camouflage de réfractaires qu'il ravitailla avec M. Emile Bierry. Entré d'ailleurs en liaison avec le Capitaine Bernard, et les principaux chefs des groupes clandestins de la région, qui devinrent les Maquis Camille et Socrate, il apporta son appui à ceux-ci, ainsi qu'au Camp du Loup, de Clamecy, et concourut à l'épuration des environs (1).
En 1944, le Commandant Grandjean lui confia la tâche de former, dans un nouveau secteur, un îlot de résistance d'une quinzaine d’hommes. Cet îlot se fixa au mois de mars dans la Forêt de Montreuillon, à proximité de Blismes, où le Maire, M. Legrain, se dévoua avec quelques habitants pour lui assurer la nourriture nécessaire en profitant de la complicité du boucher.
C'était ne pas compter avec les collaborateurs. En peu de jours, plusieurs indices portèrent à croire que la place avait été repérée par des espions. Cette supposition se trouva rapidement confirmée. Deux mille Allemands vinrent attaquer le camp évacué quelques heures auparavant, grâce à l'initiative de M. Bierry, son chef intérieur.
Dupés, les Boches envoyèrent des éléments de reconnaissance. Les F. F. I., regroupés un peu plus loin, étaient bel et bien pris dans un piège qui se refermait sur eux. Néanmoins, réunissant toutes leurs forces et prenant leurs armes, il réussirent à rompre le cercle formé autour d'eux et à s'esquiver sous les balles ennemies. L'une d'elles blessa M. Bierry qui fut soigné par le Docteur Citron, de Lormes, prévenu par le Capitaine Henry.
Le lendemain 11 mai, les Allemands pillèrent certains villages des communes de Montreuillon, Blismes et Aunay-en-Bazois. Une centaine d'hectares de bois furent incendiés près de Quincize.
A Montchanson, tous les hommes furent rassemblés et battus dans la grange de M. Ranson, maçon chez lequel s'était installé l'un des officiers commandant les représailles. Un Boche gardait l'entrée de la grange où les habitants étaient frappés.
M. Poncet, charbonnier dans les bois de Moullansard, qui cachait deux réfractaires, avait toute la figure en sang lorsqu'il arriva dans la cour de M. Ranson. Cela ne l'empêcha pas d'être déporté en Allemagne avec ces jeunes gens.
Une « correction » fut également administrée à un commerçant en tournée.
Bien entendu, la tête collée au mur, personne ne devait bouger.
Cette affaire faillit se terminer par une fusillade, car les Allemands demandèrent à M. Louis Bertin, qui fut interrogé le premier, s'il n'y avait pas une carrière dans le voisinage. Enfin, vers onze heures, ils libérèrent leurs victimes dont les maisons avaient été visitées. Ils s'étaient octroyés comme butin, les jambons, le lard et les poules de MM. Prévôtat, Bourdot et Jardet... Ce dernier, ayant été contraint par un coup de crosse de quitter promptement sa demeure, eut en outre, une somme de huit cents francs dérobée dans son armoire.
A l'Huis Seuillot, les Boches ne furent pas moins actifs. Descendus de la hauteur de Theuriot en tirant des coups de mitraillette et en franchissant les haies comme une horde sauvage, iIs s'éparpillèrent dans tout le hameau par groupes de cinq ou six. Le premier homme arrêté (M. Baufaucher) fut conduit auprès d'une vingtaine de soldats décidés à le fusiller s'il ne voulait pas révéler l'endroit où se dissimulaient les habituels « terroristes ». A vrai dire, ils ne semblaient guère s’en soucier, car, fait à noter, ils ne fouillèrent ni les granges, ni les écuries, ni les greniers, ni les maisons inhabitées ou les maquisards auraient pu s’abriter.
M. Crusberg, cantonnier, curait un fossé quand il se trouva entouré par une trentaine d'Allemands maquillés d'une façon impressionnante et commandés par un sous-officier parlant très bien le français. Celui-ci entra ainsi en conversation :
— Avez-vous déjà été fait prisonnier ?
— Non.
— C'est bon, vous l'êtes maintenant.
— Vous blaguez.
M. Crusberg voulut continuer son travail, mais il fut soulevé par les épaules et transporté au milieu de la chaussée. Tandis qu'il était emmené vers Saint-Maurice et Montreuillon, où les Boches avaient installé leur Etat-Major et rassemblé le produit de leur pillage et leurs otages, un soldat désira lui poser des questions sur les maquisards.
— Les maquisards ? Je n'en ai jamais vu.
