16.01.2006

E. MAQUIS JULIEN


Le Capitaine Pierre Henneguier (Julien) qui était journaliste en 1939, entra dans la Résistance en décembre 1940, à Marseille, où il appartint au réseau « Petites Ailes » dirigé par le Général Bertin (Chevance). Après une suite de péripéties extraordinaires, il devint l'un des chefs les plus prestigieux des Maquis nivernais. Jugez plutôt.

 

Arrêté en novembre 1941, il fut enfermé au fort Saint-Nicolas à Marseille. A sa sortie de prison, il prit le commandement de l'A-S. des Bouches-du-Rhône, des Alpes-Maritimes, du Var et du Vaucluse, puis, chargé de mission par le Réseau « Gallia » en novembre 1942, il travailla en liaison avec tous les réseaux français, anglais et polonais du Midi, effectuant plusieurs missions en Belgique et dans toute la France.

 

En 1943, l'arrestation de son beau-frère, l'acteur de cinéma Robert Lynen, dans la Résistance lui aussi (il fut fusillé à Karlsruhe le 1er avril 1944) mit la Gestapo à sa recherche. Celle-ci parvint à le capturer au mois de juillet. Il s'évada entre Fréjus et Saint-Raphaël, en sautant du train en marche qui l'emmenait et se brisa le poignet. La fin de l'année le vit effectuer une nouvelle mission délicate dans l'Aveyron.

 

En janvier 1944, le Capitaine Julien fut nommé chef des actions de sabotage dans la région P (Paris, Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Yonne, Loiret, Nièvre) par la France Combattante, réseau Action. Son groupe attaqua les usines : Bronzavia à Courbevoie, Rossi à Levallois ; Timken à Gennevilliers ; Malicet et Blin à Aubervilliers et surtout Renault à Boulogne-Billancourt, où au cours de deux expéditions, huit chars, un pont-roulant et cinq autos-mitrailleuses furent détruits et des armes récupérées.

 

Le 6 juin, le Capitaine Julien et ses vingt-huit hommes partirent pour le Morvan dans cinq tractions avant, avec l'Etat-Major du Colonel Jarry. De la Porte de Saint-Cloud à Lormes, dans la Nièvre, le voyage se fit sans incident. La petite colonne emprunta les routes parallèles à la N. 5 (Paris-Genève) jusque vers Auxerre, puis passa par Avallon.

 

Installé au Château de la Chaume-aux-Veaux, sur la commune de Brassy, au sud du Col du Signal de Montrecon, le groupe, à peine organisé dans sa nouvelle vie, eut, le 12 juin, un engagement serré avec l'ennemi en plein cœur de Lormes où avait lieu une réquisition de bestiaux.

 

Les gendarmes de cette localité devaient rallier, ce jour-là, le Maquis Camille. Venus de bonne heure dans la ville, les F. F. I. furent informés que les Allemands — qui avaient été avertis par trahison dit-on — étaient en route. Effectivement, vers treize heures, deux voitures firent irruption sur la place et les maquisards les saluèrent de quelques salves. L'un de ces derniers étant sorti du Grand Café, les Boches tirèrent sur cet immeuble, et blessèrent un client, puis le patron, M. Beoschat qui fut assez grièvement atteint.

 

Le combat persista toute la soirée au cours de laquelle M. Claude Colas, soixante-dix ans (notaire honoraire et ancien Maire d’Entrains) qui arrosait son jardin, et MM. Pierre Petit, quarante-cinq ans, électricien, et André Chossefoin, trente et un ans, coordonnier, furent tués (ce dernier assassiné sur la place). Les Allemands blessèrent encore Mlle Cas.

Ayant reçu du renfort de Château-Chinon (1) ils dévalisèrent plusieurs maisons et n’omirent pas de prendre les bons vins et les liqueurs du Grand Café. Réunissant sur la place quatre-vingt otages, ils leur firent mettre les bras en l’air durant quatre heures. Dix d’entre eux furent emmenés et relâchés seulement une huitaine de jours plus tard.

 

Avant son départ, la Wermacht, qui eut de treize à seize morts, incendia la bijouterie Benoist.

