22.01.2006
K. Maquis Verneuil
Au début de l'année 1943, un jeune étudiant parisien, Jean Chapelle (de son nom de guerre Verneuil), partit dans l'Yonne pour y développer des groupes clandestins. Malheureusement, le 18 novembre marqua la première pierre noire dans les fondations des cadres, tous les chefs du canton d'Ancy-le-Franc, ayant été arrêtés par la Gestapo française dirigée par le trop fameux « Inspecteur » Bonny.
En décembre, le Commandant Verneuil fut nommé adjoint au Commandant de la Région P. 4 (ex. P. 3) comprenant Paris, l'Aube, la Nièvre et l'Yonne. En ce qui concerne l'Yonne, il s'attacha à coordonner les formations : « Bayard » (environs de Joigny), « Résistance » (Avallonnais, dirigée par M. l’Abbé Terraud), et « Tonnerrois », à la tête desquelles il plaça le Capitaine Aubin, chef de « Pour la France » (Auxerrois-Puisaye). En outre il assura continuellement les liaisons indispensables avec la capitale.
Le Commandant Verneuil s'acquitta si bien de sa tâche, que le 8 mars 1944, secondé par le Capitaine Laureillard, il fut désigné comme chef de l'Etat-Major régional du mouvement Libération, composé du Capitaine Poirier, pour l'Aube, du Colonel Roche, pour la Nièvre et du Capitaine Aubin, pour l'Yonne.
Fin mai, le Commandant Chollet fut nommé chef des F. F. I. de l'Yonne, et le Commandant Verneuil se vit attribuer la direction de la 3e Demi-Brigade de l'Yonne, constituée par les groupes de « Libération » qu'il entendait réunir au débarquement pour établir un fort centre de résistance bien organisé et plus capable de porter de rudes coups que des éléments dispersés. La 3ème Demi-Brigade prit d'abord racine dans la Forêt d'Othe : ce fut le Maquis « Horteur », de Vaudevannes, près Chailley (2), où se trouvaient des membres des deux premiers maquis du mouvement créés en mars et avril dans I'Avallonnais et le Tonnerrois (3). Le Commandant Chollet en passa l'inspection du 4 au 6 juin et se rendit également compte de l'organisation des services de liaison, de renseignements et de propagande à Ancy-le-Franc, Auxerre, Chablis, Cruzy-le-Châtel, Moulins-en-Tonnerrois, Noyers-sur-Serein, Tonnerre.

Les Commandants RECOUVREUR DE PONTAUBERT et VERNEUIL
Aussitôt après cette visite, les vagues de l'ennemi — qui voulait avoir les coudées franches pour assurer la défense du front de Normandie sans craindre d'embûches dans son dos — déferlèrent sur les camps et faillirent en l'espace de trois semaines, amener une ruine complète des plans péniblement échafaudés. Tour à tour harcelés, les maquis Garnier et Aillot se défendirent farouchement et, l'un des F. F. I., le Sergent Castor (Jean-Claude Christol) a recu la citation posthume suivante :
« Très jeune sous-officier à l'âme enthousiaste, chef de groupe franc au maquis depuis mars 1944. Le 18 juin 1944, pendant une attaque de nuit, près de Tonnerre, a couvert la retraite de ses camarades en dirigeant un feu intense sur l'assaillant et en lui infligeant de sérieuses pertes. Blessé grièvement sur son fusil-mitrailleur enrayé, a été torturé jusqu’à la mort par l'ennemi ».
« Je suis un soldat du Général de Gaulle », dit-il avant d'expirer, à ses bourreaux qui n'avaient que ce mot à la bouche : « Terroriste ».
Un autre de ses camarades fit sauter les munitions au moment où environ quinze S. S. entraient dans le baraquement du camp, les tuant tous avec lui.
Le 23 juin, trois mille Allemands s'en prirent au groupe Horteur. L'avant-veille, le chef de la Gestapo de l'Yonne était arrivé inopinément à Vaudevannes pour y arrêter le Commandant Verneuil, ainsi que le Capitaine Edgar qui avaient juste eu le temps de s'enfuir et de gagner les bois (4). Les maquisards s'étant concertés pour préparer un repli stratégique en Tonnerrois, avant le déclenchement de l'offensive boche, la journée du 22 avait été consacrée à charger sur les camions les stocks de munitions, d'explosifs, d'essence et de vivres rassemblés en vue des opérations futures.
