01.01.2006

N. - CITATIONS CONCERNANT LES MAQUIS DE MARlZY, SYLLA, etc...

Capitaine Desprez, Commandant le 1er Bataillon :

« Belle figure de soldat, a fait de son bataillon une unité d'élite. Engagé dans le secteur de Paray-le-Monial, a, par son mordant, causé des pertes extrêmement sévères à l'ennemi en le harcelant sans cesse sur ses voies de communication. N'a pas hésité à engager des actions d'envergure comme l'attaque de Paray-le-Monial, le 22 août, contre un ennemi très supérieur en nombre et a réussi à entraver sérieusement ses passages de troupes ».

Capitaine Lamiral :

« Commandant d'unité d'un courage et d'une audace extraordinaires. Célèbre dans son bataillon pour la hardiesse de ses coups de main et de ses embuscades contre les communications de l'ennemi. S’est distingué en particulier lors de l'attaque de Paray, le 22 août 1944 ».

D'Artois, Capitaine Canadien, parachutiste :

« Parachuté un mois avant le débarquement. A mis à la disposition des F. F. I. ses belles qualités d'intelligence, d'énergie et de caractère. A organisé et armé plusieurs unités importantes avec lesquelles il a participé, avec un allant exceptionnel, à de nombreuses opérations ».

Capitaine Mercier Paul, dit Benoy, Commandant le 2e Bataillon :

« Jeune Officier venu un des premiers à la Résistance. A organisé rapidement un bataillon qu'il a galvanisé par son courage souriant.

« Chargé de tenir le secteur de Montceau-les-Mines, a, au cours de très nombreux coups de main et embuscades, causé des pertes très graves à l'ennemi, le harcelant sans cesse sur ses voies de communication.

« A été un des principaux artisans de la libération de Montceau au cours de laquelle six cents prisonniers ont été faits ».

Capitaine Griveaud, dit François :

« Brillant adjoint du chef de bataillon qui a fait preuve dans l'organisation de ses unités des plus belles qualités de commandement.

« A occasionné de grandes pertes à l'ennemi au cours de nombreuses embuscades et coups de main.

« S'est particulièrement distingué lors de la prise de Montceau le 7 septembre au cours de laquelle il a attaqué un train de troupes armées de chars et de canons, faisant six cents prisonniers ».

Capitaine Dourille Edmond, dit Lucien :

« Organisateur remarquable. A mis rapidement sur pied une très belle unité qui s'est particulièrement signalée par de nombreux coups de main audacieux dans la région de Galuzot. Attaquant sans répit les voies de communications ennemies et ses convois, a considérablement gêné ses mouvements de repli.

« S'est particulièrement distingué lors de la prise de Montceau, le 7 septembre, au cours de laquelle il a attaqué un train de troupes armées de chars et de canons, faisant six cents prisonniers ».

Raymond Barrault, dit J. Roche — Capitaine :

« Pionnier de la Résistance, s'est dépensé sans compter, accomplissant les missions les plus périlleuses avec une volonté farouche et une décision exceptionnelle. Faisant preuve des plus belles qualités de sacrifice et d'abnégation, a entraîné par son exemple et son dynamisme toute une région à la Résistance ».

Groupe Franc Robert :

« Ce groupe de grande valeur, toujours prêt aux coups durs a constamment donné des preuves de courage ; intelligent, a pris part aux combats de Mary, d'Azé et de la Valouze, infligeant des pertes sévères à l'ennemis ».

Sous-lieutenant Jeandet, dit Robert :

« Officier doué des plus hautes vertus morales. A Mary, Azé, Cluny, Montceau, Autun, aux nombreuses embuscades et sabotages, a mené son groupe toujours avec un plein succès ; a été un exemple pour tous.

« Résistant de la première heure, a préparé les maquis bien avant le débarquement malgré son âge (cinquante-trois ans). A su maintenir la discipline dans un groupe particulièrement difficile à commander, ceci par son autorité et son exemple. A toujours placé ses hommes avec un grand bon sens, tout en maintenant une stricte discipline au combat ».

Sergent Machuron Georges :

« Jeune chef de groupe plein de courage et d'allant, toujours le premier à tous les engagements, a été glorieusement blessé au combat de Galuzot le 14 août 1944 ».

Degueurce Roland :

« Quoique âgé de treize ans seulement, a été le meilleur agent de renseignements du maquis et a toujours rempli avec courage et initiative les missions les plus périlleuses. A reçu le baptême du feu à Parizenot le 18 août 1944 ».

Adjudant-Chef Le Boullenger de Capelles, de l'ancien 5e Régiment de Dragons :

« Sous-officier animé du plus haut sentiment du devoir et du plus pur patriotisme. S'est mis au mois de mars 1944, à la disposition du chef de service des renseignements du département de Saône-et-Loire et n'a cessé depuis lors de fournir les renseignements les plus détaillés et les plus largement utilisables sur l'ordre de bataille de l'ennemi et de ses mouvements.

« Le 6 juillet 1944, porteur à bicyclette de renseignement urgents dissimulés dans un de ses pneus, a été arrêté par les Allemands sur la route de Cluny et mis en avant d'une colonne ennemie : est parvenu néanmoins à s'échapper et à porter son pli en temps voulu.

« A quitté le service des renseignements pour les F. F. I. à la date du 3 août 1944 ».

Bataillon du Charollais sous les ordres du Capitaine Ziegel, dit « Claude » :

« Unité d'élite, formée en Saône-et-Loire ; a pris part à la Libération de ce territoire sous le Commandement du Capitaine Claude.

« A entrepris, le 7 juin 19449 une série d'actions contre l'ennemi, lui détruisant complètement ses organisations dans la région de Charelles, La Clayette et Matour. A participé ensuite à de nombreuses actions contre l'ennemi et notamment au combat de Cluny le 11 août 1944, puis du 25 août au 2 septembre, installé avec ses effectifs complets sur les dernières pentes des collines du Mâconnais, a harcelé sans trêve de jour et de nuit, la retraite ennemie sur l'axe vital Lyon-Paris, détruisant la voie ferrée plus de trente fois, dressant des embuscades incessantes sur la route. A infligé de lourdes pertes à l'ennemi en hommes et en matériel et en faisant des prisonniers.

« Ayant reçu, le 2 septembre 1944, la mission de couper la retraite de l'ennemi à la hauteur de Villefranche-sur-Saône et de prendre contact avec les avant-gardes de la 1ère Armée Française, a réussi le 3, en liaison avec l'extrême pointe d'avant-garde de cette armée, après un combat de six heures dans les rues de cette ville, à faire deux mille cinq cents prisonniers, à capturer un matériel guerre considérable et à infliger des pertes plus de deux cents tués ou blessés ».

La présente citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec étoile d'argent.

Camp Henri — Motif de proposition pour la médaille militaire (en date du 27-10-44).

« Résistant de la première heure, Officier F. F. I. d'une activité intense, animé d'un courage et d'une bravoure qui ne se sont jamais démentis. Fondateur et chef du deuxième maquis de France. A inscrit à son actif de multiples actes de sabotage, ainsi que de nombreuses attaques à main armée contre des soldats ennemis. A effectué, en des conditions extrêmement difficiles, des transports d'armes et de munitions et organisé dans sa région un grand nombre de parachutages.

« A trouvé une mort héroïque le 3 août 1944 alors qu'à la tête de ses camarades, il combattait un puissant détachement ennemi qui tentait d'encercler le maquis.

« Décoré à l'ordre de la Demi-Brigade.

« Proposé à l'ordre de l'Armée et pour la Légion d'Honneur » (1).

Le Commandant de la 4e Demi-Brigade du Département de l'Yonne.

 

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(1) A été décoré de la Légion d'Honneur le 7 juillet

M. - HONNEUR AUX MAQUISARDS DE LA BOURGOGNE (1)

Quelques citations parmi tant d'autres.

A l'Ordre de l'Armée


Commandant de Greyffier de Bellecombe, chef des F. F. I. de Saône-et-Loire :

« Officier supérieur de valeur tout à fait exceptionnelle, de grande distinction, pionnier de la résistance qui, dans l'organisation de la résis. tance de l’Armée de l'Armistice, s'est imposé par sa personnalité, sa hauteur de vue, son autorité et l'élévation de ses sentiments.

« Arrêté par la Gestapo a succombé sous d'horribles tortures en se refusant à toute révélation, laissant à tous l'image du héros le plus pur et l'exemple du sublime sacrifice ».

Capitaine de La Ferté, Senectère Georges, chef des F. F. I. de Saône-et-Loire :

Officier d'élite, véritable preux plein de feu et d'enthousiasme : Par sa foi ardente dans la victoire, son audace devenue légendaire, a galvanisé la Résistance en Saône-et-Loire dont il est devenu le chez après la mort du Commandant de Bellecombe. Par son ascendant inégalable, son prestige indiscuté, a attiré à la Résistance, groupé et organisé les éléments de huit bataillons d'élite, qui, dans des prouesses demeurant ineffaçables, infligèrent des pertes sensibles à l'ennemi, disloquèrent ses lignes de communication, et par de véritables victoires, ont successivement délivré toutes les villes du département.

« A pris en particulier une part active à la libération de Chalon et d'Autun, où il a conduit l'assaut des positions ennemies, entraînant ses troupes dans un élan magnifique par son intrépidité souriante, tuant plusieurs ennemis de sa main et ramenant plus de trente prisonniers ».

Lieutenant Mangin, dit Meunier, du P. C. des F. F. I. :


« Pionnier de la résistance, passé au maquis avec le Commandant de la Ferté qu'il a aidé de toutes ses forces dans l'organisation des unités. Sous-officier modèle d'un dévouement et d'un courage à toute épreuve.

« Tué à Salornay-sur-Guye, le 3 septembre 1944 lors d'un déplacement du P. C. à bord de sa voiture, par un avion allemand attaquant les véhicules à la mitrailleuse. A donné au cours de son agonie qui fut particulièrement douloureuse, un dernier et magnifique exemple de courage ».

Bazenet Léger, du Bataillon Serge :

« Ex-poilu de 14-18, blessé grièvement le 4 septembre 1944 à Igornay, fut achevé avec toute la sauvagerie teutonne (coups de botte et de crosse). Volontaire pour les missions dangereuses, fut toujours le modèle du Français patriote ».

Capitaine Boissonas, dit Bourgeois — Bataillon des parachutistes. Commandant la 1ère Compagnie de Nanton :

« Officier d'élite, incarnant toutes les vertus militaires, sang-froid, mépris de la mort, énergie lucide. Blessé très grièvement au combat de Laives, le 4 septembre 1944 ; a refusé tout secours pour rester jusqu'à la fin auprès de ses hommes en les encourageant de ses paroles et de son stoïcisme. Est mort sur la position avec le plus sublime courage ».

Soldat Dherville, dit Toto — Corps Franc — Régiment de Cluny :

« Jeune soldat animé du plus ardent patriotisme. Le 21 juin, a trouvé une mort glorieuse en arrêtant par son tir un ennemi supérieur en nombre qui tentait d'encercler le cantonnement de son groupe ; a permis par son sacrifice le repli des survivants après avoir abattu dix-huit des assaillants ».

Stainesse Albert — Bataillon Benoy — Groupe Franc Robert :

« Au maquis bien avant le débarquement. A contribué au succès de tous les combats, embuscades et sabotages du groupe franc Robert, où il était un exemple de courage, de discipline et d'honnêteté. Est tombé glorieusement au Champ d'honneur pour la libération de la ville d'Autun ».

Thévenot Jean. — Idem.

Capitaine Treilleu, dit Georges — Bataillon Benoy :


« Officier de grande valeur et de haute tenue morale, brillant organisateur d'une Compagnie modèle, est tombé glorieusement sous les balles ennemies en accomplissant une mission qu'il savait périlleuse » (1).

Soldat Souillot Georges, dit Jo, des F. T. P. :

« A participé à de nombreuses attaques contre les convois et les trains ennemis. Fait prisonnier le 2 juillet 1944 par les Allemands et les miliciens, a refusé de renseigner l'ennemi. A commandé le peloton de feu chargé de l'exécuter. Est mort en criant : « Vive la France ! »

Gras-Double, des F. T. P. :

« Résistant de la première heure, a participé au péril de sa vie à de nombreux actes de sabotage contre les moyens de communication de l'ennemi. Blessé par les Allemands au cours d'une mission, a préféré se tuer après avoir glorieusement combattu, plutôt que de tomber vivant entre les mains de l'ennemi ».

Cellard du Sordet Raoul :

« Jeune volontaire de la résistance plein d'enthousiasme et de courage. A fait en 1943 et au début de 1944, une série de liaisons. Le 7 Juin, a entrepris d'organiser un groupe de résistance dans la région de Monsols. Fait prisonnier par les Allemands le 20 juillet. A été odieusement maltraité, n'a rien révélé de l'organisation à laquelle il appartenait. Fusillé le lendemain au Vers, devant l'incendie du château de sa famille. Est mort héroïquement en disant seulement : « Je meurs, mais la France ne meurt pas ».


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(1) Cf. Maquis Maurice.

30.12.2005

L. MAQUIS BOURGOGNE


L'âme de la résistance de la région de Semur-en-Auxois fut M. Henri Camp, menuisier ébéniste dans cette ville, agent de l'I. S. Comme à tous les vrais patriotes, la défaite de 1940 lui pesa affreusement sur le cœur, et il songea à préparer la revanche et l'assaut libérateur qui, à cette période, étaient bien hypothétiques.

 

Ses premières actions furent d'organiser de nombreuses évasions de prisonniers français (plus de cinquante du seul camp de Massène, près de Semur), de récupérer et de camoufler du matériel de notre armée et de prendre un fusil-mitrailleur et plusieurs mitraillettes à l'ennemi' installé sur sa propriété.

 

Odieusement dénoncé, Henri Camp fut victime d'une perquisition allemande qui n'eut pas de suite sur le moment.

 

Isolé au début, il se trouva, fin 1942, à la tête de deux mille hommes, tant il sut enflammer toute une contrée par son ardeur. Ayant posé les fondations de son mouvement avec ses amis (artisans, bûcherons, cultivateurs), il déploya une intense activité et bientôt : cheminots, fonctionnaires, gendarmes, médecins, prêtres, etc..., lui apportèrent leur concours. De bonne heure il mit sur pied plusieurs équipes de sabotage qui accomplirent de rudes tâches avant le débarquement, ainsi qu'on le verra plus loin.

 

 

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Son secteur engloba à la fois une partie du nord de la Côte d'Or et l'extrémité du sud de l'Yonne où, en particulier il fut en contact avec M. Baudot, garagiste à Cussy-les-Forges.