Le feu fut également allumé au Grand Café où la cuisine brûla entièrement ; chez Mme Machain, mercière ; l’ancien pharmacien Focard, et dans l’épicerie des Economiques Troyens. Il ne tint qu’à un fil que Lormes ne se consumât de fond en comble, car les Allemands étaient très excités. Les dégâts purent être circonscrits avec l’aide des pompiers de Corbigny.

 

Des quatre maquisards tués, celui qui montra le plus d’héroïsme fut Paul Pozzi-Escot dit Raoul, né à Bordeaux le 13 août 1904, et poète à ses heures. Le texte de sa proposition pour la médaille militaire à titre posthume est ainsi conçu :

 

« Volontaire d’un courage exceptionnel ayant rallié la Résistance au moment critique. Chargé des missions les plus délicates, s’est toujours dépensé sans compter, payant de sa personne en toutes circonstances. S’est particulièrement distingué en qualité d’adjoint en chef du groupe d’action immédiate au cours des opérations suivantes :

 

« Ateliers de réparations des chars Renault, pénètre le premier dans l’usine après escalade et neutralisation des gardiens.

 

« Usine Malicet et Blin à Aubervilliers ; après avoir fracturé la porte d’entrée, a escorté son chef de groupe pénétrant le premier dans l’usine et neutralisant le personnel civil.

 

« Le 6 juin, arrête, le revolver au poing, plusieurs véhicules automobiles en plein Paris et les réquisitionne pour la Mission. Donne par son exemple et sa discipline un esprit militaire aux volontaires de la section Julien.

 

« Au combat de Lormes, le 12 juin 1944, donne la mesure de son courage et de sa témérité en se lançant avec un réel mépris du danger, seul à l’assaut des positions ennemies. Pris sous le feu de plusieurs armes automatiques parvient, en dépit de ses blessures, à détruire à l’aide de grenades, des nids de mitrailleuses installés sur la place du village, et, gagnant un toit, anéantit un détachement ennemi, permettant le sauvetage de deux prisonniers et l’occupation des postes de combat.

 

« Mortellement touché cette fois, trouve une mort glorieuse après avoir dépensé toutes ses grenades et munitions.

 

« Figure légendaire de la résistance armée, sa valeur combative demeurera dans les combats clandestins le symbole du sacrifice librement consenti ».

 

 

Capitaine Julien,
Commandant le groupe d'action immédiate
de la Mission Lemniscate et le Maquis Julien.

 

 

medium_paul_pozzi.jpg

 

« Je voudrais mourir un grand soir,

« Parmi les balles, la fumée

« Etre une Datte consumée,

« Par le néant, dans un trou noir,

« Me dresser, rieur sur la crête,

« Où la mort passe en miaulant

« Et redescendre tout sanglant,

« Le corps troué, mais l'âme en fête... »

 

Paul POZZI.

 

_________

(1) Il y aurait eu des Russes blancs parmi eux.

 

 

* * *

 

Les premiers jours de juillet, la petite troupe du Capitaine Julien quitta Mazignen, où elle s'était transportée, pour aller gîter sur les collines du Nivernais dans le Bois de Sancy (commune de Saint-Franchy) où elle étendit son action, conjointement avec le Maquis Daniel, du Bois de la Goutte du Charme et le Maquis Mariaux, de la Fontaine du Chêne et du Bois de Vorroux (commune de Crux-la-Ville). Le Maquis de Sancy s'enfla assez rapidement, recrutant des hommes en Bazois et dans la région de Saint-Révérien et, « coagulant » à son avantage, divers éléments encadrés par le Capitaine Perrin, vétérinaire à Saint-Saulge. Il nous faut, à ce sujet, ouvrir une parenthèse.

 

Le Capitaine Perrin, ancien combattant de 1914, fut fait prisonnier à la tête de ses troupes en 1940. Libéré, il s'évertua à nuire le plus possible aux Boches, qui eurent des doutes à son sujet, mais ne l'arrêtèrent pas. Il fit évader plusieurs prisonniers du camp de Saint-Saulge en 1943, et, durant toute l'occupation, sabota les réquisitions allemandes de chevaux à Decize, Châtillon-en-Bazois et Varzy, en pratiquant des injections spéciales aux animaux de ses clients, afin de les rendre passagèrement boiteux. De plus, il fit abattre des bêtes clandestinement pour alimenter la population et ravitailler par petits colis les gens des villes originaires du pays. La viande fut toujours vendue au pris normal de revient, contrairement à certains trafiquants qui, hélas, ne songeaient qu'au marché noir et ne se moquaient pas mal du reste.

