22.01.2006

L. Honneur aux Maquisards du Nivernais et du Morvan

Le Lieutenant-Colonel Roche, Commandant le département de la Nièvre, cite à l'ordre du département le Capitaine Aubin, commandant le 5e Bataillon F. F. I. de la Nièvre :

 

« Officier F. F. I. d'une bravoure légendaire animé du plus haut sentiment du devoir.

 

« Pionnier acharné de la Résistance, hypnotisé par le désir de détruire le Boche.

 

« Dès 1941, a entrepris une propagande dans les localités de la région de Montsauche, où il jouissait de l'estime et du dévouement de la totalité des habitants, en vue de créer un mouvement de résistance contre l'envahisseur et la politique de Vichy.

 

« Pendant les années 1942 et 1943, réussit à mettre sur pied des maquis dans la région de Montsauche dont il prit personnellement la direction et malgré les difficultés de toutes sortes, effectua des opérations et des destructions qui gênèrent très sérieusement les troupes d'occupation.

 

« Dès le début de 1944 se donna à fond à l'organisation intensive des maquis et grâce à ses connaissances approfondies de toutes les ressources de la zone du Morvan, réussit à constituer le plus gros maquis de la résistance qu'il a nourri et prépare au combat.

 

« Déjà cité au mois de juin, à la suite d'une opération des plus hardies qui se solda par une destruction totale d'un détachement d'environ cinquante ennemis (1) le Capitaine Aubin se distingua à maintes reprises dans d'autres opérations.

 

« Toujours sur la brèche jour et nuit, arpentant les routes du Morvan pour le service, s'est dépensé jusqu'à la limite des forces humaines et par un tour de force dont lui seul est capable, a permis de sortir de son maquis deux beaux bataillons ».

 

Cottereau Maurice, Lieutenant F. F. I. du Maquis Bernard :

 

« Au maquis depuis le 19 mai 1944.

 

« Officier de grande bravoure, véritable entraîneur d'hommes, a montré en maintes circonstances la preuve de son courage et de son mépris du danger, notamment à l'affaire de la Verrerie, le 25 juin 1944.

 

« S'est particulièrement distingué le 5 septembre 1944 dans les circonstances suivantes : parti en voiture pour inspecter une de ses sections placée en embuscade, s'est brusquement trouvé en présence d'une colonne de camions et de chars allemands échelonnée sur une profondeur d'au moins quinze cents mètres, n'a pas tenu compte du signal d'arrêt que lui faisait un officier allemand et a réussi à croiser entièrement la colonne sans dommage pour lui et l'homme qui l'accompagnait ».

 

Legrain Fernand, du Maquis Bernard :

 

« Membre de la Résistance depuis deux ans, a dans des moments difficiles, fourni de nombreux renseignements à ses chefs ; n'a pas hésité à héberger des réfractaires et à les loger ; s'est dépensé jusqu'à la limite de ses forces à ravitailler le maquis de jour comme de nuit sans aucun souci du danger qui le menaçait, a été victime des Allemands par l'arrestation de son fils (le 22 juin 1944) et la destruction de sa maison ».

 

Kirgen Marc. Lieutenant-Médecin (2) :

 

« Dans la résistance depuis août 1943 à La Charité (Nièvre) dans le maquis depuis mai 1944. Officier d'une valeur exceptionnelle, a participé à toutes les actions du Maquis aussi bien en tant que docteur que guerrier. Les 25 juin à Planchez et 31 juillet à Chaumard, s'est particulièrement distingué en se portant en avant de la bataille et en secourant de nombreux blessés. A toujours fait preuve des plus hautes valeurs morales et militaires ».

 

Le Lieutenant-Colonel Roche cite à l'ordre du Département, le Capitaine Pelletier Joseph, commandant le 13e Bataillon F. F. I. de la Nièvre.

 

« Officier F. F. I. des plus qualifiés, d'une haute valeur morale et d'une conscience remarquable.

 

« Dès le début de juin, a assuré personnellement les opérations de parachutage, de personnel, d'armes et de munitions, avec un dévouement et une compétence incomparables.

 

« Au cours des parachutages de détachements anglais des formations S. A. S., a effectué des patrouilles, nuit et jour, au milieu de la circulation des Allemands, pour retrouver des isolés parachutés dans l'espace, et grâce à sa connaissance profonde du Morvan, a réussi à mener à bien ces opérations difficiles.

 

« Ayant été victime d'un accident le 22 juin 1944 (fracture du bras gauche), alors qu'il rentrait d'une opération de parachutage, n'a jamais voulu quitter le maquis et a continué malgré sa blessure à assurer son service.

 

« Grâce à son ascendant sur la population de la région de Montsauche, a réussi à mettre sur pied le plus gros maquis du Département (deux bataillons de cinq cents hommes) et a facilité en même temps la mise sur pied et le bon fonctionnement du P. C. Départemental de la Nièvre dans ce même maquis.

 

Longhi Jean, dit Grandjean :

 

« Le 25 juin 1944, à Vermot, un des groupements placé sous ses ordres ayant été attaqué par des forces supérieures en nombre, puissamment armées, a tenu tête à l'assaillant.

 

« Se portant de sa personne dans les endroits les plus exposés a, par ses conceptions hardies de manœuvre, su éviter l'encerclement, infligeant de telles pertes à l'adversaire, que celui-ci dût cesser la lutte et renoncer à toute poursuite.

 

« Chef départemental de la Résistance (Maquis), a continué d'être pour tous le plus bel exemple de courage et de bravoure, notamment aux combats du Camp des Goths le 3 août 1944 et de Crux-la Ville, les 15 et 16 août ».

 

Lieutenant Marian Tyndiuk :

 

« Officier de l'Armée Polonaise (3), s'est distingué dès 1941 dans l'organisation de la Résistance. Arrêté et torturé par les Allemands, est demeuré muet malgré d'atroces souffrances. Sitôt relâché n'a pas hésité, bien que dans un état de santé déficient à reprendre son service, au cours duquel il a su prouver ses qualités de chef courageux et son talent d'organisateur. Le 26 août 1944, à la tête d'une poignée d'hommes a interdit l'entrée de Châtillon à une forte colonne allemande, l'obligeant ainsi à se replier ».

 

Chanel Josette :

 

« Résistante dès 1940. A aidé constamment et avec le plus entier dévouement un chef de la Résistance. A assuré au risque de sa vie des liaisons dans tout le département de la Nièvre, entre des groupes de combat. A pu, par son courage, recueillir des renseignements précieux chez l'ennemi qui permirent de libérer rapidement Châtillon.en-Bazois lors des combats de la libé. ration » (4)

 

Henneguier Pierre (dit Julien)

 

« Capitaine de réserve, est entré en contact avec la Résistance en janvier 1941. Rattaché à un groupe d'action des Forces Françaises Combattantes le 1er avril 1941.

 

« Malgré une détention d'un mois, le Capitaine Henneguier n'a jamais cessé son activité, qui a redoublé à partir du mois de janvier 1944, où chef de Mission, Action des F. F. C., il se consacre aux sabotages et parachutages.

 

« Créateur d'une formation des Forces Françaises de l'Intérieur dans la Nièvre, il livre des combats mémorables en particulier du 12 au 16 août à Sancy.

 

« Le Capitaine Henneguier a toujours fait preuve d'exceptionnelles qualités dans la lutte contre l'occupant qui lui valurent d'être décoré de la Légion d'Honneur et de la Croix de guerre avec six citations » (5).

 

Moreau Georges, Capitaine :

 

« Entré dans la Résistance dès la première heure, a participé dans la région de Clamecy à de nombreux sabotages, paralysant ainsi l'action des troupes allemandes d'occupation. A organisé un important maquis, auquel il a insufflé son ardeur guerrière, s'imposant à l'admiration de ses hommes par son courage et son mépris du danger ».

 

Abbé Henri Bonin :

 

« Résistant de la première heure, il prit une part très active à l'organisation du Maquis Louis. Aumônier de ce maquis, a, par ses qualités de prêtre, coopéré à porter au plus haut degré le moral de la troupe. A fait preuve en toutes circonstances, de courage et de dévouement » (6).

 

Berthin Marcel :

 

« Element d'élite de la Résistance, a, malgré la présence de l'ennemi sur les routes, assuré le ravitaillement du maquis. Combattant courageux et de grand sang-froid a pris part à plusieurs embuscades et fait preuve en toutes circonstances des plus belles qualités de courage et de sacrifice » (7)

 

Le Berger Louis-Jean :

 

« Pionnier de la Résistance d'Autun. A organisé le stockage et le camouflage de matériel et d'armes automatiques pour le maquis. Fondateur du Maquis « Maurice » dans la forêt de Saint-Prix, a organisé et mené à bien de nombreux sabotages contre les voies de communications ennemies, en particulier sur les routes N. 73 et 78. A organisé le bataillon F. F. I. de l'Autunois et en a fait une unité solide et disciplinée, qui a participé aux combats de Saint-Léger-sous-Beuvray les 3 et 4 septembre 1944, à la prise d'Autun les 8 et 9 septembre et aux opérations de nettoyage, en particulier à Cordesse ».

 

Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec étoile d'argent.

 

Signé : le Général d'Anselme.

 

Champenier Roland :

 

« Chef des maquis F. T. P. de la Nièvre, officier de grande valeur, résistant de la première heure, a pris dès 42, l'initiative de créer des maquis dans le Cher, puis dans la Nièvre. A été jusqu'en mai 1944,l'organisateur de toutes les opérations de sabotage et de guérilla dans la région de Nevers, puis à partir de cette époque, a travaillé en étroite collaboration avec les chefs des autres groupements. Animé par une volonté ardente de chasser l'ennemi qui traquait sa famille, a participé à de nombreuses actions, arrachant en particulier des mains de la Gestapo six de ses soldats et infligeant, le 1er juillet 1944, des pertes considérables aux Allemands à la bataille de Donzy, dans laquelle son père, qui combattait dans les rangs de la Résistance, trouva une mort héroïque. A pris une part active à la libération de la Ville de Nevers, où il entra le premier à la tête de ses troupes. Toujours à la pointe du combat, magnifique entraîneur d'hommes, est un bel exemple de l'audace et de l'énergie française ».

 

Leyton Georges-Edmond, dit Socrate:

 

« Lieutenant des F. F. I., 8e Région, commandant de maquis légendaire, d'un courage et d'une bravoure indomptables. Toujours sur la brèche, a réussi avec son unité de multiples opérations qui se sont soldées chaque fois par des pertes impressionnantes pour l'ennemi. A la Selle, le 10 août 1944, au cours d'une inspection de son unité, installée en embuscade, a été mortellement blessé dans une rencontre avec l'ennemi, alors que, comme de coutume, il était le premier à l'action. A rendu le dernier soupir en demandant à ses hommes de suivre son exemple et en criant: « Vive la France ! »

 

Gey Marcel :

 

« Patriote ayant apporté à la Résistance toute son activité et tout son dévouement. Fut en liaison étroite avec le Maquis Socrate dont il était l'homme de confiance et qu'il ravitailla constamment depuis son arrivée dans la région d'Arleuf. Dénoncé à la Gestapo, arrêté le 5 juin 1944 par cinq miliciens qui logeaient à la maison Billard, de Château-Chinon, Gey subit d'odieuses tortures durant toute la nuit, dans des circonstances encore restées mystérieuses.

 

« Assassiné lâchement à l'aube de la journée mémorable du 6 juin, certainement sans avoir donné le moindre renseignement aux Allemands et aux miliciens, susceptible de faciliter une action militaire contre le Maquis Socrate. Haut exemple de patriotisme, de courage et d'abnégation » (8).

 

 

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(1) En tuant plusieurs à bout portant (combat de la Verrerie) .

(2) Citation à l'ordre de la Division decernNe par le lieutenant-colonel Alain, commandant la subdivision de Mâcon.

(3) Décoré de la « Virtuti Militari ».

(4) Citation décernée par le lieutenant-colonel Méresse

(5) Citation accompagnant l'attribution de la Médaille de la Résistance.

(6) Citation décernée par le lieutenant-colonel Roche a l'ordre de la Brigade.

(7) A l'ordre de la Région.

(8) Projet de citation lu par un F.F.I. lors de l'inauguration—le 6 juin 1946—du monument qui marque l'emplacement ou le corps fut découvert. Sur la pierre on lit :

A la mémoire du patriote Marcel Gey,
né à Anost, le 31 octobre 1899,
assassiné ici, le 6 juin 1944, à l'aube
par les nazis et leurs complices
après avoir été odieusement torturé.

K. Maquis Verneuil

En août 1944, le Maquis Verneuil se cachait dans le nord des Monts du Morvan. Avant de commencer l'histoire de son épopée (1) depuis son installation aux Iles Ménéfrier, au sein des immenses forêts qui s'étendent de part et d'autre de la Cure et servirent de repaires idéaux à la Résistance, il nous faut dire quelle a été son origine.

Au début de l'année 1943, un jeune étudiant parisien, Jean Chapelle (de son nom de guerre Verneuil), partit dans l'Yonne pour y développer des groupes clandestins. Malheureusement, le 18 novembre marqua la première pierre noire dans les fondations des cadres, tous les chefs du canton d'Ancy-le-Franc, ayant été arrêtés par la Gestapo française dirigée par le trop fameux « Inspecteur » Bonny.

En décembre, le Commandant Verneuil fut nommé adjoint au Commandant de la Région P. 4 (ex. P. 3) comprenant Paris, l'Aube, la Nièvre et l'Yonne. En ce qui concerne l'Yonne, il s'attacha à coordonner les formations : « Bayard » (environs de Joigny), « Résistance » (Avallonnais, dirigée par M. l’Abbé Terraud), et « Tonnerrois », à la tête desquelles il plaça le Capitaine Aubin, chef de « Pour la France » (Auxerrois-Puisaye). En outre il assura continuellement les liaisons indispensables avec la capitale.

Le Commandant Verneuil s'acquitta si bien de sa tâche, que le 8 mars 1944, secondé par le Capitaine Laureillard, il fut désigné comme chef de l'Etat-Major régional du mouvement Libération, composé du Capitaine Poirier, pour l'Aube, du Colonel Roche, pour la Nièvre et du Capitaine Aubin, pour l'Yonne.

Fin mai, le Commandant Chollet fut nommé chef des F. F. I. de l'Yonne, et le Commandant Verneuil se vit attribuer la direction de la 3e Demi-Brigade de l'Yonne, constituée par les groupes de « Libération » qu'il entendait réunir au débarquement pour établir un fort centre de résistance bien organisé et plus capable de porter de rudes coups que des éléments dispersés. La 3ème Demi-Brigade prit d'abord racine dans la Forêt d'Othe : ce fut le Maquis « Horteur », de Vaudevannes, près Chailley (2), où se trouvaient des membres des deux premiers maquis du mouvement créés en mars et avril dans I'Avallonnais et le Tonnerrois (3). Le Commandant Chollet en passa l'inspection du 4 au 6 juin et se rendit également compte de l'organisation des services de liaison, de renseignements et de propagande à Ancy-le-Franc, Auxerre, Chablis, Cruzy-le-Châtel, Moulins-en-Tonnerrois, Noyers-sur-Serein, Tonnerre.

 

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Les Commandants RECOUVREUR DE PONTAUBERT et VERNEUIL

 

Aussitôt après cette visite, les vagues de l'ennemi — qui voulait avoir les coudées franches pour assurer la défense du front de Normandie sans craindre d'embûches dans son dos — déferlèrent sur les camps et faillirent en l'espace de trois semaines, amener une ruine complète des plans péniblement échafaudés. Tour à tour harcelés, les maquis Garnier et Aillot se défendirent farouchement et, l'un des F. F. I., le Sergent Castor (Jean-Claude Christol) a recu la citation posthume suivante :

« Très jeune sous-officier à l'âme enthousiaste, chef de groupe franc au maquis depuis mars 1944. Le 18 juin 1944, pendant une attaque de nuit, près de Tonnerre, a couvert la retraite de ses camarades en dirigeant un feu intense sur l'assaillant et en lui infligeant de sérieuses pertes. Blessé grièvement sur son fusil-mitrailleur enrayé, a été torturé jusqu’à la mort par l'ennemi ».

« Je suis un soldat du Général de Gaulle », dit-il avant d'expirer, à ses bourreaux qui n'avaient que ce mot à la bouche : « Terroriste ».