 

Comptant de dévoués collaborateurs, comme M. Morlevat, Maire de Semur, et le Docteur Roclore; MM. Mathieu, Directeur d'Ecole à Précy-sous-Thil; Gobley, de Missery; Japiot, d'Uncey, Moreau, de Vitteaux; Séblin de Pouillenay , et Thibault, de Genay, pour l'Auxois ; MM. Bertail, de Châtillon; Barbier, de Pothières, et Michaud, de Nesle-et-Massoult, pour le Châtillonnais; et MM. Archet et Grison, de Dijon, Henri Camp réussit à se mettre en rapport avec Londres en mai 1943.

 

Sa maison fut un centre d'accueil des réfractaires au S. T. O. qu'il transforma en domestiques agricoles avec l'aide des fermiers. Mais ce ne fut là que l'un des aspects de la lutte qu'il allait commencer et dont il ne devait pas voir la fin victorieuse.

 

En ce qui concerne la propagande clandestine, dont nous avons donné plus haut des spécimens, Henri Camp qui prit le nom de Henri « Bourgogne », nom de sa chère province, participa à la confection de nombreux tracts. Son groupe apposa des affiches indiquant aux Maires et aux syndics des communes, la ligne de conduite à suivre en matière de réquisitions et de ravitaillement après le débarquement et il attira l'attention sur l'existence des mouchards et des espions.

 

Des lettres furent envoyées : à ceux qui faisaient preuve de trop de servilité envers l'ennemi, en lui fournissant, sans difficulté et sans remords, la main d'œuvre exigée; aux directeurs de sociétés de transports qui mettaient leurs voitures à sa disposition; aux gendarmes qui paraissaient ne pas comprendre où était leur devoir; aux gens qui, par leurs bavardages, ou leurs médisances, étaient susceptibles de nuire à la Résistance. Enfin, des circulaires transmettant des consignes de discipline et d'entr'aide furent également diffusées, de même que des feuilles émanant de l'organisation régionale (1).

 

Voilà le côté « passif » de la besogne du groupe Bourgogne, son coté « actif » étant constitué par des opérations directes contre la Wehrmacht. En relation avec les I. S. de l’Yonne (Aillant-sur-Tholon), du Jura (Grand-Père) et de Saône-et Loire (Alain), le mouvement après avoir établi, en mai 1943 son premier maquis de quinze hommes à Allerey, entre Semur et Flée, assura des transports d'armes de la région de Châtillon sur-Seine au camp et de l'Auxois au Jura.

 

Vint juillet et la promesse d'un débarquement en août qui serait annoncé par les messages : « Le Dieu Gaulois s'est réveillé » (préparation) et « Le Coq Gaulois a chanté » (sabotage général). Notre blé devait rester chez nous et non prendre la direction de l'Allemagne. Par ordre supérieur, les battages furent donc entravés sur une assez grande échelle, puisque des sabotages eurent lieu, non seulement dans les parages de Semur et d'Avallon, qui ne livra presque rien à la réquisition, mais jusque dans les environs de Joigny (Yonne) et de Genlis (Côte-d'Or)

 

Afin, notamment, d'immobiliser les péniches emportant notre récolte, deux biefs du canal de Bourgogne furent sabotés à Braux (longueur 5 kilomètres) et à Gissey-le-Vieil (longueur 12 kilomètres), entre Semur et Pouilly-en-Auxois. Œuvre perlée pour laquelle la B. B. C. envoya ses félicitations : « Raymond et son équipe du canal font du bon travail, c'est bien. Bourgogne, continuez » ( 2) .

 

 

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Le 16 août, des aviateurs alliés ayant eu un accident furent recueillis près de Pouilly et emmenés vers Paris.

En septembre se déclencha le premier coup de main contre l'importante usine de machines outils de Montzeron, sise à quatre kilomètres à peine de Guillon.

 

Et maintenant se déroule sous nos yeux un« scénario » où les succès se mêlent aux infortunes et aux revers dus pour la plupart à la trahison :

 

« 19 septembre. — Sabotage des lignes électriques à haute tension dans la région de Montbard et de sous-station électrique — Attaque du camp d'Allerey — Mille Boches contre quinze hommes ! — Un feldwebel et un soldat allemand sont tués — Mort courageuse du chef du camp.

 

« Octobre.—Installation du deuxième maquis au Mont Dreget à proximité de Semur — Sabotage du canal qui cesse de fonctionner totalement — Réquisition à Venarey du chargement de péniches bloquées au bassin du canal, les marchandises étant destinées aux Allemands — Sabotage d'une machine à vapeur et d'une tronçonneuse fonctionnant pour l'ennemi à Pont.

 

« 6 et 17 octobre. — Nouveaux sabotages à l'usine de Montzeron (trois machines et huit fraiseuses inutilisables).

 

« 18 octobre. — Formation du camp secondaire de Thoste (trente hommes), à 10 kilomètres de Semur.

 

« 22 octobre. — Réquisition du matériel de couchage et de cuisine des G. M. R. de garde au canal.

 

« 30 octobre. — Mission aux Laumes : pose d'affiches et sabotage. Au cours de ce travail, attaque par une patrouille ennemie. Un Français est tué. Henri Bourgogne, poursuivi dans les jardins, perd ses poursuivants et arrive à temps pour jeter une grenade dans un wagon de troupes : des Boches atteints, sans doute morts, sont descendus dans plusieurs gares en direction de Paris.

 

« 31 octobre. — Attaque du Mont Dreget. Vingt hommes contre douze cents Allemands munis de mortiers, de canons de 37, et de mitrailleuses lourdes. Décrochage général sans perte.

 

« Novembre. — Regroupement au maquis de Villaines-les-Prévôtes. Au cours d'un transport d'armes dans l'Yonne, deux francs-tireurs sont arrêtés dans un barrage, un tué — Sabotage des pompes à eau du chemin de fer à Semur, Avallon, Vitteaux, les Laumes (deux fois) et de deux pylônes à haute tension, vers Hauteroche, aux environs de Flavigny ».

 

Henri Bourgogne — qui se faisait familièrement appeler « Le Patron » — avait reçu, le 5 septembre, des mains de M. Paul, chef du réseau « Jean-Marie », une lettre d'éloges rapportée d'Angleterre. Elle avait été pour lui un précieux encouragement. Chef inlassable du groupe, c'est vers cette date qu'il fut obligé d'abandonner sa maison et de gagner le maquis, changeant fréquemment de résidence. Les cabanes de vignerons, les maisons forestières, les immeubles abandonnés lui servirent de gîtes.

 

Organisant les camps pour les réfractaires, et développant les cadres des « réguliers » (c'est-à-dire des équipes formées par des hommes non astreints au S. T. O. et qui n'avaient pas la police de l'ennemi à leurs trousses) il dirigea toutes les opérations.

 

L'armement fut d'abord faible pour les réguliers qui primitivement, ne disposaient guère que d'un revolver pour dix hommes, alors que les maquisards avaient chacun le leur ou un fusil (anglais, mousqueton, ou mitrailleur), soit encore une mitraillette. Le premier parachutage avait eu lieu en juillet. Il fallut attendre le débarquement, c'est-à-dire près d'un an, pour obtenir des armes en quantité suffisante (3).

 

Composé de groupes de huit à dix hommes bien instruits par des gendarmes, le maquis qui grossit peu à peu, malgré de nombreuses vicissitudes (soixante-dix hommes en avril 1944, cent quarante en août, quatre cent quatre.vingts à la libération), fut finalement renforcé par des sections munies d'engins anti-chars et de mortiers. Il prit contact avec les camps morvandiaux (Bayard — auquel la région de Saulieu fut attribuée dans les premiers mois de 1944 —, Montsauche, Verneuil), ceux de l'Auxois (Auxois, de Vitteaux qui, rattaché à Henri Bourgogne, devint indépendant en août 1944 ; Bernard, de la Vallée de l'Oze) et les groupes du Châtillonnais (Tarzan et Casse-Cou — Gaston Molinier).

 

Aux tâches et aux expéditions de l'hiver (sabotage des presses à foin de Vitteaux, Semur, Epoisses et Verrey-sous-Salmaise); détérioration de taxis au service de l'ennemi et de moteurs qui lui étaient destinés; destruction de deux mille sacs à croix gammée devant servir à la réquisition de l'avoine; réquisition du matériel au dépôt allemand de Guillon (literie, poêles, vaisselle), et à l'hommage rendu le 8 février par Henri Bourgogne aux aviateurs tombés à Cussy, succédèrent de nouvelles actions contre les voies ferrées. Les 15 et 29 août 1943, des coupures avaient été faites à Maisey-sur-Ource sur la ligne Châtillon-Is-sur-Tille, tandis qu'en gare de Leuglay, les installations boches avaient été endommagées. Cette fois, le 20 février 1944, la zone visée fut celle de Darcey-Pouillenay et Seigny (ligne de Dijon). L'Etat-Major avait demandé d'occasionner un retard de six heures dans le trafic; celui-ci fut interrompu vingt-quatre heures.

 

Le 21, le transformateur de l'usine de Montbard et des pylones à haute tension de la Société Dijonnaise d’Electricité reçurent, de leur côté, la « visite » des maquisards.

 

En avril, le maquis de Clamerey s'amalgama à celui de Thoste, établi vers les bords du Serein, au Buisson Bazin. Inspecté le 23 par le délégué parisien de la Résistance, Colin, le maquis de Thoste était un modèle d'organisation et, une semaine plus tard, Henri Bourgogne pouvait, lors du lever des couleurs, s'écrier avec émotien :

 

« Mes Chers Camarades,

 

« ... J'ai reçu des félicitations pour votre discipline, la tenue du camp et la bonne camaraderie qui règnent entre vous. Je suis fier de vous et je remercie tous vos chefs directs qui apportent tout leur dévouement à me seconder dans la tâche que je me suis tracée. Je suis très heureux du résultat que j'ai obtenu. Je suis récompensé de toutes mes peines et c'est avec joie que je vois passer mes vingt-cinq mois de Résistance et mes sept mois de Maquis. Grâce à vous, nous sommes cités en exemple : j'ai fait de vous des hommes et des soldats, qui, j'en suis sûr, ne failliront pas dans le danger. A tous, je dis merci. Courage, la fin est proche ».

 

Paroles de réconfort, paroles d'espoir. Mais pourquoi fallut-il qu'un mauvais sort s'acharnât sur le groupe et ternît l'éclat de ses victoires ? En l'espace de vingt-deux jours, deux coups le frappèrent avec brutalité ! Ce fut, tout d'abord, la bataille du 3 mai, engagée par huit cents Allemands et miliciens qui nécessita un changement de cantonnement à Lantilly, aux approches des Laumes; ce fut, ensuite, l'hécatombe du 25 mai et toutes ses horreurs.

 

Provisoirement cantonnés au sein du bois de Dandarge, les maquisards avaient saboté le 18, dix-neuf pylones de plusieurs lignes électriques de la Roche-en-Brenil (4) en Morvan, jusqu'à Savoisy et Buffon, au nord de Montbard; à Montbard même, Montfort et Darcey (5). Le 21, ils s'étaient emparés à Pouillenay de quinze cents kilos de pâtes alimentaires fournies aux Boches. Tout allait pour le mieux, quand, le lendemain, le chef de camp « B. B. » — Jacques Guéneau — rencontra le Capitaine Bourgogne afin de prendre ses ordres pour déplacer le maquis. Il fut convenu que le camp serait évacué dans la nuit du 24 au 25.

 

Le soir du 24, « Bébé » s'occupa du déménagement du matériel et des marchandises avec plusieurs camarades. Il donna ses dernières instructions à son adjoint « David », âgé de vingt-huit ans, qui devait les rejoindre avec ses hommes à la Bergerie de M. Lépée, de Chevigny, de façon à franchir la route de Semur à Montbard avant quatre heures du matin. Cette prescription était formelle, et, cependant, David n'y obtempéra pas pour le malheur général. Fût-ce sciemment ? Nul ne le sait. En tout cas, les maquisards ne furent prêts à partir qu'à l'aube.

 

A peine en route, ils entendirent, tout prés d'eux, les voix gutturales des Allemands venus en force et comme toujours, escortés de Russes et de Miliciens. Retour en arrière, tentative de fuite dans une autre direction, en vain les F. F. I. cherchèrent-ils à sortir du guêpier où ils se trouvaient; la lutte était inutile. Désespéré, l'un d'eux « Coffino » qui s'était promis qu'on ne le capturerait jamais vivant, se tua d'une balle au cœur. Et peut-être cela valut-il mieux, car si treize de ses compagnons d'armes avaient cessé de vivre, abattus sans pitié, treize autres furent réunis dans un pré pour y être soumis à un interrogatoire.

 

Incitant à la délation, un officier posa cette question : « Qui est La Ratte ? Celui qui le désignera aura la vie sauve ».

Seul David répondit, montrant du doigt le jeune coutelier de la Haute-Marne qui portait ce pseudonyme et qui, au maquis depuis un an, s'était rapidement fait une solide réputation de « baroudeur ». Les Allemands commencèrent alors leur massacre. La Ratte s'écroula le premier, les autres maquisards suivirent, recevant chacun une rafale de mitraillette, à l'exception de deux d'entr'eux, « Jockey » et « Zorro » qui furent déportés à Dachau, et évidemment de David.

 

A l'endroit où les bourreaux torturèrent leurs victimes s'élève, aujourd'hui, une stèle commémorative ou l'on lit ces mots : « Ici ont été martyrisés le 25 mai 1944, par les barbares germaniques, vingt-trois maquisards du groupe Henri Bourgogne. Ils ont donné leur vie pour que vive la France ».

 

 

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Ces vingt trois Français sont :

 

Marcel Arnaud, 22 ans, de Sens ; Marcel Bartoli, 21 ans, de Seigny ; René Bernard, 22 ans, d'Arnay-le-Duc ; Roger Bertrand, 19 ans, des Laumes ; Jacques Bezou, 21 ans, d'Arnay-le-Duc ; Georges Charbonneau, 22 ans, de Vic-de-Chassenay ; Emile Chaussivert, 33 ans, de Ménétreux-le-Pitois ; Bernard Chevalier, 20 ans, de Sainte-Marie-sur-Ouche ; Henri Creusevault, 24 ans ; Jean Fayard, 19 ans, d'Alise-Sainte-Reine ; Maurice Girard, 21 ans, de Précy-sous-Thil ; Roger Gobert, 21 ans, de Paris ; Alphonse Hergott, 19 ans, de Moyeuvre-Grande ; Fernand Hervet, 33 ans, d'Orçay ; Henri Jaco, 21 ans, et Pierre Josserand, 20 ans, de Paris ; Marcel Lucotte, 20 ans, de Dijon ; Louis Madore, 34 ans, de Paris ; Jean Massy, 23 ans, de Cry ; Bernard Morizot, 25 ans, de Dijon ; Marcel Quiéreux, 18 ans, de Querzy ; José Rodriguez, 25 ans et Maurice Thouvenin, 22 ans, de Frainbois.