 

Rallié au mouvement Libération en 1942, le Capitaine Perrin diffusa les journaux patriotiques dans tout le canton. Chef du secteur de Saint-Saulge, il créa des groupes de résistance qui constituèrent en partie le Maquis Daniel. En relation avec le Colonel Roche, il posséda chez lui les plans de l'Etat-Major de Nevers pour toutes les destructions envisagées, et, le 1er août 1944, avec une quarantaine d'hommes et ses deux fils, il rejoignit le Capitaine Julien dont il fut l'adjoint, mettant à profit sa connaissance des lieux dans la pose des embuscades et la défense du camp

 

Entre Giry et Gipy, l'une de ces embuscades causa, le 8 août, vingt-sept morts à l'ennemi. Peu de chose, comparativement à la bataille de Saint-Franchy-Crux-la-Ville, qui demeurera mémorable en Nivernais et dans l'histoire générale de la Résistance.

 

Cette bataille dura, en effet, du 12 au 16 août et saigna à blanc les Allemands qui eurent près de quatre cents morts et terrorisèrent les hameaux avoisinants.

 

Le samedi 12, à huit heures, huit cents d'entre eux bondirent à l'attaque du Maquis Mariaux (commandé par le Commandant Vessereau, dit Lavillette) et du Maquis Julien.

 

Offensive de grand style, quinze heures d'inquiétude pour les F. F. I. Les Boches déployèrent des efforts véritablement frénétiques pour arriver à une issue en leur faveur. Ne ménageant pas leurs munitions, ils employèrent tous les moyens à leur disposition : fusils, grenades, armes automatiques, obus de 105, 88 et 77 et bombes de cent cinquante kilos jetées par plusieurs avions. Pourtant, ils lâchèrent pied et, quand le soir tomba, enveloppant de son ombre le village de Sancy ravagé par leur incendie, ainsi que la ferme de La Colonne, ils avaient perdu la première manche d'une partie qui allait continuer d'être très serrée après une journée de répit trompeur.

 

Les derniers qui repartirent de Crux, ce samedi 12, réquisitionnèrent un camion appartenant à M. Gaugé pour rejoindre leurs camarades à Château-Chinon.

 

Dans une atmosphère lourde, le dimanche 13 s'écoula donc sans aucun fait notable. Se rendant célébrer la messe à Moussy, M l'Abbé Mulot, curé de Crux, apprit avec stupéfaction l'ampleur du désastre de Sancy et vit que la toiture du clocher de l'église avait été défoncée pour y installer des mitrailleuses lourdes. En outre, des maisons avait été pillées.

 

Rentré à Crux et pressentant un retour des Allemands dont la Luftwaffe survolait les environs, il conseilla aux habitants, toujours alarmés, de cacher ce qu'ils avaient de plus précieux et recommanda aux hommes valides ou encore jeunes de se sauver à la moindre alerte. Les corps de huit maquisards tués avaient été relevés. Il fallait préparer leurs obsèques et M. Gaugé s'occupa,

l'après-midi, de la confection des cercueils. Après la mise en bière, cinq d'entre eux furent déposés vers vingt-deux heures trente, dans l'avant-chœur de l'église de Crux, en attendant la cérémonie du lendemain 14, prévue pour neuf heures. Les deux morts de Sancy furent enterrés par M. l'Abbé Morin, curé doyen de Saint-Saulge.

 

Pendant ce temps, les Allemands combinaient une deuxième et formidable attaque. Et le lundi, à sept heures, ayant doublé leur effectif de l’avant-veille, ils firent leur réapparition dans le bourg de Crux. Leur insuccès les avait rendus de mauvaise humeur et ils ne tardèrent pas à se montrer violents, brutaux et répugnants. Le combat se recristallisa à Sancy et à Forcy qui fut saccagé et où une jeune fille de seize ans fut violée.