Un autre de ses camarades fit sauter les munitions au moment où environ quinze S. S. entraient dans le baraquement du camp, les tuant tous avec lui.

Le 23 juin, trois mille Allemands s'en prirent au groupe Horteur. L'avant-veille, le chef de la Gestapo de l'Yonne était arrivé inopinément à Vaudevannes pour y arrêter le Commandant Verneuil, ainsi que le Capitaine Edgar qui avaient juste eu le temps de s'enfuir et de gagner les bois (4). Les maquisards s'étant concertés pour préparer un repli stratégique en Tonnerrois, avant le déclenchement de l'offensive boche, la journée du 22 avait été consacrée à charger sur les camions les stocks de munitions, d'explosifs, d'essence et de vivres rassemblés en vue des opérations futures.

Par un hasard malencontreux, le Capitaine Edgar (Laureillard), parti réquisitionner un véhicule avec ses hommes, ne put rentrer pour que l'évacuation s'effectuât à l'heure choisie, avant minuit. En revenant, il dut se défendre à la grenade contre l'un des détachements de l'ennemi qui passait à l'attaque de la Forêt d'Othe avec blindés et canons. Au cours des combats de la journée, qui tournèrent à l'avantage des Allemands, le Lieutenant Cormeau et deux autres maquisards furent tués. Le Capitaine Edgar obtint son salut en grimpant sur un arbre. Tout le matériel amassé fut détruit afin que la Wehrmacht ne s'en servit point.

Cette défaite aurait pu démoraliser le Commandant Verneuil. Les piliers de son œuvre étaient à rebâtir. Il s'y employa et le 24 juillet, six cents hommes de la 3e Demi-Brigade, prirent le chemin des Iles Ménéfrier pour se juxtaposer au camp Camille avec lequel l'unité d'action avait été mise au point deux semaines plus tôt. Le 10 août, tous les anciens maquis de l'Yonne étaient soudés en un bloc de mille sept cents à mille huit cents hommes qui s’éleva finalement à deux mille quatre cents répartis en neufs compagnies :

  • 1ère Compagnie, Corps francs, à Bousson-le-Bas, commune de Quarré-les-Tombes (ex-maquis Aillot, Cormeau, Horteur, Guyollot).
  • 2e compagnie : Forêt au Duc.
  • 3e Compagnie : à Courotte, commune de Marigny-l’Eglise (Nièvre).
  • 4e Compagnie : à Mazignen (abandonné pour les Goths par le camp Camille après le téléscopage de deux avions alliés en plein ciel, le 18 juillet, lors d’un parachutage).
  • 5e Compagnie : au Vieux-Dun, commune de Dun-les-Places (Nièvre).
  • 6e Compagnie : à Crottefou, commune de Marigny (ex-maquis Garnier).
  • 7e Compagnie : à la Chaume au Renard, commune de Marigny.
  • P.C. et E.M. : aux Iles Ménéfrier, commune de Quarré-les-Tombes (Capitaine Laureillard — tué aux environs de Chablis le 15 août — ; Capitaine Lorrain ; Commandant Verneuil ; Commandant Camille Recouvreur, âgé de 71 ans, rengagé en 1939).
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* * *

Le 3 août, le Régiment Verneuil coopéra à la défense du Camp Camille, ce qui lui valut les félicitations et les remerciements du Commandant Grandjean. Plusieurs embuscades dans la première quinzaine de ce mois sur la route N. 6 entre Avallon et Rouvray et notamment à Sainte-Magnance (quatorze tués) lui procurèrent un complément de motorisation. Des jeeps changèrent de mains et contribuèrent à d’efficaces sondages dans les dispositifs allemands.

L’ennemi abandonna Avallon le 19 août, et le maquis Verneuil entra dans la ville. Afin de le protéger contre une éventuel retour offensif, trois barrages furent établis, l’un autour d’Avallon même et à Island-Pontaubert, contrôlant la route de Clamecy et les routes de Tonnerre-Montbard ;

le deuxième à dix kilomètres au sud-est d'Avallon, à Cussy-les-Forges, Saint-André-en-Terre-Plaine, Sainte-Magnance, Rouvray et Saint Léger-Vauban, commandant les routes d'Autun et de Semur-en-Auxois; le troisième, à quinze kilomètres au nord-ouest d'Avallon, à Nailly, au tunnel de Saint-Moré et à Précy-le-Sec, contrôlant les routes de Clamecy, Auxerre et Tonnerre.

Dans I'après-midi du 19, un Bataillon de Sécurité (Sicherheits Batallionen) remontant la vallée de la Cure depuis Vermenton, tenta de traverser le goulot de Saint-Moré. Des renforts du Maquis Camille permirent de contenir la poussée dans ce secteur. Neuf Allemands furent blessés. Les escarmouches persistèrent jusqu'au 22, date à laquelle la Wehrmacht renonça à percer.

Dans les parages de Cussy-les-Forges, des troupes de l'Afrika Corps montrèrent encore plus de ténacité et de nervosité, mais du 22 au 25, divers combats meurtriers éteignirent peu à peu leur flamme et tournèrent à leur désavantage.

Sur la route de Clamecy, utilisée par les unités de la 1ère Armée Allemands se repliant des Basses-Pyrénées, les engagements furent plus dangereux et plus cruels pour les maquisards entre Vézelay et Pontaubert.

Après de beaux coups de maître, du 20 au 22 août, le Régiment perdit, le 24, deux de ses meilleurs chefs : le Sergent Monin, qui, toujours volontaire, arrêta seul une colonne avec son F. M. et fut massacré ; et le Lieutenant Wandhuit, des Brigades Internationales, qui fut tué en effectuant une reconnaissance sur Vézelay: « Adoré de ses hommes pour sa bonté, il a été pour la 3e Brigade de l'Yonne, un exemple exceptionnel de ce que peut être un chef » (5).

 

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La fièvre d'Avallon devant le P.C. Verneuil lors de la contre attaque allemande

Sept gendarmes: le Lieutenant Villatoux, commandant la section d'Avallon, le Maréchal des Logis Jolivot, de la Brigade de Châtel-Censoir et les soldats Clerc, Louan, Mollier, Perret et Soutif, furent également le même jour les victimes des Allemands. Alors que vers vingt heures quarante-cinq, ils procédaient à une autre reconnaissance, plusieurs chars surgirent brusquement dans un virage. Surpris. les hommes du Lieutenant Villatoux se défendirent sans pouvoir battre en retraite. Leurs corps furent retrouvés couverts de blessures et dépouillés de deux montres-bracelets.

 

* * *

 

Grâce à l'action permanente du maquis, les colonnes ennemies n'entrèrent pas dans le centre d'Avallon. Elles s'écoulèrent par la route de Tonnerre.

Presque en même temps, Auxerre fut libéré et le Commandant Verneuil y pénétra le premier. De plus une dixième compagnie, mobile, née dans le Tonnerrois, sous l'impulsion du Lieutenant Biessy, opérant du Château de Maulnes, au nord de Cruzy-le-Châtel, délivra Tonnerre le 30 août concurremment avec les 1ère et 2e Compagnies et des formations F. T. P.

Un vaste mouvement tournant tendant à prendre dans une souricière les derniers éléments allemands se trouvant dans le sud-est de l'Yonne et le nord de la Côte-d'Or, fut alors amorcé pour éclaircir la situation trouble de cette région et affranchir de l'occupation toutes ses principales villes. Le Régiment Verneuil établit en somme un front avancé entre l'Armée de Normandie et celle du Midi.

Ancy-le-Franc , Nuits-sous-Ravière , Aisy, Montbard, Semur-en-Auxois, Les Laumes, Vitteaux, etc., furent autant de jalons posés rapidement dans une fantastique avance sur Dijon, qui vint à bout de toutes les velléités de résistance de la Wehrmacht. Le 10 septembre, le 1er Bataillon motorisé du Commandant Recouvreur (1ère, 2e et 3e Compagnies) fit son entrée dans la capitale bourguignonne.

 

 

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La jonction avec l'Armée De Lattre avait été réalisée le 8 à Saulieu. Jusqu'au 15, le 2e Bataillon, de son côté, apporta son concours à la liquidation de quelques « poches » jusque-là irréductibles.

Au bout de sa tâche, le Maquis Verneuil, s'était lui aussi paré d'une légitime auréole de gloire.

Incorporé au 1er Régiment du Morvan, commandé par le Colonel Chevrier, chef des F. F. I. de l'Yonne après la mort du Commandant Chollet, il fut de ceux qui refoulèrent les envahisseurs de notre Alsace et capturèrent le fort de Servance, pour s'enfoncer, en 1945, jusqu'au cœur de l'Autriche.

 

 

 

 

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MAQUIS VERNEUIL

Libération de Dijon. — Défilé du 12 septembre 1944

 

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(1) Rattachée à celle du Mouvement Libération Nord.
(2) Entre St-Florentin et Villeneuve-l'Archevêque.
(3) « Garnier » commandé par M. Monchanin, maire actuel d'Avallon, et « Aillot » d'Emile Ménecart, dit Wandhuyt.
(4) Le commandant Verneuil avait été déjà pris le 16 à Arces et torturé.
(5) Citation à l'ordre de l'Armée.

J. Maquis Socrate

MAQUIS SOCRATE

 

C'est avec un profond regret que tous ceux qui appartinrent au Maquis Socrate évoquent le souvenir de leur bon Capitaine Georges Leyton, car s'il y eut des résistants de la onzième heure, ce ne fut certes pas lui.

 

Engagé à dix-neuf ans pour faire sa carrière dans I'Armée, il était Sous-Lieutenant en 1940. Après la débâcle, il choisit un poste de garde-forestier à Saint-Benin-des-Bois (canton de Saint-Saulge) et participa à divers sabotages. En 1943, au retour d'un voyage en Haute-Savoie où la Résistance s'était déjà solidement implantée, il créa son premier maquis à Saint-Benin même. Le camp Socrate était né. Harcelé à différentes reprises et d'une façon particulièrement violente à Mauboux (Commune de Saint-Sulpice), il dut être transféré en Morvan. Les trente hommes qui le composaient y arrivèrent dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1944.

 

Retirés dans le massif accidenté et quasi isolé de la forêt de Montarnu, ils pouvaient se croire enfin en sécurité. Or, un milicien d'Arleuf s'empressa de signaler leur venue à la Kommandantur de Château Chinon, et, emmenant deux Feldgendarmes dans son automobile, il les pilota vers les F. F. I. Mais la promenade tourna mal. L'un des policiers fut capturé et exécuté, et le second blessé à la tête.

 

Le lendemain matin, les Allemands dépêchèrent un camion et sept voitures sur le théâtre du combat. Les maquisards se trouvaient alors presque tous à Préperny. Six seulement d'entre eux étaient restés dans une cabane élevée au lieudit « Les Prés Moreau ». Le Capitaine Socrate était du nombre. Avec trois de ses compagnons, il eut le temps de s'enfuir, tandis que les deux autres (1) étaient massacrés après avoir lutté jusqu'à leur dernière cartouche, et que les six bûcherons, qui leur avaient offert leur abri, étaient menacés d'être fusillés.

 

Résigné à accomplir une étape supplémentaire pour dérouter les attaquants, le groupe du Capitaine Socrate reprit sa marche et s'arrêta dans le Bois des Corvées qu'il abandonna bientôt pour gagner un coin plus solitaire, sur les conseils de M. Marcel Gey, exploitant forestier et entrepreneur de transports de la commune d'Anost. Cet excellent homme, qui ravitailla quotidiennement le maquis en cette période critique, et lui amena des recrues, devait être perfidement dénoncé à la Gestapo de Chalon, par deux traîtres, dont le promoteur de la tuerie de Montaron (2).

 

En effet, le soir du 5 juin, M. Gey rentrait à son domicile, à Bussy, lorsque cinq miliciens, en civil, l'accostèrent pour lui demander de « remorquer leur voiture en panne », en fait, pour le livrer aux AlIemands qui les accompagnaient. Longuement torturé ; il fut abattu le 6 juin vers cinq heures trente, près de Saint-Hilaire-en-Morvan.

 

La mort de ce patriote, âgé de quarante-quatre ans, consacrait les exploits des collaborateurs qui. trois semaines plus tôt, avaient fait arrêter une quinzaine de personnes d'Anost y compris Mme Le Berger, femme du Capitaine Maurice (3).

 

La série des meurtres et des pillages provoqués, en premier lieu, par les complices de l'ennemi, allait desormais s'accroître.

 

Ainsi, le 11 juin, au cours d'une opération contre le maquis réinstallé en Reinache, après un séjour vers Ménessaire, la Wehrmacht pilla Lavault-de-Frétoy et rassembla une vingtaine d'otages, hommes, femmes et enfants sous le prétexte que des coups de feu avaient été tirés de l'une des maisons Quatre jeunes gens : Maurice Bourdelot, 25 ans, Henri Camous, 21 ans ; Philippe Devoucoux, 20 ans ; et « Marcel Bertrand », 23 ans, réfractaire de la région parisienne furent déportés à cette occasion.

 

Un mois plus tard, du 12 au 15 juin, de forts détachements allemands et russes, avec leurs auxiliaires miliciens, voulurent briser la ceinture défensive du camp Socrate. Ils s'y cassèrent les reins. Les résultats qu'ils obtinrent furent minimes et leurs pertes sévères. Les F. F. I. coupèrent la route Arleuf - Anost et refoulèrent toutes les troupes avec l'aide des renforts envoyés notamment par le Capitaine Serge (Drouhin). Néanmoins, Radio-Vichy diffusa une « information » suivant laquelle un maquis du Haut-Morvan avait été complétement exterminé dans la Forêt d'Anost.

 

Cependant, si les maquisards s'étaient assez facilement tirés d'un mauvais pas, de douloureux événements, attestés par quatre maisons brûlées, avaient attristé la commune qui comptait trois victimes : une jeune fille de l'Assistance âgée de 16 ans, et deux jeunes gens de 17 et 18 ans : François Basdevant (4) et André Feffer, élèves de la classe de Philosophie du Lycée Henri IV. Ces derniers furent soupçonnés, à tort, d'être des « terroristes », martyrisés comme tels et finalement achevés le 13 juillet à la Pommeraie, près de la Croix-de-Joux.

 

A ces noms faut-il ajouter celui de M. Albert Bigeard, 46 ans, secrétaire de Mairie, emprisonné à Chalon et ensuite expédié en Allemagne, pour avoir toléré l'apposition d'un papillon priant les habitants d'éviter de se grouper autour des véhicules de la Résistance ? Certainement hélas, car aucune nouvelle de son sort n'est parvenue à sa famille.

 

Après ces journées tragiques, le calme revint à Anost jusqu'au 27 juillet.

 

La veille, la 4e Section du Maquis Socrate, commandée par l’Adjudant-Chef Marquart, s'embusqua au Pommoy où elle tua ou blessa cinquante soldats faisant partie d'un convoi de camions, tout en ne déplorant elle-même qu'un mort — Corniaux, 18 ans, de Cussy-en-Morvan — et trois blessés dont l'Adjudant Marquart (5).

 

Cette affaire, semble-t-il, engagea la Wehrmacht à organiser un suprême assaut contre le camp. Celui-ci se révéla, une fois de plus, imprenable, malgré l'infiltration d'éléments conduits, à travers bois, par un traître, et le tir de mortiers et de canons. Les maquisards consolidèrent leurs positions de Rochemaçon, et, seul, le parc à voitures perdit quelques-unes de ses unités, d'ailleurs en mauvais état. Aussi, les 28 et 29 juillet, les Boches mirent-ils à sac le hameau de Bussy pour se consoler de leur échec.

 

Le 18 août, ils fusillèrent trois personnes d'Arleuf où plusieurs collaborateurs avaient été enlevés quelques jours auparavant par les F. F. I. : M. François Goujon, ex-prisonnier de guerre, âgé d'une quarantaine d'années, fut assassiné le premier, tandis que, se cachant dans un champ de pommes de terre, il se disposait à s'enfuir vers les Brenots. Puis M. François Boulle, 72 ans perdit la vie pour expier le crime de posséder un vieux revolver... qui appartenait peut-être bien à ses tortionnaires.

 

Le troisième cadavre fut, au Marault, celui d'un jeune homme de 22 ans, Robert Gantès. Comme un soldat s'apprêtait à le fouiller, il porta la main à une des poches de son pantalon afin de montrer qu'il ne s'y trouvait qu'une pierre à aiguiser. Ce geste incita l'Allemand — qui se crut probablement menacé — à lui tirer une rafale de mitraillette sans autre forme de procès.