 

Les Boches, qui étaient commandés, pour ces crimes, par le Lieutenant de la Feldgendarmerie de Montbard, firent preuve d'un sadisme incroyable, tailladant les visages au point de les rendre absolument méconnaissables. Les cadavres furent en partie dévêtus et les soldats emportèrent portefeuilles, bagues et plaques matricules afin de conserver, sans doute, les trophées de leur tuerie !... Aussi, M. Chevalier, l'actuel instituteur de Genay, identifia-t-il seulement six corps avec certitude, le lendemain de ce terrible drame.

 

Ce que fut la douleur des F. F. I. du groupe Bourgogne personne mieux que lui ne le sut si bien exprimer :

 

« Tous en entrant au maquis, nous avions juré de tout faire pour libérer la France. Et malgré notre minable accoutrement, malgré nos vêtements déchirés, nos figures mal rasées, malgré notre vie précaire, nous savions fermement que nous avions raison. Tous, La Ratte, Coffino, Sidi. la Vague, Julot, Odette, Gamine, Tintin, le Barbu, ces ardents et francs camarades dont le souvenir restera à jamais gravé en nous, tous n'avaient qu'un idéal, en finir une fois pour toutes avec les Boches. Leurs noms s'inscrivent sur la liste des soldats d'Afrique et des soldats de tout le monde libre, morts au champ d'honneur. Eux s'accrochaient farouchement à ce sol de l’Auxois qu'ils s'étaient juré de libérer en premier lieu de leurs propres mains et aussi hélas ! de leur propre sang. De l'Auxois, ils rêvaient de s'élancer plus loin, en direction du Rhin, à la poursuite du Boche exécré, pour ne rentrer dans la douceur de la famille qu'avec la fierté légitime du devoir accompli. Ils n'ont pas connu, malheureusement, la joie tantôt fulgurante, tantôt hésitante, mais toujours décidée du soldat qui va de l'avant, ni la douce satisfaction du Français qui foule en conquérant les rues allemandes. Comme leur valeureux chef, Henri Camp, ils ne connurent que la pluie, la fatigue, la faim parfois, et toujours la crainte du gibier traqué. Une jeunesse des plus pénibles, une mort héroïque, mais discrète et brutale, tel fut leur lot ». (6).


Pour nous, Nivernais, le nom de Lantilly rejoint dans notre esprit celui de Chaumart. Ici, les défenseurs de l'amène Bourgogne, là, ceux de l'âpre Morvan, ont communié dans les mêmes souffrances et la même gloire.

 

Cette rude épreuve n'affaiblit pas la combativité du groupe Bourgogne. Il suffit, pour s'en rendre compte de reprendre son « journal de marche » de juin à août :

 

« 28 juin. — Coupure de la voie ferrée entre les Laumes et Pouillenay, pont inutilisable. — Sabotage près de Montbard (Saint-Rémy) de pylônes électriques et du câble téléphonique souterrain Paris-Marseille, etc... — Ramassage du cuivre collecté par l' « Etat » à Semur, Précy-sous-Thil, Marcigny et Epoisses.

 

— Sabotage des lignes téléphoniques Avallon Ravières, Avallon-Tonnerre, Avallon-Autun, Avallon-Dijon et des postes d'écoute.

 

« 3 juillet.—Détournement complet de quatre kilomètres de câbles d'une ligne téléphonique allemande à Savoisy.

 

« 6 juillet.—Installation du camp dans le bois de Genay.

 

« 7 juillet. — Parachutage à Montigny-sur-Armançon.

 

« 15 juillet. —Récupération de matériel allemand : essence, pneus, camions... à Rouvray.

 

« 17 juillet. — Destruction d'un dépôt allemand d'huile pour moteurs à La Roche-en-Brenil.

 

« 18 juillet — Sabotage des aiguillages des voies ferrées à Pouillenay ainsi qu'à la Maison-Dieu (bifurcation des lignes des Laumes et d'Autun).—Sabotage du pont de chemin de fer de Torcy-et-Pouligny et du câble souterrain Paris-Marseille près de la Roche-Vanneau.

 

« 21 juillet. — Coupure du pont du chemin de fer sur Suzerain entre les Laumes et Pouillenay.

 

« 26 juillet. — Destruction complète du pont du chemin de fer sur le canal de Bourgogne, à Chassey (ligne Avallon-Les Laumes).

 

« 29 juillet. — Attaque d'une voiture de liaison du groupe par un détachement ennemi à Villeneuve-sous-Charigny, à neuf kilomètres de Semur. Un Allemand tué, un F. T. blessé.

 

— Barrages sur les routes : La Roche Vanneau : trois camions détruits. un Boche tué, nombreux blessés ; La Roche-en-Brenil : sept Boches tués.

 

« Août. — Barrages quotidiens pour protéger le camp. Enlèvement des plaques indicatrices dans tout le secteur.

 

« 3 août. — Mort d'Henri Camp, en pleine bataille ».

 

* * *

 

Quelques mois plus tôt, le 9 mars, Henri Camp avait failli tomber à la merci de l'ennemi lors d'une rafle effectuée à Toutry et dans les localités avoisinantes. Il devait, à l'âge de quarante-deux ans, disparaître les armes à la main, à la tête de ses troupes, en cette funeste journée estivale où les Allemands lancèrent leur plus formidable attaque contre le maquis, installé dans le Bois de Saint-Loup, au sud-ouest de Genay. Ils étaient près de deux mille et les maquisards, à peine cent cinquante qui ne pouvaient compter que sur leur chance en attendant l'appui des camps morvandiaux qu'il fallait alerter au plus vite. Le salut viendrait de Montsauche... Les Boches n'auraient pas le dessus.

 

Tandis qu'un F. F. I., André Michelot (7) défiait la mort en passant à travers les vagues a]lemandes pour porter un pressant S. O. S., le Capitaine Bourgogne voulut assurer la défense du groupe de telle manière qu'elle lui permît de tenir Jusqu'à l'arrivée des renforts amis et d'entraver, par tous les moyens, la progression de la Wehrmacht. Asséner à celle-ci le plus de coups possible, contre-attaquer aux endroits favorables, mais ne pas céder un pouce de terrain pour éviter une dangereuse infiltration dans le bois ; en un mot, lui montrer qu'elle n'avait pas entrepris une partie de plaisir et que personne n'était hors d’haleine, paraissait sans doute, chose hasardeuse et téméraire, mais il n'y avait pas d'autre solution.

 

Donnant l'exemple, le Capitaine Bourgogne s'en fut en reconnaissance avec un groupe franc pour amorcer le combat avec les postes ennemis et les réduire.

 

Dans les champs, à deux cents mètres de l'orée du bois, le Capitaine et ses hommes furent gênés dans leur marche par le tir d'une arme automatique. A onze heures, juste au moment où ils s'apprêtaient à briser un poste allemand, une balle vint frapper mortellement celui qui avait été le premier résistant de l'Auxois et qui, sans relâche, avait mené une lutte pleine d'écueils, mais quand même victorieuse. Avec détresse, les F. F. I. constatèrent que leur chef avait expiré.

 

Ce fut grâce à son sacrifice et à celui de cinq camarades (8) que les maquisards décrochèrent, ayant fait le reste de la journée de grands ravages dans les rangs boches et tué un lieutenant

 

Le Commandant Jacques, adjoint d'Henri Bourgogne, prit la Direction du camp qui se reforma à Courcelles-Frémoy et dont les derniers faits marquants furent :

 

« 16 août. — Reddition de cinq soldats russes de l'armée allemande, de garde à Seigny.

« 20 août. — Exécution d'un Allemand armé, en civil, sur la route nationale 6, à La Roche-en-Brenil.

« 22 août. — Arrestation du Commandant Jacques aux Laumes.

« 25 août. — Attaque d'une auto ennemie à Torcy : un tué et un blessé.

« 27 août. — Evasion du Commandant Jacques, à Magny-Fauverney, à dix lçilomètres de Dijon.

« 29 août. — Déplacement du maquis à Champeau Beau.

« 30 août. — Capture de trente Allemands cantonnés à Molphey et de leur matériel.

« 1er septembre. — Escarmouche à Toutry : quatre Boches tué, un F. T. blessé.

« 5 septembre. — Barrage à Bierre-les-Semur — Attaque d'une colonne de quatre-vingt-dix hommes. Nombreux tués et blessés. Mort du Lieutenant Bernard, gendarme à Précy-sous-Thil.

« 8 septembre. — Reddition de cinq Polonais.

« 10 septembre. — Occupation de Semur.

« 15 septembre. — Capture d'un soldat à Maison de Paille.

« 24 septembre. — Incorporation du groupe à l'Armée à Joigny (Yonne).

_______

(1) Les affiliés dijonnais distribuèrent 20.000 tracts par mois, de septembre 1943 à mars 1944.

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(2) Message de septembre.—Il s'agit de Raymond Terrillon, mort à Buchenwald. Lire le livre de Jean

Puissant « La colline sans oiseaux » (14 mois à Buchenwald). Editions du Rond-Point.

 

(3) On se souvient peut-être de : Son âme est comme un lis glissé à sa ceinture (1er avion abattu dans l'Yonne, à Cussy-les-Forges, le 5 fevrier 1944) ; Voltaire a gagné les 6 jours ; La pédicure est chatouilleuse (juillet 1944) ; Jacques aura son régime de bananes. — Messages de renseignements et sabotages : Rien ne sert de courir ; Le fer à repasser a brûlé mon plastron, Il faut manger quand même ; Essayez les radis au chocolat ; Comme une banane sur une banquise, Plus fait douceur que violence ; J'effeuille le trèfle à 4 feuilles.

 

(4) Cinq pylônes à 23 h. 10, entre la Carrière R.. et Bierre

 

(5) Deux pylônes seulement à Montfort, coupés à 1 m. de hauteur, à 0 h. 35.

 

(6) Lettre adressée de Waltshute à M. le Maire de Lantilly.

 

(7) Boulanger à Torcy, Croix de Guerre 39 et 45. mort en 1946 à 32 ans.

 

(8) Raymond Charlot et Leon Chereau, âges de 20 ans, de Cussy-les-Forges ; Marc Damidaux, 18 ans, de Nuits-sur-Armancon Jules Martinelli, 31 ans, de Paris ; Bernard Rommelacre, 18 ans, de Reims.

29.12.2005

K. MAQUIS BAYARD

Le Maquis Bayard eut pour fondateur M. André Gobley, de Missery (Côte-d'Or).

 

Fait prisonnier à Lille, le 29 mai 1940, il fut conduit au stalag XVII-A de Vienne où il commença de résister en refusant tout travail. Ayant ensuite changé de camp, il prépara se première évasion qui fut périlleuse et où il essuya le feu des Allemands. Repris en Hollande et maltraité, il devait être transféré à Rawaruska, de sinistre mémoire. Aussi songea-t-il à une nouvelle fuite et le 15 août 1942, il arriva à Bourg-en-Bresse d'où il remonta sur la région de Saulieu.


En juin 1943, il s'occupa du placement des réfractaires au S. T. O. et, prenant contact avec Henri Bourgogne (1), le Capitaine Bernard et M. Naudin, en cacha au maquis nivernais de Saint-Brisson. Il allait rejoindre lui-même Saint Brisson quand ce maquis fut menacé d'une attaque ennemie (2). Il dut rester à Missery. Avec M. Naudin, il s'employa au recrutement des volontaires et réceptionna, le 5 février 1944, un premier parachutage d'armes. En mai, M. Gobley fit la connaissance du Capitaine Robert (Guiller), qui prit le commandement du groupe formé plus tard de cinq compagnies opérant dans quatre cantons : Précy-sous-Thil, Saulieu, Liernais et Arnay-le-Duc, débordant même sur la Saône-et-Loire et rassemblant plus d'un millier de F. F. I. La première compagnie eut pour base le bois de Mercueil, entre Thoisy-la-Berchère et La Motte-Ternant aux eonfins du Morvan, puis Villargoix (Thomirey) et le village de Chazel. Ce fut elle qui donna naissance à plusieurs « essaims » qui constituèrent les embryons de trois autres compagnies.

La seconde fut confiée au Lieutenant Christian (Gilger) rallié le 13 juin au Camp Bayard avec treize hommes du maquis de Champeau. Le 10 juillet, à l'extrémité sud-orientale du département de la Côte-d'Or, la Forêt de Vianges fut le refuge de cette deuxième unité composée, trois jours après, de cent vingt maquisards dont une section participa au défilé commémorant la Fête Nationale à Liernais.

 

Du 15 au 24 juillet, l'action de ces soldats se borna à des sabotages sur la voie ferrée entre Saulieu et Autun, au pont de la halte de Barnay, et aux Thélots où les aiguillages furent rendus inutilisables. En réalité, le camp fit ses premières armes d'une facon épique les 26 et 27 juillet. Peu de temps auparavant, le Sergent Mangematin, de Saulieu, parti du P. C. de Lamotte-Ternant pour se rendre au hameau voisin, avait été surpris par des Feldgendarmes qui l'avaient trouvé porteur de douilles de pistolet vides. Le maquis, n'ayant eu que trop tard connaissance de son arrestation, n'avait pu le délivrer, mais des renseignements ultérieurs lui étaient parvenus sur le lieu de sa détention. C'est pourquoi le Capitaine Roberte après avoir conféré avec ses trois commandant de Compagnie, leur avait ordonné de capturer quelques Allemands, si possible sous-officiers, afin de procéder à un échange de prisonniers. Ainsi prit corps le projet d'attaque du poste de guet installé par l'ennemi sur le « Bar » (Montagne de Bar-le-Régulier).

Le 26 juillet, le Lieutenant Christian, qui savait que trois hommes de ce poste s'étaient rendus, comme chaque semaine, en bicyclette à Autun pour y effectuer leur rapport, résolut de tendre une embuscade à leur retour, sur la route G. C. 4, près de Cordesse, avec un sous-officier et quatre hommes de la 2e Compagnie; l'Aspirant Dib Tahar, originaire de la Tunisie, et son chauffeur, — de la 1ère Compagnie —, en visite au camp de Vianges.

Vers quinze heures, les trois cyclistes revenant d'Autun furent « kidnappés » sans avoir le temps de réaliser ce qui leur advenait. Verts de peur, ils crurent que leur dernière heure avait sonné... Pourtant les « terroristes » étaient plus civilisés que la « correcte Wehrmacht » qui recourut aux méthodes favorites d'intimidation et de force pour récupérer ses prisonniers et ceux qui furent pris comme des rats les 27, 28 et 29 juillet.

La destruction totale du poste de Bar ayant été envisagée, le Lieutenant Christian se servit du gradé allemand le plus âgé, encore sous le coup de son aventure de la veille. Une ruse finit par convaincre celui-ci qu'il aurait tout avantage à faire accepter une reddition à ses camarades auxquels dix minutes de délibération seraient accordées. Si, après son entrée au poste, il ne revenait pas indiquer leur décision, positive ounégative, ses deux compagnons restés au camp en pâtiraient, car ils seraient exécutés. De plus, le fortin serait malgré tout rapidement anéanti, car de forts contingents de troupes appuyés par des mortiers lourds, des lance-flammes et des avions (!) pulvériseraient toute résistance...

