26.02.2006

MORVAN, TERRE BRULEE

Planchez, Montsauche, Dun-les-Places, trois étapes douloureuses. un seul trait de feu et de sang.. déchaînement d’une fureur sauvage, sans borne. Les Allemands sont passés là. Mais revivons le drame.

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24 juin 1944. Premier épisode de ce film tragique. Le Capitaine Bernard reçoit vers quatorze heures la confirmation que deux camions ennemis transportant environ cinquante hommes, venus de Château Chinon à la suite d’une lettre anonyme parvenue à la Feldkommandantur de cette ville, occupent le bourg de Montsauche. Ayant installé un poste près des hôtels, les Boches surveillent la route N. l 7 bis et toutes les issues du pays, ne permettant à personne de sortir.

A 15 heures 30, d’accord avec le Capitaine anglais commandant le détachement de parachutistes, le Capitaine Bernard, dont le groupe ne comprend aussi qu’une cinquantaine d’hommes, décide de tendre une embuscade aux Allemands, lors de leur retour, sur la route de Montsauche à Château-Chinon, au lieudit « La Verrerie », à cinq kilomètres de Planchez.

A 21 heures, ceux ci quittent Montsauche, ayant pris quelques automobilistes et un motocycliste comme otages. A 21 heures 30, seize Français et huit Anglais, armés de quatre F. M., de mitraillettes lourdes, de fusils à répétition et de grenades, déclenchent leur attaque.

Le premier camion est contraint de stopper et s’enflamme. Aussitôt les Allemands s’égaillent aux alentours et durant une heure ripostent. Battus, ils laissent vingt cinq morts et de nombreux blessés (l). Un F. M., deux mitraillettes, dix sept fusils, trois revolvers, quatre cents cartouches et plusieurs chargeurs de fusils mitrailleurs sont récupérés. Malheureusement, le maquisard Jacques Chataigneau, fils du Gouverneur Général de l’Algérie, est tombé à côté du Capitaine Bernard. Trois civils Français du convoi sont blessés et soignés au camp. Trois prisonniers sont emmenés.

Le lendemain 25, à 13 heures, une colonne de douze à treize camions ayant fait un détour par Ouroux où furent tués M. Ravet Pierre, 76 ans, et son fi1s, Paul, 44 ans, ainsi que M. Nitzel Georges, 39 ans, arrive à Montsauche.

Toutes les maisons sont envahies par les soldats armés jusqu’aux dents, « la poitrine barrée de cartouches, ayant en mains couteau et mitraillette », nous dit M. l’Abbé Charrault.

(1) Certains réveillant la receveuse des Postes de Planchez en lui interdisant de parler, téléphoneront à Château Chinon.

Le Maire, M. Pernet, sommé par un officier de fournir dix hommes pour aller relever les morts de la Verrerie, obtient cependant que personne ne soit emmené. Et les Allemands partent seuls...

Nouvelle et rude bagarre. La section de l’Adjudant Massoulard lutte contre un effectif de cent vingt hommes.

Obligée de se replier, elle se retire vers 18 heures, non sans avoir infligé à l’ennemi de lourdes pertes - quatorze tués, dix blessés (1) - et s’être assurée un butin qui n’est pas négligeable : fusils, bandes de balles de mitrailleuses, grenades. Deux autres citoyens du Reich, abattus dans la journée aux Détrapis ne retourneront pas « in Germany ».

A Montsauche, deux fanions ont été plantés aux extrémités du pays. Les Allemands vont et viennent en vociférant et grommelant. Ils questionnent les habitants et s’étonnent de ne trouver que des femmes et que quelques hommes non mobilisables, les autres s’étant cachés dans les bois.

A 19 heures, un officier descend d’une voiture revenant de la Verrerie où s’élève un incendie. Il donne un ordre au Maire :

« Informez toutes les personnes de votre commune que toutes les maisons devront être évacuées dans un délai de trois quarts d’heure. Prescrivez-leur d’emporter des vivres pour deux jours ainsi qu’une couverture et de s’éloigner de deux kilomètres ».

(1) Premier bilan. En fait, la Verrerie a coûté 96 morts aux Allemands, selon leurs propres déclarations.

M Pernet déclare qu’il ne lui est pas possible d’avertir toute la commune. L’officier répond :

« L’agglomération du bourg seulement ».

Le garde champêtre annonce la triste nouvelle. Chacun s’en va, sauvant ce qu’il peut du désastre qu il pressent le coeur serré, car n’a t il pas lu, dans les journaux, payés par les nazis, que la politique de la terre brûlée serait pratiquée pour notre salut ?

« On va perquisitionner chez vous », disent les Allemands. Quelle perquisition ! Déjà le pillage s’organise et s’étend. La « razzia » boche commence, tandis que les gens s’enfuient, apeurés, tremblant de crainte. Leurs larmes coulent...

Bientôt, une maison brûle, puis une autre et une autre encore. Petit à petit, tout prend feu, grâce à une bonne provision de bombes plastiques apportées a cet effet. Montsauche rougeoie dans la nuit. Ce n’est plus qu’un immense et fantastique brasier. Les étincelles jaillissent sans arrêt, les flammes montent et descendent, les toits s’écroulent...

