12.05.2006
Hier, aujourd'hui et demain
12 mai 2006. Je viens d'achever la mise en ligne de l'ouvrage de mon cher père presque 60 ans après sa première parution. Internet est pour ma génération un outil extraordinaire qu'il n'aura malheureusement pas connu.
Arrivant au terme de sa vie ici-bas, mon père laissera malgré tout - au travers des yeux du jeune homme d'une vingtaine d'années qu'il était - une trace numérique, d'une des époques les plus sombres de notre histoire, stockée dans un disque dur quelque part sur la planète, mais aussi ce voeu, en conclusion de son ouvrage, encore aujourd'hui inexaucé : "De la terre saturée du sang versé par tous les hommes de bonne volonté, doit jaillir la source pure de la concorde entre les Nations."
Bientôt (le temps presse), je mettrai en ligne la version complète (au format pdf) de cet ouvrage pour qu'il puisse être accessible au plus grand nombre (à commencer par les descendants de ceux qui sont cités) et qu'il puisse être rangé sur les étagères de nombreuses bibliothèques numériques. Ne perdez pas patience.
Je pense que mon père apprécierait cette initiative car je l'ai toujours connu tendant la main vers les autres.
Note : Mon père nous a quitté le 30 décembre 2006 après de longues années de souffrance silencieuse. J'ai l'intention de publier les lettres et témoignages qui servirent à rédiger ce livre dès que possible.
Ceux de la Résistance

qui se sont passés il y a plus de 60 ans.
Si ce passé s'éloigne chaque jour davantage,
les souvenirs sont gravés dans les mémoires.
Ne les perdons pas, transmettons-les.
Ce sont les Hommes qui font l'Histoire,
les historiens l'écrivent...
(paroles d'Astier de la Vigerie), reprise plus tard par Joan Baez et Léonard Cohen.
Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes
Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute
Chantez, allez chantez, chantez compagnons
18:25 Publié dans B. Avant-Propos | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
CONCLUSION
Nous avons seulement effleuré un vaste sujet et nous regrettons vivement que le temps et les moyens nous aient manqué pour écrire un livre reflétant véritablement le dur labeur des maquisards bourguignons et nivernais. Car si le Charollais, le Morvan et l’Auxois contribuèrent puissamment à briser nos chaînes, maillon après maillon, l’Autunois, l’Auxerrois, le Châtillonnais, le Dijonnais, le Duesmois, le Louhannais et le Sénonais apportèrent, eux aussi, leur « eau » au moulin de la Résistance qui broya l’ivraie allemande.
Ces chroniques — modeste bouquet de gloires représentent cependant la somme de toutes les énergies et de tous les héroïsmes de vingt mille F. F. I. ou F. T. P. Leurs éclatantes victoires ravisèrent les couleurs de notre Drapeau sur les champs de bataille. Elles démontrèrent péremptoirement aux chefs de la Wehrmacht qui croyaient peutêtre au mythe de la dégénérescence française, cher aux théoriciens racistes, que nous n’étions pas encore mûrs pour l’esclavage.
Chacun de nos « Soldats en Sabots » fit reculer l’ « invincible » fantassin d’Outre-Rhin, armé de pied en cap. Entraîné dans son élan par un grand idéal de justices il entendit l’écho de cet émouvant testament d’un Combattant de 1914 s’adressant ainsi à ses enfants :
« Mes chers petits, lorsque vous verrez, dans la rue, un papa marcher en tenant, par la main droite, une petite fille, et, par la main gauche, un petit garçon, bien serrés contre lui, dites-vous : Voilà le papa que nous avions. Il est mort pour que nous puissions continuer à vivre en bons Français. »
Fidèles à cet exemple, les fils de France ont été dignes de leurs Pères. Dans cette reconquête de la liberté, et pour la naissance d’une ère de paix, bon nombre d’entre eux sont restés en chemin, épuisés au fond des cachots et des camps de concentration, fauché sur les tertres ou au creux des carrières, ou ont agonisé au milieu des bleuets, des marguerites et des coquelicots émaillant leurs plaines ou leurs montagnes natales âprement défendues. Afin de ne pas trahir les martyrs qui menèrent une lutte sacrée, il faut que notre union demeure indissoluble. De la terre saturée du sang versé par tous les hommes de bonne volonté, doit jaillir la source pure de la concorde entre les Nations.