 

 

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Le matin du 27, soixante F. F. I. se rendirent donc à Bar, plongé dans le brouillard. La situation ne pouvait mieux se présenter. Ayant laissé tous ses hommes à mi-hauteur, le Lieutenant Christia monta à cinquante mètres du poste et envoya le sous-officier tenir sa promesse.

Les occupants ne voulurent point capituler : « Nein ! Niemals ! » (Non ! Jamais !) mais, quelques minutes plus tard, cette réaction spontanée fit tout de même place à une acceptation unanime. Le maquis s'enrichissait de quatre nouveaux prisonniers, de leur matériel d'optique et de précieuses armes et munitions. Il était environ neuf heures quand une grosse déflagration transforma leurs installations en ruines.

Les 28 et 29 juillet, des opérations similaires furent engagées par les 1ère et 3e Compagnies à Marcigny et Dompierre-en-Morvan (au Lunet) portant ainsi à une vingtaine le total des captifs. Mais ce 29 juillet, les Boches exigèrent leur restitution et arrêtèrent les Maires de Bar-le-Régulier et Manlay. Dès le début de l'après-midi, le Lieutenant Christian fut averti qu'un groupe d'une trentaine de soldats venait d'arriver et se trouvait à la Mairie de Bar. Craignant d'autres arrestations, il convint de préparer une embuscade libératrice près de ce village, quand, se mettant en route, les maquisards apprirent le départ des soldats pour Manlay. Ils les accrochèrent au hameau de Menin-Thiroux, où l'officier commandant le détachement allemand était descendu pour téléphoner à la gare de Manlay, afin d'obtenir, de Beaune, des instructions complémentaires au sujet de la remise des prisonniers.

Des coups de feu claquèrent et les gardiens des otages du bourg rejoignirent Menin-Thiroux en toute hâte pour participer au combat qui persista pendant cinq heures, jusqu'à la chute du jour.

Les Allemands — qui étaient vingt-sept —, se barricadèrent dans la gare. ns envoyèrent une estafette motocycliste demander des renforts; ceux-ci leur parvinrent de Beaune, Dijon et Autun. Les cent vingt F. F. I. présents (3) se replièrent alors, non parce qu'ils y furent contraints, mais afin d'éviter une bataille nocturne. Selon certains, les pertes de la Wehrmacht furent d'une soixantaine de tués et blessés. Le maquis n'eut qu'un mort, le sédélocien Emile Burbeaud, plusieurs blessés légers et deux blessés graves, dont l'un ne rentra que le lendemain après avoir simulé la mort en dépit de nombreux coups de pieds reçus dans les côtes.

Les Allemands, relâchant les Maires de Bar et Manlay, les prévinrent que si les prisonniers n'étaient pas rendus le 1er août avant midi, leurs villages et ceux de Vianges et Marcheseuil situés également autour de la Montagne de Bar, seraient ravagés par le feu. Les autorités civiles, M. l'Abbé Viéaux, curé de Laroche-Saint-Cydroine (Yonne), venu à une fête de famille à Jonchery et bloqué par les événements, et M. l'Abbé Modot, Curé de Marcheseuil, tentèrent de concilier l'inconciliable entre les officiers ennemis et la Résistance. Une ombre sépara les Français, les uns ne songeant qu'à la perte de leurs biens et incriminant les maquisards de nuire à l'occupant pour amener de terribles représailles, les autres ne songeant avant tout qu'à la lutte, tout en cherchant à éviter ces représailles dont il serait cruel et profondément injuste de leur tenir rigueur.

 

 

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En la circonstance, il eut été possible de faire un échange de prisonniers, conformément au désir manifesté par le groupe Bayard. Or, se refusant à toute concession, la Wehrmacht braqua son artillerie sur Manlay (4) qu'elle arrosa, ainsi que Menin-Thiroux, d'une centaine d'obus de gros calibre.

Soixante-douze maisons (huit avaient auparavant été incendiées à Menin-Thiroux le 29 juillet) s'écroulèrent ou furent endommagées pour la gloire de l'armée du Reich. L'église (ancien château, vestiges des XIIe et XIVe siècles), reçut elle-même une dizaine d'obus de 105 qui tombèrent surtout sur le clocher et la toiture, criblant d'éclats les murs, l'autel et les vitraux.

Pour cette fois, les dégâts étaient limités, mais à l'avenir, si les « terroristes » s'obstinaient à conserver les prisonniers, on ferait beaucoup mieux... Un village serait rasé pour chaque prisonnier et sans aucun avertissement afin de tuer les gens chez eux. Ceux-ci voulaient-ils une boucherie ?...

Le ton de ce langage se haussa encore le lendemain à Autun, lorsqu'un officier, bien que sachant les maquisards disposés à livrer les hommes réclamés, tout en tentant leur dernière chance pour obtenir, en contrepartie? la vie saine et sauve de dix-neuf Français, déclara à M. l'Abbé Viéaux que tous les pays de la région seraient bombardés (au besoin quatre villages par captif retenu).

             
             
           
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Le 3 août, avant de reconduire ses prisonniers qui avaient été bien traités, le Lieutenant Christian leur montra l’état de Manlay. Pleurant de honte un sous-offcier s’exclama : « Un jour viendra où le peuple allemand devra payer de tels forfaits ».

Il nous faudrait de nombreuses pages pour conter en détail tous les exploits du Groupe bayard, ce qui n’est évidemment pas possible dans le cadre étroit de cet ouvrage. Le lecteur qui désirera d’intéressantes précisions pourra consulter le livre du Docteur Pardon : « Notre Maquis » (5). Nous ajouterons toutefois quelques notes sur la 5e Compagnie qui, formée par le Lieutenant Arnold (Arnol) se « colla » aux précédentes.

En 1942, cet officier avait « touché » l’un des principaux chefs de l’Armée Secrète et, à l’origine, l’Arnétois devait être, dès 1943, un repaire de maquisards. Si on n’y créa aucun camp dans la période antérieure au débarquement, ce fut pour permettre aux résistants pourchassés par l’ennemi de se retirer en sureté à Arnay-le-Duc. De plus, on était obligé de compter avec les difficultés de l’armement. Le Bureau des Opérations aériennes de Santenay-les-Bains pourvut la Compagnie du strict nécessaire.

L’emplacement choisi pour le maquis fut le bois de Bessay, à l'extrémité du massif sylvestre

morvandiau qui déborde vers Magnien où il atteint quatre cent vingt-trois mètres d'altitude (La Châ). Une vingtaine d'hommes s'y concentrèrent. Renforcés quotidiennement par des recrues, leur nombre se trouva décuplé les premiers jours d'août et de sérieuses actions, préparées par un prompt entraînement, purent être entreprises. Une occasion leur fut offerte de saboter les transports des fournitures de guerre; mettant leurs nerfs et leur réflexes à l'épreuve, ils ne la laissèrent pas s'échapper.

Ecoutez plutôt le Lieutenant Arnold : « Le 15 août, nous apprîmes, par des agents que nous avions dans la région, qu'un train de charbon et de bauxite se dirigeant sur Mannheim, stationnait en gare de Thury (ligne d'Epinac aux Laumes). Armés de mitraillettes et ayant emporté une provision de « plastique » nous nous rendîmes à la tombée de la nuit à Thury, où un détachement précurseur nous avertit que tout était pour le mieux, le convoi ne semblant pas gardé. « Nous entrâmes donc dans la gare, vide de son personnel, et réveillâmes son chef qui nous donna aussitôt les papiers concernant le contenu des wagons. Quelques-uns d'entre nous en déplombèrent les portes.

« Les renseignements étaient exacts, et les produits trouvés, d'une grande utilité aux Boches. Nous chargeâmes le charbon dont nous avions besoin pour nos gazogènes et décidâmes d'immobiliser le train.

« La charge d'explosif fut fourrée sous la chaudière de la locomotive, à proximité du foyer, le détonateur adapté et la mèche allumée... Nous prîmes le large. Dans sa précipitation, un camarade demeura suspendu à une barre de métal par la ceinture de sa canadienne, aux flancs

de la machine. Il rétablit vite sa mauvaise posture d'un coup de couteau libérateur !...

« Nous nous réfugiames derrière un mur de briques. Une explosion... un épais nuage... et nous fûmes poudrés de noir.

« Nous avions fait beaucoup de bruit, mais avions-nous accompli de la bonne besogne ? Nous y regardâmes de plus près pour constater avec satisfaction que « pour du bon travail, c'était du bon travail ».

« L'ordre de départ fut donné, lorsque devant nous des lampes électriques s'allumèrent et nous éblouirent. Des mitraillettes miroitèrent... Nous plaquant contre les wagons, nous étions prêts à la riposte... quand, par présence d'esprit, nos visiteurs nous donnèrent le code grâce auquel les maquis se reconnaissaient entre eux la nuit. C'étaient des camarades de Saône-et-Loire, portant le brassard des F. F. I. Nous devisâmes quelque peu, puis reprîmes chacun notre itinéraire de retour, en songeant aux actions futures ».

De ces « actions futures », nous retiendrons : le sabotage de la voie ferrée à Barnay (nuit du 17 au 18 août), qui interrompit définitivement tout trafic sur la ligne d'Autun, la récupération de près de six mille musettes à La Garenne-Epinac (25 août); les opérations consécutives aux barrages élevés sur la route d'Autun à Arnay-le-Duc, l'un au lieudit Bois de la Grange entre Sivry et Viscolon, et l'autre aux Rios, entre Fontaine et Voudenay-le-Château.

Le 26 août, un camion de six tonnes, monté par environ trente-cinq S. S., fut attaqué au fusil-mitrailleur et à la mitraillette par le premier de ces barrages. Engagement relativement bref. L'ennemi essaya de parer le choc en faisant usage de ses mitrailleuses, mais fut réduit à la fuite en longeant le Gué. Il eut un minimum de dix-huit morts et laissa quatre prisonniers.

Le 6 septembre, après la capture d'un camion de munitions au cours de laquelle six Allemands furent tués, une puissante colonne blindée, évaluée à trois mille hommes vint buter devant le barrage de la Grange. Sous les salves d’autos-mitrailleuses, le camp, fortement menacé, dut effectuer un décrochage et se protéger par des mines, tout en utilisant toutes ses armes. Pour finir, — ayant incendié la grange de M. Regnault, aubergiste à Sivry —, les Boches qui s'étaient rassemblés au barrage, se replièrent sur Autun (d'où ils se portèrent le lendemain vers Nolay, suivis en cela par l'aviation alliée qui les mitrailla). Deux F. F. I., Camille Bouley, de Maizières et Maurice Perriaud, de Saint-Prix (Saône-et-Loire), tombèrent mortellement blessés dans ce combat dont la violence n'eut d'égale que celle qui se déchaîna dans la nuit du 6 au 7.

La lutte fut entamée, cette fois, contre un convoi hippomobile dont les forces équivalaient à la moitié de celles de la colonne précédente. Elle dura de vingt-deux heures à trois heures du matin. Les Allemands eurent encore des pertes très sévères au prix desquelles ils enfoncèrent les deux barrages. Ils volèrent deux chevaux, un tombereau et quatre bicyclettes dans les fermes bordant la route de Voudenay.

Le 7, d'autres éléments cantonnèrent à Voudenay-le-Château pour n'en repartir que le 8. Ils arrêtèrent le maquisard Marcel Grillot, envoyé en mission, et dix civils du pays dont une jeune fille. Toutes ces personnes furent pourtant relâchées, sauf Marcel Grillot qui reçut une balle dans la nuque dans une écurie du Château, bien que l'ennemi n'eût pu lui faire avouer qu'il appartenait à la Résistance.

Le 9 septembre, les unités du groupe Bayard entrèrent à Dijon. Les hommes du Lieutenant Arnold qui s'engagèrent au sein du 1er Régiment de Bourgogne à poursuivre le combat jusqu'au delà des rives du Rhin, fusionnèrent avec leurs camarades de la Compagnie René Laforge, commandée par le Lieutenant-Médecin Jean Nasica, d'Arnay-le-Duc, dont la conduite fut exemplaire sur le front d'Alsace. C'est là que, venant d'être élevé au grade de Capitaine et ayant cent fois défié la mort, il fut tué lors de la libération de Bourbach-le-Bas.

Nous ne saurions passer sous silence le rôle des soldats « clandestins » du Lieutenant Nasica, qui s'était adjoint le Lieutenant de Chabot, officier d'active. Ils comptent à leur palmarès un fructueux « nettoyage » à Sainte-Marie-sur-Ouche, à trente kilomètres de Dijon, où ils firent trente-quatre prisonniers.

Au début de l'après-midi du 9 septembre, cinq cents Allemands se trouvaient au village quand le Lieutenant Nasica et neuf F. F. I. arrivèrent en camionnette et jetèrent le désarroi parmi eux.

Ayant mis le feu à une maison, la Wehrmacht empêcha l'extinction de l'incendie en utilisant un canon de 20 m/m. et tua un homme en tirant dans les volets des autres immeubles.

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(1) Cf. plus loin : Maquis Bourgogne.

(2) Voir : Maquis Bernard.

(3) Il y en avait une quarantaine de la 1ère Compagnie avec l'aspirant Tahar.

(4) Editions du Petit Mantais.

J. DE BEAUBERY A VILLEFRANCHE-SUR-SAONE

« Le nom du Commandant Ziegel demeurera dans la région du Charollais comme celui d'un des pionniers de la Résistance ». Ainsi s'est exprimé le Colonel Viat, Commandant la région du Morvan (Nièvre, Saône-et-Loire, Yonne, Côte-d-Or).

En effet, le Commandant Ziegel (Olivier, dit Claude), fut l'un des fondateurs du premier maquis de Saône-et-Loire.

Beaubery est un village que l'on rencontre sur la route de Saint-Bonnet-de-Joux à La Clayette, à une dizaine de kilomètres de Charolles, aux limites du Brionnais et des hauteurs du Charollais qui y atteignent cinq à six cents mètres (Mont Botey). C'est ce pays que le Commandant Ziegel, avec quelques officiers de l'ancien 5e Dragons de Mâcon, choisit pour préparer la libération.

Le Commandant de Bellecombe et M. Pagenel, architecte à Cormatin, dont nous avons retracé l'héroïque et effroyable fin, M. Lucien Guillou, boulanger, à Beaubery, qui paya lui aussi de sa vie son dévouement à la cause de la Résistance, comme l'Adjudant Chef Meyer (Robin) et André Gaudillat, furent avec M. Maurice Trichard, ses compagnons de lutte.