 

Les balles déferlèrent sans trêve, plus denses que jamais, et les détonations sourdes de l'artillerie reprirent derechef. Dans le ciel, les avions recommencèrent à vrombir dans le dessein de semer la panique parmi les F. F. I. qui, sous un cyclone de fer et de feu, se battirent comme des lions (1). Et le soleil se coucha sans que la bataille eut pris une tournure décisive.

 

Au bourg, la Gestapo avait été à l'œuvre. S'étant présentée au presbytère à l'heure du déjeuner, elle avait arrêté M. I'Abbé Mulot, exigeant des explications précises sur les cercueils contenant des cadavres de « terroristes ». Rapportons ici les paroles de M. le Curé. Elles sont édifiantes.

 

« Je fus conduit auprès du Colonel Fire qui était le commandant en chef, et qui mangeait avec une trentaine de ses pareils à l'Hôtel Leblanc. Petit, trapu, rageur, il pensait m'intimider. ll se détrompa vite... A les entendre tous, j'étais déjà à moitié fusillé et le pays réduit en cendres. Comme je ne tenais pas à me faire abattre bêtement, en essayant de franchir leurs postes pour aller, selon leur ordres trouver le Maire demeurant à quatre kilomètres de là, je résistai et bon gré, mal gré, ils furent obligés de prendre une de leurs voitures et de me conduire chez M. Magnien.

 

« Ils nous interrogèrent, sachant tout, mais demandant tout. M. Gaujé, qui comparut avec nous était un des chefs des « terroristes », moi j'en étais l'âme, et M. Magnien, un puissant soutien. Bref, ils avaient du temps à perdre. Peu importaient leurs injures... Nous n'étions pas « terroristes » et nous ne savions pas s’il y en avait dans la contrée.

 

« Nous nous attirâmes les foudres des nazis. Et, comme première sanction, nous fûmes chargés tous les trois d'inhumer les cinq maquisards. Par une chaleur torride, nous creusâmes les tombes inachevées, puis toujours sous la menace d'un revolver, nous les comblâmes, terminant notre travail à dix-huit heures trente. Nous n'étions pas au bout de notre infortune.

 

« De nouveau, je fus questionné. On me demanda si j'aimais mieux être pendu ou fusillé. Je répondis que je ne pouvais leur dire ma préférence, n'ayant éprouvé la sensation ni de l'une ni de l'autre de ces façons de mourir, et que cela m'était égal. En qualité d'ancien combattant, je ne craignais pas la mort.

 

« Les Allemands perquisitionnèrent ensuite chez moi, croyant y trouver des armes ; je leur rétorquai : si vous en découvrez. c'est vous qui les y aurez mises.

 

« Les ressources de ma maison furent pillées et le Colonel se fit remettre la clef de la cave. Après quoi, les Boches voulurent encore me contraindre à parler. Et, de la bouche du Commandant, tombèrent ces mots fatidiques : M. le Colonel a décidé que vous seriez pendu.

 

« Inutile de dire que l'on ne dormit guère au cours de cette nuit du 14 au 15.

 

« Le mardi 15, vers douze heures, le Russe Blanc Gerlach entra en contact avec MM. Magnien et Gaujé. Je fus inexistant pour lui, tout comme si j'avais été déjà pendu. M. Gaujé fut emmené avec sa voiture sur le théâtre des opérations contre le maquis. M. Magnien et moi-même restâmes sur la paille en compagnie d'autres personnes ramassées sur les routes.

 

« A dix-huit heures trente, nous fûmes tirés de notre prison. M. le Maire fut appelé à s'expliquer sur les réquisitions de bétail, et, en grand apparat, je fus conduit au cimetière pour y vivre mes derniers instants, car j'avais compris la conversation et les gestes à l'appui pour me la faire saisir.

 

« Je traversai tout le bourg. La population était consternée. Le cortège « funèbre » arrivé au cimetière, je creusai ma tombe. Je ne me pressai pas, malgré les menaces et objurgations, et ce fut tant mieux, car au milieu de ce travail, un sous-officier apparut. Il s'adressa au commandant du peloton. Je fus reconduit en prison. Vingt minutes plus tard, j'étais libéré ainsi que le Maire. Deo gratias.