Mhère (Nièvre), Janvier 1947.
18:20 Publié dans F. Quatrième partie - Atrocités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
CRIMES DE LA GESTAPO
Trois des crimes commis par la Gestapo de Chalon-sur-Saône, dont le chef était le féroce Kruger, de Posen, touchent de près le Morvan. Ce sont les assassinats de M. l’Abbé Bornet et de MM. Henri et Jean Dollet. Voici les faits dans l’ordre.
Fin mai 1944, une nouvelle qui causa beaucoup de consternation se répandit comme une traînée de poudre dans la petite commune de Glux, bien connue des excursionnistes qui y admirent le modeste berceau de l’Yonne capricieuse. M. l’Abbé Camille Bornet, 48 ans, Curé de la paroisse, desservant Saint-Prix, Officier de réserve, prisonnier des deux guerres — il était revenu à Glux en 1942 — très aimé pour son extrême affabilité, avait été arrêté par la Gestapo à la suite d’une dénonciation perfide, où il fut étiqueté « terroriste » pour avoir porté la communion à des maquisards.
Tout d’abord emmené à Nevers d’où il fit connaître cette dénonciation à sa mère par un petit mot qu’il lui adressa le 2 juin, deux jours après son incarcération, et dans lequel ils s’en remettait à la Providence en disant simplement : « Que la volonté de Dieu soit faite », il fut transféré le 6 à Chalon-sur-Saône (l). Le 9, les Allemands informèrent le surveillant-chef de la maison d’arrêt que M. l’Abbé Bornet s’était donné la mort en se pendant dans sa cellule. S’en étant aperçus, ils l’avaient dépendu, mais en vain. Il était décédé après quarante-huit heures d’une très douloureuse agonie.
Cette thèse qu’il est impossible d’admettre apparaît en réalité entièrement cousue de fil blanc, les bourreaux n’étant pas à un mensonge près. Un premier témoignage, celui d’un surveillant alsacien qui fut seul autorisé par le soldat allemand infirmier à s’approcher du corps du malheureux prêtre, déclare formellement qu’il a vu M. l’Abbé Bornet « râlant, une mousse sanglante aux coins de la bouche, mais qu’il n’a pas remarqué le sillon de strangulation qu’il aurait dû avoir s’il s’était véritablement pendu ».
Un second témoignage, provenant d’un ancien co-détenu des Allemands éclaire cette affirmation en révélant que le matin même, M. l’Abbé Bornet avait été interrogé par la Gestapo. On sait ce que cela veut dire. Le prétendu suicide est une sinistre mise en scène pour faire excuser un massacre. Le même témoin ajoute que leur victime est restée sans aucun soin : « Si M. l’Abbé Bornet avait été conduit à l’hôpital et soigné convenablement, il ne serait pas mort ».
N’est-ce pas accablant pour les soi-disant « surhommes »?
Ceux-ci se conduisirent aussi « brillamment » le 19 août 1944 à Luzy. La veille, un de leurs convois avait été attaqué à la Goulette, sur le territoire de la commune de Millay. En représailles, ils détachèrent un groupe de la garnison d’Autun et s’étant présentés chez le Maire de Luzy, le Docteur Henri Dollet, 48 ans, ils l’avertirent qu’ils le prenaient comme otage et qu’ils allaient incendier une vingtaine de maisons.
Le Docteur Dollet parvint à les détourner de cet acte de banditisme. Pendant son interrogatoire, son fils Jean, âgé de 19 ans, étudiant en médecine, qui se trouvait hors de la demeure de ses parents et s’apprêtait à y rentrer, vit celle-ci cernée par les soldats. Affolé, il s’enfuit en courant. Les Allemands, le rattrapant, l’arrêtèrent à son tour.