 

Pour clore la soirée, ses comparses incendièrent la maison de M. Girard, maire suspendu de ses fonctions par Vichy.

 

Ce même après-midi, le Capitaine Socrate, trouva, lui aussi, la mort sur la route nationale 78. Ayant récemment dispersé toutes ses unités, en les répartissant par secteurs, il venait de quitter son P. C. vers quatorze heures, pour inspecter des embuscades dans les bois de Montarnu, lorsqu'à la sortie de la Selle-en-Morvan, à trois cents mètres à peine du village, sa voiture rencontra des camions ennemis roulant en sens inverse.

 

L'auto stoppa à trente mètres de la colonne qui ouvrit aussitôt le feu sur ses trois occupants. Le chauffeur, M. Joseph Niel, se tira seul indemne de cette aventure imprévisible. Son chef, grièvement blessé, expira bientôt, et Henriette, l'infirmière qui était également avec lui, succomba à Ouroux en dépit des soins prodigués.

 

 

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Socrate disparu, l'histoire du maquis, bouleversé par tant de secousses, était presque terminée. Nous n'en dirons donc pas davantage à son sujet, et nous estimons que la plus belle et la plus émouvante conclusion que l'on puisse donner à ce chapitre, tient toute entier dans le récit de l'agent de liaison Pierre Ferrari, de la classe 1943, actuellement préparateur en pharmacie, et réformé temporairement en janvier 1946 pour :

 

Mutilation de la face par reliquats de fracture de la région angulaire droite et de la branche horizontale gauche du maxillaire inférieur.

Déviation à gauche de la mandibule.

Défaut d'engrènement des dents.

Cœfficient de mastication inférieur à 40 %.

 

Ce récit, Pierre Ferrari l'a intitulé lui-même: « Chasse à l'homme ».

 

« 9 août 1944 — (6). Ce matin, vers huit heures, par une pluie battante, je suis volontaire avec trois de mes camarades : Balafré (chef de groupe) , Bombonne (caporal) et Roger, pour accomplir une mission de ravitaillement à Moulins-Engilbert.

 

« Nous partons. En chemin, nous rencontrons Marc (Dufour) chef de la 2e section cantonnée près de la nôtre et trois de ses hommes qui vont également à Moulins.

 

« Nous les retrouvons dans cette localité.

 

« Visites chez les commerçants, sabotage de matériel allemand, contrôle d'identité et midi est vite arrivé. Nous avons faim. Après un frugal repas pris dans un restaurant place du Marché, je reste seul de ma section à Moulins.

 

« Assis sur un petit banc près de la boutique d'un fruitier, je devise gaiement avec des braves gens da pays, quand, soudain, je vois apparaître deux cyclistes boches qui, armés de leurs fusils, se dirigent à pied vers le restaurant ou mes camarades de la 2e section {inissent de déjeuner.

 

« Ils vont être surpris... que faire ? Je n'ai alors qu'une pensée: les prévenir du danger imminent.

 

« Sans réfléchir davantage, je tire mon pistolet de ma ceinture (un parabellum allemand), j'arme et fais feu sur l'ennemi.

 

« Les Boches, saisis, abandonnent leur machines au milieu de la chaussée et battent en retraite précipitamment, mais se ressaisissant bientôt, prennent position aux abords du restaurant et commencent un tir croisé.

 

« Derrière un poste d'essence que le hasard a placé là, je tire encore quelques balles. Abri bien précaire en vérité. Je suis à peine à trente mètres de deux Mauser qui portent à deux kilomètres. Je n'ai guère d'illusions. Je dois tôt ou tard succomber.

 

« Tout à coup, je ressens à la face un choc d'une violence extrême. J'ai l'impression que ma tête éclate. Le sang inonde mon visage. Mes yeux se brouillent. Je vacille. Vais-je déjà tomber ? Une balle entrée dans l'oreille droite vient de ressortir par la joue gauche. Dans un sursaut, je me raidis, les doigts crispés sur la crosse du parabellum, j'appuie de nouveau sur la gâchette, une fois, deux fois, puis c'est fini, le chargeur est vide.

 

 

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« La fusillade fait rage, les projectiles sifflent toujours à mes oreilles. Je tâte en vain mes poches, mon deuxième chargeur et mes balles en vrac sont restés dans mon blouson au café, ma grenade défensive pendue à ma ceinture a dû rouler dans le caniveau, je ne la retrouve plus.

 

« Je n'ai qu'une issue, peut-être fatale, la fuite.

 

« Derrière moi, toutes les portes sont closes. Alors, sous un feu nourri, de toute la vitesse de mes jambes, je me mets à courir. Tournant brusquement à droite pour me dérober à la vue des Boches, j’avise une porte cochère. Je m'y engouffre tel un bolide. Une dame me fait en toute hâte monter dans son grenier, elle sort en refermant la porte à double tour. Je néglige la chaise-longue, l'oreiller et les pansements qu'elle a placés à ma disposition. Il me faut trouver une cachette plus sûre. A deux mètres du sol, au-dessus de la porte, un plancher étroit. Une traction, un rétablissement et je suis en place. Pas pour longtemps... J'entends des éclats de voix dans la maison, des bruits de bottes dans l'escalier. Je ne peux m'y tromper. Les Boches m'ont suivi à la trace. Les pas se rapprochent. Je me sens perdu. Manœuvrant une dernière fois la culasse de mon revolver, je constate qu'il ne reste pas même une balle pour moi. La mort ne me fait pas peur, mais ce n'est pas sans un frisson que je repense aux tortures endurées par mes camarades martyrs.

 

« Dans un éclair, toute ma vie défile devant mes yeux; mon vieux papa déjà si éprouvé par tant de malheurs, maman Jeanne si bonne, ma chère petite Yvette, tous mes amis, toute ma jeunesse heureuse et insouciante.

 

« Non. je dois tout tenter. D'un bond, je suis en bas, deux fenêtres ouvertes s'offrent à ma vue. Je me précipite vers celle de droite, j'ai déjà un pied sur le rebord.

 

« Dans la rue, une figure bestiale sous un casque hideux, un boche m'ajuste. Le coup part, une balle passe. Ouf ! il m'a manqué. Les bandits, ils cernent l'immeuble. La porte est secouée brutalement. Courant vers l'autre fenêtre, je l'enjambe et me voilà sur le toit glissant. Un instant je perds l'équilibre. Je vois le trottoir se rapprocher avec une rapidité foudroyante. Un peu abasourdi, je m'y retrouve à quatre pattes. Rien de cassé. Mais le Boche me guette. En une course désordonnée, mon pistolet maintenant inutile retenu à mon cou par un cordon de parachute, brinqueballant entre mes jambes, j'escalade clôtures, haies, murs de deux mètres avec une dextérité prodigieuse, pour atterrir dans un jardin, exténué et pantelant. Je me traîne dans un carré de betteraves qui me camoufleront un peu et là, plaqué au sol, mon visage baignant dans une mare de sang, crachant ma mâchoire par petits bouts, j'attends. Tout près les fusils-mitrailleurs crépitent. Des balIes perdues viennent s'aplatir sur le mur d'en face. Il en sera ainsi pendant des heures.

 

« Ma blessure me fait maintenant terriblement souffrir, j'ai la gorge en feu. J'éprouve au poignet gauche une douleur aiguë. Il est certainement fêlé. Le droit me fait aussi très mal.

 

« Soudain, je tressaille, j'entends des pas dans le jardin. Je me plaque davantage. La terre rentre dans ma bouche. A un mètre de moi, quelqu'un marche. Je risque un oeil, prêt à toute éventualité.

 

Ce n'est qu'un brave homme qui passe sans me voir.

 

« A demi-inconscient, mon attente se prolonge jusqu'a dix-huit heures. Le calme est revenu. Les Allemands seraient-ils partis ? Je n'ose espérer. Je suis inquiet du sort de mes camarades. Que sont-ils devenus ? Morts ?... Vivants ?...

 

« Au prix d'efforts surhumains où chaque geste, malgré moi, m'arrache un cri, je parviens à me relever. Tout maculé de sang, de sueur et de terre, les vêtements en loques, les cheveux hirsutes et englués, je me dirige en titubant vers la maison attenant au jardin. Amis ? Ennemis ?... Une jeune femme m'accueille en pleurant. Je suis sauvé.

 

« Mes quatre camarades le seront aussi »

 

Il y eut ainsi des milliers de Ferrari en France.

 

 

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(1) Hanat, né au Canada et Couture, de Crux-la-Ville.

(2) Le 10 juillet 1944, le maquis de Montaron, où cet indicateur s'était rendu après avoir déserté le camp Socrate, fut attaqué par 800 Allemands. Les F.F.I., complètement surpris. eurent plus de vingt tués ou fusillés parmi lesquels leur chef, le lieutenant Antoine Lacharme et ses deux fils.

(3) Elles furent incarcérées à Chalon-sur-Saône, puis expediées à Compiègne et libérées le 31 août à Péronne par l'armée américaine, sauf MM. André Baroin. plâtrier, 52 ans ; Georges Bourdelet, 66 ans ; Henri Dessertenne, cultivateur, 48 ans et Jean-Marié Pasquelin, forgeron, 54 ans, tous deportés en Allemagne. Seuls Mme Le Berger et M. Théophile Pasquelin furent relâchés au bout de quelque temps.

Avant leur départ d'Anost, les Boches interrogèrent et battirent les prisonniers dans la salle à manger de l'hôtel de M. Louis Guyard, inculpé d'avoir hébergé des maquisards. « Pas toujours les terroristes chez vous, un peu la Gestapo », lui dit-on.

(4) Fils de M. Jules Basdevants Vice-Président de la Cour de Justice Internationale, à La Haye.

(5) Ce sous-officier reçut 11 éclats de grenade et dut être hospitalisé à Caeuson.

(6) La veille avait eu lieu l'embuscade de la Tour, à Dommartin (60 morts chez l'ennemi).

I. Maquis Roland (maquis de Donzy)

MAQUIS ROLAND

(Maquis de Donzy)

Un petit village berrichon, Marseilles-les-Aubigny, à deux pas de la Nièvre, a vu naître, en 1924, celui qui fut l'un des premiers maquisards de France, sinon le premier : Roland Champenier dont la vie brève a été bien remplie au service de la France. Intelligent, simple et modeste, ses qualités d'organisateur lui valurent le mérite d'être le chef des F. T. P. du Cher, puis de la Nièvre. D'une nature généreuse et non partisane, il sut s'assurer la confiance et le dévouement de tous ceux qui n'aspiraient qu'à la lutte libératrice. Les F. T. P. comptèrent ainsi dans leurs rangs le Marquis Denys de Champeaux (Colonel, dit « Commandant Biard »).

Etudiant à Vierzon et désireux d'entrer à l'Ecole Bréguet, Roland Champenier suspendit ses études pour se consacrer tout entier à la résistance. En 1940, il avait déjà aidé de nombreux prisonniers à s'évader du camp de Fourchambault en leur faisant traverser la Loire en barque, puis passer les barbelés de la ligne de démarcation.

A partir de 1941, il commença le rassemblement des F. T. P. de son département et enrôla, dans ses groupes, les réfractaires au service du travail obligatoire, fondant, en novembre 1942, le maquis de La Guerche-sur-l’Aubois. Le 16 mai 1943, accompagné de René Melnich et Max Thenon, il libéra, en gare de Nérondes, l'un de ses camarades emmené à Bourges. La police et les Allemands recherchèrent alors Roland qui dut se camoufler a Saint-Léger-le-Petit.

Du Cher, il vint dans la Nièvre ; ses chefs l'ayant choisi pour y faire aussi œuvre utile. Son esprit alerte, sa vigueur sportive le servirent excellemment.

Pendant toute cette année 1943, les équipes F. T. P., de La Charité (Commandant Genet), Sauvigny-les-Bois (Petit) et Imphy (Telly), s'attaquèrent aux trains de permissionnaires. En quelques mois, deux de ces équipes provoquèrent dix-huit déraillements. La ligne de Paris fut souvent coupée dans le secteur Pouilly-La Charité (à Tracy-Sancerre, Mesves-Bulcy, etc..) ; celle de Chagny, à Imphy et Béard; enfin celle de Moulins, à Gimouille.

Afin de gêner la marche des usines utiles à l'ennemi (Société de Constructions Aéronautiques du Centre, à Fourchambault), plusieurs pylônes électriques furent sabotés dans la région.

Le 5 novembre, Roland délivra six F. T. P. arrêtés en octobre par le Service de Répression des Menées Anti-Nationales. En traitement à l'hôpital général de Nevers après un long martyre à l'Ecole Normale, — martyre odieux, car avec écœurement et tristesse, il faut reconnaître que ses auteurs furent des Français qui se firent les complices des Allemands —, ces F. T. P. : Henri Bussières, Commandant Genet, Georges Leblond, Marchand, Marie et Raveau, ayant pu faire parvenir à leurs amis des renseignements sur l'endroit précis où ils se trouvaient, recouvrirent une liberté qu'ils n'osaient plus guère espérer. Avec sa mitraillette, Roland s'avança à la tête du petit groupe qu'il avait préparé avec Wasyck et Véreaux. Quelques minutes suffirent pour réaliser un enlèvement aventureux et hardi dont la réussite fut proclamée par la B. B. C. et Radio-Moscou.

Ce succès se renouvela le 4 mars 1944. Cette fois, ce fut Roger Beauger qui fut tiré de l'hôpital. Coiffeur parisien venu dans la capitale nivernaise en 1941, il avait mis à profit son séjour, comme employé aux usines Thomson-Houston, pour saboter les fusées d'obus dans une proportion de 40 %, puis s'était joint au Commandant Genet et a Roland. Le 13 octobre 1943, tombé entre les mains des policiers du S. R. M. A. N. qui connaissaient son activité, Roger Beauger fut épouvantablement torturé. On ne lui épargna pas les coups de nerf de bœuf et de poing dans le ventre « pour le remettre de sa maladie de foie ». Malgré d’horribles menaces proférées contre sa femme et ses enfants, il ne parla point, sauvant ainsi bien des patriotes de la rafle et du poteau d'exécution.

 

 

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* * *

 

Au début de l'été 1944, deux principaux maquis F. T. P. — ceux de la Forêt de Donzy et de Balleray (Ariaux) — furent accrochés par la Wehrmacht. Sans contredit, la bataille de Donzy fut la plus sanglante pour l'ennemi puisqu'elle lui coûta cent soixante-quatorze morts.

Le Maquis de Donzy était le siège du P. C. des F. T. P. de la Nièvre (1). Replié de quelques kilomètres, depuis le 27 juin, à la suite d'un engagement avec une voiture d'officiers de la Gestapo, il s'étendait près du village de Couthion et était fort de près de deux cents hommes. Peu de chose comparativement aux trois mille Allemands qui l'assaillirent le 1er juillet.

Durant les trois premières heures de la mise en place de ses forces, I’ennemi ne devina pas que les lieux qu'il cernait avaient été récemment évacués. Il se rendit seulement compte de son erreur lorsque deux de ses soldats, en motocyclette, essuyèrent le feu de l'un des postes de garde F. T.P.

Couthion fut alors rapidement occupé par une demi-douzaine de tanks précédant l'infanterie. En conséquence, le Commandant décida de décrocher et de percer vers Bondieuse. Une reconnaissance, pas assez poussée en profondeur, fit croire que ce village n'était pas contrôlé par les Boches, tandis que ceux-ci s'y trouvaient bel et bien.

Cette méprise causa la mort de plusieurs partisans, dont le père du Commandant, « Capiche ». Roland apprit la terrible nouvelle avec stoïcisme et, raffermissant son courage, tua un Allemand grimpé dans un arbre.