Par un hasard malencontreux, le Capitaine Edgar (Laureillard), parti réquisitionner un véhicule avec ses hommes, ne put rentrer pour que l'évacuation s'effectuât à l'heure choisie, avant minuit. En revenant, il dut se défendre à la grenade contre l'un des détachements de l'ennemi qui passait à l'attaque de la Forêt d'Othe avec blindés et canons. Au cours des combats de la journée, qui tournèrent à l'avantage des Allemands, le Lieutenant Cormeau et deux autres maquisards furent tués. Le Capitaine Edgar obtint son salut en grimpant sur un arbre. Tout le matériel amassé fut détruit afin que la Wehrmacht ne s'en servit point.
Cette défaite aurait pu démoraliser le Commandant Verneuil. Les piliers de son œuvre étaient à rebâtir. Il s'y employa et le 24 juillet, six cents hommes de la 3e Demi-Brigade, prirent le chemin des Iles Ménéfrier pour se juxtaposer au camp Camille avec lequel l'unité d'action avait été mise au point deux semaines plus tôt. Le 10 août, tous les anciens maquis de l'Yonne étaient soudés en un bloc de mille sept cents à mille huit cents hommes qui s’éleva finalement à deux mille quatre cents répartis en neufs compagnies :
- 1ère Compagnie, Corps francs, à Bousson-le-Bas, commune de Quarré-les-Tombes (ex-maquis Aillot, Cormeau, Horteur, Guyollot).
- 2e compagnie : Forêt au Duc.
- 3e Compagnie : à Courotte, commune de Marigny-l’Eglise (Nièvre).
- 4e Compagnie : à Mazignen (abandonné pour les Goths par le camp Camille après le téléscopage de deux avions alliés en plein ciel, le 18 juillet, lors d’un parachutage).
- 5e Compagnie : au Vieux-Dun, commune de Dun-les-Places (Nièvre).
- 6e Compagnie : à Crottefou, commune de Marigny (ex-maquis Garnier).
- 7e Compagnie : à la Chaume au Renard, commune de Marigny.
- P.C. et E.M. : aux Iles Ménéfrier, commune de Quarré-les-Tombes (Capitaine Laureillard — tué aux environs de Chablis le 15 août — ; Capitaine Lorrain ; Commandant Verneuil ; Commandant Camille Recouvreur, âgé de 71 ans, rengagé en 1939).

* * *
Le 3 août, le Régiment Verneuil coopéra à la défense du Camp Camille, ce qui lui valut les félicitations et les remerciements du Commandant Grandjean. Plusieurs embuscades dans la première quinzaine de ce mois sur la route N. 6 entre Avallon et Rouvray et notamment à Sainte-Magnance (quatorze tués) lui procurèrent un complément de motorisation. Des jeeps changèrent de mains et contribuèrent à d’efficaces sondages dans les dispositifs allemands.
L’ennemi abandonna Avallon le 19 août, et le maquis Verneuil entra dans la ville. Afin de le protéger contre une éventuel retour offensif, trois barrages furent établis, l’un autour d’Avallon même et à Island-Pontaubert, contrôlant la route de Clamecy et les routes de Tonnerre-Montbard ;
le deuxième à dix kilomètres au sud-est d'Avallon, à Cussy-les-Forges, Saint-André-en-Terre-Plaine, Sainte-Magnance, Rouvray et Saint Léger-Vauban, commandant les routes d'Autun et de Semur-en-Auxois; le troisième, à quinze kilomètres au nord-ouest d'Avallon, à Nailly, au tunnel de Saint-Moré et à Précy-le-Sec, contrôlant les routes de Clamecy, Auxerre et Tonnerre.
Dans I'après-midi du 19, un Bataillon de Sécurité (Sicherheits Batallionen) remontant la vallée de la Cure depuis Vermenton, tenta de traverser le goulot de Saint-Moré. Des renforts du Maquis Camille permirent de contenir la poussée dans ce secteur. Neuf Allemands furent blessés. Les escarmouches persistèrent jusqu'au 22, date à laquelle la Wehrmacht renonça à percer.
Dans les parages de Cussy-les-Forges, des troupes de l'Afrika Corps montrèrent encore plus de ténacité et de nervosité, mais du 22 au 25, divers combats meurtriers éteignirent peu à peu leur flamme et tournèrent à leur désavantage.
Sur la route de Clamecy, utilisée par les unités de la 1ère Armée Allemands se repliant des Basses-Pyrénées, les engagements furent plus dangereux et plus cruels pour les maquisards entre Vézelay et Pontaubert.