Prétextant que la Mairie de Luzy était en relation téléphonique constante avec le maquis voisin, ce qui était faux, le Docteur Mollet et son fils emprisonnés primitivement à Autun, furent transportés à Chalon.
Le 26 août, les habitants de Fragnes et de Mellecey à quelques kilomètres de la ville, entendirent des fusillades. Les meurtres venaient d’être perpétrés, il est navrant de le dire, par des Miliciens. En effet, ceux-ci depuis trois ou quatre jours, accompagnaient les agents de la Gestapo se dirigeant vers le quartier allemand pour ressortir quelques instants après avec leur cortège de martyrs. Il y en eut ainsi cinquante qui tombèrent presque à la veille de la libération (2).

(1) Ainsi que M. Emile Blanchot, 40 ans, menuisier.
(2) Le jeune Dollet blessé à la cuisse fut abattu d’une rafale de mitraillette dans la nuque en tentant de se relever
18:15 Publié dans F. Quatrième partie - Atrocités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
11.05.2006
QUARANTE‑HUIT HEURES D’EPOUVANTE A DUN-LES-PLACE
26 juin 1944 : une date que les Morvandiaux et les Nivernais n’oublieront jamais.
La soldatesque nazie, ivre de fureur, après avoir incendié la veille Montsauche et Planchez, va assouvir sa rage de brute déchaînée sur le bourg de Dun‑les‑Places. Dun‑les‑Places, un pays bien tranquille, bien paisible, à l’ombre de sa merveilleuse petite basilique qui sera bientôt le théâtre d’un affreux massacre et verra son clocher mutilé par les obus.
Au début de l’après‑midi, la nouvelle se répand que les Allemands occupent Saint‑Brisson. Les gens s’affolent et se sauvent ou se préparent à partir en prévision du pire. Tous n’en auront pas le temps. Vers 15 heures les premiers éléments ennemis venant de Montsauche débouchent sur la place. Parmi eux, se trouvent des Cosaques. Autocars, camions, conduites intérieures, motocyclettes pétaradent. Les Boches stoppent et pénètrent dans les maisons, commencent à fouiller celles‑ci pour y chercher les « Terroristes ».
Trois d’entre eux emmènent à l’Hôtel Blandin, le Maire, M. Emery, marchand de vins, et M. Raoul Brichet, instituteur du Pas-de-Calais, réfugié chez ce dernier avec sa femme et ses deux enfants, âgés de 15 et 8 ans. Son petit Jean s’écrie en pleurant : « Ils vont tuer mon papa ». Cependant un officier, très aimable pour la circonstance, examine les cartes d’identité des deux hommes et les relâche. Finalement les soldats qui ont également arrêté, puis relâché M. Châtelain fils et M. Maurice Dirson, de Mézoc‑le‑Froi, et blessé sur le Mont Velin, alors qu’il s’enfuyait, M. Paul Pichot, boulanger (l), repartent en direction de Vermot, premier but de leur expédition. Mais ils ne s’en vont pas seuls. Ils encadrent des chauffeurs de la Société France‑Route, de Paris, MM. Louis Dardenne, 34 ans, Fernand Deregard, 37 ans ; Raymond Marcheron, 24 ans et Jean Sandrini, 35 ans, radiologue, prisonnier libéré, arrivés à Dun depuis quelques jours. Enchaînés durant vingt‑quatre heures dans un pré, ils auront la gorge tranchée le 27 en compagnie de deux jeunes gens : MM. Comméat, macon, et Girard, mécanicien-frigoriste, âgés de 23 et 21 ans.
Vers 17 heures 30, Verts‑de‑Gris et F. F. I. sont aux prises. Des camions tombent dans un piège de mines. La fusillade est nourrie. Comme on l’a vu, elle sera vive jusqu à 20 heures et se prolongera tard dans la nuit. Un Russe ayant violé une fillette de 14 ans et tenté d’abuser d’une jeune femme dont le bébé sera battu, sera, sur l’ordre d’un officier passé par les armes sur un tas de fumier. MM. Grillot et Petit recevront de nombreux coups de crosse. Douze maisons seront incendiées, parmi lesquelles le Château de Vermot, hôpital de la Résistance.