— Tant pis pour vous, vous en souffrirez et votre famille aussi.
Langage en vérité peu rassurant.
L'air était encore un peu frais puisque cela se passait au début de la matinée. M. Crusberg, profitant d'une halte de ses gardiens, se hasarda à réclamer sa veste que l'un d'eux avait emportée, mais il s'attira cette réplique :
— Le soleil monte, il vous réchauffera.
Pourtant, il en reprit bientôt possession et s'aperçut que ses poches avaient été vidées de leur contenu. Sous la menace des mitraillettes, il monta vers le tribunal qui devait décider de son sort et de celui de quatre cultivateurs et d'un bûcheron.
Interrogé par un officier « sec, au nez crochu » et qui n'aimait pas les « terroristes », la liberté lui fut rendue ainsi qu'à ses compagnons, sauf au bûcheron qui ne fut relâché que le soir.
A son retour, M. Crusberg constata avec amertume que pendant son absence, toutes les maisons avaient été cambriolées et que son clapier et son saloir avaient été « nettoyés ».
M. Baufaucher perdit sa montre en argent et diverses denrées, le tout d'une valeur de deux mille cinq cents francs.
A Frasnay, commune d'Aunay, les Allemands, dès six heures, firent partir leurs fusils dans les bois environnants. Anxieux de savoir si des parachutistes ne se trouvaient pas parmi les maquisards, ils s'avancèrent jusqu'au village et le pillèrent en règle, défonçant les portes des maisons inhabitées, coupant la tête aux poules, buvant le vin, bref se comportant comme de véritables bandits.
Chez M. Boulandet, dont la ferme était « le magasin des rebelles », quelques bocaux de prunes étaient rangés dans la cave ; ils les débouchèrent et, avec leurs doigts, en avalèrent goulûment le contenu, puis ils les cassèrent. Comme un soldat mangeait d'autres conserves de fruits chez M. Boisselier, la femme de ce dernier, qui s'était approchée pour voir ce qui se passait, fut mise en joue et s'entendit dire : « Tous en Allemagne pour être tues ».
Les camions stationnant à quelque distance furent remplis de toutes sortes de provisions. Devant un tel va-et-vient, M. Boisselier lui-même s'étant exclamé : « Et si cela se passait chez vous ? » crut son dernier quart d’heure arrivé (2).
Ajoutons que l'automobile de M. Boulandet, achetée en 1938, et n'avant pas roulé depuis 1940, était à l'état de neuf. Bien qu'elle fut sur cales, les Boches affirmèrent qu'elle servait à la Résistance et s'empressèrent de la prendre en remorque. Le fils de M. Boulandet et deux domestiques durent porter sur leur dos des sacs de victuailles et des munitions. Pliant sous ce chargement, ils sautèrent les haies en direction du bois, en recevant de temps à autre, quelques coups de bottes et de baïonnette. En chemin, leurs gardiens ouvrirent le feu sur les F. F. I. voisins et capturèrent « un mousqueton et deux bérets ».
Enfin, les trois prisonniers prirent place dans un camion à côté d'un veau et de deux moutons volés et les Allemands les conduisirent à Montreuillon où le Commandant Hann leur demanda leurs papiers.
L'un des jeunes gens était un réfractaire ne pouvant exhiber aucune carte d'identité. Il trouva un solide alibi : il avait laissé ses papiers à Frasnay, car on ne lui avait pas donné le loisir d'aller les chercher lors de son départ. Aussi fut-il libéré avec ses camarades.
MM. Boulandet père, Boisselier, Rameau et Bertron—ce dernier ramené du bois à coups de charbonnette et si violemment frappé qu'il fut incapable de travailler pendant quinze jours — avaient été également arrêtés et relaxés.
Un autre hameau d'Aunay, Egreuil, eut pareillement à souffrir du pillage.
Tous ces malheureux événements incitèrent le Maquis Henry à quitter ces parages pour aller provisoirement se loger dans le nord de la Forêt de Montreuillon, du côté de Mouron, car il remonta bientôt à une dizaine de kilomètres au delà de Lormes et s'établit sur la commune de Bazoches, dans les bois qui couvrent les alentours du village de Champignolles, à peu de distance des camps Le Loup et Camille. Ce rapprochement devait grandement faciliter les rapports avec ces derniers et permettre une utile coopération dans les embuscades.
