17.01.2006

F. MAQUIS LE LOUP


Dans la lutte depuis 1940, M. Georges Moreau, coiffeur à Clamecy, est bien connu de toute la population environnante par les beaux exploits de son bataillon. Homme très actif, il put dès les premiers mois de l'occupation, joindre les éléments résistants de la capitale en relation avec Londres. Il allait avoir peu après une existence très mouvementée.

 

Récupération d'armes, organisation du passage de la ligne de démarcation pour les prisonniers, renseignements transmis par poste émetteur, telle fut sa besogne à l'époque héroïque où tout semblait perdu.

 

Au début de 1941, ayant osé braver un officier, les Allemands l'arrêtèrent, puis le relâchèrent. L'année suivante, pisté par la Gestapo, il fut contraint de se réfugier en zone libre avec trois jeunes camarades, Louis Billaut, Fred Lingois et Raoul Matignon. Leur franchissement de la ligne est toute une histoire à raconter.

 

Billaut, Lingois et Matignon devaient primitivement rester en zone occupée et leur voyage en compagnie de Georges Moreau avait pour seul but de leur faire connaître le secteur où ils continueraient le « métier » de « passeur » auquel s'était si souvent adonné leur chef. Ce secteur était le bois d'Apremont (Cher) au voisinage de la ferme de Boucard, à quinze kilomètres de Nevers.

 

Le 8 juin 1942, l'expédition prévue eut donc lieu et du bois de Bourrain, point de leur rassemblement, les quatre hommes s'avancèrent en direction du sud par un chemin forestier qui retombe sur une petite route aboutissant au chemin de grande communication ND 100 de La Chapelle-Hugon a Apremont, juste à côté d'un étang au sud duquel s'étendaient les maudits barbelés boches. Ayant traversé sans encombre la voie ferrée de Bourges jusqu'où les Allemands patrouillaient depuis leurs postes, l'équipe arriva saine et sauve à la petite route, s'apprêtant à passer à l'ouest de l'étang. Le programme établi se déroulait normalement.

 

... Quand survint un officier teuton circulant à bicyclette : « c’était, nous explique Georges Moreau, difficile de nous sauver, car j'emportais avec moi des valises et de nombreux paquets. Je fis cacher les gars avec ce chargement dans un trou à proximité, leur disant de se terrer sans bouger en attendant mon retour, car mon intention était de me faire prendre seul en chasse pour tromper l'officier. Mais celui-ci ne donna pas dans le panneau.

 

« Revenant sur mes pas, je vis mes camarades cueillis par l'Allemand avec les bagages contenant des documents fâcheusement compromettants... Comment faire pour les tirer au plus vite de cette dangereuse situation ?

 

« Ils arrivaient à ma hauteur. Je sifflai. Un sourire effleura leurs lèvres. Derrière mon rideau de verdure, je demandai à Raoul en parlant du Boche :

 

« — Qu'a-t-il entre les mains, un revolver ou une mitraillette ?

 

« — Un revolver, répondit Raoul.

 

« Le Boche leur dit : « Défendu de parler » et s'adressant à moi : « Vous venir ici tout de suite ». Je lui répliquai en lâchant le mot de Cambronne et ajoutai : « Toi laisser mes camarades, autrement kapout ».

 

« Mais la discussion fut inutile. Au bout de cinq minutes, il fit repartir mes camarades. Je cherchai, tout en continuant la conversation, une pierre ou un morceau de bois pour l'assommer. Hélas, je n'en trouvai point et je criai désespérément :

 

« — Avant le prochain tournant, il faut que vous vous échappiez ; après, ce sera trop tard.

 

« Le Boche tira en l'air pour appeler la patrouille à son secours.

 

« — Dépêchez-vous, dis-je en m'énervant.

 

« Les gars s'arrêtèrent et, posant les valises, essayèrent de s'approcher de l'ennemi. Celui-ci, les tenant en respect, tira tout à coup dans les pieds de Raoul qui s'écroula en faisant le simulacre d'être blessé, l'un de ses souliers ayant été éraflé.

 

« Grâce à cet événement forfuit, l'officier perdit ses trois prisonniers. Il trembla et devint blanc comme un suaire...