La lutte se poursuivit jusqu'au soir, plus âpre en direction de Cessy-les Bois, pour donner un coup de bélier dans les lignes adverses et tout culbuter. La majorité des F. T. P.' qui avaient douze morts et cinq blessés, se retira ensuite vers Prémery, tandis qu'une partie se dirigeait sur Entrains. E

Le Commandant Roland, qui devait être tué plus tard à Belfort, après avoir refusé les galons de Lieutenant-Colonel, fut, avec ses camarades, partisan de mainte autre victoire, mais celle-ci demeurera la plus glorieuse. Treize personnes de Donzy et de Sainte-Colombes furent, hélas, torturées et fusillées en représailles. Ce sont : pour Donzy : Louis Couard, 36 ans, père de huit enfants ; Paul Lemaire, 29 ans ; Pierre Lemaître, 26 ans ; Lucien Maillard, 24 ans et Jacques Michot, 17 ans, assassinés dans la Forêt d'Avains, commune de Châteauneuf-Val-de-Bargis ; Marcel Louis, 21 ans, et Georges Morère, 26 ans ; pour Sainte-Colombe: Eugène Bardin, 44 ans et sa femme, 41 ans, décédée à l'hôpital de Cosne — leur ferme de la Galonnerie fut brûlée comme le hameau de Couthion ; Maurice Coillac, 22 ans ; Marcel et René Poursin, 36 et 26 ans, et Eugène Lebègue, 39 ans, rattrapés dans leur fuite.

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(1) M. Millot, d'Alligny-Cosne, participa à son organisation. Responsable régional du Front National il fut chargé du développement des Milices Patriotiques dans les cantons de Cosne, Donzy et SaintAmand-en-Puisaye.

 

H. Maquis Maurice

MAQUIS MAURICE

 

Le Maquis Maurice, ou Maquis de Saint-Prix, fut fondé par M. Louis Le Berger, Capitaine d'active, démobilisé le 27 novembre 1942 et reclassé comme Ingénieur des Eaux et Forêts à l’Inspection d'Autun en mai 1943.

 

S'étant affilié au groupe de résistance formé par M. Léon Magnard, Inspecteur des Eaux et Forêts, qui fut, quelques mois plus tard, victime de la Gestapo, le Capitaine Le Berger camoufla les réfractaires du S. T. O. dans divers chantiers. Il récupéra et rangea, dans des maisons forestières (aux Renaudiots, aux Echards) et au Château de Sommant, du matériel ayant été la propriété de l'ancien Commissariat au Chômage et alloué aux Eaux et Forêts.

 

Puis ce fut la liaison avec le jeune Rœrich, dit Mario, chimiste aux Thélots, commune de Saint-Forgeot, chef de l'A. S. d Autun, en compagnie duquel il prépara la mise sur pied d'un camp en parcourant la région morvandelle « pour entreprendre une délimitation générale de la Forêt d'Anost et inspecter les chantiers ». Motifs qui ne pouvaient évidemment pas attirer de méfiance.

 

Le 4 août 1944, le Capitaine Maurice vint au P. C. Benoy. Après une entrevue avec le chef des

F. F. I. Férent, le Chef canadien Michel et le Capitaine Georges, il fut convenu qu'un bataillon serait constitué dans les environs d Autun afin d'augmenter la pression contre l'ennemi et le harcèlement de ses communications.

 

Il fallut, en attendant mieux, se contenter d'un assez piètre armement. Quatorze mitraillettes, deux fusils-mitrailleurs, une cinquantaine de grenades furent seulement emportés. Deux voitures partirent donc du Château de Volsin — à l’est du bois du Grand Baronnet — , emmenant les Capitaines Maurice et Georges, ainsi que quatre hommes dont « Mario ». Malgré la rencontre de Russes Blancs à Saint-Vallier, le trajet s'accomplit sans incident jusqu'à Saint-Prix, par Montceau et Montchanin-les-Mines, Le Creusot, où I’un des véhicules, en panne, fut remplacé par une camionnette des P. T. T. réquisitionnée, Saint-Sernin-du-Bois, Autun et La Selle.

 

Les voitures, remontant la sombre vallée de la Canche, s'arrêtèrent à la Maison Forestière de La Croisette. Délestées de leur chargement, elles repartirent vers Marizy.

 

Le lendemain, le matériel fut transporté plus avant dans la forêt, à la Maison abandonnée de la

Goulette, nichée à sept cents mètres d'altitude, au cœur du Massif du Bois du Roi, près de la Source

de la Canche, dans une contrée qui, par sa rudesse, rappelle certaines montagnes auvergnates et la

beauté de la Haute Creuse. A l'abri d'une pareille barrière boisée, le maquis serait inattaquable (1).

 

Dans la quinzaine qui suivit, celui ci commença a se renforcer en recevant, notamment, des scouts d’Autun, envoyés par M. I'Abbé Trinquet (Zouave pontifical) et un groupe commandé par le Lieutenant Gallard (Echavidre). Bientôt le camp compta cent cinquante hommes et entra en contact d’un côté, avec le Maquis Louis ; et de l'autre avec le Maquis Socrate. Un centre de transmissions occupa successivement le Château Quioc, à Saint-Prix, puis le Château des Airelles, à la Grande Verrière. Le camp avait le champ libre pour les opérations entre Glux et Autun

 

Mais, si la bonne volonté ne faisait pas défaut l’armement restait toujours aussi rudimentaire malgré la venue du Lieutenant parachutiste Hache et u radio américain Bacik qui demandait avec insistance l'envoi urgent de matériel.

 

Et ce fut la nouvelle désespérante du 27 août :

La mort du Capitaine Georges et de Mario. Le matin, M. l’Abbé Trinquet était venu d’Autun pour célébrer la messe au camp. Au début de l'après-midi, il était reparti avec eux en automobile, pour Anost, lorsqu'arrivés, vers quinze heures trente, sur la route N. 73, ils étaient tombés, quelques centaines de mètres plus loin, dans une embuscade ennemie, près du village de Pommoy. Mario avait été tué sur le coup, et le Capitaine Georges achevé d'une balle dans la nuque.

 

Seul M. I'Abbé Trinquet s'en était tiré, mais non sain et sauf. S'étant esquivé de son mieux en essayant de gagner, en rampant, la route du Pommoy à Roussillon, il avait été suivi dans sa retraite par le tir des Allemands et, alors qu'il allait atteindre cette route et s'échapper à leur vue, il avait été grièvement blessé au bras droit. Fous de rage, les soldats s'étaient approchés de lui, en criant: « Kapout ! Terroriste ! » Il lui avait fallu, dans un sursaut d'énergie, sous la menace des armes braquées sur lui, fournir des preuves devant les convaincre que leur opinion était erronée. Grâce à Dieu, il y avait réussi en déclarant que fatigué au cours d'une promenade, il était monté dans la première voiture rencontrée qui aurait aussi bien pu être allemande... »

 

Pansé et emmené par les Allemands à Autun, M. I'Abbé Trinquet échappa à la fois au trépas et aux griffes de la Gestapo qui se proposait, à son rétablissement, de le questionner plus en détail. Cependant il dut être amputé de son bras.

 

Le corps de Mario, recueilli par les maquisards du Capitaine Socrate, fut inhumé à Anost. Celui du Capitaine Georges, ramené à la Goulette, fut enterré à vingt et une heures dans une tristesse générale.

 

Le camp Maurice, privé de deux de ses chefs, n'en continua pas moins à poursuivre son organisation afin de faire payer chèrement la victoire ennemie. Le 3 septembre, un parachutage fut signalé aux Quatre-Vents, (près du village de Laizy-sur-Arroux), par deux hommes qui devaient ramener deux camarades pendus dans ce lieu.

 

Magnifique aubaine. Un camion fut envoyé sur-le-champ pour prendre les containers. Au retour, les Allemands l'arrêtèrent à Saint-Léger-sous-Beuvray, mais il parvint à passer, car quelques hommes du groupe Marquart entrèrent en scène, ainsi que cinq avions alliés. MM. Protin, instituteur, et Develay, de Saint-Léger, furent hélas, tués au cours du combat (2).

 

Le 8 septembre, le Bataillon de l'Autunois, enrichi de six jeeps parachutées, participa à la libération d'Autun en liaison avec le 2e Dragons de l'Armée du Général de Lattre, dont le fils fut grièvement blessé, et d'autres unités F. F. I. venues en partie du Lot (3).

 

 

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(1) De là la route grimpe a plus de 885 mètres avant d'atteindre le sommet du Folin.

(2) L'adjudant Marquart (cf. Maquis Socrate), attaqua l'après-midi un second convoi avec quelques Civils de Saint-Léger.

(3) C'est d'Autun que des reconnaissances blindées furent poussées sur Saulieu, Corbigny et Château Chinon. — Consulter l'ouvrage de Paul Cazin : La Bataille d'Autun.

19.01.2006

G. MAQUIS LOUIS

M. l'Abbé Bonin, mobilisé en 1939 dans les troupes coloniales de la 66 D. I. C. fut désigné en février 1940 comme aumônier au 23e R. A. C. Fait prisonnier en juin et interné au camp d'Uruffe, il fut libéré à la fin de l'été, en tant que prêtre et nommé administrateur de la paroisse morvandelle de Millay.

 

Homme de grand cœur et, par-dessus tout, Français, il employa son zèle à combattre le défaitisme et à semer les germes de l'insoumission à l'occupant dans le canton de Luzy, où MM. Pinet, chef de gare, et Gressin, instituteur, se dévouaient à la même cause.

 

Se moquant des ordres de la Kommandantur relatifs à l'interdiction des sonneries de cloches, M. l'Abbé Bonin continua à célébrer, aussi dignement que par le passé, nos fêtes religieuses et nationales et le souvenir de la cérémonie du 11 Novembre 1942 n'est certainement pas près de s'estomper. Il organisa, en outre, des ventes de charité et des séances de bienfaisance clandestines au profit des prisonniers, ainsi que des conférences patriotiques auxquelles prit part le jeune Jean d'Escrienne qui fut également à l'avant-garde de la résistance jusqu'au début de 1942. Ce patriote, âgé de 20 ans, résolut alors de rejoindre les Forces Françaises Libres. A ce sujet, nous nous permettons une digression en attendant d’entrer davantage dans les détails de la création du Maquis Louis.

 

Car Jean d’Escrienne fut le modèle de l’énergie indomptable, qui secoua notre peuple et qui, d’abord renfermée et prudente, préparant la voie aux maquis, s’épanouit subitement, semblable à la vapeur d’une chaudière sous pression dont la soupape s’ouvre à un moment donné.

 

Par l’Espagne, le Portugal et Gibraltar, il réussit à gagner Londres où le Général de Gaulle lui fit l’honneur de le recevoir personnellement. Engagé comme simple soldat, il participa aux campagnes d’Egypte, de Lybie, d’Afrique du Nord et d’Italie, puis débarqua en Provence.

 

Le 21 août 1944, à Hyères, son lieutenant ayant été tué, il le remplaça à la tête de son unité et fût blessé d’une balle à l apoitrine au cours de la progression de sa section. Hospitalisé à Casablanca, il suivit, à sa sortie de concalescence, les combats d’Alsace et remporta ainsi une deuxième citation conçue en ces termes :

 

 

1ère Division Française Libre – 4ème Brigade

6 avril 1945

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Le Général de Goislard de Montsabert,

Cite à l’Ordre du Corps d’Armée :

 

 

« Le Sous-Lieutenant d’Escrienne Jean : Chef de section anti-chars faisant partie du S.A. de Rossfeld a, par son allant et par l’exemple continuel qu’il a donné à ses hommes, pris une part prépondérante à la défense héroïque du village de Rossfeld qui a résisté à tous les furieux assauts de l’ennemi ».

 

Lorsque Jean d’Escrienne quitta la France, en janvier 1942, il adressa à sa mère, Mme de Grandpré, des lettres d’une mâle éloquence et d’une grande élévation d’âme :

 

« Je descends de Notre-Dame de la Garde (1). Je viens d’y faire mon pèlerinage d’adieu à la France. Je demande à la Vierge de veiller sur vous, et sur tous ceux que j’aime, sur tout ce que j’aime, de les bénir, de sauver la France.

 

« Vous avez peut-être éprouvé comme moi, qu’il y a une certaine joie à se sacrifier… La nuit peut être longue, la nuit peut être obscure, l’aube vient quand même… L’aube de la libération, de la résurrection illuminera un jour la douce terre de notre France, dont nos sacrifices auront la fierté d’avoir fait la plus belle des Patries.

 

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

 

 

J’ai horreur de la sensiblerie, parce qu’elle enlève aux hommes leur virilité et j’évite autant que possible, ou je voudrais éviter, la sensibilité, de peur qu’elle dégénère en sensiblerie. C’est pour cela que je suis tout heureux de constater que votre pensée et la pensée de tout ce qui m’est cher, de ce que j’ai quitté volontairement, sans tourner la tête, de ce coin de terre où j’ai été élevé, du milieu dans lequel j’ai vécu, m’est u étrange stimulant, et fortifierait, je le sens, le jour où il le faudrait, ma résolution... C'est pour tout cela, vivre libre et dans l’honneur... Et cette idée me rend tout heureux. Je voudrais, Maman chérie, qu'elle vouss donne aussi un peu de bonheur, cette idée que je suis heureux ».

 

10 février 1942.

 

Une nation qui a une telle jeunesse ne périt pas. Et elle ne peut être qu'injustement reléguée au second plan.

 

 

 

________

 

(1) à Marseille

 

 

 

* * *

 

 

Lorsque survint à Millay l'ordre de départ de la classe 1942 pour le service du travail obligatoire, M. l'Abbé Bonin fit circuler ce bulletin :

 

« Vous êtes invité à assister ce jour, mardi 1er juin, à 9 h. 30, au Salut du T. S. Sacrement qui sera célébré aux intentions des jeunes gens de la paroisse qui sont obligés de quitter leurs amis ».

 

Et aucun d'entre eux ne partit en Allemagne. Tous se transformèrent en réfractaires. M. le Curé se chargea de leur procurer de fausses cartes d'identité.

 

Fin 1943, il fonda l'Amicale clandestine des Prisonniers évadés, libérés et rapatriés de Millay ayant pour but de :

 

1°) Grouper tous les Prisonniers de guerre de la localité.

 

2°) Empêcher la déportation.

 

3°) Hâter le retour des camarades.

 

4°) Accueillir par un vin d'honneur les prisonniers rentrants, les éclairer sur la situation du pays ; les empêcher d'adhérer à des organisations vichyssoises et collaborationnistes ; leur trouver un emploi.

 

5°) Secourir les familles de prisonniers ; envoyer des colis gratuits à ceux restés derrière les barbelés ; constituer une caisse de secours en leur faveur par des séances récréatives et le placement de cartes de bienfaiteur.

 

6°) Maintenir dans la population une note respectable à l'égard des prisonniers en s'opposant à tout bal et à toute fête tapageuse.

 

7°) Travailler à la victoire totale et à une paix durable.

 

 

Ce fut ensuite la préparation du Maquis. Entré primitivement en relation avec des officiers de la Résistance parisienne dont la plupart furent internés ou fusillés, M. l'Abbé Bonin s'affilia à un groupe de résistance du Jura (O. C. M.) par l'intermédiaire du Lieutenant Armand (Botey) qui fut tué le 6 septembre 1943 à Blaisy-Bas. Celui-ci se mit de même en rapport avec M. Pinet.

 

Sous-chef de gare à Laroche-Migennes (Yonne), M. Joseph Pinet fit évader des prisonniers et harcela les transports allemands. Ayant dû changer de poste en raison de cette activité. il arriva à Luzy le 15 juin 1941. Fabricant de fausses pièces d'identité comme M. l'Abbé Bonin avec lequel il se lia, il détruisit les écritures concernant les convois destinés aux nazis.

 

 

En 1942, seul avec le Lieutenant Armand, il essaya d'incendier leurs trains, de détériorer les boîtes d'essieux ou de couper les conduites automatiques, et il camoufla des réfractaires qu'il envoya à Millay.

 

En 1943, MM. Lucien et Lazare Moreau (Lieutenant Adolphe et Sergent Oscar), Roger Pautet (Sergent Vincent), tous sous-officiers de carrière de Millay, se rangèrent aux côtés du Lieutenant Armand et de M. Pinet pour former avec M. Henri Thomas, employé S. N. C. F., de Luzy, une petite équipe de sabotage qui causa le 3 octobre, le déraillement d'un train de permissionnaires aux Ardillys (1).

 

Un attentat semblable, séparé du premier par diverses opérations, (dont l'explosion d'un train de munitions à Chagny provoquée le 27 octobre par une bombe incendiaire), occasionna des dégâts très importants et tua ou blessa de nombreux soldats.

 

Un troisième déraillement important se produisit le 21 novembre, mais cette fois le train de permissionnaires fut manqué. Un train de marchandises fut endommagé à sa place.