Au Vieux‑Dun, une habitation sera également brûlée. Mais ceci n’est rien, si l’on peut hélas s’exprimer ainsi, à côté de ce qui se déroule à Dun même. Vers 20 heures 30, de nouvelles troupes arrivent de Montsauche. Tous les hommes se trouvant dans le bourg sont rassemblés près du porche de l’église (2).
La pluie se mettant à tomber, Mme Brichet porte un pardessus à son mari, ainsi qu’à M. Marin, domestique chez M. Emery. Elle va se procurer celui de M. Tournois dont la femme questionne un officier : « J’ai déjà perdu mon père à la guerre de 1914. Vous n’allez pas tuer mon mari ? Cynique, l’officier répond : « Nous accomplirons notre devoir ». M. Emery, interrogé, affirme que les habitants se sont toujours bien conduits avec les soldats et qu’il n’y a pas de résistance dans le pays. Il est autorisé à rentrer chez lui.
Des Allemands sont montés au premier étage de sa maison et ont relevé les stores des fenêtres. Dans quel but ? Leur intelligence en matière de crimes est fertile. Ils vont tout simplement jouer une terrible comédie pour faire valider leur conduite. Une bataille entre soi‑disant maquisards et la Wehrmacht va se livrer au coeur du pays. En fait, cet engagement est monté de toutes pièces, de connivence avec d’autres troupes qui apparais sent par la route de Saulieu.

Subitement, le combat éclate, des coups de canon sont tirés. Instants tragiques. M. Emery, sa femme, Mme Brichet et ses deux enfants qui prient, sont descendus à la cave avec Mme Marin et son fils, âgé de sept ans, et attendent, avec angoisse, comme les autres gens du bourgs la suite des événements. Combien les Boches sont‑ils maintenant ? Peut-être deux mille. Ils fourmillent partout, terminant leurs opérations de pointage des hommes, conduits l’un après l’autre vers le lien de leur exécution, sous le prétexte de vérifier leurs papiers.
Les coups de feu ayant cessé, Mme Brichet remonte pour se rendre compte de la situation. Un soldat, s’exprimant dans un français très correct — sans doute un milicien — l’arrête. — Où allez‑vous, Madame ? — Je vais voir ce qui se passe, nous sommes terrifiés. Que se passe‑t‑il ? — Il y a, Madame, que la Résistance a installé un canon dans le clocher et qu’il tire sur nous. C’est du joli. Vous le saviez, Madame, et votre curé aussi. Il le bénissait tous les jours, il l’a encore béni ce matin en disant sa messe. Mais vous ; allez voir ce que cela va vous coûter. J’ai déjeuné à Dun aujourd’hui et c’est moi qui ai découvert le camp de Vermot.
M. Emery déclare : — Ce n’est pas vrai, j’en donnerais ma tête à couper. Il n’y avait aucun canon dans le clocher à votre arrivée. A peine a‑t‑il parlé qu’on demande le Maire. Il est environ 22 heures 30. De nouveau, on entend des coups de feu. Les minutes s’écoulent, semblables à des siècles...
Puis des soldats s’approchent de la maison de M. Emery pour la réquisitionner. Un officier annonce à Mme Brichet qu’il y a « dix‑sept ou dix‑huit terroristes tués sous le porche de l’église. Vous les verrez demain matin lorsqu’il fera jour ». Et il ajoute : « C’est la guerre ».
Voilà la mentalité des représentants de la « Grande Allemagne », de cette race qui se prétendait « supérieure », et qui l’est, en réalité, en cruauté. Quelle affreuse révélation ! Il est impossible d’avoir une idée des souffrances morales des malheureuses mères et épouses. C’est un atroce martyre que de savoir qu’on ne reverra plus jamais l’être qui est cher, et ceci par la volonté d’un sanguinaire ennemi. Ce douloureux calvaire n’est toutefois pas terminé.