 

« Nullement touché par les balles qui furent déchargées sur lui, Raoul me rejoignit le premier dans le bois en profitant de sa mise en scène. Fred le suivit aussitôt. Il ne restait plus que Louis qui, engageant un match avec l'Allemand, renversa ce dernier. En tombant son partenaire lui envoya dans la poitrine la dernière balle de son chargeur, le blessant grièvement.

 

« Intervenant alors, j'interpellai le Boche qui, s'étant remis debout, avait glissé un deuxième chargeur dans son revolver. Il bondit dans ma direction, ne me croyant pas armé, et me mit en joue... Une balle me frôla l'oreille, mais celle que je lui adressai lui enleva son képi et, ne demandant pas son reste, il s'enfuit précipitamment en enfourchant sa bicyclette.

 

« Avec l'aide de Raoul, je relevai Louis qui perdait son sang. Il voulait qu'on l'abandonnât, disant : « Je suis fichu et je vais vous faire prendre ». Il n'était évidemment pas question de laisser notre camarade ; aussi, lui remontant le moral et l'aidant à se tenir sur ses jambes, nous< reprîmes notre marche en avant avec précaution.

 

Les Allemands, alertés par l'officier, fouillaient le bois. Enfin, nous gagnâmes du terrain et parvînmes à l'extrémité de l'étang. Louis avait de plus en plus de peine à avancer et se sentait défaillir. Ce fut donc avec soulagement que nous passâmes le cap difficile.. De l'autre côté de la ligne, nous respirâmes…

 

« J'arrivai le premier au poste français de la Planche Chevrier, où j'étais très connu, pour y demander une ambulance. Lorsque le trio fit son apparition, il eut la larme à l'oeil à la vue des Trois Couleurs et Louis, étendu sur un lit, se mit à rire, content d'avoir démoli la mâchoire du Fritz. Nous aurions pu nous tirer plus mal de ce mauvais pas... ».

 

C’est ainsi que Billaut, Lingois et Matignon furent contraints, par la nécessité, de demeurer en zone libre, leurs cartes d'identité étant restées aux mains du Boche qui avait voulu vérifier leurs papiers.

 

Repérés par la Gestapo, Georges Moreau et ses amis, après un séjour dans la région de Sancoins où un nouveau groupe de résistance avait été créé avec l'appui du boulanger de Givardon, descendirent vers la Corrèze où ils travaillèrent au barrage de Saint-Cirgue-la-Loutre (1), participant au creusement d'un tunnel de sept kilomètres de long jusqu'à la fin de 1942, époque des premiers départs d'ouvriers pour l'Allemagne. Billaut et Matignon s'engagèrent dans l'Armée de l'Armistice à Issoudun, quelques jours avant la violation de la ligne de démarcation par la Wehrmacht, tandis que Georges Moreau échouait à Sennecey-le-Grand en Saône-et-Loire, pour se faire embaucher dans une entreprise horticole et viticole (Maison Bolley et Blanchard).

 

A la fin de l'hiver 1943, Georges Moreau (« Le Morvandiau ») réapparut en Nivernais pour préparer l'insurrection. Ses actes lui valurent l'honneur d'avoir sa tête mise à prix un million par les Allemands, ce dont il fut prévenu par un soldat Alsacien — enrôlé de force — qui signalait les agissements de la Kommandantur de Clamecy.

 

En avril 1944, il eut la joie de voir naître son maquis à Villiers-sur-Yonne, à six kilomètres de Clamecy dans le bois de Creux, au lieudit « La Cage aux Loups » où vivaient jadis en bon ménage un vieillard et un loup, du moins c'est la légende qui l'affirme…

 

Ce maquis, qui formait à la libération un bataillon de six cent cinquante à sept cent hommes, opéra surtout dans la bordure septentrionale du département de la Nièvre et la partie limitrophe de l'Yonne.

 

De tous ses engagements avec l'occupant en retraite, il suffit de citer pour mémoire les plus saillants pour se convaincre de ses résultats splendides ; celui du 7 août, au nord de Dornecy, sur la N. 151, causa au minimum une trentaine de morts chez l'ennemi qui évacua Clamecy le 19, où deux compagnies de F. F. I. vinrent le remplacer.