 

 

Pistés par la Gestapo, MM. Lazare Moreau et Pautet allèrent l'un à Nevers, l'autre à Montchanin, pour y entreprendre la formation de nouvelles équipes. En janvier 1944, le Lieutenant Armand, découvert à son tour, se rendit à Montbéliard pour y rester. Le Capitaine Louis, du War Office, parachuté le 22 décembre précédent dans cette région et conduit à Luzy six jours plus tard, lui succéda. Il tenta d'obtenir des parachutages d'armes. Le premier, annoncé le 11 février, ne put être réceptionné par suite d'une chute de neige. Il fallut attendre le message « Le Mimosa va fleurir » de fin mars. Le lancement des containers eut lieu aux environs de Millay. D'autres armes turent parachutées le 1er juin sur Cuzy, en Saône-et-Loire, aux limites du Morvan (« Employez tous le schampoing Marcel ») et le 2 juin à Millas (« Denise a de jolis mollets »).

 

 

Tout le matériel qui fut apporté par les appareils alliés permit d'armer les quinze cents hommes du Maquis Louis, les douze cents hommes du Maquis Piétro, d'Uchon et tous les groupes villageois de Luzy, Avrée, Chiddes, Glux, Larochemillay, Petiton, Poil, Saint-Honoré, Sémelay, Villapourçon. Sanglier, etc... comprenant chacun quatorze hommes.

 

Entre temps, le Capitaine Louis (2), parti en mission à Toulouse, revint avec le Lieutenant Baptiste, officier-radio descendu dans l'Ariège (3) qui fut caché à Millay chez M. Deschiennes. M. Berthin, géomètre à Luzy — Lieutenant Léon — assura avec le Capitaine la reconnaissance des terrains aptes aux parachutages et des emplacements possibles du futur maquis.

 

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Dès l'audition des messages de la préparation du débarquement le 1er juin ( « N'oubliez pas l'anneau d'argent — L'envers de la médaille est toujours blanc »), un noyau de douze hommes prit les bois à Poil (La Croix de Meux). Le débarquement lui-même fut annoncé le surlendemain (4). Le Lieutenant Edouard (Georges Desbaux), du groupe de M. Gressin (Libération-Nord), se mit alors en contact avec les officiers du camp qui fut transféré le 22 aux Fréchots (commune de Larochemillay).

 

 

Une équipe de sabotage fut reconstituée par M. Pinet parmi le personnel de la S. N. C. F. avec MM. Victor L. B., René Sezard et Jean Desbrosses, et soutenue par les « villageois » de Luzy.

 

A vrai dire, les destructions des trains allemands par bombes à retardement n'avaient guère cessé, mais à partir de la montée au maquis, elles s'intensifièrent. De mai à août, toutes les opérations envisagées furent conduites à bonne fin et il n'y eut jamais de blessé grave parmi les cheminots. M. Pinet prêta son concours aux groupes de Saone-et-Loire « Prince Christian » et « Piétro ».

 

 

Durant toute cette période, le camp recruta de nombreux éléments. Il eut un actif auxiliaire en la personne de M. l'Abbé Bonin car les contingents vinrent, non seulement de la Nièvre et de la Saône-et-Loire (5), mais aussi de l'Allier, de la Côte d'Or du Nord et de Paris. A ses débuts, le Maquis des Fréchots ne comptait que quarante trois hommes. Son essor fut rapide, et les baraques du camp de jeunesse de Larochemillay, ne suffirent pas à héberger tous les effectifs qui s'établirent dans divers villages de cette commune (Les Grands-Bois ; le Haut de l'Arche ; Mesles ; Sorrey) à Chiddes (Le Tillot) , Millay (Lavault), et Villapourçon (Le Bouche, Le Foudon). Plus de deux cents gendarmes de la Saône-et-Loire, de l'Yonne et du Doubs, sous les ordres du Capitaine Coffin, rallièrent également le Maquis Louis.

 

L'électricité fut installée et le téléphone branché sur les P. T. T. de Luzy par M. Louis Lauroy, l'un des animateurs de la résistance dans cette ville. Le garage fut confié à M. Passard, mécanicien, chez lequel la plupart des officiers avaient été hébergés en 1943. Il cacha une partie des armes du groupe et ravitailla les maquis jurassiens en saucissons « clandestins ».*

 

Le Docteur Bondoux, de Château-Chinon, assura le service sanitaire. Un hôpital doté de cinquante lits fut plus tard monté au Château de Champlevrier à Chiddes, par le Docteur Sauter, d'Autun. Enfin, M. l'Abbé Bonin (Abbé « Canne ») fut l'aumônier du camp dont l'organisation était parfaite à tous points de vue. Et ici, comme ailleurs, chaque homme touchait une solde variable selon qu'il était célibataire ou marié. A titre indicatif, toutes les dépenses (paye, vivres, matériel, médicaments, secours) n'atteignirent pas la somme de cinq millions.

 

L'entraînement (6) et les opérations se poursuivirent simultanément. Les principales embuscades eurent lieu, le 31 juillet à Sainte-Péreuse, sur la route de Nevers où les Allemands eurent trente morts, et le 1er août à Châtin, où le Capitaine Louis sortit indemne d'une très fâcheuse situation.

 

Sur sa demande, un déraillement fut effectué le 7 aux Avenières, près de Lazy, pour forcer l'ennemi à amener au relevage la grue de Vierzon qui se trouvait être la dernière en service dans le sud et le centre de la France.

 

Arrivée le 10, la grue, gardée par des Allemands et des Français fut détruite tôt dans la matinée par les équipes de M. Pinet et une section du maquis. Les soldats de la Wehrmacht, profitant d'un brouillard intense, se dérobèrent en abandonnant deux prisonniers, un mort et trois blessés. L'après-midi, vers quatorze heures, ils arrêtèrent M. Pinet qui fut toutefois relâché en fin de journée.

 

Le lendemain Larochemillay était attaqué par une centaine d'hommes qui furent accrochés par le groupe villageois. Ils mirent le feu à la ferme de Mme veuve Berger, au Champ Philipon, entre le bourg et Millay, au voisinage de la montagne de la Breusseille (502 m.) (7).

 

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Au Châlet, le maquisard Jean Augis se distingua au cours des engagements qui suivirent contre les véhicules de la colonne, dont un autocar sur lequel les Boches avaient fait monter plusieurs civils pour se couvrir. Repoussés, ils se retirèrent à temps pour ne pas être encerclés, avec un minimum de cinq tués et quatre blessés. Trois Français furent tués : Marc Bohin, Roger Chanté et Jean Giléon.

 

Le groupe du Lieutenant Marquart, du camp Socrate qui cantonnait dans les bois de Pierrefitte à Poil, coopéra à la défense de Larochemillay où cinq cents Allemands revinrent afin de brûler le pays, mais s'en retournèrent sans avoir pu exécuter leur projet.

 

 

M. Pinet, ayant reçu l'ordre de déblayer la ligne de Chagny, alerta le Capitaine Louis qui fit sauter, le 19 août, le pont d'Avrée, coupant ainsi définitivement les voies rendues inutilisables. Dans la nuit du 18 au 19, un convoi routier perdit soixante morts à La Goulette.

 

Le 23, une prise d'armes se déroula pour fêter la libération de la capitale. Le 31, deux nouveaux officiers britanniques furent parachutés au camp, dont l'un prit la direction du minage qui fut opéré dans la région de Luzy (route de Château-Chinon et de Saint-Honoré), afin de barrer les routes de pénétration du Morvan aux Allemands remontant du Midi, auxquels ne s'offrit plus, comme chemin de retraite, que la N. 73 (Luzy-Autun-Beaune) pilonnée par l'aviation alliée dont l'intervention fut due au Capitaine Baptiste.

 

Aux alentours, les barrages achevèrent la décomposition des troupes. Deux mille litres d'essence furent récupérés à Larochemillay.

 

Le 7 septembre, quatre-vingts fusiliers-marins du groupe « Vichy » assaillirent les Boches stationnant à Luzy. Ils luttèrent durant trois heures contre douze cents hommes et eurent dix tués (8).

 

Le 8, sept prisonniers furent faits près de la gare de la ville, ce qui permit d'armer un groupe de F. T. P. de magnifiques Mausers 1943. Le même jour, Millay et Sémelay furent occupés. Le 10, Luzy fêta à son tour la fin de la domination allemande. Pourtant le fol enthousiasme qui régnait était assombri par la mort du Capitaine Louis et de six de ses compagnons (9) tous tués à Chiddes par l'explosion d'un mortier récemment parachuté.

 

 

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(1) La ligne Nevers-Chagny est une artère ferroviaire vitale reliant le Centre aux lignes de l’Est.

(2) De son vrai nom Paul Sarrette, né à Nice en 1920, descendant des ducs Pozzo di Borgo par sa mère. Emprisonné par les Allemands à Clermont-Ferrand, il s’évada avec la complicité du commissaire de police et passa en Angleterre où il s’engagea dans l’armée britannique ; il fut alors volontaire pour organiser la Résistance en France à laquelle il avait participé à Lyon et à Toulouse.

(3) De son vrai nom Mackensie Kenneth, attaché d’ambassade, de mère tourangelle.

(4) « Ia tubéreuse viendra te chercher — Donald doit toujours veiller sur sa poupée ».

(5) De Bourbon-Lancy en particulier (lieutenant aviateur Cimetière et sous-lieutenant Rohmer)

(6) Un terrain de tir avait été aménagé au Mont-Beuvray.

(7) L'habitation et les récoltes engrangées furent détruites d'une part, à l'aide de grenades incendiaires et, d'autre part, au moyen d'allumettes.

(8) Six blessés furent exterminés.

(9) Lieutenant Louis Trystram ; gendarme Bernard Gueudet ; brigadier-chef Jacques Piacentini, soldats Jean Gobin, Lucien Picaud et Maurice Rousseau.

17.01.2006

F. MAQUIS LE LOUP


Dans la lutte depuis 1940, M. Georges Moreau, coiffeur à Clamecy, est bien connu de toute la population environnante par les beaux exploits de son bataillon. Homme très actif, il put dès les premiers mois de l'occupation, joindre les éléments résistants de la capitale en relation avec Londres. Il allait avoir peu après une existence très mouvementée.

 

Récupération d'armes, organisation du passage de la ligne de démarcation pour les prisonniers, renseignements transmis par poste émetteur, telle fut sa besogne à l'époque héroïque où tout semblait perdu.

 

Au début de 1941, ayant osé braver un officier, les Allemands l'arrêtèrent, puis le relâchèrent. L'année suivante, pisté par la Gestapo, il fut contraint de se réfugier en zone libre avec trois jeunes camarades, Louis Billaut, Fred Lingois et Raoul Matignon. Leur franchissement de la ligne est toute une histoire à raconter.

 

Billaut, Lingois et Matignon devaient primitivement rester en zone occupée et leur voyage en compagnie de Georges Moreau avait pour seul but de leur faire connaître le secteur où ils continueraient le « métier » de « passeur » auquel s'était si souvent adonné leur chef. Ce secteur était le bois d'Apremont (Cher) au voisinage de la ferme de Boucard, à quinze kilomètres de Nevers.

 

Le 8 juin 1942, l'expédition prévue eut donc lieu et du bois de Bourrain, point de leur rassemblement, les quatre hommes s'avancèrent en direction du sud par un chemin forestier qui retombe sur une petite route aboutissant au chemin de grande communication ND 100 de La Chapelle-Hugon a Apremont, juste à côté d'un étang au sud duquel s'étendaient les maudits barbelés boches. Ayant traversé sans encombre la voie ferrée de Bourges jusqu'où les Allemands patrouillaient depuis leurs postes, l'équipe arriva saine et sauve à la petite route, s'apprêtant à passer à l'ouest de l'étang. Le programme établi se déroulait normalement.

 

... Quand survint un officier teuton circulant à bicyclette : « c’était, nous explique Georges Moreau, difficile de nous sauver, car j'emportais avec moi des valises et de nombreux paquets. Je fis cacher les gars avec ce chargement dans un trou à proximité, leur disant de se terrer sans bouger en attendant mon retour, car mon intention était de me faire prendre seul en chasse pour tromper l'officier. Mais celui-ci ne donna pas dans le panneau.

 

« Revenant sur mes pas, je vis mes camarades cueillis par l'Allemand avec les bagages contenant des documents fâcheusement compromettants... Comment faire pour les tirer au plus vite de cette dangereuse situation ?

 

« Ils arrivaient à ma hauteur. Je sifflai. Un sourire effleura leurs lèvres. Derrière mon rideau de verdure, je demandai à Raoul en parlant du Boche :

 

« — Qu'a-t-il entre les mains, un revolver ou une mitraillette ?

 

« — Un revolver, répondit Raoul.

 

« Le Boche leur dit : « Défendu de parler » et s'adressant à moi : « Vous venir ici tout de suite ». Je lui répliquai en lâchant le mot de Cambronne et ajoutai : « Toi laisser mes camarades, autrement kapout ».

 

« Mais la discussion fut inutile. Au bout de cinq minutes, il fit repartir mes camarades. Je cherchai, tout en continuant la conversation, une pierre ou un morceau de bois pour l'assommer. Hélas, je n'en trouvai point et je criai désespérément :

 

« — Avant le prochain tournant, il faut que vous vous échappiez ; après, ce sera trop tard.

 

« Le Boche tira en l'air pour appeler la patrouille à son secours.

 

« — Dépêchez-vous, dis-je en m'énervant.

 

« Les gars s'arrêtèrent et, posant les valises, essayèrent de s'approcher de l'ennemi. Celui-ci, les tenant en respect, tira tout à coup dans les pieds de Raoul qui s'écroula en faisant le simulacre d'être blessé, l'un de ses souliers ayant été éraflé.

 

« Grâce à cet événement forfuit, l'officier perdit ses trois prisonniers. Il trembla et devint blanc comme un suaire...

 

« Nullement touché par les balles qui furent déchargées sur lui, Raoul me rejoignit le premier dans le bois en profitant de sa mise en scène. Fred le suivit aussitôt. Il ne restait plus que Louis qui, engageant un match avec l'Allemand, renversa ce dernier. En tombant son partenaire lui envoya dans la poitrine la dernière balle de son chargeur, le blessant grièvement.

 

« Intervenant alors, j'interpellai le Boche qui, s'étant remis debout, avait glissé un deuxième chargeur dans son revolver. Il bondit dans ma direction, ne me croyant pas armé, et me mit en joue... Une balle me frôla l'oreille, mais celle que je lui adressai lui enleva son képi et, ne demandant pas son reste, il s'enfuit précipitamment en enfourchant sa bicyclette.

 

« Avec l'aide de Raoul, je relevai Louis qui perdait son sang. Il voulait qu'on l'abandonnât, disant : « Je suis fichu et je vais vous faire prendre ». Il n'était évidemment pas question de laisser notre camarade ; aussi, lui remontant le moral et l'aidant à se tenir sur ses jambes, nous< reprîmes notre marche en avant avec précaution.

 

Les Allemands, alertés par l'officier, fouillaient le bois. Enfin, nous gagnâmes du terrain et parvînmes à l'extrémité de l'étang. Louis avait de plus en plus de peine à avancer et se sentait défaillir. Ce fut donc avec soulagement que nous passâmes le cap difficile.. De l'autre côté de la ligne, nous respirâmes…

 

« J'arrivai le premier au poste français de la Planche Chevrier, où j'étais très connu, pour y demander une ambulance. Lorsque le trio fit son apparition, il eut la larme à l'oeil à la vue des Trois Couleurs et Louis, étendu sur un lit, se mit à rire, content d'avoir démoli la mâchoire du Fritz. Nous aurions pu nous tirer plus mal de ce mauvais pas... ».

 

C’est ainsi que Billaut, Lingois et Matignon furent contraints, par la nécessité, de demeurer en zone libre, leurs cartes d'identité étant restées aux mains du Boche qui avait voulu vérifier leurs papiers.

 

Repérés par la Gestapo, Georges Moreau et ses amis, après un séjour dans la région de Sancoins où un nouveau groupe de résistance avait été créé avec l'appui du boulanger de Givardon, descendirent vers la Corrèze où ils travaillèrent au barrage de Saint-Cirgue-la-Loutre (1), participant au creusement d'un tunnel de sept kilomètres de long jusqu'à la fin de 1942, époque des premiers départs d'ouvriers pour l'Allemagne. Billaut et Matignon s'engagèrent dans l'Armée de l'Armistice à Issoudun, quelques jours avant la violation de la ligne de démarcation par la Wehrmacht, tandis que Georges Moreau échouait à Sennecey-le-Grand en Saône-et-Loire, pour se faire embaucher dans une entreprise horticole et viticole (Maison Bolley et Blanchard).