 

« A vingt heures, il ne restait que deux compagnies d'Allemands à Crux, évacué par le gros des troupes qui, primitivement, devaient stationner deux jours supplémentaires. M. Gaujé fut forcé de suivre la colonne à Nevers, emportant six blessés dans son auto. Il arriva à minuit dans la ville et coucha au domicile du Colonel forestier Edler qu'il connaissait pour avoir eu avec lui des rapports forcés au sujet du bois. La Gestapo vint le prendre le lendemain à sept heures pour l’incarcérer rue Félix-Faure. Grâce à l'influence de cet assimilé au grade de Colonel qui, bien que nazi — dix-huitième inscrit au parti —, aimait les Français — du moins il le disait —, M. Gaujé ayant payé une rançon de quarante mille francs, sortit de prison dix jours après ».

 

Les malheurs de Crux-la-Ville, en cette soirée du 15 août, n'étaient pas pour cela écartés. Bien au contraire.

 

Le 14, le secteur du camp Mariaux avait été quelque peu enfoncé par l'ennemi et sa désorganisation était assez profonde, d'autant plus que ses munitions avaient sauté. Un décrochage sur le camp Daniel fut décidé (2) et, à la rescousse des maquis encerclés, l'Etat-Major départemental dépêcha plusieurs formations ; des groupes de Montsauche (dont un de mortiers), une section du Maquis Camille et des hommes du camp Serge qui se réunirent au pont du Boulard, d’où par Ouroux, Montreuillon, Achun (Pain) et Bazolles, elles se dirigèrent sur le Maquis Daniel pour assurer avec lui la protection du repli, occupant divers carrefours situés aux environs des villages des Grands Faux et des Maisons du Bois sur la route Clamecy-Saint-Saulge. Ceux de Vitry-Laché, contrôlant les routes de Pazy-Corbigny, Guipy-Clamecy et Crux (I. C. 35 ; I. C. 81) furent aussi surveillés. De son côté, le Maquis Le Loup envoya deux sections et le Commandant Roland accomplit un gros travail.

 

Il y eut de vifs engagements toute la journée. Aux Maurouées, cinq soldats du camp Julien, dont Michel Arefieff, Homère David, Paul Lavilette et le Brigadier Antoine Romœuf, se firent hacher sur place.

 

Le mercredi 16, la bataille, se rabattant sur le Maquis Daniel, se poursuivit aussi sévère au sud et au sud-est de Crux, dans la zone délimitée par la Méloise, les Faux et la Comme. Du clocher du pays transformé en poste d'observation (la vue s'y étend sur le Bazois et les Monts du Morvan), l'ennemi se remit à épier les mouvements des F. F. I.

 

A huit heures, il exécuta le maquisard André Chermette, vingt et un ans, de Longpont, ouvrier de la maison Gaujé. Fait prisonnier vers les Faux et emmené chez M. Adrien Leblanc, marchand de vins, il y fut torturé et outragé par des Allemands sadiques qui urinèrent sur lui et lui donnèrent le coup de grâce quand il fut à demi-mort.

 

L'après-midi, la violence de la bataille fut plus inouïe, puis elle s'affaiblit à la chute du jour et tous les maquis se transportèrent sans trop d'embûches dans la Forêt de Montreuillon.

 

A l'incendie de plusieurs maisons à la Comme et aux Maurouées (chez M. Cougnard et M. Deschamps) et à La Méloise (chez MM. Comte et Segond) les Boches auraient bien voulu ajouter celui du bourg comme prix de la perte d'un de leurs Officiers, père de quatre enfants. Pour une fois ils ne passèrent pas de la parole aux actes, mais ce ne fut certainement point l'envie qui leur en manqua. Aux Petits Faux, leur furie ne connut plus de borne. Ils tuèrent, dans les bras de sa mère, ]e jeune Lucien Ricard, âgé de dix-huit ans, puis ils arrêtèrent M. Louis Ricard, son père, cinquante-cinq ans, et MM. Joseph Franiack, ouvrier polonais, quarante-huit ans environ, Simon Roy, cinquante-six ans et Joseph Blaska, quarante deux ans, Yougo-Slave, employé à la scierie Gaujé, qui, après avoir été roués de coups, furent fusillés à vingt et une heures dans un pré attenant au verger de M. Adrien Leblanc. Chose singulière, ils tombèrent tous en croix sous les rafales des mitraillettes qui leur furent déchargées dans le dos.