Le 27, les Allemands qui ont recouvert les corps de paille et de genêts, certainement dans l’intention de les brûler, interdisent formellement de sortir des maisons. Mme Emery, ses compagnes et leurs enfants qui ont passé le reste de la nuit dans la cave de M. Régnier sont transférés chez Mme Charpiot, à la Mairie, où des mitrailleuses sont braquées, prêtes à tirer. A la fin de la soirée, Mme Emery demande à un sous‑officier l’autorisation d’aller traire ses vaches avec Mme Marin, ce qui lui est accordé. Mais la besogne est déjà presque achevée par les Allemands qui se sont occupés de panser les bêtes.
La nuit du 27 au 28 semble devoir être éternelle. Qui sait quels projets ont ces monstres ? Ils laissent entendre à leurs prisonnières qu’une autre bataille est possible et qu’il est préférable de se coucher par terre. Le 28, vers 7 heures 30, les soldats qui, enfin, s’en vont, incendient une à une plusieurs maisons de Mésoc‑de‑Froi (Dizien, Renon, Tardy) et de Dun (Coppin, Emery, Roumier, Tournois, Véronnet...).
L’école des filles et la demeure de M. Treillard, forgeron, ont le même sort. Certains Boches chantent, accompagnés par un accordéon et un harmonica. C’est, pour eux, un feu de joie. Naturellement toute la journée de la veille a été employée par ces incendiaires à déménager pour leur profit une grande partie des meubles, à rafler des bijoux, de l’argenterie, des vêtements, du linge, des provisions, du vin, etc... Ils ne s’en retournent pas les mains vides. Les foudres de M. Emery ont été l’objet d’un soin particulier de leur part. Comme ils n’ont pu tout boire ni tout emmener... ils les ont vidés en y pratiquant des trous.
Plusieurs personnes dont la femme de M. Véronnet, malade, ayant pensé à mettre en sauvegarde leurs économies en les portant sur elles, ont été dévalisées. Rien qu’à la Mairie, les Allemands se sont emparés de près de onze mille francs dont sept mille volés dans le sac à main de Mme Charpiot. Ce sac à main était suspecté de servir de cachette à un revolver. Tandis que les miliciens participaient à la dernière partie des représailles, ils ont déclaré à Mme Chopard et à Mme Pichot : « Nous allons vous quitter et les Boches vont aussi vous débarrasser ». Un Allemand « compatissant » a prodigué ses caresses à l’un des quatre enfants de Mme René Blandin en déplorant la mort de son papa : « Tu ne l’auras plus, mon pauvre petit », lui a‑t‑il dit en tapotant ses joues…
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Telle fut la fin d’un horrible drame que la Wehrmacht, qui festoya et sabla le champagne, commit de sang‑froid. Vingt et un morts pour le bourg seulement, tel en est le triste bilan :
Messieurs,
Anatole Emery, 63 ans, né le 22 9‑1880, à Gouloux (Nièvre), Maire de Dun‑les‑Places.
André Charpiot, 46 ans, né le 11‑12 1897, à Saint‑Ouen (Seine), instituteur, secrétaire de mairie, ex‑prisonnier de l’Oflag XVII A, libéré en 1941, titulaire de deux croix de guerre.
Raoul Brichet, 34 ans, né le 19‑2‑1910, à Waben (Pas‑de Calais), réfugié, provisoirement instituteur à Bornoux, commune de Dun‑les‑Places.
Henri Bachelin, 47 ans, né le 6‑2‑1897, à Dun-les‑Places, et son fils, Albert, 20 ans, cultivateur. Raymond Balloux, 39 ans, né le 14‑5‑1905, à Paris, épicier.
René Blandin, 39 ans, né le 24‑10‑1904, à Dun-les‑Places, cantonnier Modeste Castellvi, 29 ans, né le 28 5‑1915, à Serra de Almos (Espagne), bûcheron.
Marcel Philippe Delavault, S3 ans, né le 264 191L à Paris, cultivateur.
Jean Dirson, 46 ans, né le 13‑1‑1898, à Paris, cultivateur.