 

A la fin de l'hiver 1943, Georges Moreau (« Le Morvandiau ») réapparut en Nivernais pour préparer l'insurrection. Ses actes lui valurent l'honneur d'avoir sa tête mise à prix un million par les Allemands, ce dont il fut prévenu par un soldat Alsacien — enrôlé de force — qui signalait les agissements de la Kommandantur de Clamecy.

 

En avril 1944, il eut la joie de voir naître son maquis à Villiers-sur-Yonne, à six kilomètres de Clamecy dans le bois de Creux, au lieudit « La Cage aux Loups » où vivaient jadis en bon ménage un vieillard et un loup, du moins c'est la légende qui l'affirme…

 

Ce maquis, qui formait à la libération un bataillon de six cent cinquante à sept cent hommes, opéra surtout dans la bordure septentrionale du département de la Nièvre et la partie limitrophe de l'Yonne.

 

De tous ses engagements avec l'occupant en retraite, il suffit de citer pour mémoire les plus saillants pour se convaincre de ses résultats splendides ; celui du 7 août, au nord de Dornecy, sur la N. 151, causa au minimum une trentaine de morts chez l'ennemi qui évacua Clamecy le 19, où deux compagnies de F. F. I. vinrent le remplacer.

 

Tout le long de la route Bourges-Avallon, les Allemands butèrent sur les embuscades qui leur furent tendues de part et d'autre de la sous-préfecture nivernaise, de Varzy à Vézelay, endommageant onze camions ou voitures en trois jours et tuant soixante-cinq Boches dans le seul secteur de Moulot.

 

Le 24 août consacra une victoire surprenante. En effet, après quarante-huit heures de repos à Lormes, de nouveaux barrages devaient être établis conformément aux ordres de l'Etat-Major. Le Capitaine Moreau (Le Loup) dont le P. C. était fixé au Château Vert, entre Rix et Ouagne, envoya la 1ère Compagnie du Lieutenant « Lesaint » vers Varzy, et la 2e Compagnie du Lieutenant « Loulou » vers Vézelay. Comme il se disposait à partir pour inspecter des positions de ce dernier groupe, un coup de téléphone d'une personne de Moulot l'avertit de l'avance sur Clamecy d'une colonne blindée venant d'Entrains et composée d'une centaine de véhicules.

 

Immédiatement, le Capitaine Le Loup détacha une liaison motocycliste auprès de la 2è Compagnie dont l'action pouvait être d'un très grand poids et qui était seule capable, en la circonstance, de ralentir la progression du convoi et même d'y jeter la débandade.

 

Le Capitaine partit d'ailleurs lui-même en voiture légère avec trois de ses gardes du corps aux noms terribles de « Fakir », « Fantômas » et « La Globule », dans le but de stopper quelque peu les camions à la sortie de Dornecy. Ils n'allèrent pas plus loin que Beaugy, à cinq cents mètres de Clamecy, car ils découvrirent avec stupeur les Allemands à cinquante mètres devant eux. Arrêtant la voiture, puis la mettant en marche arrière, ils ouvrirent le feu avec deux F. M. et une mitraillette. Cet accrochage inévitable gêna si bien l'ennemi dans ses mouvements que sa marche en fut retardée de deux heures.

 

De retour au Château Vert, le Capitaine reprit la route en direction de Vézelay, par Tannay, Nuars et Saint-Père, avec deux sections commandées par « Le Rouge » (Raoul Matignon) et « Le Chouan » (Pierre de Lannurien) venant plus lentement par un camion à gazogène. Cinq ou six minutes seulement s'écoulèrent entre l'arrivée du chef et la mise en place hâtive des hommes postés depuis la veille à Vézelay. Laissant notamment un groupe au pont du Maupas, le Capitaine monta à la rencontre de la colonne qui approchait. Il posa une mine à tirette sur la route, en faisant recouvrir de gravier le cordon allumeur pour le dissimuler. Tous étaient prêts à se servir des grenades anti-tanks dites « gammones » et à donner du fil à retordre aux Boches. Il était quatorze heures trente environ quand la lutte commença. Elle persista plus de cinq heures, s'échelonnant jusqu'à la ville où quelques toits furent crevés par des obus de 77.

 

Chacune des deux parties — F. F. I. et Allemands — combattit avec un égal acharnement. Parmi les premiers, il faut louer les Lieutenants Vannereau et Laudet, et Raoul Matignon qui, avec son groupe de bazookas, fit des merveilles. Il bloqua une automitrailleuse à quelques mètres de lui et tua à la mitrailleuse tous ses occupants au fur et à mesure qu'ils cherchaient à s'enfuir. En outre, il sauva, sous un tir nourri, un de ses camarades blessé qui lui doit aujourd'hui la vie.

 

Les maquisards eurent neuf morts. Dès le début de la bataille l'un d'eux fut touché au volant de son camion. Il rassembla toute son énergie afin de conduire celui-ci au garage et c'est à bout de souffle que, rendu à destination, il serra ses freins pour expirer peu après à l’Hôtel Danguy. Les Allemands, venant de Bayonne et dont les forces furent évaluées entre douze cents et deux mille hommes (montés dans cent quatre-vingts véhicules au lieu de cent trente, selon un gendarme de Clamecy), eurent des pertes extrêmement lourdes qui, d'après les estimations les plus modérées, se chiffrèrent à deux cents tués et blessés. Paralysée à Vézelay, la colonne subit même de nouvelles et graves amputations au delà d'Avallon et dans la région de Dijon où elle fut bombardée par des Mosquitos de la R. A. F. au point d'être complètement exterminée.

 

Les dégâts causés à l'ennemi et ses dommages en matériel furent aussi considérables : vingt-sept véhicules (parmi lesquels des camions-chenilles) et un canon. Dans sa rage, il mitrailla Saint-Père et le village de Fontette, petite démonstration de sauvagerie en comparaison de celle dont il fit preuve à Vézelay.

 

Le combat se termina sur la place du Champ-de-Foire de ce bourg. Avant de se replier, les soldats de la Wehrmacht pénétrèrent dans les maisons en lançant des grenades incendiaires qui consumèrent quatre d'entre elles et cinq granges, en jetant d'autres par les soupiraux des caves pour chasser les habitants qui s'y étaient mis à l'abri. Ils tuèrent une Parisienne en vacances à l'Hôtel de la Poste et abattirent à bout portant M. Baron, patron du Café du Morvan, ainsi que deux autres personnes.

 

Durant les derniers jours d'août et les 1er et 2 septembre, ajoutant encore des palmes à ses lauriers, le Maquis « Le Loup » termina sa victorieuse campagne par des assauts dans la région de Varzy et à Moulot où les Boches contre-attaquèrent avec de l'artillerie.

 

Quant aux sabotages, celui qui fit le plus de sensation est sans conteste, la destruction, à Entrains-sur-Nohain, de l'un des ponts de la ligne stratégique Cosne-Clamecy, enjambant le chemin des Crots. A cet effet, le Capitaine emmena une équipe spéciale. En entrant dans la ville, il fut avisé que trois camions d'Allemands stationnaient au Château. Cela ne l'empêcha nullement de poursuivre son chemin et de passer à la réalisation de son projet. Assurant leur protection et disposant leurs explosifs, les F. F. I. firent s'éloigner les gens des alentours et ouvrir les fenêtres des maisons. Quinze minutes suffirent pour provoquer la coupure désirée (2)

 

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(1) A 55 km. au S-O. de Tulle.

(2) Au sujet des combats d'Entrains où se forma le Maquis Paul, indiquons sommairement que le 19 août 4 Allemands furent tués dont l'un en plein centre du pays, place du Marché. Les Boches lancèrent des grenades dans la Mairie. Le 21, plusieurs F.T.P. trouvèrent la mort à Moulot : Jean Chamoison, 18 ans, originaire d'Entrains ; Pierre Mallet, 20 ans, né à Vrigne-aux-Bois ; Alfred Chevalier, 23 ans, né à Corbigny ; Raoul Schmidt, 20 ans, de Paris et Robert Lemoine, 16 ans. Le 24, 18 Allemands furent faits prisonniers sur la route de Bouhy, grâce à l'initiative du capitaine Raoul Chambault.

16.01.2006

E. MAQUIS JULIEN


Le Capitaine Pierre Henneguier (Julien) qui était journaliste en 1939, entra dans la Résistance en décembre 1940, à Marseille, où il appartint au réseau « Petites Ailes » dirigé par le Général Bertin (Chevance). Après une suite de péripéties extraordinaires, il devint l'un des chefs les plus prestigieux des Maquis nivernais. Jugez plutôt.

 

Arrêté en novembre 1941, il fut enfermé au fort Saint-Nicolas à Marseille. A sa sortie de prison, il prit le commandement de l'A-S. des Bouches-du-Rhône, des Alpes-Maritimes, du Var et du Vaucluse, puis, chargé de mission par le Réseau « Gallia » en novembre 1942, il travailla en liaison avec tous les réseaux français, anglais et polonais du Midi, effectuant plusieurs missions en Belgique et dans toute la France.

 

En 1943, l'arrestation de son beau-frère, l'acteur de cinéma Robert Lynen, dans la Résistance lui aussi (il fut fusillé à Karlsruhe le 1er avril 1944) mit la Gestapo à sa recherche. Celle-ci parvint à le capturer au mois de juillet. Il s'évada entre Fréjus et Saint-Raphaël, en sautant du train en marche qui l'emmenait et se brisa le poignet. La fin de l'année le vit effectuer une nouvelle mission délicate dans l'Aveyron.

 

En janvier 1944, le Capitaine Julien fut nommé chef des actions de sabotage dans la région P (Paris, Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Yonne, Loiret, Nièvre) par la France Combattante, réseau Action. Son groupe attaqua les usines : Bronzavia à Courbevoie, Rossi à Levallois ; Timken à Gennevilliers ; Malicet et Blin à Aubervilliers et surtout Renault à Boulogne-Billancourt, où au cours de deux expéditions, huit chars, un pont-roulant et cinq autos-mitrailleuses furent détruits et des armes récupérées.

 

Le 6 juin, le Capitaine Julien et ses vingt-huit hommes partirent pour le Morvan dans cinq tractions avant, avec l'Etat-Major du Colonel Jarry. De la Porte de Saint-Cloud à Lormes, dans la Nièvre, le voyage se fit sans incident. La petite colonne emprunta les routes parallèles à la N. 5 (Paris-Genève) jusque vers Auxerre, puis passa par Avallon.

 

Installé au Château de la Chaume-aux-Veaux, sur la commune de Brassy, au sud du Col du Signal de Montrecon, le groupe, à peine organisé dans sa nouvelle vie, eut, le 12 juin, un engagement serré avec l'ennemi en plein cœur de Lormes où avait lieu une réquisition de bestiaux.

 

Les gendarmes de cette localité devaient rallier, ce jour-là, le Maquis Camille. Venus de bonne heure dans la ville, les F. F. I. furent informés que les Allemands — qui avaient été avertis par trahison dit-on — étaient en route. Effectivement, vers treize heures, deux voitures firent irruption sur la place et les maquisards les saluèrent de quelques salves. L'un de ces derniers étant sorti du Grand Café, les Boches tirèrent sur cet immeuble, et blessèrent un client, puis le patron, M. Beoschat qui fut assez grièvement atteint.

 

Le combat persista toute la soirée au cours de laquelle M. Claude Colas, soixante-dix ans (notaire honoraire et ancien Maire d’Entrains) qui arrosait son jardin, et MM. Pierre Petit, quarante-cinq ans, électricien, et André Chossefoin, trente et un ans, coordonnier, furent tués (ce dernier assassiné sur la place). Les Allemands blessèrent encore Mlle Cas.

Ayant reçu du renfort de Château-Chinon (1) ils dévalisèrent plusieurs maisons et n’omirent pas de prendre les bons vins et les liqueurs du Grand Café. Réunissant sur la place quatre-vingt otages, ils leur firent mettre les bras en l’air durant quatre heures. Dix d’entre eux furent emmenés et relâchés seulement une huitaine de jours plus tard.

 

Avant son départ, la Wermacht, qui eut de treize à seize morts, incendia la bijouterie Benoist.

Le feu fut également allumé au Grand Café où la cuisine brûla entièrement ; chez Mme Machain, mercière ; l’ancien pharmacien Focard, et dans l’épicerie des Economiques Troyens. Il ne tint qu’à un fil que Lormes ne se consumât de fond en comble, car les Allemands étaient très excités. Les dégâts purent être circonscrits avec l’aide des pompiers de Corbigny.

 

Des quatre maquisards tués, celui qui montra le plus d’héroïsme fut Paul Pozzi-Escot dit Raoul, né à Bordeaux le 13 août 1904, et poète à ses heures. Le texte de sa proposition pour la médaille militaire à titre posthume est ainsi conçu :

 

« Volontaire d’un courage exceptionnel ayant rallié la Résistance au moment critique. Chargé des missions les plus délicates, s’est toujours dépensé sans compter, payant de sa personne en toutes circonstances. S’est particulièrement distingué en qualité d’adjoint en chef du groupe d’action immédiate au cours des opérations suivantes :

 

« Ateliers de réparations des chars Renault, pénètre le premier dans l’usine après escalade et neutralisation des gardiens.

 

« Usine Malicet et Blin à Aubervilliers ; après avoir fracturé la porte d’entrée, a escorté son chef de groupe pénétrant le premier dans l’usine et neutralisant le personnel civil.

 

« Le 6 juin, arrête, le revolver au poing, plusieurs véhicules automobiles en plein Paris et les réquisitionne pour la Mission. Donne par son exemple et sa discipline un esprit militaire aux volontaires de la section Julien.

 

« Au combat de Lormes, le 12 juin 1944, donne la mesure de son courage et de sa témérité en se lançant avec un réel mépris du danger, seul à l’assaut des positions ennemies. Pris sous le feu de plusieurs armes automatiques parvient, en dépit de ses blessures, à détruire à l’aide de grenades, des nids de mitrailleuses installés sur la place du village, et, gagnant un toit, anéantit un détachement ennemi, permettant le sauvetage de deux prisonniers et l’occupation des postes de combat.

 

« Mortellement touché cette fois, trouve une mort glorieuse après avoir dépensé toutes ses grenades et munitions.

 

« Figure légendaire de la résistance armée, sa valeur combative demeurera dans les combats clandestins le symbole du sacrifice librement consenti ».

 

 

Capitaine Julien,
Commandant le groupe d'action immédiate
de la Mission Lemniscate et le Maquis Julien.

 

 

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« Je voudrais mourir un grand soir,

« Parmi les balles, la fumée

« Etre une Datte consumée,

« Par le néant, dans un trou noir,

« Me dresser, rieur sur la crête,

« Où la mort passe en miaulant

« Et redescendre tout sanglant,

« Le corps troué, mais l'âme en fête... »

 

Paul POZZI.

 

_________

(1) Il y aurait eu des Russes blancs parmi eux.

 

 

* * *

 

Les premiers jours de juillet, la petite troupe du Capitaine Julien quitta Mazignen, où elle s'était transportée, pour aller gîter sur les collines du Nivernais dans le Bois de Sancy (commune de Saint-Franchy) où elle étendit son action, conjointement avec le Maquis Daniel, du Bois de la Goutte du Charme et le Maquis Mariaux, de la Fontaine du Chêne et du Bois de Vorroux (commune de Crux-la-Ville). Le Maquis de Sancy s'enfla assez rapidement, recrutant des hommes en Bazois et dans la région de Saint-Révérien et, « coagulant » à son avantage, divers éléments encadrés par le Capitaine Perrin, vétérinaire à Saint-Saulge. Il nous faut, à ce sujet, ouvrir une parenthèse.