Beaubery apparaissait comme devant être le pôle d'attraction des réfractaires de plusieurs grandes villes et centres importants : au nord, Montceau-les-Mines, à l'ouest, Mâcon, au sud, Roanne et Lyon. De plus, ce pays se trouvait au milieu d'une région favorisée au point de vue alimentaire (élevage, viticulture), boisée, facile à défendre et favorable à l'attaque, puisque permettant, dans le secteur immédiat, de contrôler et de couper les voies ferrées qui dessinent une sorte de losange autour de lui (dont la ligne de Lyon).

Dès juillet 1943, le maquis comptait un effectif de cent cinquante hommes, pour moitié dispersés dans les environs et pour moitié installés au hameau de Givry (à deux kilomètres au nord-ouest du bourg) où une ferme était inhabitée. Afin de former des officiers subalternes, le Capitaine Claude projeta la création d'un maquis de cadres qui fut placé sous son commandement, les autres groupes restant sous celui de « Dédé » Gaudillat et de Jules Gireaud.

Ce maquis de cadres fut établi à la ferme de Pierres qui donne son nom à l'un des affluents de l'Arconce. Vingt-cinq, puis cinquante hommes y subirent un entraînement spécial, ne disposant que d'un très piètre armement (mousquetons pris aux postes de D. C. A. dissous, un pistolet modèle de 1892). Malgré tout, à force de recherches le petit stock constitué s'augmenta de deux F.-M. de l'Armée de 1940 et de plusieurs fusils de 1914. En août, un parachutage apporta quelques mitraillettes, un F.-M. Brenn, deux grenades Gammon, etc...

Approvisionnement en munitions et équipements, tels furent, ici comme ailleurs, les problèmes qui se posèrent de prime abord. Comme nous l'explique le Commandant Ziegel, « les hommes avaient rejoint le maquis généralement après avoir dû fuir en toute hâte de chez eux, avec fort peu de bagages, la plupart, jeunes ouvriers déjà mal équipés par suite des restrictions de la guerre, arrivaient avec des habits très usés et de mauvaise qualité. Très vite, à dormir dans la paille, à faire l’exercice ou les corvées dans les clairières et les bois, ils devenaient en haillons. Il n'y avait qu'une seule ressource pour économiser le linge : vivre nus et les paysans voisins du maquis regardaient de loin, avec quelque étonnement, cette bande de jeunes sauvages vêtus d'un slip ou d'un petit caleçon, pieds nus ou chaussés de sabots, accomplir des exercices à travers les prés et les taillis, ou, assis en rond autour de leur chef, écouter une séance de théorie... »

Dénués de tout, les maquisards songèrent à s'adresser aux magasins d'habillement des Chantiers de Jeunesse de Cormatin, situés à trente kilomètres. Pour leur bonheur leur « cambriolage » réussit, mais pour leur malheur, cet événement fut trop ébruité et son retentissement vint aux oreilles des Allemands qui considérèrent Beaubery comme un centre de résistance à terrasser le plus rapidement possible.

Pour mieux comprendre la partie qui se joua alors, « ressuscitons » un instant le passé.

C'est aujourd'hui le 11 novembre 1943. — Depuis octobre, où il groupait deux cent cinquante hommes, le Maquis de Beaubery a été organisé pour devenir uniquement un maquis d'où sortiront les cadres utiles lors de l'insurrection générale du département ou des régions voisines. Il comprend deux formations, l'une à Combrenod, grossie par les ouvriers jusque-là placés dans les fermes, et l'autre à Villars, entre Beaubery et Montmelard. C'est dans ce dernier bourg que le Capitaine Claude, décide, avec ses troupes, de rendre les honneurs à nos Morts de 1914-18 et de défiler en armes, drapeau en tête. Tandis qu'il dépose une gerbe au pied du monument, voici qu'un agent de liaison apporte une mauvaise nouvelle : quatre cents Allemands environ montés dans douze camions, sont partis tout à l'heure de Mâcon pour attaquer les camps (1).

Avertis donc de l'imminence d'un encerclement, les maquisards vont prendre leurs dispositions de combat. Cinquante hommes se trouvent à Villars, à deux kilomètres du gros des troupes, et ignorent tout des événements. Le Capitaine Claude leur envoie un détachement de sept hommes pour les faire se replier à temps vers lui. Trop tard. Les Allemands arrivent déjà sur les lieux et ouvrent le feu sur eux. Il est environ douze heures.

Bien renseignés sur les positions de Villars qu'ils contournent par le sud, les Boches engagent une bataille sérieuse. Les maquisards amorcent une retraite vers le nord, tandis que le détachement, qui avait pour mission d'entrer en contact avec eux, tombe dans les filets de l'ennemi en plein bois, et entame une lutte sans espoir. Les Allemands le déciment, tuant quatre hommes (2) en blessant deux et faisant le septième prisonnier.

Puis ils s'avancent sur Combrenod, croyant gagner promptement la partie. Mais là, ils se heurtent à une défense qui s'avère efficace, en dépit d'une infériorité numérique et matérielle, car les assiégés sont quatre-vingt-dix et les assaillants quatre cent cinquante. A dix-neuf heures, ils sont forcés de desserrer leur étau et se retirent en emmenant sept otages. La victoire a souri à la Résistance, qui bien qu'inexpérimentée a montré de solides qualités militaires et un inébranlable courage. Vingt-sept hommes de l'orgueilleuse Wehrmacht sont morts : « Nous croyions, dira le Général allemand de Mâcon, trouver des bandits, nous avons trouvé des soldats. »

A la nuit, les maquisards après avoir, faiblement éclairés par une bougie, inhumé ceux des leurs qui ont succombé (3), quittent leurs cantonnements pour se diriger vers Gibles, au sud-ouest de Montmelard, en attendant d'être transportés en camion vers les carrières de Sylla, à trente cinq kilomètres plus au nord.

13 novembre. — Le plan établi à cet effet, entre le Capitaine Claude et Robin, n'est pas exécuté et pour cause ! La police allemande a fait une « enquête » à Beaubery et arrété Robin, qui devait trouver le camion, M. Guillou et un maquisard.

14 novembre. — C'est l'heure du déjeuner. Le Capitaine Claude se demande avec anxiété pour quelle raison son ami n'est pas venu, car personne n'a pu encore le joindre pour lui apprendre la fatale nouvelle. Soudain, le silence est troublé par des bruits de moteurs. Ce sont les Allemands qui ont monté une deuxième expédition. Encore deux kilomètres et ils se déploieront autour des Français. Il faut prendre les devants et s'enfoncer dans la montagne, d'autant plus que les munitions sont maigres (sept cartouches par fusil). Le salut est dans la fuite. Oui, mais le maquis est encerclé... par six cent cinquante Boches qui possèdent quatre canons et tirent à la mitrailleuse... Situation critique. Néanmoins, sous la neige tourbillonnante tous les maquisards, sauf douze, dont six appartiennent à l'arrière-garde, s'échapperont de justesse. Les Boches auront deux tués et un blessé et ils brûleront une ferme.

Telles sont succinctement narrées, les diverses phases qui mirent fin au Maquis de Beaubery dont les hommes demeurèrent dispersés jusqu'au printemps. Une partie d'entre eux, sous le commandement de Jules Gireaud et de « Guillaume » passa dans l'Ain, au nord-ouest de Mâcon. « Guillaume » n'est autre que le Sous-Préfet de Chalon-sur-Saone, M. Claude Rochat, brillant lieutenant qui, venu des maquis de la Loire et de l'Isère, organisa les camps de la Forêt des Buis et du Mont Saint-Romain, près de Cruzille, dans le nord du massif mâconnais.

Le 1er février 1944, les F. F. I. arrêtés à la suite des combats de Beaubery-Montmelard furent exécutés par les Allemands. Quelques lettres de l'une des victimes, Jean Santo-Pietro, âgé de vingt deux ans et demeurant à Pierre Bénite, près de Lyon, nous ont été communiquées par sa famille éplorée. Les voici, émouvantes dans leur simplicité :

9-12-43.

« Chers Parents,

« Je suis prisonnier depuis 14 novembre - Santé excellente - très bon moral.

« Envoyez-moi par Croix-Rouge vieux pardessus - linge toilette - Portez paquet Place Antonin-Poncet avec étiquette :

Jean Santo - Fort Montluc
Cellule 80

« Pense à vous et à Clarinette.
« Vous embrasse - Espérez

P.-S. — Pas de nourriture dans colis. Au cas contraire je serai puni très sévèrement - Morceau savon S. V. P. - Un peigne.

« Jean ».

___________

21-12-43

« Chers Parents,

« J'ai reçu votre colis - Très bien - Je suis en très bonne santé - Ayez confiance - Je vous embrasse tendrement - Courage - Espérez mon retour - Bonjour à tous.

« Votre fils,

« Jean ».

___________

« Montluc le 1er février 1944.

« Chère Maman, Cher Papa,

« Lorsque vous recevrez cette lettre, je serai déjà fusillé. Le Tribunal m'a condamné à mort le 15 janvier.

« Mes derniers jours se sont passés à préparer ma mort. Il est maintenant une heure, à quatre heures nous serons exécutés (4).

« Je quitte la terre sans haine et avec le seul regret de ne pas vous avoir en ce moment. Un prêtre catholique est près de nous. Je vais mourir en chrétien, je vais me confesser et assister à une messe juste avant l'exécution. Avec mes camarades, nous avons décidé de ne pas nous faire bander les yeux. Dans quelques heures je ne serai plus là, et pourtant je me sens calme, prêt à mourir bravement.

« Mes Chers Parents, ne regrettez rien, ce qui m'arrive, Dieu l'a voulu, il a permis que je prépare ma mort.

« Avant cette mort qui doit tous nous prendre tôt ou tard, je vous adresse mes plus chères pensées.

« Votre fils,

« Jean ».

___________


« Ma Chère Marinette,

« Comme je l'attendais depuis quinze jours, l'heure de mon exécution approche.

« Je pars ne regrettant rien de ce que j'ai fait; j'ai cru faire mon devoir, les Allemands croient faire le leur. Je pars sans haine te rendant la parole que tu m'avais donnée, tu vivras pour un autre époux.

« Ne m'oublie pas dans tes prières.

« Adieu.

« Jean ».

 

Les yeux se mouillent à la lecture de ces lignes semblables à celles que tracèrent Lucien Guillou, Philibert Morel, de Reyssouze et leurs compagnons : Clovis Bernard, de Lyon; Claudius Deschamps de Corcelle-en-Beaujolais; Edouard Falaize, du Bois d'Arcy (Seine-et-Oise); Jean Gardenet, de Mâcon; Georges Genevois, de Parayle-Monial; Jean Lathuillère, de Collonges-Mont d'Or; Lucien et Michel Mazaud, de Lyon; Paul Meyer (Robin), de Metz; Bruno Quinchez, de Lyon; Marcel Renard, de Mâcon; René Richard, de Levallois (Seine) et Antoine Trivino, de Vénissieux.

 

* * *

 

La dislocation du maquis trompa l'ennemi qui crut l'avoir totalement annihilé. En réalité, la constitution de nouveaux foyers de résistance et d'instruction se poursuivirent dans l'ombre. Cinq compagnies se partagèrent le Brionnais (Charolles, La Clayette), la pointe méridionale des Monts du Charollais (Beaubery-Matour) et le nord du département du Rhône (Saint-Igny-de-Vers, borne du massif du Beaujolais) (5).

Le 6 juin 1944 toutes ces compagnies formaient un bloc de deux cent quatre-vingts hommes. Elles opérèrent, autant qu'il était possible et selon les instructions du Plan Vert, des coupures et des arrêts dans le trafic routier et ferroviaire. En particulier du 8 au 30 juin, la ligne Lyon-Paray-le-Monial ne put fonctionner que quatre jours et aucun convoi militaire n'y circula : Lamure-sur-Azergues, Chauffailles, Chassigny, Dyo furent les points essentiels sabotés, ainsi que le tunnel de Poule-Belleroche, au sud de l'imposante montagne du Saint-Rigaud.

En dehors de ces actions, deux violents engagements se produisirent contre des camions vers Charolles et Trambly. Les Boches eurent de lourdes pertes (vingt-cinq tués environ ), mais les maquisards comptèrent cinq morts de leur côté. A La Clayette et à Suin, les postes ennemis furent attaqués avec succès. Le poste de guet de Suin, notamment, se rendit le 11 juin et la tour d'observation allemande fut incendiée le lendemain.

A la suite de ces déboires, l'ennemi réagit à sa manière. C'est ainsi que le 17 juin, a quinze heures, trois voitures légères gravirent la montagne de Suin par un chemin où aucune autre voiture n'était jamais passée. Douze civils en descendirent et se rendirent chez M. Crétenet, Maire du village, âgé de soixante-trois ans. Ils eurent avec lui un long entretien en se faisant passer pour des membres de la Résistance. A seize heures trente, l'un d'eux tendit un papier à M. Crétenet. Cinq minutes étaient accordées à Mme Crétenet pour sortir son mobilier de chez elle. Celle-ci vit flamber sa maison tandis que son mari était lâchement abattu d'une rafale de mitraillette près du mur de soutènement de l'église, sur lequel la Gestapo avait écrit : « Le Maire fusillé en raison du crime du 11 juin 1944 ».

Au Château de Rambuteau, à trois kilomètres de Bois-Sainte-Marie, les Allemands employèrent la même tactique hypocrite. Au nombre d'une quarantaine, ils déclarèrent qu'ils appartenaient à un maquis d'étrangers. Ils demandèrent à manger et pique-niquèrent sur les pelouses durant tout l'après-midi, se renseignant sur les F. F. l. et espérant l'arrivée du Capitaine Claude afin de le prendre dans leur piège. Ce fut seulement en fin de journée qu'ils déclinèrent leur véritable identité et indiquèrent le motif de leur visite. Toute la famille de M. de Rambuteau fut déportée en Allemagne et ce dernier mourut au bagne de Buchenwald.

 

 

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A Saint-Bonnet-de-Joux, les Boches mirent le feu à plusieurs maisons. A Charolles, ils tuèrent M. Myard, commis de M. Lapalus, garagiste.

Ce ne fut pas tout.

A Saint-Igny, le 19 juin, ils se transportèrent au Château de Vers, appartenant à M. Jacques du Sordet, chef du maquis du pays, et parvinrent à arrêter l'un de ses fils, Raoul, âgé de vingt-six ans, sorti aspirant de Saint-Maixent, fait prisonnier en 1940 et libéré en 1942. Sa mort tragique, après des tortures subies à Paray-le-Monial, en a fait l'un de nos plus purs héros (6). Si sa famille n'a pas connu le même sort, c'est parce que la Gestapo reçut un accueil qu'elle n'escomptait pas.