Après de beaux coups de maître, du 20 au 22 août, le Régiment perdit, le 24, deux de ses meilleurs chefs : le Sergent Monin, qui, toujours volontaire, arrêta seul une colonne avec son F. M. et fut massacré ; et le Lieutenant Wandhuit, des Brigades Internationales, qui fut tué en effectuant une reconnaissance sur Vézelay: « Adoré de ses hommes pour sa bonté, il a été pour la 3e Brigade de l'Yonne, un exemple exceptionnel de ce que peut être un chef » (5).

La fièvre d'Avallon devant le P.C. Verneuil lors de la contre attaque allemande
Sept gendarmes: le Lieutenant Villatoux, commandant la section d'Avallon, le Maréchal des Logis Jolivot, de la Brigade de Châtel-Censoir et les soldats Clerc, Louan, Mollier, Perret et Soutif, furent également le même jour les victimes des Allemands. Alors que vers vingt heures quarante-cinq, ils procédaient à une autre reconnaissance, plusieurs chars surgirent brusquement dans un virage. Surpris. les hommes du Lieutenant Villatoux se défendirent sans pouvoir battre en retraite. Leurs corps furent retrouvés couverts de blessures et dépouillés de deux montres-bracelets.
* * *
Grâce à l'action permanente du maquis, les colonnes ennemies n'entrèrent pas dans le centre d'Avallon. Elles s'écoulèrent par la route de Tonnerre.
Presque en même temps, Auxerre fut libéré et le Commandant Verneuil y pénétra le premier. De plus une dixième compagnie, mobile, née dans le Tonnerrois, sous l'impulsion du Lieutenant Biessy, opérant du Château de Maulnes, au nord de Cruzy-le-Châtel, délivra Tonnerre le 30 août concurremment avec les 1ère et 2e Compagnies et des formations F. T. P.
Un vaste mouvement tournant tendant à prendre dans une souricière les derniers éléments allemands se trouvant dans le sud-est de l'Yonne et le nord de la Côte-d'Or, fut alors amorcé pour éclaircir la situation trouble de cette région et affranchir de l'occupation toutes ses principales villes. Le Régiment Verneuil établit en somme un front avancé entre l'Armée de Normandie et celle du Midi.
Ancy-le-Franc , Nuits-sous-Ravière , Aisy, Montbard, Semur-en-Auxois, Les Laumes, Vitteaux, etc., furent autant de jalons posés rapidement dans une fantastique avance sur Dijon, qui vint à bout de toutes les velléités de résistance de la Wehrmacht. Le 10 septembre, le 1er Bataillon motorisé du Commandant Recouvreur (1ère, 2e et 3e Compagnies) fit son entrée dans la capitale bourguignonne.

La jonction avec l'Armée De Lattre avait été réalisée le 8 à Saulieu. Jusqu'au 15, le 2e Bataillon, de son côté, apporta son concours à la liquidation de quelques « poches » jusque-là irréductibles.
Au bout de sa tâche, le Maquis Verneuil, s'était lui aussi paré d'une légitime auréole de gloire.
Incorporé au 1er Régiment du Morvan, commandé par le Colonel Chevrier, chef des F. F. I. de l'Yonne après la mort du Commandant Chollet, il fut de ceux qui refoulèrent les envahisseurs de notre Alsace et capturèrent le fort de Servance, pour s'enfoncer, en 1945, jusqu'au cœur de l'Autriche.

MAQUIS VERNEUIL
Libération de Dijon. — Défilé du 12 septembre 1944
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(1) Rattachée à celle du Mouvement Libération Nord.
(2) Entre St-Florentin et Villeneuve-l'Archevêque.
(3) « Garnier » commandé par M. Monchanin, maire actuel d'Avallon, et « Aillot » d'Emile Ménecart, dit Wandhuyt.
(4) Le commandant Verneuil avait été déjà pris le 16 à Arces et torturé.
(5) Citation à l'ordre de l'Armée.
12:30 Publié dans E. IIIème partie: Maquis du Nivernais et du Morvan | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note








Commentaires
ce maquis me dit des choses car le frere de ma mere gilbert delarue de lucy le bois 89 a rejoins ce maquis . j'aimerai bien savoir comment il a fini cette souffrance.
Ecrit par : balacé martine | 05.04.2006
Bonjour,
Votre récit est superbe. J'ai cependant besoin d'un détail concernant le maquis Garnier : le 9 juin 1944 Roland Chambouleyron membre de ce maquis a été tué à (prés de) Villiers-la-Grange. D'aprés mes recherches généalogiques, toue ma famille est originaire d'Ardèche. Quelqu'un peut-il me faire parvenir des informations sur cet homme (naissance, sépulture, famille encore en vie, ...). Merci encore pour votre récit
Cordialement
G.Chambouleyron
Ecrit par : Chambouleyron | 26.01.2008
Je connais personnellement un médecin, aujourd'hui en retraite, qui s'est retiré à Pradelles (Haute Loire). Je crois qu'il est originaire d'Aizac (Ardèche). Il y a aussi des Chambouleyron (Garden center, Saint Privat 07). Mais je ne peux dire s'ils ont un rapport avec la personne dont vous parlez.