 

Le matin du jeudi 17, la Wehrmacht débarrassa enfin le pays pantelant, plongé dans la détresse par toutes ces abominations. Elle ne donna pas la chasse aux maquisards dont l'évacuation se déroula dans l'ordre.

 

Les hommes du camp Mariaux rejoignirent le camp de Montsauche qui, le 18, dressa des barrages sur les routes à l'ouest de Vauclaix et de Mhère pour assurer la sécurité de la retraite des Maquis Daniel et Julien vers le camp Camille (à Mazignen et Plainefas).

 

Tenaillés par la faim et la soif, les F. F. I. brisés par ces quatre journées de combat, étaient assoupis, quand deux de leurs voitures — un autocar et une camionnette — rencontrèrent à La Chaumière, sur la N. 444, deux camions ennemis montant à Château-Chinon. Deux maquisards du Commandant Vessereau furent mortellement touchés. Dernières victimes d'une des plus grandes rencontres armées entre la Résistance et les Boches qui auraient eu quatre à cinq mille soldats au plus fort de la bataille.

 

La tenue des Français fut si remarquable que l'un des chefs allemands, inculpé comme criminel de guerre, a dit depuis au Capitaine Perrin qu'il avait pensé avoir affaire à des troupes d'active bien entraînées (3).

 

André Casseyre, Maurice Gauthier, Georges Jeanty, René Kourkowski, Maurice Pil, Georges Heugniet, Menin, Victor Mérandet, Marcel Mouquot, Marcel Robin, René Vallet, Raymond Zuber, du camp Mariaux, les 12 et 14 août à la Goutte du Charme, et tous leurs camarades qui baignèrent de leur sang la terre nivernaise, eurent une fin sublime.

 

medium_capitainejulien.jpg

 

Le Capitaine JULIEN dans son auto-mitrailleuse à la libération de Nevers

 

 

 

Le 19 septembre, une semaine après la libération, des funérailles grandioses leur furent faites à Crux, en présence de deux mille cinq cents personnes et de nombreuses délégations des maquis.

 

Mais revenons en arrière. D'autres faits d'armes caractérisent nettement l'esprit qui animait les maquisards du Capitaine Julien. Ils se comportèrent aussi illustrement dans les embuscades de Dornecy (La Meuse), le 22 août, où quarante Boches furent tués avec le soutien des F. F. I. du Lieutenant Magis ; dans celle de Druy-Parigny, le 1er septembre, où une colonne de six cents hommes subit vingt-cinq pour cent de pertes et dans celle de Billy-Rouy, aux environs de Saint-Saulge, les 2 et 3 septembre (cent morts).

 

Enfin, le 8 septembre, quatre-vingt-seize prisonniers furent faits à Sainte-Péreuse (Canton de Château-Chinon) par le Capitaine Julien lui-même accompagné seulement de quelques hommes, avec l'auto-mitrailleuse qui si souvent lui avait rendu d'inappréciables services. Il l'avait fait prendre en juillet aux usines Renault par le Lieutenant Bontemps et l'Adjudant-Chef de Redon qui s'en étaient emparés sur la route d'essai près de Versailles, avec l'accord du conducteur essayeur et après avoir tué les Allemands à bord (4).

 

 

__________

(1) Seize avions attaquèrent le maquis (quatre vagues de quatre appareils).

(2) A ce propos, nous devons dire que bien que réunissant une centaine d'hommes dès janvier 1944 le camp Daniel ne put Se former dans les bois que e Juillet, faute d'avoir obtenu des armes plus tôt. Son fondateur est le lieutenant Georges Le Bournot, qui lui donna le nom de son fils alors âgé de 4 mois. « A travers nos angoisses. Daniel souriant a été le symbole des enfants de France pour qui nous luttions. afin qu'ils soient un jour libres et heureux ».