Le Capitaine Claude était descendu à Vers pour y conférer avec M. du Sordet au sujet de diverses mesures à prendre, et il examinait uu dépôt d'armes caché dans une scierie voisine lorsqu il fut prévenu avec ses amis de la visite inopinée des nazis. Conscients de la gravité de la situation et gardant leur sang-froid, ils échangèrent tous de nombreux coups de feu dans le parc.

Rançon des premiers heurts avec l'occupant, ces exécutions avivèrent l'esprit de la résistance à outrance. Partout les maquisards se multiplièrent, devenant une véritable légion. Le Capitaine Claude s'occupa activement de leur instruction a l'ancien maquis de Pierres :

« Tous les soldats du bataillon devaient obligatoirement y suivre un stage de cinq jours sous la direction de leurs officiers et instructeurs permanents. En même temps une sélection très sévère, médicale et militaire, y était effectuée. Ce stage paraîtra bien court, mais l'ardeur de chacun était telle qu'on réussissait en un aussi bref délai à apprendre à tous les jeunes gens à marcher au pas et a leur faire connaître l'école du soldat, le montage et le démontage des armes d'infanterie françaises et anglaises, voire allemandes : fusils fusils-mitrailleurs, mitraillettes, mitrailleuses, pistolets, lance-fusées antichars, grenades ». Huit cents hommes passèrent ainsi dans ce centre et dans celui de La Clayette.

Beaucoup rentrèrent chez eux, faute de pouvoir être armés convenablement. Sur les cent vingt tonnes de matériel que les trente-six « Liberator » lancèrent le 14 juillet sur le terrain de Mont, trente tonnes furent allouées au Bataillon Claude. Cependant, cela n'assura pas un équipement complet puisque fin août, après la contre-offensive de Cluny où le Capitaine Claude n'eut qu'un blessé léger, quatre cents F. F. I. seulement étaient en mesure d'accrocher l'ennemi. Ils accentuèrent néanmoins leur pression sur les voies de communication utilisées par l'Armée Allemande refoulée du Midi.

Postées au principaux cols des « Alpes mâconnaises » (sept à huit cents mètres), à la Mère Boitier, au village « glacial » de la Sibérie, à proximité de Cenves, et en Beaujolais vers le Col du Fût d'Avenas, les cinq compagnies du Maquis se rapprochèrent de leurs objectifs et campèrent aux portes du grand vignoble bourguignon, dans les communes aux noms évocateurs de liquides sacrés princes des crus : Chaintré, Pouilly-Fuissé, Juliénas...; à La Patte d'Oie et à Loché.

Préalablement habillées de pied en cap avec des uniformes de l'Armée Française en dépôt à Roanne, alors récemment évacué par les Allemands qui les y avaient laissés, et où trois cents hommes s'étaient provisoirement portés dans la nuit du 21 au 22 août en renfort des unités locales de la Résistance, devenues maîtresses de la ville, les troupes du bataillon harcelèrent la Wehrmacht qui, en raison de leur tenue, semblait les considérer comme des éléments parachutés. Elles l'inquiétèrent tant sur la voie ferrée entre Mâcon et Belleville, où circulait en permanence un train blindé, que sur la route Paris-Nice, dans les mêmes parages, le long et à l'ouest de la ligne; s'en prenant aux convois protégés par les postes de Vinzelles et de Crêches-sur-Saône qui ripostaient aux ernbuscades maquisardes. Du talus du chemin de fer, les F. F. I. déchargeaient leurs rafales de fusil-mitrailleur et les torpilles de leurs bazookas sur les véhicules qui se présentaient à leur vue, montrant un courage au-dessus de tout éloge. Nous n'en voulons pour preuve que les faits suivants :

 

Le 26, la journée avait été fertile en accidents désagréables pour les Allemands : rails coupés à Romanèche, colonnes malmenées à Créches, Pontanevaux et Varennes-les-Mâcon; l'ennemi pouvait, à dix-neuf heures, compter dans ses rangs une centaine de soldats hors de combat. C'est alors que la section de l'Adjudant-Chef Dumont, de la Compagnie de Beaubery, voulut tenter un nouveau coup aux abords de Vinzelles et s'avança à une trentaine de mètres de la route nationale. Brusquement, elle se trouva sous le feu d'un fort contingent qui l'attaqua au canon et à la mitrailleuse. Envoyés pour assurer le nettoyage du secteur et renforcer leurs défenses qui s'étaient avérées précaires, les Boches encerclèrent et pilonnèrent les F. F. I. qui se dégagèrent difficilement. L'Adjudant Dumont fut tué, ainsi que le maquisard Louis Grosjean. Celui-ci conserva dans sa retraite, et jusqu'à ce qu'il fut à bout de souffle, le piat anti-char dont il était porteur, afin qu'il ne tombât point entre les mains alIemandes. Le lendemain, on découvrit, non loin de son cadavre, le piat caché dans un buisson.

 

Un autre maquisard, Joseph Laronze, s'illustra lui aussi. Bien que blessé à la vessie et au ventre, il se traîna pendant cinq cents mètres avec son fusil-mitrailleur que ses camarades ramassèrent en venant le sauver de la mort.

 

Pendant une semaine, de semblables opérations se succédèrent. Le 29 septembre, le Bataillon ayant reçu enfin le complément d'armes et de munitions qui lui manquait, descendit à Villefranche-sur-Saône pour se joindre aux avants-gardes de l'Armée du Général de Lattre de Tassigny, conformément aux ordres de l'Etat-Major de Saône-et-Loire.

 

Parti à vingt et une heures, le gros des effectifs arriva vers minuit dans la région du Bois d'Oingt, à Ville-sur-J arnioux et à Cogny, après un long parcours à travers la montagne beaujolaise. Dans l'après-midi le contact avait déjà été établi avec la Ire Division Blindée Française.

 

Le 3 septembre au matin, le Capitaine Claude disposait de trois cents hommes environ pour coopérer à la libération de Villefranche avec un détachement des 5e et 8e Chasseurs d'Afrique, commandé par le fils du Général Giraud, détachement fort seulement d'une centaine de soldats et comprenant quelques tanks, auto-mitrailleuses et Jeeps.

Tôt dans la matinée, l'escadron du Capitaine Giraud, qui se rendit maître du pont sur la Saône, déboucha dans la ville où les allemands mirent en batterie des canons de 77 anti-chars. Entre dix heures trente et onze heures, les F. F. I. firent à leur tour mouvement sur le centre de Villefranche pour appuyer les troupes régulières dans leur poussée. Vers douze heures trente, ils entrèrent en liaison avec le « Combat Command » du Capitaine Giraud à l'Hôtel de Ville.

La 4e Compagnie eut pour mission de déloger la Wehrmacht des rues centrales et de s'assurer la possession du pont du chemin de fer de la route de Jassans. Une importante contre-attaque au mortier et au canon de 27, grâce à laquelle les Allemands espéraient s'infiltrer dans les défenses françaises, fut bloquée à quinze heures trente par la section du Lieutenant Duban dont la victoire fut très nette. Deux cent cinquante prisonniers furent capturés au cours de la journée.

Les 1ère, 2e et 3e Compagnies entreprirent de broyer les nids de résistance du quartier du Collège de Montgré, du stade et du cimetière. Au bout d'une demi-heure d'offensive, les éléments retranchés au Collège se rendirent. Quant au stade, il fut occupé à quatorze heures quarante-cinq après un engagement décisif soutenu, du côté français, par trois autos-mitrailleuses venues :

1°) par la route de Montgré au pont d'Ouilly;

2°) par celle du cimetière;

3°) par un chemin conduisant à l'entrée dudit stade.

La zone du cimetière ne put être entièrement débarrassée de l'ennemi qu'en fin d'après-midi.

La lutte fut également âpre au sud de Villefranche, sur la route d'Anse, où diverses colonnes furent stoppées par la 3e Compagnie : un convoi de deux camions à douze heures, un détachement cycliste à treize heures, et deux autres convois à treize et quinze heures.

A dix-huit heures trente la capitulation générale des Boches devint effective. Le Bataillon du Charollais avait rempli sa tâche avec cran, dénombrant pour sa part, dix-huit cents prisonniers sur un total de deux mille quatre cents (dont quarante-trois officiers), et cinquante-trois tués, sans avoir eu lui-même de perte.

Les F. F. I. furent chaudement félicités par le Capitaine Giraud qui déclara à son supérieur, le Colonel Kientz : « Ils nous ont sauvé la vie. Sans eux nous aurions été fichus dehors ».

L'épopée du premier maquis de Saône-et-Loire et de ses chefs (7) était terminée. De nouvelles victoires attendaient ses soldats dans les Vosges et en Alsace.

_________

(1) De l'avis du Capitaine Claude, cette attaque fut, sinon la première, du moins l'une des premières grandes batailles déclenchées par l'ennemi fin 1943 pour étouffer, dans l'œuf, la révolte qui commençait à gronder sourdement et menaçait de devenir dangereuse, dans l'éventualité d'un débarquement allié sur les côtes françaises, à l'issue de l'hiver.

(2) Blanc, de Limas (Rhône); Hoclet Fernand, de Saulieu; René Perrin, de Sainte-Bénigne (Ain) et Louis Rigault.

(3) Deux corps furent retrouvés recouverts par les Allemands du fanion du maquis.

(4) 4 heures du soir.

(5) Le maquis de Salnt-Igny embrassait la résistance du canton de Monsols dispersée en 1943 dans la commune de Saint-Racho (Saône-et-Loire), les bois de la Gravière, les fermes des Jacquelins et des Combes, puis en 1944, dans les bois de Vaudémont et de la Montagne de Charuge, au hameau de la Craze sur les pentes du Saint-Rigaud et ensuite à Champlan, commune de Saint-Christophe-la-Montagne.

(6) Cf. Citations.

(7) Capitaine Gairaud (Toussaint), adjoint au Capitaine Claude, Commandant Jacques (du Sordet) et Lieutenant Jean (du Sordet), Lieutenant Paul (Misbach), Capitaine Ludovic (Naulin), Lieutenant Bertrand (Blavier).

28.12.2005

I. LIBÉRATION DE MONTCEAU

Le 5 septembre au soir, les 1ère et 2e Compagnies de la Verrière envoyées la veille à Sennecey-le-Grand, — où le Lieutenant de Roquebrune, chef d'un raid de Jeeps venues du front de Normandie, fut tué — , s'établirent respectivement au château du Plessi, à l'ouest de Montceau, et à Saint-Romain. Les 1ère et 2e Compagnies de Chauffailles allèrent cantonner, l'une vers les étangs du Baronnet, l'autre à Marigny, en soutien de la 4e Compagnie de La Guiche, installée à Parizenot.

 

Dans la nuit du 5 au 6, les trois mille Allemands occupant Blanzy et Montceau, s'enfuirent précipitamment. Ce fut donc sans coup férir que les F. F. I. placés sous le commandement du Capitaine Lucien prirent possession de Blanzy, et que les 4e, 5e et 6e Compagnies se rendirent, avec le groupe André, à Hôpital de Montceau, au Puits Plichon et à l'Ecole de la Lande, cité ouvrière sise à l'entrée de la ville. La Compagnie Edouard s'empressa de faire une coupure sur la ligne du chemin de fer afin d'assurer la sécurité des troupes.

 

Bonne précaution, car l'allégresse et le soupir de soulagement des habitants, qui avaient commencé à pavoiser, furent pendant quelques heures transformés en anxiété.

 

En effet, vers huit heures, un motocycliste avait remis un pli urgent à l'un des officiers sous les ordres du Capitaine Spada, de Chauffailles, le prévenant que cent Boches marchaient sur Montceau par la levée du canal et que deux trains (un « express » et un train formé de wagons ordinaires protégé par des canons et des chars) étaient arrêtés à Ciry-le-Noble, et s'apprêtaient à repartir.

 

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Soixante-quinze hommes du Capitaine Spada avaient, en conséquence, conduit leurs camions près de Ciry afin d'y engager le combat; mais à peine arrivés sur les lieux, il se rendirent compte, après enquête, de leur infériorité numérique et remontèrent à Montceau.

 

Ce fut alors qu'ils eurent mission de se poster à Galuzot en liaison avec la Compagnie Edouard, à proximité de la coupure de la voie. L'endroit était bien choisi pour une embuscade, la ligne se trouvant très encaissée.

 

Peu après, une camionnette suivie d'une voiture légère, en reconnaissance, furent stoppées. Une dizaine d'Allemands en descendirent. Abandonnant rapidement le combat, ils se réfugièrent dans un champ de topinambours en bordure de la route.

 

Une locomotive demandée aux cheminots de Montceau dérailla vers treize heures (1). Le premier train la heurta et s'immobilisa. Pris en enfilade de chaque côté au F.-M. et à la grenade, les Boches furent soumis à une dure épreuve. Mais, subitement, dans la crainte d'une tentative d'encerclement, la plupart des maquisards de Chauffailles se replièrent. Deux groupes toutefois, sous les ordres du Sous-Lieutenant Trouillet, continuèrent à tirer, à cinquante mètres en arrière, pour empêcher les Allemands de se dégager de la voie. Ils furent aidés par les hommes placés dans la maison de l'écluse.

 

S'étant infiltrés par le village des Goujons, à moins de quarante mètres du train, les Braconniers et les deux sections de parachutistes, appuyés par de petits mortiers, vinrent à bout de toute résistance. A quinze heures, le Lieutenant Porrot parlementa afin d'exiger la reddition qui fut acceptée. Dare-dare, les Boches furent expédiés sous bonne escorte à Montceau.

 

Cette affaire à peine liquidée, le second train fit son apparition. Les voyageurs — des S. S. — voyant les parachutistes accompagner un officier allemand porteur d'un drapeau blanc, crurent à une attaque de l'Armée régulière et se rendirent à leur tour sans difficulté.

 

Deux convois allemands, débouchant presque en même temps sur la route, suivirent cet exemple après avoir tiré des coups de feu sur les Capitaines Lucien et François qui, avec quelques F. F. I., leur criaient de mettre bas les armes. L'un de ces derniers, Sirot, fut tué et un sergent de Chauffailles grièvement blessé à la poitrine et au bras. Tous deux furent frappés par le sort à l'une des ultimes minutes d'une bataille aboutissant à la capture de six cent cinquante à sept cents prisonniers et d'un abondant matériel : deux tanks, deux mortiers, deux canons et sept mitrailleuses anti-chars; fusils - mitrailleurs; mitrailleuses; fusils; grenades; une quinzaine de camions et automobiles.

 

La population de Montceau, haletante jusque-là, délira de joie à la vue d'un tel défilé de vaincus. Les Maquisards venaient, à la fois, de sauver la ville et de couronner triomphalement leur oeuvre.

 

_________

(1) La 2e Compagnie de la Verrière prit position à la même heure sur la crête située entre les Goujons et le ruisseau qui coule plus au Nord. La 5e Compagnie vint l'épauler.