 

Tout le long de la route Bourges-Avallon, les Allemands butèrent sur les embuscades qui leur furent tendues de part et d'autre de la sous-préfecture nivernaise, de Varzy à Vézelay, endommageant onze camions ou voitures en trois jours et tuant soixante-cinq Boches dans le seul secteur de Moulot.

 

Le 24 août consacra une victoire surprenante. En effet, après quarante-huit heures de repos à Lormes, de nouveaux barrages devaient être établis conformément aux ordres de l'Etat-Major. Le Capitaine Moreau (Le Loup) dont le P. C. était fixé au Château Vert, entre Rix et Ouagne, envoya la 1ère Compagnie du Lieutenant « Lesaint » vers Varzy, et la 2e Compagnie du Lieutenant « Loulou » vers Vézelay. Comme il se disposait à partir pour inspecter des positions de ce dernier groupe, un coup de téléphone d'une personne de Moulot l'avertit de l'avance sur Clamecy d'une colonne blindée venant d'Entrains et composée d'une centaine de véhicules.

 

Immédiatement, le Capitaine Le Loup détacha une liaison motocycliste auprès de la 2è Compagnie dont l'action pouvait être d'un très grand poids et qui était seule capable, en la circonstance, de ralentir la progression du convoi et même d'y jeter la débandade.

 

Le Capitaine partit d'ailleurs lui-même en voiture légère avec trois de ses gardes du corps aux noms terribles de « Fakir », « Fantômas » et « La Globule », dans le but de stopper quelque peu les camions à la sortie de Dornecy. Ils n'allèrent pas plus loin que Beaugy, à cinq cents mètres de Clamecy, car ils découvrirent avec stupeur les Allemands à cinquante mètres devant eux. Arrêtant la voiture, puis la mettant en marche arrière, ils ouvrirent le feu avec deux F. M. et une mitraillette. Cet accrochage inévitable gêna si bien l'ennemi dans ses mouvements que sa marche en fut retardée de deux heures.

 

De retour au Château Vert, le Capitaine reprit la route en direction de Vézelay, par Tannay, Nuars et Saint-Père, avec deux sections commandées par « Le Rouge » (Raoul Matignon) et « Le Chouan » (Pierre de Lannurien) venant plus lentement par un camion à gazogène. Cinq ou six minutes seulement s'écoulèrent entre l'arrivée du chef et la mise en place hâtive des hommes postés depuis la veille à Vézelay. Laissant notamment un groupe au pont du Maupas, le Capitaine monta à la rencontre de la colonne qui approchait. Il posa une mine à tirette sur la route, en faisant recouvrir de gravier le cordon allumeur pour le dissimuler. Tous étaient prêts à se servir des grenades anti-tanks dites « gammones » et à donner du fil à retordre aux Boches. Il était quatorze heures trente environ quand la lutte commença. Elle persista plus de cinq heures, s'échelonnant jusqu'à la ville où quelques toits furent crevés par des obus de 77.

 

Chacune des deux parties — F. F. I. et Allemands — combattit avec un égal acharnement. Parmi les premiers, il faut louer les Lieutenants Vannereau et Laudet, et Raoul Matignon qui, avec son groupe de bazookas, fit des merveilles. Il bloqua une automitrailleuse à quelques mètres de lui et tua à la mitrailleuse tous ses occupants au fur et à mesure qu'ils cherchaient à s'enfuir. En outre, il sauva, sous un tir nourri, un de ses camarades blessé qui lui doit aujourd'hui la vie.

 

Les maquisards eurent neuf morts. Dès le début de la bataille l'un d'eux fut touché au volant de son camion. Il rassembla toute son énergie afin de conduire celui-ci au garage et c'est à bout de souffle que, rendu à destination, il serra ses freins pour expirer peu après à l’Hôtel Danguy. Les Allemands, venant de Bayonne et dont les forces furent évaluées entre douze cents et deux mille hommes (montés dans cent quatre-vingts véhicules au lieu de cent trente, selon un gendarme de Clamecy), eurent des pertes extrêmement lourdes qui, d'après les estimations les plus modérées, se chiffrèrent à deux cents tués et blessés. Paralysée à Vézelay, la colonne subit même de nouvelles et graves amputations au delà d'Avallon et dans la région de Dijon où elle fut bombardée par des Mosquitos de la R. A. F. au point d'être complètement exterminée.