Mon adresse de courriel est en haut à gauche de cette page
Ecrit par : Picard Jean Michel | 10.02.2008
Bonjour,
vous citez au 4eme paragraphe de cet article le Capitaine Poirier
"Le Commandant Verneuil s'acquitta si bien de sa tâche, que le 8 mars 1944, secondé par le Capitaine Laureillard, il fut désigné comme chef de l'Etat-Major régional du mouvement Libération, composé du Capitaine Poirier, pour l'Aube, du Colonel Roche, pour la Nièvre et du Capitaine Aubin, pour l'Yonne.
Seriez-vous en mesure de me communiquer plus d'informations à son sujet et sur son action. Il se pourait qu'il s'agisse de mon père, prénom André, né en 1907 et décédé en 1979. Il est toujours résté très secret sur la guerre et sur ses faits de résistance. Il fut décoré de la Légion d'Honneur à titre militaire place Bellecourt, Croix de Guerre avec palmes.
En vous remerciant d'avance,
Bien à vous
Nicolas Poirier
Ecrit par : Poirier | 18.03.2008
je suis très ému par ce récit car mon papa est décédé récemment et il m'avait parlé de son engagement dans la résistance et ensuite dans l'armée et son passage en autriche et tout correspond les noms et les dates il me parlait souvent du commandant Recouvreur pour lequel il a été son chauffeur avec son véhicule 402 peugeot , le lieutenant colonel chevrier qui lui aussi lui a signé des ordres de mission. Il voulait retourner en autriche , il me parlait de donaueschingen et kufstein , cela me bouleverse car j'ai passé tellement de temps près de lui sans jamais avoir vraiment su ni avoir cherché à en savoir plus. J'aimerai vraiment retrouvé des anciens combattants de cette époque , et ainsi me rapprocher de mon papa .
Merçi pour ce blog qui est vraiment très utiles à la mémoire de tous.
Ecrit par : philippe | 20.05.2008
mon père à été parachuté sur le maquis CAMILLE, son nom de code était CENTIME. Il a connu ma mère dans le maquis. Cela vous dit quelque chose?
Son fils Claude
Ecrit par : couture | 16.06.2008
Bonjour, je suis le fils de Léon Champeau, qui servit aux Iles Ménéfrier comme muletier avec son demi-frère Jacques Battlo pendant la guerre, je suis allé sur les lieux il y a de cela quelques temps, c'est émouvant, mon père est décédé en janvier 2000 et ne parlait pas beaucoup de cet épisode de sa vie non plus. Ma question est plus administrative : pourquoi ne lui a t on pas décerné la croix du combattant volontaire de la résistance ? j'ai mis l'adresse du site concernant cette distinction dans la ligne URL...merci !
Ecrit par : Champeau Antoine | 25.10.2008
Bonjour.Vous parlez de combats en aout 1944 vers Avallon.Avez vous des informations sur l'accrochage du 8 aout 1944 a Saint Andre en Terre-Plaine ou ce village faillit subir le meme sort que Oradour sur Glanne.Quatre Resistants y laisserent la vie:SIMON Georges-TARDIF Maurice-VANHALST Marcel-VINCENT Rene (mon pere)Avec mes Respectueuses Salutations.Alain VINCENT allement 01450 PONCIN.
Ecrit par : VINCENT | 28.09.2009
Bonjour, mon pere Paul FLAMENt nous relate de temps en temps sa participation à porter des plis pour la resistance dans les bois d'Ancy le Franc, Gland, Pimel, pour le maquis Verneuil, dès l'age de 14 ans . Elevé par sa grand mere Anne FLAMENT qui habitait tout deux à Cusy, ils ont acceuilli des réfugiés et des parachustites en habitant une petite maison face au chateau de Cusy , réquisitionné par les allemands. Il se souvient également des époux MERCIER qui ont été fusillé à CHASSIGNIEL par la Resistance pour faits de collaboration. Auriez vous des faits plus détaillés sur ce secteur et des contacts ayant participé à ces faits dans les années 44.
Bien cordialement
Christian FLAMENT
christian.flament3@orange.fr
06 85 90 22 99
Ecrit par : Paul FLAMENT | 13.10.2009
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