A 7 heures du matin, le 26, le clocher de l’église qui n’a même pas été respecté, ce qui n’étonne pas de la part des troupes de l’Antechrist (1) tombe à son tour. Agonie d’un pays !

M. Emery, 72 ans, inquiet du sort de son bétil, tente d’approcher de sa demeure. Il est fusillé par une sentinelle qui a grimpé sur un arbre, sans doute pour mieux juger du spectacle.

(1) Voir : Les prophéties de la Fin des Temps, par Marcel Hamon (La Nouvelle Edition).

 

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MONTSAUCHE : Intérieur d’une maison
(Photo Mirland, Saulieu)

Le 27, chacun peut enfin rentrer pour ne retrouver de son chez soi que des pans de murs, des cendres, des ferrailles tordues. Seules la poste et la gendarmerie restent intactes ainsi que la maison d’un collaborateur. Il est très vraisemblable de supposer que ces immeubles n’ont été épargnés que aprce qu’il n’en a pu être autrement, pour la seule raison que les « munitions » étaient épuisées.
La maison du collaborateur porte d’ailleurs les traces d’un commencement d’incendie.

Au total, soixante dix huit locaux d’habitation, quatorze bâtiments d’exploitation agricole, vingt-huit bâtiments à usage commercial, onze ateliers artisanaux ont été détruits au cours de cette nuit de cauchemar et d’enfer. Le nombre des sinistrés s’élève à trois cent deux.

 

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MONTSAUCHE : Garage de la Gare et annexe de l’Hôtel Mariner

 

(Photo Mirland)

25 juin. Une autre scène semblable à celle de Montsauche se déroule à Planchez. C’est la fête du pays. Personne ne pense que cette fois, elle finira mal et que la gaîté fera tout à l’heure place au plus sombre désespoir.

Tout à coup, à la fin de l’après-midi, grand émoi. Les Allemands sont là. Ce n’est pas bon signe. Les voici qui interpellent le Maire, M. Monin. Même échange de paroles qu’au chef lieu de canton : « Le pays doit être vidé de ses habitants dans un délai trois quarts d’heure ». Il est inutile de discuter et d’insister pour savoir quelle est la cause de ce que nous appellerons un ultimatum. L’officier teuton se borne à faire remarquer que « l’aiguille tourne ». Les gens iront « rejoindre les terroristes ».

Il faut se dépêcher, partir au plus vite avec quelques maigres ballots, lâcher les bêtes qui sont dans les écuries.

Deux vieillards, M. et Mme Parthiot, 82 et 79 ails, étant restés chez eux, les vandales s’en aperçoivent et les prient de quitter les lieux immédiatement à moins qu’ils ne préfèrent aller dans l’autre monde. Proposition bien allemande. L’ennemi a certainement envie de faire partir ses fusils. Il se rattrapera à Dun les Places où il donnera libre cours à sa soif de sang. En attendant, il aura une victime toute trouvée en la personne de M. François Thibault, 55 ans, de la Gutteleau, cantonnier retraité que soutiennent des béquilles, ancien combattant de 14, de l’Armée d’Orient.

Une vingtaine de Boches ont déchargé des caisses dont ils vont se servir, ils prennent des bombes incendiaires. Quelle vision ! Les maisons sont évidemment visitées avant d’être brûlées. Les Allemands sont méthodiques et ils procèdent par ordre. Quand ils ont choisi les articles qui leur conviennent, ils allument les mèches.

Des bois, la mort dans l’âme, les habitants assistent à l’incendie qui crépite et dont la lueur et la nouvelle se répandent au loin.

 

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 Planchez
(Photo Collot, Service de Recherche des crimes de guerre. Dijon.)

 

Le lendemain, le premier homme qui ose revenir dans le bourg, au lever du soleil, est M. l’Abbé de Chabannes. Il se rend à l’église qui ici demeure debout au milieu des ruines. Est il prudent d’y rentrer ? Plusieurs questions viennent à l’esprit de M. le Curé - que nous remercions de son témoignage – N’y a t il pas d’engins explosifs à la poignée de la porte ou sur la cloche ?... Non, voici que cette dernière tinte... O lugubre Angélus !...

Les gens commencent à affluer et essayent de sauver le four et le fournil du boulanger. L’oeuvre de destruction est terminée. Le village achève de se consumer. Ici on compte cinquante deux maisons en ruines (l) et cent quatre vingt deux sinistrés. Les habitations qui n’ont pas été touchées sont celles où les mèches ont fait long feu (2).

(1) Dont les écoles, la mairie, la poste, le presbytère, quatre hôtels restaurants, deux épiceries, etc .

Deux immeubles dont l’un au Lassas, furent dynamités.

(2) Les Allemands se sont servi en plus de leurs bombes incendiaires, des bombes d’aviation françaises datant de 1927. Signalons à leur décharge (!!) qu’ils déposèrent dans un jardin attenant à la maison où ils les avaient découverts, deux paquets destinés à un de nos prisonniers.

M. Leon Basdevant, 46 ans, a fait preuve d’une courageuse et noble attitude en s’offrant à être fusillé peur sauver Planchez, après avoir donné l’argent qu’il portait sur lui à l’officier qui le renvoya.

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