 

Le Capitaine Perrin, ancien combattant de 1914, fut fait prisonnier à la tête de ses troupes en 1940. Libéré, il s'évertua à nuire le plus possible aux Boches, qui eurent des doutes à son sujet, mais ne l'arrêtèrent pas. Il fit évader plusieurs prisonniers du camp de Saint-Saulge en 1943, et, durant toute l'occupation, sabota les réquisitions allemandes de chevaux à Decize, Châtillon-en-Bazois et Varzy, en pratiquant des injections spéciales aux animaux de ses clients, afin de les rendre passagèrement boiteux. De plus, il fit abattre des bêtes clandestinement pour alimenter la population et ravitailler par petits colis les gens des villes originaires du pays. La viande fut toujours vendue au pris normal de revient, contrairement à certains trafiquants qui, hélas, ne songeaient qu'au marché noir et ne se moquaient pas mal du reste.

 

Rallié au mouvement Libération en 1942, le Capitaine Perrin diffusa les journaux patriotiques dans tout le canton. Chef du secteur de Saint-Saulge, il créa des groupes de résistance qui constituèrent en partie le Maquis Daniel. En relation avec le Colonel Roche, il posséda chez lui les plans de l'Etat-Major de Nevers pour toutes les destructions envisagées, et, le 1er août 1944, avec une quarantaine d'hommes et ses deux fils, il rejoignit le Capitaine Julien dont il fut l'adjoint, mettant à profit sa connaissance des lieux dans la pose des embuscades et la défense du camp

 

Entre Giry et Gipy, l'une de ces embuscades causa, le 8 août, vingt-sept morts à l'ennemi. Peu de chose, comparativement à la bataille de Saint-Franchy-Crux-la-Ville, qui demeurera mémorable en Nivernais et dans l'histoire générale de la Résistance.

 

Cette bataille dura, en effet, du 12 au 16 août et saigna à blanc les Allemands qui eurent près de quatre cents morts et terrorisèrent les hameaux avoisinants.

 

Le samedi 12, à huit heures, huit cents d'entre eux bondirent à l'attaque du Maquis Mariaux (commandé par le Commandant Vessereau, dit Lavillette) et du Maquis Julien.

 

Offensive de grand style, quinze heures d'inquiétude pour les F. F. I. Les Boches déployèrent des efforts véritablement frénétiques pour arriver à une issue en leur faveur. Ne ménageant pas leurs munitions, ils employèrent tous les moyens à leur disposition : fusils, grenades, armes automatiques, obus de 105, 88 et 77 et bombes de cent cinquante kilos jetées par plusieurs avions. Pourtant, ils lâchèrent pied et, quand le soir tomba, enveloppant de son ombre le village de Sancy ravagé par leur incendie, ainsi que la ferme de La Colonne, ils avaient perdu la première manche d'une partie qui allait continuer d'être très serrée après une journée de répit trompeur.

 

Les derniers qui repartirent de Crux, ce samedi 12, réquisitionnèrent un camion appartenant à M. Gaugé pour rejoindre leurs camarades à Château-Chinon.

 

Dans une atmosphère lourde, le dimanche 13 s'écoula donc sans aucun fait notable. Se rendant célébrer la messe à Moussy, M l'Abbé Mulot, curé de Crux, apprit avec stupéfaction l'ampleur du désastre de Sancy et vit que la toiture du clocher de l'église avait été défoncée pour y installer des mitrailleuses lourdes. En outre, des maisons avait été pillées.

 

Rentré à Crux et pressentant un retour des Allemands dont la Luftwaffe survolait les environs, il conseilla aux habitants, toujours alarmés, de cacher ce qu'ils avaient de plus précieux et recommanda aux hommes valides ou encore jeunes de se sauver à la moindre alerte. Les corps de huit maquisards tués avaient été relevés. Il fallait préparer leurs obsèques et M. Gaugé s'occupa,

l'après-midi, de la confection des cercueils. Après la mise en bière, cinq d'entre eux furent déposés vers vingt-deux heures trente, dans l'avant-chœur de l'église de Crux, en attendant la cérémonie du lendemain 14, prévue pour neuf heures. Les deux morts de Sancy furent enterrés par M. l'Abbé Morin, curé doyen de Saint-Saulge.

 

Pendant ce temps, les Allemands combinaient une deuxième et formidable attaque. Et le lundi, à sept heures, ayant doublé leur effectif de l’avant-veille, ils firent leur réapparition dans le bourg de Crux. Leur insuccès les avait rendus de mauvaise humeur et ils ne tardèrent pas à se montrer violents, brutaux et répugnants. Le combat se recristallisa à Sancy et à Forcy qui fut saccagé et où une jeune fille de seize ans fut violée.

 

Les balles déferlèrent sans trêve, plus denses que jamais, et les détonations sourdes de l'artillerie reprirent derechef. Dans le ciel, les avions recommencèrent à vrombir dans le dessein de semer la panique parmi les F. F. I. qui, sous un cyclone de fer et de feu, se battirent comme des lions (1). Et le soleil se coucha sans que la bataille eut pris une tournure décisive.

 

Au bourg, la Gestapo avait été à l'œuvre. S'étant présentée au presbytère à l'heure du déjeuner, elle avait arrêté M. I'Abbé Mulot, exigeant des explications précises sur les cercueils contenant des cadavres de « terroristes ». Rapportons ici les paroles de M. le Curé. Elles sont édifiantes.

 

« Je fus conduit auprès du Colonel Fire qui était le commandant en chef, et qui mangeait avec une trentaine de ses pareils à l'Hôtel Leblanc. Petit, trapu, rageur, il pensait m'intimider. ll se détrompa vite... A les entendre tous, j'étais déjà à moitié fusillé et le pays réduit en cendres. Comme je ne tenais pas à me faire abattre bêtement, en essayant de franchir leurs postes pour aller, selon leur ordres trouver le Maire demeurant à quatre kilomètres de là, je résistai et bon gré, mal gré, ils furent obligés de prendre une de leurs voitures et de me conduire chez M. Magnien.

 

« Ils nous interrogèrent, sachant tout, mais demandant tout. M. Gaujé, qui comparut avec nous était un des chefs des « terroristes », moi j'en étais l'âme, et M. Magnien, un puissant soutien. Bref, ils avaient du temps à perdre. Peu importaient leurs injures... Nous n'étions pas « terroristes » et nous ne savions pas s’il y en avait dans la contrée.

 

« Nous nous attirâmes les foudres des nazis. Et, comme première sanction, nous fûmes chargés tous les trois d'inhumer les cinq maquisards. Par une chaleur torride, nous creusâmes les tombes inachevées, puis toujours sous la menace d'un revolver, nous les comblâmes, terminant notre travail à dix-huit heures trente. Nous n'étions pas au bout de notre infortune.

 

« De nouveau, je fus questionné. On me demanda si j'aimais mieux être pendu ou fusillé. Je répondis que je ne pouvais leur dire ma préférence, n'ayant éprouvé la sensation ni de l'une ni de l'autre de ces façons de mourir, et que cela m'était égal. En qualité d'ancien combattant, je ne craignais pas la mort.

 

« Les Allemands perquisitionnèrent ensuite chez moi, croyant y trouver des armes ; je leur rétorquai : si vous en découvrez. c'est vous qui les y aurez mises.

 

« Les ressources de ma maison furent pillées et le Colonel se fit remettre la clef de la cave. Après quoi, les Boches voulurent encore me contraindre à parler. Et, de la bouche du Commandant, tombèrent ces mots fatidiques : M. le Colonel a décidé que vous seriez pendu.

 

« Inutile de dire que l'on ne dormit guère au cours de cette nuit du 14 au 15.

 

« Le mardi 15, vers douze heures, le Russe Blanc Gerlach entra en contact avec MM. Magnien et Gaujé. Je fus inexistant pour lui, tout comme si j'avais été déjà pendu. M. Gaujé fut emmené avec sa voiture sur le théâtre des opérations contre le maquis. M. Magnien et moi-même restâmes sur la paille en compagnie d'autres personnes ramassées sur les routes.

 

« A dix-huit heures trente, nous fûmes tirés de notre prison. M. le Maire fut appelé à s'expliquer sur les réquisitions de bétail, et, en grand apparat, je fus conduit au cimetière pour y vivre mes derniers instants, car j'avais compris la conversation et les gestes à l'appui pour me la faire saisir.

 

« Je traversai tout le bourg. La population était consternée. Le cortège « funèbre » arrivé au cimetière, je creusai ma tombe. Je ne me pressai pas, malgré les menaces et objurgations, et ce fut tant mieux, car au milieu de ce travail, un sous-officier apparut. Il s'adressa au commandant du peloton. Je fus reconduit en prison. Vingt minutes plus tard, j'étais libéré ainsi que le Maire. Deo gratias.

 

« A vingt heures, il ne restait que deux compagnies d'Allemands à Crux, évacué par le gros des troupes qui, primitivement, devaient stationner deux jours supplémentaires. M. Gaujé fut forcé de suivre la colonne à Nevers, emportant six blessés dans son auto. Il arriva à minuit dans la ville et coucha au domicile du Colonel forestier Edler qu'il connaissait pour avoir eu avec lui des rapports forcés au sujet du bois. La Gestapo vint le prendre le lendemain à sept heures pour l’incarcérer rue Félix-Faure. Grâce à l'influence de cet assimilé au grade de Colonel qui, bien que nazi — dix-huitième inscrit au parti —, aimait les Français — du moins il le disait —, M. Gaujé ayant payé une rançon de quarante mille francs, sortit de prison dix jours après ».

 

Les malheurs de Crux-la-Ville, en cette soirée du 15 août, n'étaient pas pour cela écartés. Bien au contraire.

 

Le 14, le secteur du camp Mariaux avait été quelque peu enfoncé par l'ennemi et sa désorganisation était assez profonde, d'autant plus que ses munitions avaient sauté. Un décrochage sur le camp Daniel fut décidé (2) et, à la rescousse des maquis encerclés, l'Etat-Major départemental dépêcha plusieurs formations ; des groupes de Montsauche (dont un de mortiers), une section du Maquis Camille et des hommes du camp Serge qui se réunirent au pont du Boulard, d’où par Ouroux, Montreuillon, Achun (Pain) et Bazolles, elles se dirigèrent sur le Maquis Daniel pour assurer avec lui la protection du repli, occupant divers carrefours situés aux environs des villages des Grands Faux et des Maisons du Bois sur la route Clamecy-Saint-Saulge. Ceux de Vitry-Laché, contrôlant les routes de Pazy-Corbigny, Guipy-Clamecy et Crux (I. C. 35 ; I. C. 81) furent aussi surveillés. De son côté, le Maquis Le Loup envoya deux sections et le Commandant Roland accomplit un gros travail.

 

Il y eut de vifs engagements toute la journée. Aux Maurouées, cinq soldats du camp Julien, dont Michel Arefieff, Homère David, Paul Lavilette et le Brigadier Antoine Romœuf, se firent hacher sur place.

 

Le mercredi 16, la bataille, se rabattant sur le Maquis Daniel, se poursuivit aussi sévère au sud et au sud-est de Crux, dans la zone délimitée par la Méloise, les Faux et la Comme. Du clocher du pays transformé en poste d'observation (la vue s'y étend sur le Bazois et les Monts du Morvan), l'ennemi se remit à épier les mouvements des F. F. I.

 

A huit heures, il exécuta le maquisard André Chermette, vingt et un ans, de Longpont, ouvrier de la maison Gaujé. Fait prisonnier vers les Faux et emmené chez M. Adrien Leblanc, marchand de vins, il y fut torturé et outragé par des Allemands sadiques qui urinèrent sur lui et lui donnèrent le coup de grâce quand il fut à demi-mort.

 

L'après-midi, la violence de la bataille fut plus inouïe, puis elle s'affaiblit à la chute du jour et tous les maquis se transportèrent sans trop d'embûches dans la Forêt de Montreuillon.

 

A l'incendie de plusieurs maisons à la Comme et aux Maurouées (chez M. Cougnard et M. Deschamps) et à La Méloise (chez MM. Comte et Segond) les Boches auraient bien voulu ajouter celui du bourg comme prix de la perte d'un de leurs Officiers, père de quatre enfants. Pour une fois ils ne passèrent pas de la parole aux actes, mais ce ne fut certainement point l'envie qui leur en manqua. Aux Petits Faux, leur furie ne connut plus de borne. Ils tuèrent, dans les bras de sa mère, ]e jeune Lucien Ricard, âgé de dix-huit ans, puis ils arrêtèrent M. Louis Ricard, son père, cinquante-cinq ans, et MM. Joseph Franiack, ouvrier polonais, quarante-huit ans environ, Simon Roy, cinquante-six ans et Joseph Blaska, quarante deux ans, Yougo-Slave, employé à la scierie Gaujé, qui, après avoir été roués de coups, furent fusillés à vingt et une heures dans un pré attenant au verger de M. Adrien Leblanc. Chose singulière, ils tombèrent tous en croix sous les rafales des mitraillettes qui leur furent déchargées dans le dos.

 

Le matin du jeudi 17, la Wehrmacht débarrassa enfin le pays pantelant, plongé dans la détresse par toutes ces abominations. Elle ne donna pas la chasse aux maquisards dont l'évacuation se déroula dans l'ordre.

 

Les hommes du camp Mariaux rejoignirent le camp de Montsauche qui, le 18, dressa des barrages sur les routes à l'ouest de Vauclaix et de Mhère pour assurer la sécurité de la retraite des Maquis Daniel et Julien vers le camp Camille (à Mazignen et Plainefas).

 

Tenaillés par la faim et la soif, les F. F. I. brisés par ces quatre journées de combat, étaient assoupis, quand deux de leurs voitures — un autocar et une camionnette — rencontrèrent à La Chaumière, sur la N. 444, deux camions ennemis montant à Château-Chinon. Deux maquisards du Commandant Vessereau furent mortellement touchés. Dernières victimes d'une des plus grandes rencontres armées entre la Résistance et les Boches qui auraient eu quatre à cinq mille soldats au plus fort de la bataille.

 

La tenue des Français fut si remarquable que l'un des chefs allemands, inculpé comme criminel de guerre, a dit depuis au Capitaine Perrin qu'il avait pensé avoir affaire à des troupes d'active bien entraînées (3).

 

André Casseyre, Maurice Gauthier, Georges Jeanty, René Kourkowski, Maurice Pil, Georges Heugniet, Menin, Victor Mérandet, Marcel Mouquot, Marcel Robin, René Vallet, Raymond Zuber, du camp Mariaux, les 12 et 14 août à la Goutte du Charme, et tous leurs camarades qui baignèrent de leur sang la terre nivernaise, eurent une fin sublime.

 

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Le Capitaine JULIEN dans son auto-mitrailleuse à la libération de Nevers

 

 

 

Le 19 septembre, une semaine après la libération, des funérailles grandioses leur furent faites à Crux, en présence de deux mille cinq cents personnes et de nombreuses délégations des maquis.

 

Mais revenons en arrière. D'autres faits d'armes caractérisent nettement l'esprit qui animait les maquisards du Capitaine Julien. Ils se comportèrent aussi illustrement dans les embuscades de Dornecy (La Meuse), le 22 août, où quarante Boches furent tués avec le soutien des F. F. I. du Lieutenant Magis ; dans celle de Druy-Parigny, le 1er septembre, où une colonne de six cents hommes subit vingt-cinq pour cent de pertes et dans celle de Billy-Rouy, aux environs de Saint-Saulge, les 2 et 3 septembre (cent morts).

 

Enfin, le 8 septembre, quatre-vingt-seize prisonniers furent faits à Sainte-Péreuse (Canton de Château-Chinon) par le Capitaine Julien lui-même accompagné seulement de quelques hommes, avec l'auto-mitrailleuse qui si souvent lui avait rendu d'inappréciables services. Il l'avait fait prendre en juillet aux usines Renault par le Lieutenant Bontemps et l'Adjudant-Chef de Redon qui s'en étaient emparés sur la route d'essai près de Versailles, avec l'accord du conducteur essayeur et après avoir tué les Allemands à bord (4).

 

 

__________

(1) Seize avions attaquèrent le maquis (quatre vagues de quatre appareils).

(2) A ce propos, nous devons dire que bien que réunissant une centaine d'hommes dès janvier 1944 le camp Daniel ne put Se former dans les bois que e Juillet, faute d'avoir obtenu des armes plus tôt. Son fondateur est le lieutenant Georges Le Bournot, qui lui donna le nom de son fils alors âgé de 4 mois. « A travers nos angoisses. Daniel souriant a été le symbole des enfants de France pour qui nous luttions. afin qu'ils soient un jour libres et heureux ».

(3) Le Maquis Julien comptait 263 hommes.