Eugène Friche, 27 ans, né le 24‑12‑1916 à Bobigny (Seine), domestique agricole.
René Jeand’heur5 43 ans, né le 17‑3‑1901, à Brunswick (Allemagne), interprète résidant à Quarré‑les‑Tombes.
Nicolas Leprun, 45 anse né le 25‑11‑1898, à Dunles‑Places, employé de commerce.
Paul Marin, 41 ans, né le 17‑12‑1902, à Paris, domestique agricole.
Bernard Pelmann, 38 ans, né le 18‑10‑1905, à Paris, bûcheron, fusillé dans un pré le matin du 27 juin.
André Sampic, 63 ans, né le 14‑12‑1875, à Eletot (Seine‑Inférieure), professeur d’anglais honoraire au Collège de Joigny (Yonne).
Léon Tournois, 40 ans, né le 30-10‑1903, à Ouroux (Nièvre), hôtelier.
Joseph Candeli, 45 ans, maçon.
Quant à M. l’Abbé Roland, 38 ans, né le 23‑5-1906, à Saint‑Père (Nièvre), il expira après d’affreuses tortures. Les Allemands le conduisirent au clocher où ils avaient monté une mitrailleuse. Ils le flagellèrent avec une lanière de cuir terminée par une boule de porcelaine et l’achevèrent à coups de revolver (3).
Toutes les victimes furent dépossédées de ce qu’elles avaient de plus précieux. Cinq corps furent trouvés à gauche du porche de l’église, neuf sous le porche, trois sur la place et un sur la route de Saulieu (celui de M. Raoul Brichet qui fut tué en tentant de se sauver, juste au moment où il sautait le petit mur entourant la place) . Quelques‑uns avaient été férocement mutilés. La porte de l’église, criblée de balles, était couverte de lambeaux de chair et de cervelle et toute rouge de sang.
Qui fut l’instigateur de ces actes de barbarie ? Un certain Docteur Daubner — Wolf de son vrai nom — venu s’installer à Dun‑les‑Places. Se prétendant anti‑allemand et sujet tchécoslovaque, il s’adonna à l’espionnage. Il fit notamment arrêter, puis libérer, M. Marcel Blandin qui, emprisonné un mois à Auxerre. fut de tous les hommes arrêtés le 26 juin, le seul qui parvint à s’enfuir.
Un fait est sûr : les Allemands étaient possesseurs de plans manuscrits du bourg ainsi que l’ont constaté Mesdames Pichet et Tournois. Et, sur ces plans, du crayon rouge avait été utilisé pour signaler plus spécialement quelques maisons.
Le Docteur Daubner est parti de Dun avant le jour fatal. D’où les Allemands sont‑ils venus ? Une partie de leurs convois était composée de véhicules des départements de la Saône‑et‑Loire, du Jura et de la Côte‑d’Or. On a su par M. Gollotte (Français, chauffeur d’autobus réquisitionné), que les hommes qu’il transportait avaient été chargés à Dijon derrière la prison. L’une des colonnes, commandée par le Lieutenant Werfürth, droguiste à Rosenberg (Allemagne), fusilla lors de son passage sur la commune de Chissey.en‑Morvan, un réfugié du Pas‑de‑Calais, Daniel Chubin, 15 ans, domicilié à Ménessaire et deux jeunes gens d’Alligny‑en.Morvan, Roger Fleck, 16 ans et André Charles, 18 ans. Ces derniers se rendaient à bicyclette auprès d’un camarade hospitalisé à Autun à la suite d’un accident d’automobile. Ils furent tous tués par plusieurs décharges de mitraillette près du hameau de Vauchezeuil.
(1) M. Brisquet fut aussi atteint en s’échappant du village des Bourdeaux. (2) Sauf quelques personnes : d’une part, M. Regnier épicier qui, âgé de 69 ans, se fit passer pour en avoir 75, M. Choureau, 50 ans et un octogénaire, M. Auguste Blandin ; et d’autre part, M. Autixier qui put se cacher. (3) A sa mère, ils déclarèrent : « On l’a tué ton bandit de curé ».
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