(3) Le Maquis Julien comptait 263 hommes.

(4) Les noms des Sous-Lieutenants Coquet et Rivière, tués dans le combat de Vermot du 25 juin 1944, peuvent être aussi inscrits sur le « Livre d'Or » des héros de la Résistance.

Commentaires

Je recherche les traces de mon Père BEAULIEU RAYMOND, je ne le trouve dans aucun des maquis et pourtant il y était.

Pouvez-vous me donner qq renseignements sur cette partie de l'histoire.

Arlette ROUMIER née BEAULIEU
Fille de Raymond Adrien BEAULIEU
Je crois qu'il a été enfermé au camp de Phitiviers 45
Merci.

Ecrit par : Arlette | 19.03.2007

Bonjour, je recherche des personnes ayant connu mon bon grand-père et qui a fait partie du Maquis Mariaux. Il s'appelait René Hippeau. Si vous avez des renseignements le concernant, n'hésitez pas à m'écrire. Je suis une ferrue d'histoire, mais malheureusement nous étions séparés par la distance (moi dans le Nord et lui à Nevers) et il n'a jamais évoqué son histoire certainement top douloureuse. J'ai remarqué que les anciens dans le Nord parlaient plus facilement. Ma grand-mère maternelle par exemple me parle encore de l'occupation et pourtant elle n'avait que 6 ans...Alors je vous remercie d'avance de me parler de celui qui a été le meilleur papy du monde (avec mon autre papy, bien sur!)

Ecrit par : Parein sophie | 20.03.2007

Je suis très reconnaissant au "réseau Julien" et admire les qualités militaires développées par le Maquis Julien.Ils honorent la Résistance et notre Pays.
J'aimerais savoir si vous posséder des informations sur les engagements et missions de mon oncle Hippolyte André LAMAZIERE (dit lieutenant POPOFF) au sein du maquis Julien. Merci beaucoup.

Ecrit par : LAMBERT | 02.03.2008

Les noms des maquisards morts la veille ou le jour de la bataille de Vermot sont mentionnés, il manque celui de Marcel Isidore "FELIX" mort le 26 juin 44 au soir, dans des circonstances "obscures" pour sa famille. Vous souvenez-vous de lui, c'était mon oncle ! merci de votre reponse

Ecrit par : martine isidore | 05.04.2008

Bonjour,
Mon Oncle Robert RACLIN, dit Gustave est mort à St Franchy le 15 Août, et son nom est inscrit sur le monument commémoratif.
Je trouve en revanche dommange que sur sa tombe à St Saulge rien ne rappel son sacrifice et de ses compagnons, et son appartenance au Maquis Julien.
Bien cordialement

Ecrit par : GAUCHOT Patrick | 15.09.2008

Bonjour,
Ayant retrouvé un petit journal écrit par mon grand père pendant sa captivité après la bataille de Longwy, je me retrouve plongée dans ce passé familial dont j'ignore beaucoup d'épisodes. Il s'appelait Antonin RAVAT et habitait Coulanges les Nevers (DCD en 1974). je sais qu'il s'était engagé dans le maquis Mariaux et aurait participé à la surveillance, lors du déminage du pont de Nevers. J'aimerai beaucoup retrouver des témoignages de cette époque ; savoir avec plus de détails à quel groupe il a appartenu ; à quelles opérations il a pu participer. Sur la liste des membres du Maquis Mariaux, j'ai aussi retrouvé le nom de Bardou (ou Bardoux) qui a peut-être été l'employé agricole de mon grand-père (je ne connais pas son prénom). Je dispose de deux ou trois photos, prises avec des compagnons de Résistance.
Quelqu'un aurait-il quelques informations à me communiquer ?
Merci beaucoup. Bien cordialement
Catherine Boyer

Ecrit par : BOYER Catherine | 04.10.2008

Que pourriez vous me dire sur mon Pere?Le Labrousse de la Resistance groupe d action de Paris

Ecrit par : Lefevre Bruno | 07.10.2009

Que pourriez vous me dire sur mon Pere?Le Labrousse de la Resistance groupe d action de Paris

Ecrit par : Lefevre Bruno | 07.10.2009

Ecrire un commentaire