H. RECRUDESCENCE DES SABOTAGES ET DES COUPS DE MAIN

Le 14 août, les Maquis de Marizy, de la Verrière et de Sylla furent prévenus qu'un convoi de déportés politiques venant de Vichy, allait traverser la Loire à une quinzaine de kilomètres au sud de Digoin, exactement au pont du hameau de Bonnant. Sur-le-champ, les 1ère, 2e et 4e Compagnies se rendirent à l'extrémité du département, au village de Vindecy, près duquel la colonne devait être libérée par une attaque combinée avec une Compagnie de Sylla. Hélas, le convoi fut attendu en pure perte. La veille, d'autres Boches avaient pillé Vindecy (1).

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Le 15, une expédition fut envoyée, près de Montceau, au pont de Galuzot qu'il fallait détruire avec l'aide des parachutistes. Chaude rencontre entre les F. F. I. (dont les groupes André et Edouard) et les Allemands qui reçurent quatre camions en renfort, puis inopinément un train. Les maquisards, à quarante contre huit cents, déplorèrent la mort d'un de leurs camarades parachutistes. Panloup, et celle de Nicolas Krisaki qui appartenait à la 5e Compagnie. La conduite de ce dernier soldat, cité à l'ordre de l'Armée, fut magnifique : « d'un courage exceptionnel, il est tombé glorieusement alors qu'il tentait d'anéantir à la grenade les servants d'une mitrailleuse ennemie » (2).

 

En dépit du chagrin éprouvé, la joie s'empara de tous. Le deuxième jour J était arrivé en Provence !

 

Sous le coup de la bonne nouvelle, chacun s'affaira à serrer davantage la vis aux Boches qui connurent de graves ennuis sur toutes les lignes de chemin de fer de la région : de Mâcon à Chalon, de Montceau-les-Mines à Parav-le-Monial et à Chagny, etc...

 

On est émerveillé de l'activité de tous les groupes qui entravèrent la marche des trains et multiplièrent les sabotages. Les chiffres dans leur laconisme sont particulièrement éloquents :

 

7 août : Ponceau sauté près de la Gravoine (groupe Robert). Déraillement d'un train de ballast (groupe Arthur, dit groupe des « J 3 », étant formé de jeunes âgés de dix-huit à vingt ans).


12 août : Pont des Petits Souliers, coupé près de Blanzy (Arthur).

 

16 août : Pont endommagé près de la Gravoine (Arthur).

 

19 août : Destruction du Pont des Vernes. Interruption du trafic pendant vingt-quatre heures. Douze trains bloqués. Pont endommagé près de Tournus (groupe Minguinsi).

 

 

20 août : cinquante-six rails sectionnés à la Gravoine et cinquante mètres vers Montceau au pont des Rompois.

 

21 août : cinquante mètres de voie sabotés aux Rompois (équipe Robert) et cinquante mètres à la Gravoine.

 

22 août : cent dix -huit coupures par le Groupe Arthur en gare de la Gravoine; sabotage d'une réserve de rails; des roues et des réservoirs de deux locomotives; de trois aiguillages, de trente deux rails a Saint-Léger-sur-Dheune (équipe Minguinsi); dix-huit rails à Montceau (Bois Roulot, équipe Robert); dix rails à Blanzy (équipe Drien) (3).

 

23 août : cent cinquante mètres de voie inutilisables à Ecuisses; quatre coupures entre Blanzy et Montchanin.

 

24 août : vingt et un rails sectionnés à la Gravoine (Arthur); cinq coupures à Ecuisses (Minguinsi); deux cents mètres de voies sabotés au Bois Roulot (pose de crayons allumeurs à retardement par le groupe Robert; plusieurs allemands blessés en réparant la ligne).

 

25 août : Coupure du Pont des Mépliers (Arthur) .

 

27 août : Sabotage de quarante mètres de voie vers la Gravoine (Arthur).

 

29 août : Sabotage de deux cent quatre-vingts mètres de voie aux Gratoux (Robert); trois trains bloqués; cent cinquante mètres de voie près de Montchanin (Drien)

 

31 août : Coupure du Pont de la Branche près de Galuzot (Arthur), (plusieurs Allemands tués à la suite de l’arrivée d'une patrouille). Déraillement aux Gratoux de sept wagons (Drien) après minage de quatre cents mètres de voie en dix-sept minutes.

 

1er septembre : cinquante et une coupures aux Rompois (Robert); trois trains bloqués.

 

2 septembre : Destruction du Pont des Rompois (Arthur); cent soixante-dix mètres de rails entre Saint-Julien et Perreuil (Minguinsi).

 

Les routes furent également barrées durant toute cette période et l'ennemi accroché souvent à son détriment. Le 1er août, en particulier, la Compagnie Edouard, attaquant à Saint-Eusèbe, tua soixante-trois Allemands.

 

Le 22, le Camp Sylla voulut détruire un train stationnant en gare de Paray-le-Monial. Ce fut une bataille sanglante.

Le combat s'engaga vers sept heures, bientôt soutenu du côté de la Wehrmacht par l'entrée en action d'un train blindé tirant de toutes ses pièces (canons de 25). Force fut aux maquisards de se retirer devant une telle supériorité. Les S. S. et les miliciens eurent néanmoins des pertes sensibles et se comportèrent inhumainement. Parmi les trente-trois F. F. I. portés alors disparus, trente trouvèrent la mort dans d'horribles conditions. Certains cadavres furent relevés pratiquement décapités (4) « Tous les corps, sauf deux, présentaient la marque d'une balle à la tête, tirée de près, huit parmi eux au minimum ont été blessés, puis achevés, dix-sept ne sont pas tombés au combat, mais ont été lâchement assassinés ».

 

Par la même occasion, les S. S. s'en prirent aux civils. Tirant dans les fenêtres des immeubles, ils tuèrent un habitant, M. Lemoine, qui était en train de se raser, puis ils mirent le feu à trois maisons.

 

* *

 

Plus heureuses furent les opérations tentées le même Jour a Génelard — ou quinze prisonniers furent faits par les F. T. P. du groupe Barbu qui était accouru en renfort —, et à la gare de la Gravoine où sept autres furent capturés.

 

Le 24 août, la compagnie Edouard remporta un nouveau succès près de Parizenot contre une colonne d'une vingtaine de camions. (quatre-vingts « Chleuhs » (5) environ trépassèrent et quatre mineurs montcelliens tombèrent au Champ d'honneur.

 

Le 28, la 1ère Compagnie de la Verrière et une trentaine de parachutistes ( deux « sticks  » commandés par les Lieutenants Porrot et Rouan) tendirent, en Coopération avec une section de Sylla, une embuscade près de la Gravoine, endroit décidément très fréquenté. Escarmouche un peu rude avec trois camions et une voiture légère. Douze Boches furent tués.

 

Le 30, un groupe de la 1ère Compagnie de Sylla, renforcé par sept parachutistes, procéda à la coupure d'un aqueduc passant sous la route N. 74 que longe le canal du Centre, au nord du village de Passange, près de Volesvres. Cette coupure demanda la mise en place de trois cent soixante dix kilos d'explosif plastique et de nitramite en une heure et demie. L'ouverture des écluses permit l'inondation de la route sur vingt-cinq mètres et l'arrêt de quatre camions (dont deux de S. S. en chemise kaki) et d'une voiture légère, sur lesquels des coups de bazooka furent tirés. Vingt Allemands succombèrent sous ce pilonnage.

 

Cent Cinquante mètres de voie furent déboulonnés par la même compagnie entre Charolles et Paray.

 

Le 2 septembre, la 2e Compagnie de la Verrière, revenant à la charge à Parizenot, eut à son actif soixante ennemis tués. Le 4, la 3e Compagnie en descendit soixante-dix.

 

N'est-ce pas une longue liste de beaux exploits ? Chaque jour qui passait démoralisait davantage les Allemands. Ceux-ci, repoussés par l’Armée du Général de Lattre de Tassigny, qui brûlait les étapes et arrivait à Charolles, furent obligés de se rendre en masse à Montceau-les-Mines.

 

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(1) Venus du camp de Saint-Yan chercher des « terroristes » au Fourneau, ils fouillèrent pendant deux heures les habitations, les eaves, les granges, les écuries. Sur une plainte du Maire de la commune de l'Hôpital-le-Mereier, également pillée le Maire de Vindecy (un résistant crui cacha une famille israélite) fut interrogé à son tour par la Gestapo qui promit de rembourser les vols. Cependant, quelques montres seulement furent rapportées, et une somme de 4.000 francs rendue à un vieillard de 80 ans. Un métayer fut arrêté parce qu'on avait trouvé chez lui des balles allemandes, souvenir de la guerre de 1914.

(2) Douze Allemands furent tués.

(3) Ce jour-là les cheminots de Montceau-les-Mines devaient envoyer à 23 h., à la vitesse de 30 km. à l'heure, une locomotive haut-le-pied, pour dérailler sur l'une des coupures. Par suite d'une fausse manœuvre, elle alla heurter un butoir. Un coup du même genre permit de remporter une grande victoire, comme on s'en rendra compte dans le chapitre suivant.

(4) Rapport de M. Carrier, Président du C.D.L.

Noms des soldats cités : Baudin Auguste, Bouit Joseph, Boucher René, Boursot Jean, Brérat Robert Dagois Roland, Deschamps Jean, Desmurger Lucien, Galland Jean, Garnier Pierre, Gautheron Marcel, Gauthier Marcel, Girardon Jacques, Labrosse André, Lançon Marius, Langlois Paul, Letellier Kléber, Mougenel René, Paillard Pierre, Petit Henri, Pitaud Albert, Renaud Léon, Rose René, Rougemont Roger, Rouiller Roger, Saigne Claude, Schlutz Léopold, Thomas Roger, Trontin Jean, Valette Claude.

(5) Ils firent usage de canons de 47.

G. VICTOIRE DE CLUNY

Le soir du 10 août fut déjà tout enfiévré : là-bas, plus au sud, au delà de la vallée de l'Azergues qui scinde en deux les Monts du Beaujolais, les choses semblaient vouloir se gâter dans la région de Villefranche. Peu après, on apprit qu'un remue-ménage inusité régnait du côté de Mâcon. Quinze cents à deux mille « Chleuhs » se mettaient en route pour Cluny, célèbre par son imposante abbaye (dont l'influence fut si grande dans l'Histoire de l'Eglise) et joyau d'architecture sur lequel il s'en fallut de peu qu'ils laissassent choir des bombes de cinq cents kilos, car leurs avions vinrent visiter la ville deux fois dans la journée du 11 : à huit heures trente et à dix-sept heures (1).

 

Le coup porté par l'ennemi fut des plus sérieux. Dès 3 h. 45 l'alerte fut donnée à tous les maquis environnants et les dispositions de départ prises pour aller au combat qui s'annonçait dur. Un groupe de soixante hommes, sous le commandement de l'Adjudant-Chef Merle, partit à cinq heures trente.

 

A Cluny, ce détachement passa sous la direction du Lieutenant Schmidt, du Maquis du Capitaine.

 

(1) 3 avions le matin et 4 I'après-midi : 13 morts, 97 bâtiments détruits ou endommagés.

 

Laurent qui le conduisit aussitôt vers la Valouze et, de là, vers Bourgvilain, afin de prendre contact avec les F. T. P. du Bois Clair que les Boches rudoyaient.

 

Mais ces derniers fourmillaient et gardaient bien les abords de la route G. C. 22 (1). Le Lieutenant Schmidt fut victime de sa témérité alors qu'il était sur le point de joindre les éléments F. T. P. A la fois pris à partie par la Wehrmacht, qui, profitant du brouillard, se tenait à quarante-cinq mètres, et par les appareils de la Luftwaffe venant de bombarder Cluny, le détachement se replia avec l'appui des hommes du Lieutenant Janiak.

 

Recul pénible s'il en fut, sous un feu incessant. Toutes les munitions avaient été épuisées au cours de l'engagement violent et farouche qui avait duré de sept heures à dix heures.

 

Pour sa part, le corps franc Robert, renforcé par dix-neuf hommes des groupes Merle et Gauthier, fut aussi admirable de calme et de décision comme, d'ailleurs, toutes les unités F. F. I. et F. T. P. qui, d'un élan commun, brisèrent l'assaut et s'employèrent, chacune dans leur secteur, à casser les reins aux Boches afin de préserver Cluny.

 

La section des Braconniers stoppa une forte colonne qui, s'avançant sur la ville par la voie ferrée, s'était infiltrée par la route de Mâcon et le tunnel de Berzé-Ie-Château, encombré par un savant déraillement (2). Abrités derrière les murs d'une ferme et les haies d'un jardin, tous les hommes répondirent à la fusillade ennemie et tinrent bon de onze a seize heures, bien que la position fut très défavorable (3). Ils se retirèrent sous un déluge de balles, tandis que les mortiers visaient la ferme qui fut incendiée. Un seul maquisard ne parvint pas à se dégager : Bec, qui avait été blessé à Azé et en était à sa première sortie depuis sa convalescence.

 

Dans la soirée, une compagnie de Sylla et une compagnie du Bataillon Claude entreprirent une action qui fut très vigoureuse. La première réoccupa la Valouze et nettoya les fermes tombées le matin; la seconde délogea les nazie de la ligne des crêtes situées près du Col des Enceints. L'ennemi, quoique utilisant un canon de 37, fut balayé par la mitraille jusqu'à la tombée de la nuit.

 

Il convient de rendre un même hommage à tous ceux des hommes des 1er et 2e Bataillons qui furent à la peine (4).

 

Et, au nombre des citations décernées, il en est une qui nous semble résumer, si l'on peut dire la bravoure de tous les combattants sans exception, dont une partie alla à la bataille en espadrilles et resta le ventre creux : c'est celle de Brisepierre, dit Pierrot.

 

« Grièvement blessé au poumon au cours du décrochage de son unité, a pu par son courage et son sang-froid, se faire passer pour mort au passage des Allemands qui l'ont dépouillé de ses papiers et de ses vêtements ».

 

L'un des Boches, qui avait pris son alliance, allait l'achever en criant : « Terroriste », quand un homme de la compagnie du Lieutenant Grante, de Cluny, ajusta l'assassin et, par bonne fortune, ne le manqua point.

 

Certes, la victoire de Cluny coûta bien des souffrances, mais les sacrifices librement consentis, furent récompensés au delà de toute espérance. L'ennemi, une fois de plus, dut s'avouer vaincu et bien vaincu. Deux cent soixante-dix cadavres avaient jonché le sol des Monts du Mâconnais. Deux cents autres « Chleuhs » s'en étaient retournés hors d'état de nuire momentanément.

 

Le 12 août, les 1res 4e et 5e compagnies du 2e Bataillon, ainsi que des éléments de Saint-Gengoux et de Cluny, stationnèrent au Bois Clair et au Bois de Vaux en prévision d'une nouvelle offensive qui ne se manifesta pas. Le 13, Bec fut enterré au cimetière de Saint-André-le-Désert. Les Anciens Combattants et les Maires des environs vinrent s'associer à l'hommage rendu par les rudes gars du maquis.