 

Les dégâts causés à l'ennemi et ses dommages en matériel furent aussi considérables : vingt-sept véhicules (parmi lesquels des camions-chenilles) et un canon. Dans sa rage, il mitrailla Saint-Père et le village de Fontette, petite démonstration de sauvagerie en comparaison de celle dont il fit preuve à Vézelay.

 

Le combat se termina sur la place du Champ-de-Foire de ce bourg. Avant de se replier, les soldats de la Wehrmacht pénétrèrent dans les maisons en lançant des grenades incendiaires qui consumèrent quatre d'entre elles et cinq granges, en jetant d'autres par les soupiraux des caves pour chasser les habitants qui s'y étaient mis à l'abri. Ils tuèrent une Parisienne en vacances à l'Hôtel de la Poste et abattirent à bout portant M. Baron, patron du Café du Morvan, ainsi que deux autres personnes.

 

Durant les derniers jours d'août et les 1er et 2 septembre, ajoutant encore des palmes à ses lauriers, le Maquis « Le Loup » termina sa victorieuse campagne par des assauts dans la région de Varzy et à Moulot où les Boches contre-attaquèrent avec de l'artillerie.

 

Quant aux sabotages, celui qui fit le plus de sensation est sans conteste, la destruction, à Entrains-sur-Nohain, de l'un des ponts de la ligne stratégique Cosne-Clamecy, enjambant le chemin des Crots. A cet effet, le Capitaine emmena une équipe spéciale. En entrant dans la ville, il fut avisé que trois camions d'Allemands stationnaient au Château. Cela ne l'empêcha nullement de poursuivre son chemin et de passer à la réalisation de son projet. Assurant leur protection et disposant leurs explosifs, les F. F. I. firent s'éloigner les gens des alentours et ouvrir les fenêtres des maisons. Quinze minutes suffirent pour provoquer la coupure désirée (2)

 

______

(1) A 55 km. au S-O. de Tulle.

(2) Au sujet des combats d'Entrains où se forma le Maquis Paul, indiquons sommairement que le 19 août 4 Allemands furent tués dont l'un en plein centre du pays, place du Marché. Les Boches lancèrent des grenades dans la Mairie. Le 21, plusieurs F.T.P. trouvèrent la mort à Moulot : Jean Chamoison, 18 ans, originaire d'Entrains ; Pierre Mallet, 20 ans, né à Vrigne-aux-Bois ; Alfred Chevalier, 23 ans, né à Corbigny ; Raoul Schmidt, 20 ans, de Paris et Robert Lemoine, 16 ans. Le 24, 18 Allemands furent faits prisonniers sur la route de Bouhy, grâce à l'initiative du capitaine Raoul Chambault.

Commentaires

Après le débarquement de Normandie, le lieutenant-colonel FFI Alain de Beaufort s'installe, à la demande du commandement français, dans la région des maquis du Morvan (sous-région P 3) comme officier d'opération du BOA pour la Nièvre et l'Yonne. Il crée dans ces départements deux importants réseaux de terrains. Le 18 juin 1944, son P.C. de Lormes est attaqué par une importante colonne allemande qu'il parvient à repousser en lui infligeant une perte d'environ 150 hommes.
Voir : http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/426.html

Ecrit par : jean michel Picard | 02.06.2006

sans

Ecrit par : yves roulin | 24.11.2007

je suis surpris de trouver cet ecrit qui parle de moi j aimerais savoir qui est la personne qui raconte mon histoire merci de me repondre

Ecrit par : matignon raoul | 29.08.2008

Il s'agit - à la lecture du récit- de Georges Moreau dit « Le Morvandiau ».

Ecrit par : jean michel picard | 04.09.2008

je suis venue sur votre site pour apprendre l'histoire du maquis du loups. mon oncle André MOREAU d'ASNIERES SOUS BOIS en a fait parti.

je ne l'ai malheureusement pas connu, mais ma tante (son épouse) m'a raconté certains faits et la façon dont il refusait les honneurs.

je suis fière de mon oncle et de tous ses hommes et femmes qui n'ont pas attendu pour réagir.

j'habite dans un village où le curé L'abbé DURAND a été lui aussi résistant au Maquis des Iles Ménéfrier.

Ecrit par : martine PIAULT | 06.03.2009

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