Jusqu'au début d'août, le Maquis Henry vécut dans une sécurité complète, n'ayant, avec regret, guère l'occasion de prouver sa valeur combative qui allait s'affirmer le 4, jour de I'attaque du Camp Camille ; celui-ci fit demander du renfort par Emile Desvouas — d'Arringe —, lequel, ayant été arrêté au retour de sa liaison avec les Goths, dut avaler son message. Sur un contre-ordre, les maquisards partirent opérer le sabotage des lignes téléphoniques de Saint-Martin-du-Puv, tuant trois Boches et en blessant deux.
Dans la suite, le camp fut transporté au Villard, commune de Lormes, et une section participa au soutien du décrochage du Maquis Julien à Crux-la-Ville.
Le 26 août, le convoi d'un Colonel capturé prés de Dornecy fut entièrement anéanti.
Le 2 septembre, venant de Chitry-les-Mines après avoir été quelque peu effrité par les F. F. I. de Camille, une colonne de la Wehrmacht monta sur Lormes dont le Maquis Henry avait pris possession et où le P. C. était installé au Château Cartier. Prévenu à temps, le Capitaine Henry fit transporter tous ses documents en lieu sûr, par un jeune séminariste alsacien — Deschamps — rescapé de la rafle de Clermont-Ferrand.
L'ennemi devait être, en principe, accroché sur la route de Corbigny par un groupe de Camille muni d'un piat. L'arme n'ayant pu fonctionner, les tanks vinrent se cogner, sans ralentir leur course, contre le dispositif du Maquis Henry qui, de vingt et une heures à quatre heures du matin et jusqu'à la dernière cartouche, tint bon dans des conditions difficiles. Douze Allemands perdirent la vie dans cette lutte inégale où le Capitaine Henry et le Sous-Lieutenant Béoschat ne durent leur salut qu'à une chance extraordinaire, car, trompés par l'obscurité, ils se trouvèrent à passer devant un F. M. boche. Pourtant, il y eut une ombre à ce tableau. Le Sergent Flamant, blessé au poumon, fut ramené au camp dans un état grave. N'écoutant que son courage pour sauver son camarade, l'étudiant en médecine Marc Gudin, faisant office de docteur, peignit une croix-rouge sur sa voiture afin de le conduire malgré le danger à l'hôpital du Maquis Bernard.
Pendant une semaine, Lormes demeura sous la botte teutonne. La Wehrmacht, couvrant la retraite des troupes défilant sur la route N. 77 bis, eut connaissance de l'installation des F. F. I. au Château Cartier — évacué — et incendia naturellement cet édifice, montrant d'autant plus son dépit qu'elle sentait inexorablement arriver la défaite.
Le 5 septembre, une vingtaine de soldats à bicyclette furent attaqués par surprise à Montvigne. Le combat se termina à l'entière satisfaction de tous les maquisards. Le soir, ceux-ci furent attristés par la mort d'un de leurs bons compagnons, Octave Boucher, de Domecy-sur-Cure, tué au Château de Vigne.
De Vassy (Pouques), quarante hommes partirent le 6 en embuscade à Montbaron, ferme située en bordure de la N. 77 bis, entre Vauclaix et Cervon.
Sous la conduite d'Emile Bierry et de Jules Vercamer, ils y arrêtèrent plusieurs voitures le lendemain, puis se retirèrent dans le bois ou Vercamer fut blessé par un Allemand perché sur un arbre. Mais tel fut pris qui croyait prendre. Simulant la mort, notre compatriote parvint à détourner de lui les regards de son adversaire qu'il abattit, ainsi que l'un de ses poursuivants.
Le 8 septembre, restés en position au même endroit, les F. F. I. attaquèrent cinq camions avec des balles incendiaires. Ces véhicules, chargés de munitions et de vêtements transportaient quarante-cinq hommes, reste de la garnison de l'Ile d'Yeu anéantie progressivement sur tout son trajet. Trente-huit d'entre eux furent carbonisés ou succombèrent projetés dans la rivière qui longe la route ; six en réchappèrent marqués par d'atroces brûlures ; un seul fut fait prisonnier.
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(1) Sa devise fut : « A moi Morvan ! »
(2) Il fut giflé pour n'avoir pas donné de renseignements au sujet d'habits militaires français.
15:05 Publié dans E. IIIème partie: Maquis du Nivernais et du Morvan | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note








Commentaires
Très ému par ce qui précède. Ai fais partie moi-même du maquis Sanglier sous le nom de Raymond. A part notre capitaine Henry je ne me souviens que d'un seul nom, celui de Table qui était l'opérateur du F.M. ( j'en étais le pourvoyeur) . Félicitations à l'auteur pour son travail de mémoire.
Ecrit par : des Aubrys | 12.05.2008
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