 

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(1) La Valouze-Tramayes.

(2) Provoqué depuis quelque temps.

(3) Cette unité fut aidée vers 14 h, par un groupe F.T.P. de Collonges (70 hommes) qui boucha le vide en face de Cluny et de l'autre côté de la voie ferrée.

(4) La 1ère Compagnie de la Verrière, chargée d'assurer la défense du secteur de Château-Le-Martray ne fut pas engagée, de même que des groupes de Saint-Gengoux et de Cluny placés à Jalogny et Azé.

F. SABOTAGES, EMBUSCADES

A peine de retour à la Verrière, le chef Robert partit avec une quinzaine d'hommes et le Capitaine François pour faire sauter, à nouveau, le pont de Blanzy en cours de réparation. Le gardien se laissa complaisamment ligoter.

 

Sans difficulté, quatre-vingts kilos d'explosif 808 furent placés en quelques minutes pour leur œuvre de destruction quand, soudain, une péniche et un camion apparurent simultanément sur le canal et sur la route enjambés par le pont.

 

Ayant compris ce qui se déroulait, leurs occupants un peu affolés, cela se conçoit, s'empressèrent de rebrousser chemin. Le camion descendit dans le fossé, mais recula malgré tout... Enfin, la mèche de la machine fut allumée et le gardien emmené.

 

Le pont s'écroula dans un terrible fracas juste au moment où un camion d'Allemands passait. Huit de ceux-ci furent tués, dont un capitaine, et six ou sept autres blessés. Avec tristesse les saboteurs apprirent le lendemain que le conducteur du véhicule, Français réquisitionné, était également au nombre des victimes (1).

 

L'interruption du trafic fut totale, mais ne dura guère plus de vingt-quatre heures. Le 5 juillet, le Pont de Blanzy fut remplacé par un ouvrage métallique tenu en réserve.

 

Cette date marqua le début d'une lutte acharnée contre les voies ferrées de la ligne Paray-le-Monial - Montchanin, sur une distance de trente-neuf à quarante kilomètres, puisque journellement les Braconniers et ses autres équipes de sabotage (Arthur, Drien, etc.. ), se familiarisèrent avec le « travail » des rails (2).

 

Les dernières semaines de juillet comptèrent ainsi, en particulier, à l'actif de ces divers corps francs : le déraillement d'un train de marchandises à La Gravoine, cent douze coupures près de cette même localité, à Palinges et à Montchanin, enfin trois cents mètres de voie à Palinges.

 

Vers le 12 juillet, le Maquis fut averti qu'un grand parachutage effectué par trente-six avions allait avoir lieu sous peu à Flagy, à l'est de la Verrière. Toutes les dispositions utiles furent prises à cet effet. En attendant le jour « P », deux brillantes équipées aux Mines de Blanzy, procurent près de cinq mille litres d'essence.

 

Le 14, anniversaire de la Révolution de 89, demeurera toujours gravé dans les mémoires par l'arrivée des avions annoncés. On confia au Groupe Tino le soin d'établir un barrage à la Croisée de Cray (carrefour de Sa N. 80 et de la N. 483 situé à quelque distance au Nord de Flagy), et au groupe Robert, de se poster à Saint-Bonnet-de-Joux afin d'assurer la sécurité du parachutage qui se produisit au lieudit La Grange-Sercy, sur la commune d'Ameugny, limitrophe de Mont-Cortevaix.

 

Tous les hommes de Flagy, convoqués au son du tambour, tous ceux d'Ameugny, de Cortevaix et de Lournand, vinrent en foule aider au rassemblement et au chargement des quelque trois cents containers qui furent lancés à neuf heures trente par trois vagues successives de douze appareils escortés de chasseurs. En deux heures toute trace de ce parachutage disparut. L'utilisation de cette manne de matériel devait permettre d'ouvrir des brèches de plus en plus profondes, dans la colossale Wehrmacht qui, harcelée de toutes parts, perdait l'initiative des opérations. Les armes furent partagées entre les divers maquis de la région : Cluny, Saint-Gengoux, CruzilIe, Charolles, Sylla, Marizy et la Verrière.

 

Le 17 juillet fut endeuillé par la mort de deux des maquisards les plus actifs et les plus dévoués. Avec deux autres camarades, ils avaient décidé de stopper leur voiture au bord de la route de Palinges pour s'enquérir d'un renseignement et regarder sur la carte l'itinéraire à suivre, lorsque, brusquement, des Allemands arrivèrent. « Mimile »,  « Turelu » et « Dédé », risquant le tout pour le tout, s'étaient jetés dans la rivière longeant la route, afin de se dissimuler parmi les joncs et les roseaux. Bain forcé dont hélas « Dédé » n'avait pu sortir pendant qu' « Hector » agonisait de son côté.

 

Le corps de ce dernier, porté à la chapelle du Château de Digoine, fut ramené à Marizy pour y être enterré après une cérémonie à l'église empreinte de recueillement et de ferveur, et avec tous les honneurs militaires accompagnant un vaillant patriote à sa dernière demeure.

 

Le 28, le groupe Robert tendit sa première embuscade dans une carrière, à Parizenot, entre Blanzy et Montchanin. Douze hommes y participèrent et un croisement de feux fut établi avec deux fusils-mitrailleurs. Dès l'arrivée du premier camion bâché qui se présenta, à dix heures, toutes les armes lancèrent leur mitraille. Le véhicule qui suivait avait comme occupants six soldats debout près d'une grosse mitrailleuse sur pivot. En l'espace de quelques secondes, avant qu'ils aient eu le temps de s'en servir, ils furent tous abattus. En tout onze morts et trois blessés. Les Bracos « étaient contents de leur matinée ».

 

Le 1er août, un second parachutage de trente-six avions fut effectué à quatorze heures dans les mêmes conditions que celui du 14 juillet. Une multitude de personnes vinrent de très loin pour y assister.

 

Le 6, le Capitaine Jacques, — Délégué militaire Régional venu de Londres — envoya le Capitaine Georges dans la région d'Autun pour y organiser et développer la Résistance. Il devait y disparaître (3). Dans la nuit, treize mille litres de carburant furent pompés sans anicroche aux Usines Schneider du Creusot (4).

 

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(1) Ils déposèrent pieusement une couronne sur sa tombe.

(2) A Paray se relient les lignes : 1° de Moulins, par Gillv-sur-Loire et Dompierre-sur-Besbre ; 2° de Nevers, par Gilly et Cercy-la-Tour, 3° de Mâcon, par Charolles et Cluny, 4° de Lyon, par La Clayette, Chauffailles et le tunnel de Poule (dans les Monts du Beaujolais, bloqué par un déraillement dès le 30 Juin) ; 5° de Roanne, par Saint-Yan.

 (3) Voir : Maquis Maurice.

(4) Une estafette, dépêchée deux jours plus tôt dans la ville pour repérer les citernes de l'usine avait eu la chance d'entrer en rapport avec un ingénieur. L'opération fut effectuée par douze hommes et six chauffeurs dont les camions à gazogène pouvaient transporter 22.000 litres d'essence. Ayant pénétré au Creusot à la tombée de la nuit, alors que la foule sortait du cinéma, les F.F.I., qui étaient en position de combat sur leurs véhicules, durent faire évacuer les lieux, puis ayant placé des sentinelles à l'entrée de l'usine, il leur fallut, avant de s'approcher des citernes, déblayer des amas de ferraille et de verre causés par les bombardements.

Les maquisards avaient trois pompes à leur disposition ; une pompe électrique inutilisable, puisque le courant était coupé, une pompe à volant qui ne fonctionna pas ; enfin une pompe à bras, qui fut donc la seule dont ils se servirent pour effectuer leur plein, de 22 h. a 2 h. du matin. Tout ceci se passa à peu de distance d'un cantonnement de 150 Allemands.

27.12.2005

E. COMBAT D'AZE

Le 2 juillet, à six heures du matin, un habitant d'Azé fit prévenir le Sous-Lieutenant Noly, du Maquis Fontaine, que des camions d'Allemands, ayant passé la nuit au village, se dirigeaient sur Saint-Gengoux-le-National. Cette colonne partait, sans nul doute, à l'attaque du Mont Saint-Romain (582 m.) P. C., au nord de Blanot, tenu par le Commandant Guillaume que l'on s'efforça, d'aviser du danger.

 

Ce jour-là, le Lieutenant-Colonel Le Don, chef des F. T. P., avait convié plusieurs officiers du 2e Bataillon à une prise d'armes à l'issue de laquelle devait avoir lieu un déjeuner amical. A peine eurent-ils pris l'apéritif à Collonge, qu'un motocycliste leur apporta la nouvelle de l'encerclement du Mont Saint-Romain qui demandait d'urgence du renfort.

 

Vers treize heures un nouveau convoi ennemi de quatre camions traversa Azé, y stationna environ trois quarts d'heure, puis s'en alla vers Mâcon. Les hommes du Maquis de Crue auxquels se joignirent des sédentaires de Cormatin, Bray, Toury, Blanot et Azé, se groupèrent au Bois Carré. Quelques heures plus tard, un troisième convoi, venant de Bissy-la-Mâconnaise, tomba au milieu des F. F. I. occupant le bourg. Une bataille s'engagea, à bout portant, et deux motocyclistes allemands avaient déjà jeté leurs armes, prêts à se rendre, lorsque les autocars qui suivaient les sauvèrent par un feu continu de mitrailleuses, tuant trois maquisards Russes et un Polonais. Une partie des F. F. I. ayant pris position sur le Mont Plé, se retira à droite d'Azé, et l'autre à gauche, au-dessus de Vaux-sur-Aisne.

 

Si l'on songe que l'ennemi avait sillonné la région toute la journée (1) et poussé des pointes jusqu'à Royer, au nord du château de Brancion, on se fera une idée de la violence des échauffourées qui eurent lieu.

 

Les hommes venus de La Verrière et de Marizy décidèrent de la victoire. S'étant rassemblés sur l'I. C. 17 (route de Salornay à Flagy) où le Commandant Férent vint les rencontrer, ils s'embarquèrent en direction de Massilly (2) et de Cortambert et arrivèrent à Donzy-le-Pertuis où ils apprirent la situation désespérée des F. F. I. du Capitaine Laurent postés à Azé.

Vers dix-sept heures trente, à un kilomètre d'Azé, des maquisards de Crue leur signalèrent qu'une vingtaine d'otages, enfermés à la Cave coopérative, pouvaient être fusillés d'une seconde à l'autre (3).

 

La soirée s'avançait, il ne fallait pas perdre une instant pour intervenir. Mais de quel côté vaudrait-il mieux mener l'attaque à revers ? On était obligé : soit de rebrousser chemin vers Cluny, en faisant un long détour de trente-sept kilomètres par La Croix Blanche, La Roche-Vineuse, Verzé, Igé et Domange, car il était impossible de passer par l'I. C. 34, de Cluny à Igé, barré ; soit, de prendre la petite route s'embranchant à deux cents mètres du village et retombant sur le G. C. 85 d'Azé à Igé. On opta pour cette seconde solution.

 

Les Allemands repérèrent vite la petite colonne composée de quatre véhicules, d'une traction avant, d'un camion et de deux camionnettes dont l'une, au maquis depuis le début, appartenait aux Gardes Mobiles de Montceau, et l'autre, à gazogène, avait été réquisitionnée à Salornay. En tout, quarante-cinq hommes des groupes André, Edouard et de deux groupes de la Verrière (avec Robert), commandés par leurs officiers, qui avaient affaire à quatre cent cinquante ou cinq cents ennemis ! Sans arrêt, la fusillade la plus vive que l'on ait vu jusqu'alors, allait crépiter de dix-huit heures trente à vingt et une heures.

Ayant abandonné les camions, les F. F. I. adossés à une colline et au milieu des vignes, s'étant plaqués dans le fossé de la route, ripostèrent à la grenade et au bazooka et firent entrer en action sept fusils-mitrailleurs et six mitraillettes lourdes. Les Braconniers, à eux seuls, vidèrent quatre-vingts chargeurs et l'un d'eux eut à son tableau de chasse quatre Boches avec sept cartouches ! On imagine facilement l'hécatombe de ces derniers qui « criaient comme des fous ».

 

Puis treize cars allemands s'en allèrent sur Mâcon. Etait-ce pour y prendre du renfort ? Non. La Wehrmacht désemparée renonçait à la lutte. Ce fut un sauve-qui-peut général.

Tandis que ces fameux guerriers utilisaient leur « poudre d’escampette », les maquisards, sauveurs d'Azé, songèrent au départ qui ne s'avéra pas trop difficile, bien que les camions eussent été littéralement criblés de balles. Plusieurs pneus étaient crevés et un démarreur se trouvait hors d'usage. Dans l'ensemble, les moteurs l'avaient échappé belle. Par miracle, et fort heureusement du reste, un seul des hommes du groupe Robert (Bec) avait été blessé.

 

Nos maquisards furent mal inspirés de prendre le chemin le plus court pour se rendre à Cluny, car ainsi qu'ils le supposaient d'ailleurs, des arbres avaient été couchés en travers de la route par les F. F. I. voisins. Après avoir surmonté deux obstacles, ils furent contraints de faire demi-tour, un troisième se révélant infranchissable.

Minuit approchait quand ils repassèrent à Azé — où le Capitaine Laurent et les hommes du camp de Crue étaient revenus. — Ils arrivèrent à leurs cantonnements le 3 juillet à quatre heures du matin, fourbus, mais le sourire aux lèvres. Pour fêter cette splendide victoire,— sur les cent treize Boches laissés sur le terrain (4), près des deux tiers avaient été tués par eux —, ils trinquèrent au mousseux. Cela n'en valait-il pas la peine ?

 

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(l) Il y avait en tout 70 à 80 camions d'Allemands, de Mongols et de miliciens.

(2) Le Colonel Le Don envoya une section entre Massilly et Cormatin sur la N.481 (Chagny-Cluny).

(3) Tel quel, ce bruit qui courut est erroné. Il s'agit de 20 membres de l'I. S. qui parvinrent à se dégager de leur encerclement. En réalité 3 otages seulement furent pris comme boucliers par les Allemands. Ceux-ci, pour corser la fête, coupèrent d'eau-de-vie le vin qu'ils burent en procédant au pillage d'Azé.

Le 21 juin, lors d'un précédent engagement, une douzaine de personnes, parmi lesquelles l'instituteur M. Alexandre, avaient été forcées de s'agenouiller dans l'avenue des Platanes pour y être exécutées. Les Maquisards ayant cessé le feu, ces personnes furent ensuite conduites à la Cave coopérative pour y être brutalisées par deux miliciens.

(4) Trois camions de morts.

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