(4) Les noms des Sous-Lieutenants Coquet et Rivière, tués dans le combat de Vermot du 25 juin 1944, peuvent être aussi inscrits sur le « Livre d'Or » des héros de la Résistance.

15.01.2006

D. MAQUIS JEAN

Le Maquis Jean fut fondé par un officier polonais, le Lieutenant Marian Tyndiuk, qui se trouva encerclé dans l'Yonne lors de la rapide avance des troupes allemandes en juin 1940. Marchant sans nourriture et se terrant dans les bois avec le chauffeur de son camion, il échoua dans la région de Château-Chinon, à Cuy, commune de Chougny où le Maire lui établit des faux papiers. Polyglotte, il apprit le français, sa huitième langue.

 

D'abord ouvrier agricole, il répara ensuite des postes de T. S. F. sous le nom de M. Marianne et facilita l’évasion de prisonniers vers la zone libre avec des habitants de Dun-sur-Grandry. Puis il fit la connaissance du Capitaine Brice et du Docteur Chanel (Lelièvre) qui le délégua pour former un réseau de résistance à Château-Chinon. M. Marianne s'y lia avec M. Quillier et l'un de ses compatriotes, poussant les racines de son organisation jusqu'à Saint-Benin-d'Azy, Aunay, Châtillon-en-Bazois, etc... Il créa douze groupes de réfractaires au S. T. O. réunissant au total cinquante hommes et en évacua une partie dans I'Yonne et la Saône-et-Loire au cours de l'été 1943 où les Allemands devaient effectuer des coups de main. M. Bourcier, marchand de volailles à Aunay, transporta ces réfractaires en les dissimulant sous la bâche de son véhicule.

 

Continuant toujours son travail clandestin, le Lieutenant Tyndiuk changea son pseudonyme de Marianne pour prendre celui de Pierre. Afin de faire vivre ses hommes, il « collecta » les feuilles de tickets d'alimentation de plusieurs mairies. Celle d'Entrains reçut ainsi la visite des « terroristes ».

 

Le Lieutenant Pierre attendit en vain les armes qui lui avaient été promises par le Docteur Chanel, celui-ci avant été déporté ainsi que nous l'avons relaté. Il lui fallut en conséquence, s'entendre avec les officiers des Maquis Camille, Louis et — plus tard — Julien.

 

Il était retiré à Poussignol quand, le 31 mai 1944, une expédition allemande et milicienne vint l'y surprendre. ElIe commit deux crimes, en tuant deux jeunes gens âgés de dix-huit et vingt ans, l'un à l'Huis-Pierdet et l'autre à Quincize. Le fils de M. Bruet qui se baignait en compagnie d'autres camarades aurait été achevé par une piqûre.

 

Le Lieutenant Pierre fut emprisonné à Nevers où il subit les traitements coutumiers à la Gestapo. Relâché cependant le 7 août, il reprit sa place parmi les trois cent cinquante hommes à la tête desquels se trouvait son adjoint, Jean Thalamy, — d'où le nom du maquis — et, avec une trentaine d'entre eux, causa cent trente morts et blessés à une colonne tentant de pénétrer le 26 août dans Châtillon-en-Bazois.

13.01.2006

C. MAQUIS HENRY (Maquis Sanglier)

Ce maquis fut constitué par le Capitaine Henry Sanglier, de son véritable nom Henri Dennes, Conducteur, à Chaumard, des Travaux de la Ville de Paris, l'un des promoteurs de la Résistance civile à Lormes. De même que le Capitaine Bernard, il aida, en 1942, au camouflage de réfractaires qu'il ravitailla avec M. Emile Bierry. Entré d'ailleurs en liaison avec le Capitaine Bernard, et les principaux chefs des groupes clandestins de la région, qui devinrent les Maquis Camille et Socrate, il apporta son appui à ceux-ci, ainsi qu'au Camp du Loup, de Clamecy, et concourut à l'épuration des environs (1).

 

En 1944, le Commandant Grandjean lui confia la tâche de former, dans un nouveau secteur, un îlot de résistance d'une quinzaine d’hommes. Cet îlot se fixa au mois de mars dans la Forêt de Montreuillon, à proximité de Blismes, où le Maire, M. Legrain, se dévoua avec quelques habitants pour lui assurer la nourriture nécessaire en profitant de la complicité du boucher.

 

C'était ne pas compter avec les collaborateurs. En peu de jours, plusieurs indices portèrent à croire que la place avait été repérée par des espions. Cette supposition se trouva rapidement confirmée. Deux mille Allemands vinrent attaquer le camp évacué quelques heures auparavant, grâce à l'initiative de M. Bierry, son chef intérieur.

 

Dupés, les Boches envoyèrent des éléments de reconnaissance. Les F. F. I., regroupés un peu plus loin, étaient bel et bien pris dans un piège qui se refermait sur eux. Néanmoins, réunissant toutes leurs forces et prenant leurs armes, il réussirent à rompre le cercle formé autour d'eux et à s'esquiver sous les balles ennemies. L'une d'elles blessa M. Bierry qui fut soigné par le Docteur Citron, de Lormes, prévenu par le Capitaine Henry.

 

Le lendemain 11 mai, les Allemands pillèrent certains villages des communes de Montreuillon, Blismes et Aunay-en-Bazois. Une centaine d'hectares de bois furent incendiés près de Quincize.

 

A Montchanson, tous les hommes furent rassemblés et battus dans la grange de M. Ranson, maçon chez lequel s'était installé l'un des officiers commandant les représailles. Un Boche gardait l'entrée de la grange où les habitants étaient frappés.

 

M. Poncet, charbonnier dans les bois de Moullansard, qui cachait deux réfractaires, avait toute la figure en sang lorsqu'il arriva dans la cour de M. Ranson. Cela ne l'empêcha pas d'être déporté en Allemagne avec ces jeunes gens.

 

Une « correction » fut également administrée à un commerçant en tournée.

Bien entendu, la tête collée au mur, personne ne devait bouger.

 

Cette affaire faillit se terminer par une fusillade, car les Allemands demandèrent à M. Louis Bertin, qui fut interrogé le premier, s'il n'y avait pas une carrière dans le voisinage. Enfin, vers onze heures, ils libérèrent leurs victimes dont les maisons avaient été visitées. Ils s'étaient octroyés comme butin, les jambons, le lard et les poules de MM. Prévôtat, Bourdot et Jardet... Ce dernier, ayant été contraint par un coup de crosse de quitter promptement sa demeure, eut en outre, une somme de huit cents francs dérobée dans son armoire.

 

A l'Huis Seuillot, les Boches ne furent pas moins actifs. Descendus de la hauteur de Theuriot en tirant des coups de mitraillette et en franchissant les haies comme une horde sauvage, iIs s'éparpillèrent dans tout le hameau par groupes de cinq ou six. Le premier homme arrêté (M. Baufaucher) fut conduit auprès d'une vingtaine de soldats décidés à le fusiller s'il ne voulait pas révéler l'endroit où se dissimulaient les habituels « terroristes ». A vrai dire, ils ne semblaient guère s’en soucier, car, fait à noter, ils ne fouillèrent ni les granges, ni les écuries, ni les greniers, ni les maisons inhabitées ou les maquisards auraient pu s’abriter.

 

M. Crusberg, cantonnier, curait un fossé quand il se trouva entouré par une trentaine d'Allemands maquillés d'une façon impressionnante et commandés par un sous-officier parlant très bien le français. Celui-ci entra ainsi en conversation :

 

— Avez-vous déjà été fait prisonnier ?

 

— Non.

 

— C'est bon, vous l'êtes maintenant.

 

— Vous blaguez.

 

M. Crusberg voulut continuer son travail, mais il fut soulevé par les épaules et transporté au milieu de la chaussée. Tandis qu'il était emmené vers Saint-Maurice et Montreuillon, où les Boches avaient installé leur Etat-Major et rassemblé le produit de leur pillage et leurs otages, un soldat désira lui poser des questions sur les maquisards.

 

— Les maquisards ? Je n'en ai jamais vu.

 

— Tant pis pour vous, vous en souffrirez et votre famille aussi.

 

Langage en vérité peu rassurant.

 

L'air était encore un peu frais puisque cela se passait au début de la matinée. M. Crusberg, profitant d'une halte de ses gardiens, se hasarda à réclamer sa veste que l'un d'eux avait emportée, mais il s'attira cette réplique :

 

— Le soleil monte, il vous réchauffera.

 

Pourtant, il en reprit bientôt possession et s'aperçut que ses poches avaient été vidées de leur contenu. Sous la menace des mitraillettes, il monta vers le tribunal qui devait décider de son sort et de celui de quatre cultivateurs et d'un bûcheron.

 

Interrogé par un officier « sec, au nez crochu » et qui n'aimait pas les « terroristes », la liberté lui fut rendue ainsi qu'à ses compagnons, sauf au bûcheron qui ne fut relâché que le soir.

 

A son retour, M. Crusberg constata avec amertume que pendant son absence, toutes les maisons avaient été cambriolées et que son clapier et son saloir avaient été « nettoyés ».

 

M. Baufaucher perdit sa montre en argent et diverses denrées, le tout d'une valeur de deux mille cinq cents francs.

 

A Frasnay, commune d'Aunay, les Allemands, dès six heures, firent partir leurs fusils dans les bois environnants. Anxieux de savoir si des parachutistes ne se trouvaient pas parmi les maquisards, ils s'avancèrent jusqu'au village et le pillèrent en règle, défonçant les portes des maisons inhabitées, coupant la tête aux poules, buvant le vin, bref se comportant comme de véritables bandits.

 

Chez M. Boulandet, dont la ferme était « le magasin des rebelles », quelques bocaux de prunes étaient rangés dans la cave ; ils les débouchèrent et, avec leurs doigts, en avalèrent goulûment le contenu, puis ils les cassèrent. Comme un soldat mangeait d'autres conserves de fruits chez M. Boisselier, la femme de ce dernier, qui s'était approchée pour voir ce qui se passait, fut mise en joue et s'entendit dire : « Tous en Allemagne pour être tues ».

 

Les camions stationnant à quelque distance furent remplis de toutes sortes de provisions. Devant un tel va-et-vient, M. Boisselier lui-même s'étant exclamé : « Et si cela se passait chez vous ? » crut son dernier quart d’heure arrivé (2).

 

Ajoutons que l'automobile de M. Boulandet, achetée en 1938, et n'avant pas roulé depuis 1940, était à l'état de neuf. Bien qu'elle fut sur cales, les Boches affirmèrent qu'elle servait à la Résistance et s'empressèrent de la prendre en remorque. Le fils de M. Boulandet et deux domestiques durent porter sur leur dos des sacs de victuailles et des munitions. Pliant sous ce chargement, ils sautèrent les haies en direction du bois, en recevant de temps à autre, quelques coups de bottes et de baïonnette. En chemin, leurs gardiens ouvrirent le feu sur les F. F. I. voisins et capturèrent « un mousqueton et deux bérets ».

 

Enfin, les trois prisonniers prirent place dans un camion à côté d'un veau et de deux moutons volés et les Allemands les conduisirent à Montreuillon où le Commandant Hann leur demanda leurs papiers.

 

L'un des jeunes gens était un réfractaire ne pouvant exhiber aucune carte d'identité. Il trouva un solide alibi : il avait laissé ses papiers à Frasnay, car on ne lui avait pas donné le loisir d'aller les chercher lors de son départ. Aussi fut-il libéré avec ses camarades.

 

MM. Boulandet père, Boisselier, Rameau et Bertron—ce dernier ramené du bois à coups de charbonnette et si violemment frappé qu'il fut incapable de travailler pendant quinze jours — avaient été également arrêtés et relaxés.

 

Un autre hameau d'Aunay, Egreuil, eut pareillement à souffrir du pillage.

 

Tous ces malheureux événements incitèrent le Maquis Henry à quitter ces parages pour aller provisoirement se loger dans le nord de la Forêt de Montreuillon, du côté de Mouron, car il remonta bientôt à une dizaine de kilomètres au delà de Lormes et s'établit sur la commune de Bazoches, dans les bois qui couvrent les alentours du village de Champignolles, à peu de distance des camps Le Loup et Camille. Ce rapprochement devait grandement faciliter les rapports avec ces derniers et permettre une utile coopération dans les embuscades.

 

Jusqu'au début d'août, le Maquis Henry vécut dans une sécurité complète, n'ayant, avec regret, guère l'occasion de prouver sa valeur combative qui allait s'affirmer le 4, jour de I'attaque du Camp Camille ; celui-ci fit demander du renfort par Emile Desvouas — d'Arringe —, lequel, ayant été arrêté au retour de sa liaison avec les Goths, dut avaler son message. Sur un contre-ordre, les maquisards partirent opérer le sabotage des lignes téléphoniques de Saint-Martin-du-Puv, tuant trois Boches et en blessant deux.

 

Dans la suite, le camp fut transporté au Villard, commune de Lormes, et une section participa au soutien du décrochage du Maquis Julien à Crux-la-Ville.

 

Le 26 août, le convoi d'un Colonel capturé prés de Dornecy fut entièrement anéanti.

 

Le 2 septembre, venant de Chitry-les-Mines après avoir été quelque peu effrité par les F. F. I. de Camille, une colonne de la Wehrmacht monta sur Lormes dont le Maquis Henry avait pris possession et où le P. C. était installé au Château Cartier. Prévenu à temps, le Capitaine Henry fit transporter tous ses documents en lieu sûr, par un jeune séminariste alsacien — Deschamps — rescapé de la rafle de Clermont-Ferrand.

 

L'ennemi devait être, en principe, accroché sur la route de Corbigny par un groupe de Camille muni d'un piat. L'arme n'ayant pu fonctionner, les tanks vinrent se cogner, sans ralentir leur course, contre le dispositif du Maquis Henry qui, de vingt et une heures à quatre heures du matin et jusqu'à la dernière cartouche, tint bon dans des conditions difficiles. Douze Allemands perdirent la vie dans cette lutte inégale où le Capitaine Henry et le Sous-Lieutenant Béoschat ne durent leur salut qu'à une chance extraordinaire, car, trompés par l'obscurité, ils se trouvèrent à passer devant un F. M. boche. Pourtant, il y eut une ombre à ce tableau. Le Sergent Flamant, blessé au poumon, fut ramené au camp dans un état grave. N'écoutant que son courage pour sauver son camarade, l'étudiant en médecine Marc Gudin, faisant office de docteur, peignit une croix-rouge sur sa voiture afin de le conduire malgré le danger à l'hôpital du Maquis Bernard.

 

Pendant une semaine, Lormes demeura sous la botte teutonne. La Wehrmacht, couvrant la retraite des troupes défilant sur la route N. 77 bis, eut connaissance de l'installation des F. F. I. au Château Cartier — évacué — et incendia naturellement cet édifice, montrant d'autant plus son dépit qu'elle sentait inexorablement arriver la défaite.

 

Le 5 septembre, une vingtaine de soldats à bicyclette furent attaqués par surprise à Montvigne. Le combat se termina à l'entière satisfaction de tous les maquisards. Le soir, ceux-ci furent attristés par la mort d'un de leurs bons compagnons, Octave Boucher, de Domecy-sur-Cure, tué au Château de Vigne.

 

De Vassy (Pouques), quarante hommes partirent le 6 en embuscade à Montbaron, ferme située en bordure de la N. 77 bis, entre Vauclaix et Cervon.

 

Sous la conduite d'Emile Bierry et de Jules Vercamer, ils y arrêtèrent plusieurs voitures le lendemain, puis se retirèrent dans le bois ou Vercamer fut blessé par un Allemand perché sur un arbre. Mais tel fut pris qui croyait prendre. Simulant la mort, notre compatriote parvint à détourner de lui les regards de son adversaire qu'il abattit, ainsi que l'un de ses poursuivants.

 

Le 8 septembre, restés en position au même endroit, les F. F. I. attaquèrent cinq camions avec des balles incendiaires. Ces véhicules, chargés de munitions et de vêtements transportaient quarante-cinq hommes, reste de la garnison de l'Ile d'Yeu anéantie progressivement sur tout son trajet. Trente-huit d'entre eux furent carbonisés ou succombèrent projetés dans la rivière qui longe la route ; six en réchappèrent marqués par d'atroces brûlures ; un seul fut fait prisonnier.

 

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(1) Sa devise fut : « A moi Morvan ! »

(2) Il fut giflé pour n'avoir pas donné de renseignements au sujet d'habits militaires français.

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